•           La science formule des hypothèses, les vérifie en partie, mais ensuite les connaissances progressent et on remet en cause ce qui a été dit, sans forcément le renier, mais en le complétant, en le précisant.
              Le psychologue suisse Jean Piaget (1896-1980)  a observé et enseigné la psychologie des enfants et a défini 4 stades dans le développement de leur mental.

     Le stade sensori-moteur (de la naissance à environ 2 ans)

               Il correspond au développement et à la coordination des capacités sensorielles et motrices du bébé.
               L’intelligence du bébé est pratique et liée à l’action, à ses gestes, à faire la différence entre son corps et les objets externes.
               Il finit par avoir des représentations mentales, c’est à dire pouvoir se représenter une personne, un objet, en son absence.
                Sa famille est là pour le servir, notamment sa mère. Marcher lui donne une certaine indépendance.

    Le stade pré-opératoire (de 2 à 7 ans)

               A ce stade, les acquisitions de l’enfant au niveau de la fonction symbolique sont nombreuses (notamment l’acquisition du langage).
              L’enfant peut penser à ses actions sans les réaliser et il devient peu à peu indépendant dans ses actions.

              Il apprend à définir sa pensée par le langage.
              L’enfant est encore décrit comme « égocentrique ». Il a du mal à comprendre que d’autres puissent ne pas avoir les mêmes pensées que lui.
              Il va peu à peu acquérir ce que l’on appelle la  "théorie de l’esprit", c’est à dire avoir une idée de ce que l’autre pense. Des comportements comme garder un secret, mentir, dissimuler vont peu à peu apparaître.

    Le stade opératoire concret (7 – 12 ans)

              A ce stade, l’enfant acquiert une « mobilité croissante au niveau de ses structures mentales » et de ses réflexions. Ses théories de l’esprit deviennent plus subtiles, plus concrètes et plus prédictives.  iI peut envisager d’autres points de vue que les siens.
              
    Peu à peu il peut avoir des représentations mentales, c’est à dire faire certaines actions dans sa tête sans forcément un support concret.

    Le stade formel (12 – 16 ans)

               Il s’agit pour Piaget, du dernier stade. Par la suite, l'adolescent ou l’adulte pourra continuer à acquérir des connaissances mais il ne changera plus radicalement de vision du monde.
              L’adolescent manie des opérations mentales de plus en plus complexes, parce qu’il commence à raisonner sur de l’abstrait, sans être obligé de passer par le concret. Il peut réfléchir sur des notions existentielles : (le bien et le mal, l’infini, la mort etc.).

              Cette théorie reste en partie admise, mais elle est aujourd’hui complété par les neuropsychologues.

              D’abord il semble que chez le bébé, certaines aptitudes sont déjà programmées : par exemple le sens des nombres, le bébé évaluant visuellement une quantité approximative, ou la longueur d’une série d’objets (qu’il confond d’ailleurs avec le nombre jusqu’à ce qu’il apprenne à compter).
              L’adulte, bien que parvenu au stade formel, commet des erreurs de logique et de raisonnement. En fait notre inconscient est sollicité sur toute résolution de problème, avec le concours de la mémoire, et il suggère des solutions rapidement, mais qui sont en quelque sorte des intuitions, basées sur des analogies et comparaisons. Certaines de ces solutions peuvent être satisfaisantes, d’autres erronées.

              Certains psychologues, comme Olivier Houdé, estiment que si l’on veut ne pas céder top facilement à ces suggestions et intuitions, et parvenir à une étude logique, il faut que le cerveau ait une capacité d’inhibition, qui empêche de retenir trop hâtivement une solution basée sur des intuitions notamment à partir de perceptions visuelles, auditives iou tactiles.
              Ce processus demande évidemment un certain temps (quelques dizaines de millisecondes).

              L’IRM permet de voir que pendant ce délai c’est le cortex préfrontal qui est sollicité, et c’est une zone dont les neurones ont pour action d’inhiber une première réponse, qui est celle délivrée par l’automatisme, l’habitude et l’intuition, et d' obliger le cortex préfrontal à reconsidérer la question, à réfléchir et à appliquer une autre stratégie.
              L’enfant naît avec un cortex préfrontal capable de remplir cette mission, mais qui n’est pas mature, et qui doit apprendre ce processus d’inhibition du réflexe initial de ne pas faire confiance absolue aux sensations, et de reconsidérer le problème.
              Cette capacité d’inhibition peut être mise en lumière par des exercices ou des jeux, (par exemple « Jacques a dit » ou le « jeu du balai »). Elle se manifeste aussi lors de l’apprentissage de la lecture, car le cerveau ne différencie pas l’orientation droite ou gauche pour la reconnaissance des visages et objets, alors qu’il devra le faire pour des lettres telles que b et d.
               De nombreux exercices permettent de jauger la capacité d’inhibition des sujets, qui est une forme d'intelligence.

              En définitive, se développer c’est non seulement construire et activer des stratégies cognitives, comme le pensait Piaget, mais c’est aussi apprendre à inhiber des stratégies qui entrent en compétition dans le cerveau, et dont certaines peuvent être erronées;
              
    Le développement de l’enfant passe d’abord par celui de ses sens, d’abord apprendre à manipuler des objets et ensuite faire des opérations plus abstraites, à partir des perceptions, et les mécanismes mis en place par l’apprentissage sont très puissants, de telle sorte qu’ils peuvent induire en erreur le cerveau.

              Il faut donc que le cortex préfrontal apprenne à inhiber ces réflexes intuitifs pour se demander s’ils sont corrects et éventuellement rechercher une autre stratégie. Notre cortex préfrontal va ainsi mettre, peu à peu, depuis la naissance, de l’ordre de 20 ans à devenir mature.

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  •             J'ai montré hier que les singes supérieurs pouvaient par apprentissage, apprendre à utiliser des mots, posséder u vocabulaire entre 1500 et 3ààà mots et faire des phrases avec sujet (pas d'article), verbe (à l'infinitif) et complément, voire adjectif.
               Mais pourquoi ne parlent ils pas ?
               Pour répondre il faut d'abord que je décrive succinctement comment fonctionne la parole humaine.

               La parole humaine est un mécanisme très compliqué, qui met en jeu des organes complexes et c’est pour cela que les animaux, même s’il comprennent en partie le langage et pourraient imaginer les mots appropriés, (comme les chimpanzés), ne sont pas capable de parler, mais peuvent s’exprimer si on leur enseigne le langage des sourds-muets.
              Je me servirai pour vous l’expliquer de schémas parus dans des articles de Stéphanie Borel, médecin orthophoniste à l’hôpital Beaujon de Clichy.

    Pourquoi les singes ne parlent ils pas ?           Pour parler, il faut avoir de l’air dans nos poumons car ils servent alors de soufflerie, comme dans un orgue. On parle en expirant de l’air.
              Dans le larynx, l'air expiré fait vibrer la muqueuse des « plis vocaux », encore nommés cordes vocales (par analogie avec un instrument à corde, mais ces plis ne ressemblent pas à des cordes !). La fréquence moyenne de vibration des plis vocaux dépend de leur masse, laquelle est liée à l'âge et au sexe. (voir la photo ci contre à gauche).  
              Les pl[s vocaux sont ouverts lors de la respiration, laissant passer I'air librement.Lors de la phonation, les plis se rapprochent. La pression de I'air sous la glotte fermée augmente, les plis vocaux sont repoussés vers le haut, ils finissent par s'écarter et I'air s'échappe, ce qui crée une dépression entre les deux plis qui se rapprochent brusquement. La pression sous les plis augmente, de sorte qu'ils finissent par se séparer et le cycle recommence.
    Pourquoi les singes ne parlent ils pas ? 
             L’articulation de la parole met en jeu ensuite la langue, les lèvres, le voile du palais, et même les dents en tant qu’obstacle, et le passage de l’air (ou non) par les fosses nasales (voir la figure ci contre à droite).

               Les ondes de pression acoustiques ainsi créées sont amplifiées par le conduit vocal et les différentes cavités de résonance. Les parties fixes (dents, palais) et mobiles (langue, lèvres, voile du palais, luette) modulent les sons émis en phonèmes.   
               Par ailleurs la parole normale utilise la contraction pulmonaire au niveau du diaphragme, mais l’utilisation de la partie supérieure des poumons modifie considérablement la pureté de la voix.

               L'ensemble des sons de la parole, (ou phonèmes), est propre à chaque langue.   
              En français, les voyelles se distinguent par le degré d'ouverture de la mâchoire, la position de la langue, l'arrondissement ou l'étirement des lèvres et le passage ou non de l'air par les fosses nasales.            Les consonnes sont caractérisées par le flux continu ou discontinu de l'air, le passage (ou l'absence de passage) de l'air par les fosses nasales, l'articulation de la mâchoire, la vibration ou non des plis vocaux.    
             Pour imager cela, ci dessous, les schémas correspondant à 3 sons particuliers :

    Pourquoi les singes ne parlent ils pas ?

               
             Le cerveau intervient évidemment de façon importante, surtout au moment de l’apprentissage de la parole. Lorsqu'un son est émis, il est contrôlé, voire corrigé, écouté d’abord par le système auditif, interprété par le centre de Wernicke, reprogrammé éventuellement par le centre de Broca, qui commande ensuite des centres particuliers des « mouvements précis », qui coordonnent ensuite les ordres émis aux divers muscles

             La parole produite est modulée par la « prosodie », caractérisée, notamment, par l'accentuation, l'intonation, le rythme et la qualité de la voix (force, fréquence…). La prosodie permet d’exprimer des expressions et des émotions. (interrogation ou affirmation, la joie, la peur, l’ironie, la colère….).    
             Chaque individu a son propre timbre vocal que l'on reconnaît , comme on reconnaît un visage, si on l'a déjà entendu. Par ailleurs, on devine au timbre d'une voix les émotions éprouvées par la personne qui parle.

             Pourquoi les singes ne parlent ils pas ?
             Les babouins peuvent articuler certains sons voisins de ceux prononcés par l'homme, principalement 5 voyelles.
             Mais la configuration de leur appareil vocal est différent de celui de l'homme. Chez les primates, certes le dispositif qui produit la parole est bien complet, mais le larynx, principal élément de l’appareil phonatoire, se retrouve légèrement décalé, situé trop haut.
             Chez l'humain par exemple, il est en position haute chez le bébé, et descend progressivement à partir de 4 mois et jusqu'à l'âge adulte. Grâce à cet abaissement apparaît une cavité : la cavité pharyngée, délimitée par le dos de la langue.
             Chez les grands singes,  le larynx ne connaît que la position haute, même à l'âge adulte : il est situé presque au même niveau que la langue, et débouche immédiatement dans les cavités nasales. Par conséquent, leur cavité pharyngée n'est pas assez volumineuse. La gorge des singes ne peut donc pas donner toute leurs amplitudes et leurs contrastes aux sons émis par les cordes vocales. Bref, les possibilités vocales des singes sont inférieures à celles d'un bébé de 3 mois !
             Par ailleurs, si les singes supérieurs possèdent un centre de Wernicke et un centre de Broca, ce qui leur permet de "parler" le langage des signe, il n'est pas sûr que leur centre de Broca soit capable de commander les centres des mouvements complexes qui sont le siège des ordres pour les divers muscles qui permettent de produire la parole.
            Mais on n'a pas encore des informations pertinentes à ce sujet.

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  • L'homme est il le seul animal à parler ?

               J'ai fait les 23 et 25 septembre 2016 des articles sur le langage et en particulier les centres qui le produisent.
               Un correndant me demande dans un mail : "L'homme et il le seul à pouvoir parler. Qu'en est il du langage des animaux"
               C'est un vaste sujet; je vais essayer d'en aborder une partie.
               Mais il faut bien séparer l communication par des sons, le langage conceptuel sous forme de mots, la parole qui permet de vocaliser ce langage, et enfin la pensée qui utilise le langage.
               Aujourd'hui je vais parler du langage des animaux. Je me limiterai aux sons (ce qui n'est pas le moyen de communication le plus courant).

               Certains oiseaux ont un chant complexe, avec des "phrases" qui ne se répètent pas mais semblent évoluer en fonction des événements, et ils se répondent entre eux.
               Le petit pingouin que sa mère a laissé pour aller pêcher reconnait ses appels et la mère retrouve son petit au milieu de centaines de petits pingouins qui crient.
               Les éléphants communiquent par des cris dans des domaines où l'oreille de l'homme ne perçoit rien. Ils sont aussi sensible à des vibrations émises par leurs pieds sur le sol. Ils peuvent mémoriser les voix de plus d'une centaine de congénères de leurs groupes.
               Certains petits singes émettent des messages d'alerte qui ressemblent à des mots, et qui désignent de façon différente des prédateurs différents. Les femelles, en charge de gérer les déplacements du groupe, ont des systèmes de tours de parole et laissent les aînés s’exprimer les premiers.
               Les baleines communiquent entre elles par un "chant". Des chercheur ont montré que des baleines rencontrant un autre groupe de baleines, avaient pris leur façon de chanter pour pouvoir communiquer.
               Les dauphins ont un système de communication élaboré, par sifflements et clics. Ils se nomment les uns des autres, transmettent des connaissances aux petits, donner des messages d'alerte. Mais ces information ne sont pas regroupées et elles ne forment pas, au bout de générations, une culture.
               Certains oiseaux ont un chant inné, chez d'autre il est acquis. Si on transfère un très jeune perroquet dans un nid d'autres perroquets que parents, il apprendra le chant de ses nouveau parents.
               Les perroquets peuvent prononcer des mots de notre langage et faire des phrases, mais par imitation des sons. Ils peuvent même proférer certaines phrases dans des circonstances appropriées, mais là encore c'est par apprentissage. Ils ne comprennent pas réellement le sens des mots la plupart du temps, mais on peut les habituer à certains ordres.

              Les animaux domestiques s'intéressent à l'homme dont ils dépendent, et on peut leur apprendre à obéir certains mots, certaines phrases. Ils arrivent même à comprendre le sens non seulement de mots, mais aussi de phrases simples.
              Je donnerai l'exemple de mon chien t Truffe, un yorkshire, qui est resté 18 ans avec nous et avec lequel on communiquait souvent, ainsi que mes enfants. Il connaissait plus de 300 mots.                                      
              Pour certains mots on ne savait pas exactement ce qu'il comprenait : par exemple "promener", "dehors", "faire les courses", "on sort", on y va"  ..., c'était synonyme de sortir de l'appartement.
    Et bien sûr si on parlait de "laisse" il allait chercher son harnais et sa laisse. Et si on parlait d'auto, on le retrouvait devant la porte de la voiture, des fois qu'on l'oublierait !
              D'autres mots étaient précis : il nous connaissait tous par nos noms, et connaissait certains emplacements : les lits, les chaises, les fauteuils, le canapé, le coussin à Truffe...
              "Manger" et il allait près de sa gamelle. "boire" de son verre en plastique. Il adorait la crème de marron et le chocolat. Si l'on disait "marron-marron", il allait attendre devant le frigidaire, "chocolat, devant un placard, et si on lui donnait un biscuit, il commençait par le refuser.
              Plus compliqué, des mots et un complément : si ma femme lui disait la "toilette à truffe", il allait chercher sa brosse, mais si elle parlait de "toilette à Maman", il allait l'attendre devant la salle de bain.
              Bref il avait à peu près la compréhension d'un enfant de 18 mois, qui ne sait pas encore parler mais comprend beaucoup. Et on était parfois obligé de parler par périphrases pour qu'il ne comprenne pas. (par exemple si on voulait sortir sans lui !).

              Parlons maintenant de nos cousins les singes supérieurs.
              Dans les labos dont j'étais responsable, des vétérinaires, médecins et pharmaciens faisaient des études sur des animaux, surtout des souris, des cobayes ou des hamsters et des lapins. Mais quand il fallait voir les effets de médicaments sur le comportement sensé, on utilisait deux guenons chimpanzé. Mais il fallait leur appendre des comportements réfléchis humain et des chercheurs américains nous avaient conseillé de leur apprendre le langage des signes des sourds-muets.
             En rois ans ces jeunes guenons ont appris 1 500 à 3 000 mots dont des verbes (à l'infinitif sans la conjugaison) des adjectifs et quelques pronoms (je , tu il notamment)  
              Elles arrivaient à faire des phrases simples : sujet, verbe, complément et éventuellement adjectif, pour des actions pratiques de la vie de tous les jours.
    Elles "parlaient" donc avec leur mains, un langage simplifié humain.
    Et le plus extraordinaire est que 2 ans plus tard, l'une des guenons, devenue mère, apprenait le langage des signes à son petit babouin. Elle ne pouvait parler car le singe ne peut dire des mots.

              Je ferai d'ailleurs mon prochain article sur la parole humaine et son mécanisme.

              Voici donc quelques données sur le "langage des animaux". Je pense faire prochainement un article sur un sujet qu'on connaît mal : "Comment le langage est il né chez l'homme ?

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  • Le profil émotionnel de Richrd Davidson.

         J'ai parlé dans de précédents articles de l'intelligence, du QI, des intelligences multiples d'Howard Gardner,.
        Divers auteurs ont aussi fait des études pour mettre au point un QE, « quotient émotionnel », qui soit le pendant du QI sur le plan émotivité. Cela n’a jamais eu autant de succès que le QI.
        J’ai lu récemment des articles du Professeur Richard J. Davidson de l’Université du Wisconsin, qui a proposé d’établir un nouveau paramètre dans ce domaine : le « profil émotionnel » ou 6 processus favorisant la flexibilité psychologique.
        Son approche est originale, car il ne se place pas sur le plan psychologique avec un test à la clé (il en propose quand même, business oblige !), mais il essaie de rattacher les préférences psychologiques qu’il décrit, au fonctionnement du cerveau. Toutefois, dans ce que j’ai lu, cet aspect était succinct et peu expliqué, et n’apprenait pas grand chose de nouveau sur le fonctionnement du cerveau.
        Je vais essayer de résumer son approche.

        Un peu comme on le fait dans les préférences cérébrales ou dans le big-five, Davidson définit 6 comportements majeurs en matière émotionnelle : la « résilience » (ou résistance), « l’attitude ou la perspective», « l’intuition sociale », « la conscience de soi », la « sensibilité au contexte », et «  l’attention, la concentration ou la dispersion ».
        Je vais essayer de les définir.

    La résilience ou résistance :

        Nous sommes face à des problèmes, des difficulté, des déceptions, des échecs des deuils, des épreuves diverses… nous troublent, voire nous traumatisent et nous éprouvons colère, ressentiment, tristesse…
        La résilience ou résistance est l’habilité personnelle dont chacun de nous dispose pour se relever face à une situation difficile.
        On peut se relever rapidement en tournant la page, tirant les leçons de ses erreurs, ou bien « traîner » pendant longtemps ce qui s’est passé, ressassant remords de ce que l’on a fait, et regrets de ce que l’on n’a pas osé faire..

        D’après Davidson, les personnes peu résilientes se distinguent par la faiblesse des signaux allant du cortex préfrontal, qui aide à planifier, à créer et à analyser, à l’amygdale, le siège des émotions, notamment négatives, du stress de la peur, de la colère.
    Les centres amygdaliens prennent le pas sur le cortex préfrontal.

        Pour développer cette résistance, il faut prendre du recul vis-à-vis de ses émotions et d’affaiblir les associations d’idées négatives et catastrophiques, et stimuler l’activité du cortex préfrontal gauche, contribuant à inhiber les émotions négatives, en ayant recours à la réflexion et la logique.

    La perspective ou l’attitude :

        Dans le domaine des préférences cérébrales, on appelle cela pessimisme, face à l’optimisme. Davidson la définit comme l’attitude de voir plutôt le verre à moitié vide que le verre à moitié plein, et de ne pas savoir profiter des instants de joie de tous les jours.
        Etes-vous optimiste, prudent, sceptique, raisonnable… ou négatif ?

        Cette perspective négative reflète un manque de sécrétion de dopamine, une faible activité du système de récompense et notamment du noyau accumbens, et du cortex préfrontal, qui, par sa fonction de planification, aide à soutenir son activité.
        A mon avis, il simplifie beaucoup et néglige notamment le rôle de la sérotonine qui régule notre humeur.

        Pour lutter contre cette tendance, Davidson recommande de préférer, à la récompense immédiate, l’option qui vous apportera un plaisir supérieur, même s’il vous faut patienter, et de prendre le temps chaque jour de la visualiser.. Dites régulièrement merci et complimentez le plus souvent possible les autres; notez vos qualités et vos réussites plutôt que vos défauts et vos échecs.

    L’intuition sociale :


        C’est la capacité de décoder avec exactitude les signaux non verbaux des émotions d’autrui. Elle correspond à l’empathie. Les personnes socialement intuitives savent lire le langage du corps, l’intonation de la voix, les expressions du visage. Elles devinent quand quelqu’un veut parler de son chagrin ou quand il vaut mieux aborder des sujets légers.

        Les personnes qui n’ont pas cette qualité sociale une faible activité du gyrus fusiforme, impliqué dans la reconnaissance des visages et le traitement visuel, et par une forte activité de l’amygdale.
        Là encore, à mon avis, Davidson simplifie beaucoup. Il oublie de nombreux centres qui participent au dialogue social, au rôle des neurones miroirs, et ramène trop les aspects négatifs au rôle de l’amygdale.

        Pour booster cette qualité il faut s’entraîner à observer les expressions des visages,  à les comparer aux intonations du langage et essayer de déterminer si ceux-ci dénotent la joie, la tristesse, l’anxiété…
     
    La conscience de soi :

        C’est la capacité de décoder ses propres signes corporels internes indicateurs des émotions (rythme cardiaque, transpiration, tension musculaire…). et finalement de percevoir et de comprendre nos propres émotions et sentiments.
        Certains mettent des jours à reconnaître qu’ils sont jaloux, en colère, tristes. A l’inverse, d’autres sont assiégés de messages sur l’état de leur esprit et de leur cœur.

        Dans les deux cas, c’est l’insula – région profonde du cortex permettant de percevoir les conséquences physiques de nos émotions et de vivre intensément des émotions sensorielles – qui est en jeu. Elle n’est pas assez ou trop activée.

        Le remède : méditer sur soi, faire de l’introspection, mais de façon modérée.

    La sensibilité au contexte :

        C’est la capacité de moduler ses réponses émotionnelles selon le contexte social, de s’adapter, de changer sa façon d’agir.
        Certaines personnes réagissent différemment selon les gens avec qui elles parlent ou le lieu où elles se trouvent. D’autres restent les mêmes en toute situation et avec tout type de personnes.

        Lorsque les personnes sont « déconnectés » du contexte environnant, elles ont de faibles connexions de l’hippocampe aux zones du cortex préfrontal. L’hippocampe est surtout connu pour son rôle dans le fonctionnement de la mémoire et le stockage de souvenirs à long terme, mais il a aussi pour fonction d’adapter nos comportements au contexte.

        Un bon entraînement est de s’exposer, dans un contexte sans danger, à une situation que l’on redoute, Elle aide en effet les patients ayant vécu un stress à ne pas ressentir d’anxiété quand ils sont en sécurité, autrement dit à adapter leur réponse émotionnelle au contexte social.   

     L’attention la concentration ou la dispersion :

        C’est la capacité de center son attention sans se laisser distraire et de se concentrer sur une tâche.
        Parfois, nous sommes assaillis de problèmes, de préoccupations… et nous sommes incapables d’avancer dans nos obligations en ayant la tête ailleurs.
        Cependant, d’autres personnes réussissent à garder le contrôle. Elles mettent de côté cette avalanche d’émotions pour se centrer sur une tâche.

        Le cortex préfrontal est essentiel pour maintenir l’attention, tandis que le cortex pariétal sert de gouvernail au cerveau en dirigeant l’attention sur des cibles spécifiques.
        Là aussi Davidson simplifie beaucoup. Le problème de l’attention et de la concentration, lié à la conscience de soi, est complexe et mal connu. J’ai essayé de commencer à le traiter dans des articles.

        Il faut éliminer le plus possible les occasions de distraction, de sauter du coq à l’âne, et focaliser son attention sur des objets ou sujets particuliers, et ne pas essayer de faire plusieurs choses à la fois..
        En fait ce n’est pas si simple et on ne se force pas facilement à faire attention, car cela ne concerne pas que la volonté (voir mon article du 16 décembre 2018)

    Tests  correspondants :

        Le professeur Davidson a mis au point des tests pour déterminer ses propres caractéristiques, par exemple par six séries de 10 questions. Ce serait très londg à les recopier et en donner le résultat. Je vous renvoie plutôt, si cela vous amuse à un test paru sur le magazine « Femina », à l’dresse suivante :
    https://www.femina.fr/article/quel-est-votre-profil-emotionnel


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  • Le Quotient émotionnel

              Dans les précédents articles, nous avons parlé du Quotient intellectuel, puis des huit intelligences de Howard.
              Je voudrais terminer cette série par deux articles sur les aspect émotionnels.

              Résumons d'abord où nous en sommes :

              D'abord il ne faut pas attacher trop d’importance au QI, surtout pour un adulte.
              Par contre, vers l’âge de 9/11 ans (en CM2), c’est un bon indicateur pour  avoir une idée de ce qu’un enfant pourrait faire comme études, dans la mesure où il voudrait bien travailler.
             
    J’ai connu au Sahara un enfant d’une dizaine d’années, totalement ignare (c’était un esclave de nomades) et nous l’avions recueilli après une piqûre par une vipère à corne et pris en charge; nous lui avions appris rapidement à lire, à écrire et à compter et, à notre grand étonnement il avait un QI de 125. On l’a aidé à rattraper son retard et il a passé avec succès 6 ans plus tard, l'équivalent d'un bac professionnel, et 8 ans plus tard, un BTS de mécanique automobile et de conduite d’engins de travaux publics.


              Pendant des décennies, les psychologues ont voulu absolument relier l'intelligence et les performance dans un domaine précis, défini par Binet et mesuré grâce au QI.
              Des chercheurs ont étudié l'influence du savoir et de l'expertise par exemple les psychologues William Chase (années 70/80) et Herbert Simon (années 1980/2000) pour déterminer si les performances extraordinaires, par exemple aux échecs ou en mathématiques, dépendent d'une intelligence supérieure (très fort QI) ou au contraire de connaissances spécialisées.
              Le résultat n’est guère étonnant : les personnes d'intelligence supérieure et les experts résolvent les problèmes mieux que des novices, (c'est-à-dire les personnes ayant peu de connaissances dans le domaine en question).
              Parfois, une grande expertise compense une faible intelligence : des experts moins intelligents obtiennent des performances similaires à celles de novices très intelligents.
              En revanche, une grande intelligence est bénéfique même aux experts : les experts intelligents obtiennent généralement les meilleures performances (il semble exister une synergie entre expertise et intelligence, c’est à dire que des gens intelligents acquièrent plus facilement une expertise).
              Vous auriez pu imaginer ces résultats vous mêmesans connaître ces recherches : ils sont simplement logiques !

              Cela dit il y a des gens qui ont un QI très élevé et qui sont très mauvais en relations humaines !! (hélas j'en connais !!)

              Les psychologues parlent souvent “d’intelligence émotionnelle”.
             
     Ce terme a été proposé et défini en 1990 par les psychologues Salovey et Mayer. Ils définissent l’intelligence émotionnelle comme « une forme d’intelligence qui suppose la capacité à contrôler ses sentiments et émotions et ceux des autres, à faire la distinction entre eux et à utiliser cette information pour orienter ses pensées et ses gestes »  ou bien « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres »
              Les psychologues considèrent que les émotions sont apparues au cours de l'évolution pour permettre aux animaux de réagir rapidement en cas de danger.         .

              Une telle personne sait exprimer ses propres sentiments, les maitriser et les utiliser pour résoudre des problèmes concrets. L'intelligence émotionnelle consiste donc d’abord à savoir déchiffrer ses propres sentiments, et à bien les utiliser. Ainsi, plutôt que de vouloir masquer tel ou tel sentiment, une personne intelligente saura le communiquer aux autres et faire en sorte que ceux-ci adoptent une attitude appropriée (mais pas forcément la sienne !).

              Peut-on mesurer l'«intelligence émotionnelle» (un quotient émotionnel QE?).
           
      À la différence de l'intelligence mesurée dans les tests de QI, ce critère est évalué en référence à un contexte culturel lequel a une influence primordiale : par exemple une personne exprimant ouvertement ses émotions peut devenir une personnalité charismatique et respectée en Europe ou aux États-Unis, mais vraisemblablement pas dans les pays asiatiques. Dès lors, comment définir un comportement émotionnellement intelligent, sans faire référence à l'environnement culturel?
             Par ailleurs, on demande dans les tests de QE, comment la personne se comporterait dans telle ou telle circonstance. En fait la réponse est davantage liée à la représentation qu'a la personne d'elle même (et sa Persona), qu'à la compétence d'agir dans cette situation, qui serait la véritable intelligence émotionnelle.
              Dans les réponses aux tests de QE, il n'y a pas, comme dans le tests de QI, une réponse unique : elle est en général multiple.
              Certains tests d'intelligence émotionnelle se concentrent sur des aspects précis, telle la capacité de déchiffrer les sentiments. 

              L’intelligence classique et intelligence émotionnelle sont-elles liées?
              Le lien entre intelligence émotionnelle et intelligence abstraite, quoique faible, existe. Un QI élevé traduit souvent une grande capacité d'apprentissage, avantage indéniable pour s'imprégner de règles sociales et acquérir un savoir émotionnel.        
              L'intelligence émotionnelle s'acquiert-elle encore à l'âge adulte?
              Pour ce qui est de la plasticité de l'intelligence émotionnelle, les adultes peuvent changer de comportement et en acquérir un nouveau, même si c'est plus difficile que pour les jeunes. On peut s'entraîner à gérer son stress ou apprendre à mieux communiquer. De tels exercices étaient pratiqués bien avant que l'on commence à parler d'intelligence émotionnelle ! (par exemple quand j'étais jeune).
             De nombreux psychologues, tels Mayer et Salovey, considèrent que l'intelligence émotionnelle est à la croisée des émotions et des cognitions (les quatre types d'opérations mentales étant la cognition, les émotions, la motivation et la conscience).


              Certains psychologues pensent que contrairement à l’enfant et à l’école, durant les études universitaires ou dans la vie professionnelle, moins de la moitié de la réussite serait expliquée par la mesure du QI classique, et ils recherchent donc un critère susceptible d'évaluer les 50 pour cent restants. Ils espèrent quantifier les intelligences émotionnelles et sociales notamment et les autres aussi.
              Y parviendront-ils ? Je crains qu’il ne soit pas possible d'évaluer toutes les facettes du comportement d'un individu, ni de savoir précisément de quelle façon il est capable de réagir, parce que certaines qualités ne se révèlent que dans des situations exceptionnelles et imprévisibles. Et aussi parce que notre personnalité est faite d'antagonismes, les "préférences cérébrales" et que selon le cas nous utilisons l'attitude préférée ou au contraire l'antagoniste, de la même façon qu'un droitier utilise aussi sa main gauche, mais moins souvent.
              Personnellement j'aimerais bien des tests "sérieux" qui permettent d'évaluer la mémoire et la capacité à mémoriser (cela existe un peu), et d'autres pour évaluer le "bon sens" (je n'en ai jamais entendu parler.).


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