• L'interprétation des rêves (9)

              Depuis l’antiquité, les augures, cartomanciennes, les prêtres et même les médecins essaient d’interpréter nos rêves et ce avec les idées les plus bizarres, à l’instar de l’incohérence de nos rêves.
              Les psychanalystes français qui croient encore en Freud, associent encore une symboliques au contenu des rêves, ce qui ne correspond pas aux connaissances que nous avons aujourd’hui en matière de neurobiologie. Je me souviens d’une correspondante qui rêvait d’essaims d’abeilles et qui était effarée car son psy lui avait dit que les abeilles étaient le symbole de phallus !!! Absurdité déroutante.
              Que peut on dire sur la signification et l’interprétation des rêves, en se rappelant ce que nous avons vu dans les articles précédents.?

              Tout d’abord le rêve n’a pas de valeur prémonitoire; il ne présage en rien de l’avenir : ce n’est pas un message de l’extérieur mais de l’intérieur de nous mêmes et tous les éléments qui forment nos rêves sont des sensations mentales qui proviennent du passé.
              Les circonstances peuvent nous paraitre prémonitoires. Par exemple j’ai rêvé la mort de mon grand père, deux jours avant son décès. Mais je l’aimais beaucoup, il avait eu un infarctus et était très mal et faible. Donc mon cerveau a voulu évacuer ces images, cette idée qui me préoccupait, et je me suis sans doute réveillé quand ces images mentales transitaient par les centres d’interprétation de la vue, et mon cortex préfrontal, qui a reçu ces images non réelles alors qu’il fonctionnait encore au ralenti, a essayé de les interpréter comme il a pu, et il a conclu : mon grand père est mort. Cela n’avait rien de prémonitoire, mais c'était  le réflexe d’une adolescent qui ne voulait pas perdre son grand père !! Cela indiquait une de mes souffrances du moment, mais ce n’était ni de l’astrologie, ni de la psychanalyse !!

              La plupart du temps le rêve ne signifie rien du tout. Le cerveau évacue des perceptions inutiles de la journée précédente, et ceci en vrac et en désordre. Les images et autres sensations défilent dans nos centres d’interprétation des sensations et nous n’en avons pas conscience. Si un micro-réveil ou un réveil plus long survient, le cortex préfrontal  se trouve face à des images incohérentes n’ayant aucun rapport entre elles. Il va chercher une explication mais qui sera farfelue, illogique et sans rapport avec la réalité.
              Le rêve dont nous nous rappelons ne signifie donc rien.

               On peut cependant tirer quelques renseignements des rêves, mais une réflexion sur soi-même les donneraient également.
             
    Chacun de nous a des problèmes, des préoccupations, plus ou moins importants et dont certains sont lancinants. Ils sont donc trop souvent présents dans notre cerveau et celui-ci voudrait bien être moins sollicité

               Dans la journée ou les jours précédents on a pu être témoin ou acteur d’une situation éprouvante qui a laissé des traces dans à la fois le conscient et l’inconscient. Un traumatisme est un sujet obsédant
               Le cerveau va essayer d’amoindrir ces préoccupations en en renvoyant des sensations dans les centres d’interprétation des perceptions, et donc si un réveil se produit à ce moment, nous allons avoir un rêve en rapport avec elles, mais qui évidemment sera assez irréaliste et illogique.
              De façon analogue, nous pensons souvent avant de nous endormir à des choses plus ou moins importantes que nous devrions faire ou ne pas faire et le cerveau considère que pour que ces préoccupations ne nous empêchent pas de dormir par la suite, il va les éliminer au premier sommeil paradoxal, d’où la possibilité de rêves sur des sujets évoqués dans notre esprit avant de s’endormir.
               Si on arrive à reconnaître, malgré l’absurdité du rêve, les sujets qui sont à l’origine, on peut donc mieux connaître les difficultés ou traumatismes que nous rencontrons et qui nous préoccupent.

               Lorsque nous dormons, l’organisme continue à vivre et donc des informations remontent au cerveau, notamment si un danger se présente ou si une situation physiologique anormale se présente, et qui est gênante. Ces sensations peuvent se mélanger à celles internes, que le cerveau envoie aux centres de perception.
              La gêne ou le danger ressenti peut entraîner le réveil, par sauvegarde, et nous faisons alors un rêve où les sensations corporelles vont être interprétées par le cortex préfrontal de façon illogique. Mais le réveil permettre ensuite de réagir à la gêne ou au danger.
              Voici un exemple : je dors et je me suis trop tourné la tête presque dans mon oreiller, alors que je suis légèrement enrhumé. J'ai beaucoup de mal à respirer et cela me réveille un peu. A cet instant, je rêvais que j'étais au bord de la plage en train de regarder la mer. Mon cortex réagit et veut que je respire. Mais il mélange rêve et réalité qu’il veut expliquer ensemble : alors il va chercher en mémoire des images d'une grande vague qui arrive et me suggère que je suis en train de me noyer. Je me débats (ou je pense que je me débats), je me retourne et du coup je me réveille en sursaut en respirant une grande bouffée d'air.

               Lorsque nous dormons, nous ne sommes pas coupés complètement de l’extérieur, et par ailleurs au moment du rêve, le cortex préfrontal reprend conscience et il reçoit donc aussi quelques sensations réelles de l’extérieur, mais qu’il ne sait pas bien analyser et qu’il mélange aux sensations internes incluses dans le rêve. Des événements extérieurs qui se produisent au moment du rêve peuvent donc influer sur lui.
             
    Au réveil, images, sons, senteurs et sensations de toucher ou de nos organes internes sont retransmises à nouveau au cortex préfrontal qui réfléchit. Mais comme il n’est pas encore complètement actif, il confond ces sensations externes avec celles internes désordonnées du rêve et il les mélange et  essaie d’expliquer rationnellement l’ensemble, ce qui est évidemment impossible. D’où les éléments irrationnels des rêves.

              Voici aussi un exemple : je dors et il y a de grands coups de vent qui mugissent dans ma fenêtre entrouverte, alors que j'élimine des images d'une sortie en mer la veille, images inutiles parce que non extraordinaires. Ce bruit me réveille quelques secondes et mon cortex qui veut expliquer les images du rêve et le bruit réel du vent, me suggère qu'un coup de vent arrive sur mon bateau et qu'il faut se dépêcher de déborder les voiles et de me mettre au rappel.

              Les rêves ne peuvent donc être "interprétés", mais ils peuvent fournir des renseignements sur les préoccupations que vous avez, souvent à l'origine de stress, voire même sur des blocages inconscients du cerveau émotionnel et sur les conséquences de nos émotions profondes..
              Ils peuvent donc apporter une aide, mais dénuée de toute symbolique, dans la recherche de nos préoccupations, leur connaissance, et donc la recherche de solutions à nos problèmes.
             
    Enfin ils peuvent mélanger des éléments d ’un rêve à des sensations physiologiques ou de perceptions réelles, qui ont lieu au moment du rêve, et qui peuvent même en être l’origine indirecte en ayant provoqué notre réveil. 

              Demain, pour que vous compreniez mieux, j'essaierai d'analyser un  rêve qui mélange sensations réelles et images internes virtuelles. Oui nous passerons à d'autres sujets que le sommeil et les rêves.

     

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    Pour rêver vraiment, il faut se réveiller ! (8)

         Les psychologues ou psychiatres, qui sont restés trop enfermés dans les théories freudiennes, attachent aux rêves une importance et des interprétations qui ne sont pas vérifiées par la neurobiologie moderne, laquelle dispose maintenant de moyens importants de mesure de l'activité neurologique des diverses zones cérébrales et a acquis des connaissances certaines sur les facteurs chimiques qui la régissent, et notamment sur les zones du cerveau qui interviennent dans les phases d'éveil et de sommeil et sur les neurotransmetteurs qui sont à l'origine de ces phases.
        Ces connaissances donnent une interprétation nouvelle des phénomènes liés aux rêves.

        Mais en fait le terme de rêve est ambigu parce qu'il ne signifie pas la même chose pour le neurologue et pour l'opinion publique, ou plus exactement qu'on peut lui donner plusieurs significations qui risquent de créer des malentendus.
        Il faut donc d'abord préciser notre vocabulaire.

        Pour le commun des mortels et pour les psychologues, le rêve c'est uniquement les scènes que nous nous rappelons à notre réveil, et que nous avons cru vivre pendant que nous étions endormis. Nous en avons des souvenirs plus ou moins précis, d'autant plus que la plupart de ces scènes ont un certain illogisme, voire même défient les lois de la nature..
        Mais nous ne savons pas si des phénomènes analogues ou autres se sont produits pendant notre sommeil, parce que nous n'avons aucun souvenir de ces phénomènes.
        Le neurologue , au contraire, examine tous les phénomènes qui interviennent pendant les diverses phases du sommeil, que nous en ayons conscience ou non, et il a trouvé que des phénomènes identiques aux rêves se produisent lorsque nous sommes endormis, mais que nous ne nous en souvenons pas.
       
        Nous avons vu, dans les précédents articles que le cerveau produit des images mentales tout au long du sommeil qu'il soit profond ou paradoxal.
        Dans le sommeil profond, il s'agit surtout d'une consolidation des souvenirs importants acquis par notre mémoire, sans que le cerveau ait une activité importante : les fréquences des neurones du thalamus, qui coordonne nos sensations, restent de l'ordre de quelques hertz.
         Au contraire dans les phases de sommeil paradoxal l'activité du cerveau se rapproche de celle lors de l'éveil, (la fréquence des neurones du thalamus se situe au dessus de 30 hertz, alors qu'elle est de 40 quand nous sommes éveillés) et le cerveau donne certains ordres au système nerveux, puisqu'on constate des mouvements de l'oeil, des mouvements restreints des membres, que le sujet endormi peut se retourner, parfois parler, et il présente des signes d'émotions : accélération du poul, de la tension artérielle, de la respiration, transpiration ..., phénomènes dont il n'a pas conscience et  la personne endormie n'a aucun souvenir de ce qu'elle a ressenti, ni des images mentales qui étaient à l'origine de ces manifestations.
         Le cerveau, comme nous l'avons vu dans les précédents articles, se débarrasse de tous les souvenirs superflus, essentiellement des millions de perceptions de la journée précédente, en envoyant des perceptions mentales, de façon désordonnée, aléatoire, en vrac, dans nos centres d'interprétation des sensations, ce qui élimine presque complètement les liens entre neurones correspondants.
         Le cortex préfrontal ne “réfléchit” pas pendant le sommeil, car le thalamus ne lui transmet aucune information. Il est "hors course"
         Si pour le neurologue ces phases de fabrications d'images mentales sont analogues à des rêves, la personne qui dort ne peut le qualifier ainsi, car elle n'en a aucun souvenir.

         Les neurologues ont montré que nous ne nous souvenons que des phénomènes qui se produisent au moment où nous nous réveillons.
         Cela peut être au réveil le matin, au réveil lorsque nous avons des insomnies dans la nuit, même si celle ci est de courte durée. Mais également dans le cas de “micro-réveils” qui durent quelques dizaines de secondes et dont nous n'avons pas ou très peu conscience (et en général nous ne nous rappelons pas nous être réveillés).
          Mais lors de ces réveils, le cortex préfrontal commence à fonctionner et à raisonner, mais il ne reçoit pas encore des interprétations fiables des perception de nos sens; notre “conscience” (pas morale, la conscience d'exister, de “fonctionner”  qui est un phénomène complexe de coordination entre le cerveau émotionnel et le cortex frontal - voir mes articles à ce sujet), est encore vacillante et nous n'avons pas encore la pleine activité potentielle de tout notre cerveau.
          A la place des informations réelles de nos sens, le thalamus envoie à notre cortex préfrontal les perceptions mentales crées pendant les dernières secondes de sommeil et celui-ci essaie de les interpréter comme il peut puisque ces sensations mentales sont anarchiques, et il le fait souvent de façon farfelue : nous avons l'impression de vivre une scène, mais sa logique est altérée car l'enchaînement des sensations n'est pas logique puisque la scène n'est pas réelle et provient d'images mentales ayant peu de rapports entre elles et envoyées de façon aléatoire. C'est notre cortex qui s'éveille, qui essaie de faire comme il peut, un lien entre ces sensations désordonnées.
         D'où le caractère absurde ou extraordinaire de la plupart des rêves.

         Donc la production de “perceptions mentales” issues de notre mémoire se produit pendant tout le sommeil paradoxal, mais nous ne qualifions de rêve que celles dont nous nous souvenons, et ces rêves se limitent aux perceptions mentales produites dans les quelques secondes avant et au moment des réveils dont certains ont une durée très courte de quelques secondes.

        Depuis l'antiquité on s'évertue à interpréter les rêves, mais la plupart de ces pratiques sont erronées : j'en parlerai dans le prochain article.

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  •           Notre mémoire c’est au moins la moitié de notre intelligence. Nous avons donc intérêt à ce qu’elle fonctionne bien.

               Lorsque nous sommes éveillés, les neurones du thalamus oscillent à 80 hz et entrainent les neurones des centres d’interprétation des sensations de la vue, de l’ouïe et du toucher, à une fréquence de 40 hz. Le thalamus recueille ces informations, les trie et en transmet une partie au « patron », le cortex préfrontal qui va faire la synthèse des situations avant de prendre des décisions.
              Nos sens fournissent donc tous les 1/40 ème de seconde de nombreuses informations multiples que notre cerveau interprète. La plupart sont effacées dans les secondes qui suivent. Mais beaucoup de ces informations sont stockées en mémoire à court terme, pour quelques minutes ou quelques heures, voire plus si elles sont liées à une émotion, ou si nous avons procédé à une répétition des informations, comme lorsque nous cherchons à retenir une leçon d’un cours.
              C’est ainsi que nous retenons (enfin presque toujours!), où nous avons garé notre voiture ou notre chariot dans le supermarché.    

               On ne connait pas bien le processus de cette mémoire à relativement court terme, dans laquelle les neurones qui représentent l’information retenue, sont liés entre eux, leurs connexions ayant été renforcées, mais étant encore peu stables et donc fragiles.
              En examinant à l'IRM fonctionnelle; le cerveau de volontaires pendant l'apprentissage, des chercheurs de l’Université de Caen ont constaté que l'activité de l'hippocampe, «  l’annuaire » de la mémoire, était plus forte lorsque l'on essayait de retenir un mot que lorsque l'on essayait de l’oublier.  L'hippocampe procéderait, lors de l'apprentissage, à une sélection des groupes de neurones associés aux informations que l'on veut retenir, qui recevraient ainsi une sorte de marquage, et il constituerait une « liste des adresses » des souvenirs, qui lui permettrait ensuite de renvoyer au cortex préfrontal les souvenirs qu’il veut revoir.
              Mais il est certain que le nombre de souvenirs importants est infime vis à vis de tout ce que nous avons recueilli comme informations dans une journée et ces souvenirs superflus encombreraient notre cerveau, ralentissant la remémoration des souvenirs importants..

              Ensuite intervient le sommeil, pendant lequel le thalamus n’oscille plus qu’à quelques hertz pendant le sommeil lent et à environ 35 hertz pendant le sommeil paradoxal.

               Lors de ce sommeil paradoxal, où le thalamus et les centres d’interprétation des sens fonctionnent presque normalement, mais sans connexion avec le cortex préfrontal, les souvenirs considérés comme inutiles, sont rappelées par l’hippocampe et de façon inconsciente, renvoyés pêle-mêle, en vrac, vers les centres d’interprétation des sensations sous forme de « sensations mentales inconscientes ».

    Le sommeil est indispensable à notre mémoire. (7)

              Les connexions entre les neurones correspondants sont éliminées. Bien entendu les circuits neuronaux restent. C’est simplement le fait qu’un potentiel d’action destiné à rassembler les éléments du souvenir, n’a plus d’action.
              Cela permet de rendre disponibles ces neurones pour le futur.
              De même nous avons des souvenirs qui sont nocifs pour l’équilibre du cerveau, des préoccupations obsédantes dont nous voudrions bien nous débarrasser, des problèmes que nous avons ressassées avant de nous endormir. Le cerveau ne peut les éliminer complètement, mais il essaie d’en diminuer l’importance. Il renvoie donc ces souvenirs avec ceux inutiles vers les centres d’interprétation. Les connexions ne seront pas éliminées, mais amoindries.

              Lorsque nous « encodons » de l'information dans notre cerveau, le souvenir correspondant doit être stabilisé et consolidé pour devenir durable.
             
    S'il n'est pas régulièrement réactivé, il aura tendance à s'altérer jusqu'à ne conserver qu'une ressemblance lointaine avec sa forme originelle. Le cerveau semble donc décider de ce qu’il doit garder en mémoire.

              A l’inverse de cet oubli des souvenirs inutiles ou nocifs, pour les souvenirs ou informations que nous voulons conserver et qui ont été étiquetées comme telles par l’hippocampe, notre cerveau émotionnel va, pendant notre sommeil à ondes lentes, les ré-évoquer plusieurs fois et en quelque sorte les faire circuler dans tous le cerveau émotionnel, dans ce que l’on appelle le « circuit de Papez ». (voir schéma ci-dessous). Les connexions entre neurones constituant un souvenir ou une connaissance se renforcent alors à chaque évocation, et le souvenir est alors renforcé à plus long terme.

    Le sommeil est indispensable à notre mémoire. (7)

              Les effets du sommeil sur la mémoire ne se limitent pas à la stabilisation des souvenirs. Au cours des dernières années, des études ont montré que le processus de remémorisation se produisant durant le sommeil, opère un tri qui nous conduit à ne retenir que les points importants ou les détails les plus marquants et classe nos souvenirs.
              Cette clarification, plus le fait que les souvenirs superflus ayant été éliminés le cerveau est plus apte à réfléchir, font que le lendemain nos connaissances apprises la veille, sont mieux connues et retenus.
              Par exemple, lorsqu'une photo contient à la fois des éléments reliés à des émotions vécues et des éléments non émotionnels, le sommeil peut sauvegarder les premiers, et laisser s'effacer l'arrière-plan moins pertinent. Il peut analyser des séries de souvenirs, découvrir les relations qui les unissent ou identifier ce qui fait leur importance, tandis que les détails superflus disparaissent. Il n'est pas impossible qu'il nous aide même à trouver un sens à ce que nous avons appris.
              Il vous est sûrement arrivé comme à moi, de vous réveiller vers 4h du matin, et de réfléchir, éveillé, à certains de vos problèmes…. et, miracle, la solution est tout à coup apparue, simple et claire.
              Les informations inutiles ayant été éliminées, les informations pertinentes ayant été rapprochées quand elles avaient une cohérence et des liens logiques, il en résulte des associations nouvelles qui ne pouvaient se produire auparavant.
              Et la créativité, c’est seulement le rapprochement d’idées, de données, que l’on ne faisait pas l’instant passé ou auquel d’autres n’ont pas pensé.

              Enfin dernier point, c’est le cervelet qui, avec l’aide du cortex frontal, enregistre et mémorise les modes opératoires des automatismes (parler, écrire, taper sur un clavier, jouer du piano, faire de la bicyclette, nager etc…).
              Pendant notre sommeil le cervelet « répète » les mécanismes correspondants appris la veille ou il y a peu de temps, afin de les renforcer. (voir mon article du 13 juin 2017
              Les chercheurs se sont aperçu par exemple que le cervelet d’un pianiste, pendant son sommeil, « répétait » le morceau appris la veille, et envoyait les ordres correspondants aux centres moteurs des doigts, des mains et des bras, et leur faisait faire les mouvements correspondants, mais de façon virtuelle, car les ordres étaient transmis à l’aire prémotrice qui prépare les mouvements, mais ne suivaient pas aux centres moteurs et doigts, mains et bras ne bougeaient pas. 

               En résumé, le cerveau, pendant notre sommeil, passe en revue les souvenirs récemment formés, en élimine une grande partie et pour ceux qu’il conserve, il les consolide et les classe de sorte qu'ils seront plus utiles le lendemain, plus résistants aux interférences dues à d'autres informations. 
             
    Le sommeil est donc indispensable pour que nous retenions ce qui s’est passé, mais aussi les connaissances que nous voulons acquérir, en fixant les connexions entre les neurones qui les constituent.
             
    Les biologistes estiment que, pour un jeune, pour être dans une configuration normale d’activité de son cerveau, il faut au minimum 8 heures de sommeil et de préférence 9 pour reposer l’organisme et permettre à la mémoire de se mettre à jour, et qu’au dessous de ces 8 heures, de façon répétée, les mécanismes de mémoire et d’attention ne sont plus suffisants pour permettre des études normales.

             Dans les prochains articles nous parlerons des rêves.

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  •           Maintenant que nous savons ce qu’est le sommeil et comment il survient, essayons de comprendre à quoi il sert.

              Le sommeil permet d’abord à l’organisme et plus particulièrement au cerveau, de se reposer, et de se régénérer.
             
    Pendant notre sommeil notre corps est au repos, et le cerveau aussi en partie et ils consomment moins d’énergie. La chaleur corporelle diminue, le rythme cardiaque et la pression sanguine diminues et le corps (et notamment le cerveau) consomment moins de glucose et d’oxygène.

              Il semble que cette diminution de la dépense énergétique serait en grande partie à une diminution de dopamine et d’acétylcholine.
              C’est aussi pendant le sommeil à ondes lentes que sont synthétisées les hormones de croissance.

              Le cerveau produit comme tout l’organisme des déchets, notamment des protéines. Pour s’en débarrasser le cerveau produit du liquide cérébrospinal (environ 0,5 litre par jour). Il pénètre entre les cellules gliales, aidé par des protéines qui agissent comme des pompes. Les neurones se débarrassent des déchets dans ce liquide interstitiel et ceux -ci sont entraînés jusqu’aux vaisseaux sanguins et seront ensuite détruits, notamment par les reins.

    Sans sommeil, nous ne pouvons vivre ! (6)

              Par ailleurs de nombreuses études ont montré que des durées de sommeil insuffisantes étaient nuisibles à la santé : le schéma ci-dessous l’explique :

    Sans sommeil, nous ne pouvons vivre ! (6)

              Chez une personne qui manque de sommeil l’estomac produit plus de ghréline, l’hormone qui stimule l’appétit et le tissus adipeux produit moins de leptine, l’hormone de la satiété. A moyen terme, cela favorise l’obésité.
              Le manque de sommeil altère aussi le métabolisme du glucose, ce qui est un facteur de risque de diabète.

    Sans sommeil, nous ne pouvons vivre ! (6)         
    Il apparaît de plus en plus que le sommeil , non seulement par sa durée, mais aussi par sa qualité, participe de façon importante aux rythmes et aux taux des sécrétions hormonales et à la régulation du système nerveux autonome , et par là contribue à l’apparition des pathologies qui modifient notre espérance de vie comme le diabète , l’hypertension artérielle , l’obésité , l’altération de la mémoire, la dépression...et toutes les régulations cérébrales qui peuvent accélérer ou ralentir le vieillissement.
              Une étude  a même mis en lumière un lien à long terme entre la longévité et un manque ou un excès chronique de sommeil (voir le graphique ci-dessus)

              On peut donner des explications plus détaillées des perturbations entraînées par le manque de sommeil.
              On note des effets sur les neuromédiateurs du cerveau :
                        - le taux de dopamine diminue, donc les capacités d’apprentissage et le circuit de récompense est moins actif ce qui diminue la motivation et dégrade l’humeur.
                        - l’acétylcholine, qui augmente la conduction nerveuse, est essentielle pour la commande de tous nos muscles, et qui participe à la lutte contre le vieillissement, voit son activité fortement diminuée.
                        - le GABA, qui est le neuromédiateur modérateur, participant à l’action régénératrice dans le cerveau et luttant contre le vieillissement, a son activité restreinte et son action calmante est perturbée.
                        - la production de sérotonine est également perturbée et donc notre humeur.

              Les effets sur les hormones sont importants, car l’hypophyse que commande l’hypothalamus voit ses modes d’actions très influencés par le sommeil. Or l’hypothalamus par son intermédiaire commande d’une part le système nerveux autonome (orthosympathique et parasympathique) et d’autre part toutes les glandes hormonales du corps.
              Habituellement pendant le sommeil, le système sympathique activateur  est mis au ralenti, tandis que le parasympathioque qui a un rôle de freinage est activé. Des sécrétions d’hormones sont liées à cet équilibre qui est perturbé si la quantité de sommeil diminue.
              Les hormones sympathiques (adrénaline, noradrénaline, oestradiol, hormones thyroïdiennes ..) se trouvent en excès par rapport aux hormones parasympathiques (mélatonine progestérone, testostérone, hormone de croissance...) et cela va perturber le métabolisme, l’immunité, et la qualité de vie d’une manière générale.
              La mélatonine a un rôle anti-oxydant et protecteur dans le cerveau et le manque de sommeil qui réduit sa sécrétion, va diminuer mémoire, attention et tout le rôle prévisionnel du cortex préfrontal.
              Le taux de cortisol augmente surtout le matin, ce qui diminue à la longue, les défenses immunitaires et accélère le vieillissement et favorise l’obésité et le diabète.
              Les sécrétions nocturnes d’hormones thyroïdiennes diminuent avec le manque de sommeil d’où en général une fatigue grandissante.
              Le pic nocturne d’hormone de croissance est réduit en deux petits pic, ce qui modifie la tolérance au glucose. et prédispose au diabète car  l’aptitude de l’organisme à métaboliser le glucose est diminuée; elle peut chuter de 40% chez les gens dormant moins de 6 heures par nuit, ce qui conduit à des symptômes correspondant aux premiers stades du diabète.

              Dans le prochain article je traiterai les effets du sommeil sur la mémoire et sur les souvenirs accumulés dans les journées de notre vie

     

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  •     Maintenant que nous connaissons les cycles du sommeil, je vais essayer de vous décrire de la façon la plus simple possible le système complexe de centres qui interviennent dans le sommeil et dans l’éveil, dans un équilibre délicat.
        Dans un premier schéma nous verrons les noms de ces centres et les neurotransmetteurs très différents qui interviennent. Mais ensuite nous n’entrerons pas dans le détail de l’intervention de ces neurotransmetteurs et nous ne désignerons plus les centres par leurs initiales.
        En effet le but de l’article n’est pas de retenir tous les détails de ce fonctionnement, mais de montrer l’équilibre général qui provoque éveil ou sommeil.

        Le système de l’éveil  est constitué de deux voies distinctes :
                  - Une première voie, en bleu sur le schéma, passe par le Thalamus et utilise l’acétylcholine comme médiateur. Le thalamus régule toutes nos sensations et notamment la vue et l’ouie.
                  - La seconde voie, en vert sur le schéma est constituée de plusieurs centres du tronc cérébral (TMN, ATV, RD, LC), utilisant des amines comme neurotransmetteurs et ils vont maintenir en fonctionnement  les centres du cortex qui “mesurent” l’état de nos muscles, et commandent nos mouvements (circuit flèches vertes vers le haut) et agissent même directement sur ceux ci (flèche verte vers le bas (moelle épinière);
        De plus le téléencéphale basal (TB) agit sur le cortex frontal, chef d’orchestre du cerveau.

    Qui nous tient éveillé et qui nous endort ?


        Les neurones à hypocrétine (découverts récemment en 1999), excitent les centres précédents pendant la veille (circuit rose), tandis que les noyaux suprachiasmiques, (notre horloge biologique dont j’ai parlé  dans l’article précédent), vont avoir tendance à sécréter de la mélanine pendant le sommeil. par un circuit  vosin du circuit rose, mais qui touche aussi les neurones de l’aire préoptique ventro-latérale (VLPO), laquelle va contribuer au sommeil comme on va le voir plus loin.
        Cette alternance (hypocrétine-mélanine), nous incline à rester éveillés le jour et à dormir la nuit.

        Etre éveillé ou dormir résulte d’un équilibre, comme celui d’une balance :
         Lorsque le centre VLPO est activé, il inhibe (en produisant du Gaba, qui entraine des signaux négatifs dans les axones), les quatre centres TMN, VTA, RD et LC, (circuit rouge-orange) qui sont actifs lors de la veille et le sujet s’endort.       
        Au contraire, à l’éveil, ce sont ces centres qui inhibent VPO. (circuit jaune).         
    Le cas des circuits LDT, PPT et TB est plus complexe; ils sont inhibés (circuit rouge-vif) au moment de l’endormissement et du sommeil profond, mais ont un rôle différent dans le sommeil paradoxal.
        Ceci est vrai de jour comme de nuit, et veiller ou dormir résulte de cet équilibre. (voir schéma).
        Une lésion du VPO entraine chez les malades une insomnie quasi permanente.

    Qui nous tient éveillé et qui nous endort ?


        Pendant le sommeil paradoxal, les centres PPT et LCT, qui activent le thalamus, sont déshinibés et le thalamus et les centres des sensations sont actifs, mais par contre le centre TB reste inhibé et la connexion avec le cortex frontal ne se fait pas.
        Le cerveau peut donc créer des "images et sensations mentales", mais le cortexpréfrontal n'est pas au courant de ces sensations.
        C’est le moment où le cerveau envoie des données vers les centres des sensations et notamment les centres visuels, données dont se débarrasse le cerveau et qui sont les éléments de base des rêves lorsque l’individu se réveille, car c’est alors le centre TB qui se desinhibe, ce qui permet au cortex frontal de refonctionner, étant sensible à nouveau aux sensations externes, mais n’étant pas encore capable de raisonnement cohérent, d’où le caractère incohérent des rêves (ja vais faire des articles à ce sujet).
        Pendant cette période, le centre LC (locus coerulus du tronc cérébral) n'est pas complètement inhibé. Les muscles ne répondent toujours pas, mais on constate des mouvements oculaires fréquents.

        Un cas très spécial est celui du somnambulisme où les centres du circuit d'éveil ne sont plus inhibés, de telle sorte que les sensations et les commandes musculaires fonctionnent, mais le centre du téléencéphale basal (TB) continue à inhiber le cortex, de telle sorte que l'on n'a pas conscience de ce que l'on fait et qu'on n'en garde aucun souvenir.

        Finalement il existe donc deux circuits neuronaux, l’un qui entraîne l’éveil, l’autre qui entraîne le sommeil et qui s’inhibent à tour de rôle, dans un équilibre complexe.

       Dans les prochains articles, nous allons essayer de savoir à quoi sert le sommeil, puis d'examiner comment se forment les rêves.

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