• Dans les discussions avec diverses personnes, à titre personnel ou dans mon métier, et surtout avec des jeunes en difficulté que j'i essayé d'aider, j’ai toujours été conscient d’une difficulté : différencier les sentiments, les émotions et les « états d’âme », et pour cela je crois qu’il faut bien les définir, et voir quelle est leur action respective.
        Sentiments et émotions font partie intégrante de la vie humaine en réaction à ce qui se passe dans l’environnement et en particulier nos contacts avec les autres. Ils sont toujours présents et accompagnent toutes nos actions même si nous n’en avons pas conscience.
        Les états d’âme font aussi partie de notre vie, mais de sont plutôt des réactions internes de notre cerveau.

        L’émotion est une réponse de notre cerveau (notamment de notre cerveau émotionnel, mais pas seulement), à un événement extérieur, à quelque chose qui nous arrive. Nous ressentons tout à coup quelque chose de très fort qui nous envahit pendant un moment, et parfois nous submerge.
        Sauf si on nous injecte certains produits dans le cerveau, il n’y a pas d’émotion sans un stimuli, un déclencheur externe, même si par exemple nous ne somme pas content d’une de nos actions, c’est par rapport aux conséquences externes de cette action que se situe l’émotion.
        L’émotion est forte, presque instantanée, relativement brève, et provoque en général une réaction de notre part. Elle se situe au niveau physique avant tout, car elle est caractérisée par la prise de conscience d’un ensemble de réactions physiologiques de notre corps (par exemple, augmentation du rythme cardiaque, transpiration, faiblesse ou contractions musculaires …).
    http://lancien.cowblog.fr/images/Psycho/plutchik2D.png    Les émotions radicalisent et simplifient notre conception des événements, même si elles restent foncièrement subjectives. Par les réactions qu’elles produisent, ce sont des « agitateurs sociaux » qui modifient notre relation aux autres et au monde.

        Beaucoup de psychobiologistes ont essayé de les caractériser et j’ai fait déjà plusieurs articles à ce sujet (03/05/2017 et 3 et 4 /10/2019 notamment).
        Parmi eux, l’américain Plutchik est l’un des plus connus, avec sa « roue des émotions primaires et secondaires » dont je reproduis ci contre une des nombreuses illustrations.
        Dans l’article du 18/06/2021, j’ai rendu compte d’études qui avaient été faites pour essayer de mieux comprendre les mécanismes cérébraux correspondants, mais, même si on peut mettre en lumière l’importance prépondérante de certains centres, en fait tout le cerveau participe plus ou moins aux émotions.

        Les sentiments sont quelque chose de durable et de précis (même si notre conscience n’en est pas totale), qui résultent en générale des émotions ressenties, mais qui en restent la composante durable, après intervention des fonctions cognitives intelligentes. Ils impliquent une appréciation que l’on retrouve dans l’expression       « avoir le sentiment de ».

        Ce sont en quelque sorte la partie durable de nos émotions qui provoquent des réactions semi-permanentes vis à vis des personnes ou de l’environnement. Ils gèrent nos émotions, nos pensées, nos actions, nos paroles.
        On aime ou on apprécie quelqu’un ou quelque chose; on éprouve de l’affection, de l’amour ou de la passion, de la jalousie, de la compassion, de la pitié pour quelqu’un.
        Ils sont plus au niveau conceptuel des idées, des jugements qu’à celui des réactions physiques. C’est en quelque sorte le passage de l’émotion à la pensée.
        Il peut y avoir mélange entre sentiment et émotion, quand la part physique est importante : c’est le cas de l’attirance par exemple.

        Les états d’âme sont différents, car ce sont plutôt des « états internes », qui peuvent même être « autoproduits » par notre cerveau. On en a conscience par l’introspection.
        Ils sont aussi une conséquence de nos émotions, et des événements extérieurs, mais ils sont moins intenses, plus durables et plus flous. Ils sont faibles et discrets, mais ont de la ténacité, et donc sont influents autant que les sentiments, mais de façon plus inconsciente et sournoise, avec un impact plus global que les émotions.
        Ils compliquent notre perception des événement avec un flou subjectif, mais représentent souvent aussi une perception plus complexe et subtile. Plus que nos rapports avec autrui, ce sont des « agitateurs interne », qui modifient nos rapports internes et notre vision du monde.
        Les émotions nous poussent plutôt vers l’action extérieure rapide et violente, alors que les états d’âme sollicitent notre réflexion intérieure et nous incitent souvent à changer, mais lentement.
        Les états d'âme peuvent exister durablement dans le sillage des émotions fortes, comme une traîne (l’état de béatitude dans lequel nous sommes après une grande joie ou de tristesse après une grande déception) . Mais ils peuvent aussi préparer  Ie terrain qui facilitera les émotions ultérieures : la morosité facilitant les coups de cafard et de tristesse, le ressentiment préparant les flambées de colère, la panique explosant après l’anxiété….
        Les états d’âme occupent plus notre vie que les émotions : nous passons plus de temps à être agacés qu’en colère.
        Il y a des multitudes d’états d’âme que le plupart des gens confondent avec les sentiments. Vous trouverez, par exemple, une liste de « 744 sentiments », répertoriés par Jean-Philippe Faure!, dont la presque totalité sont des états d’âme.
        Les psychologues ont essayé de copier sur la roue des émotions de Plutchik, en partant de certaines d’entre elles, cinq émotions vives, comme le montre le schéma ci-dessous. Les états d’âme puisent leur énergie dans les émotions et se diffusent ensuite comme des ondes.    A la jonction des émotions, des états d’âme mixtes.
        Au plan cérébral les états d’âme semblent moins rattachés à des centres neuronaux qu’à des neurotransmetteurs, la sérotonine et la dopamine notamment.

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       Il m’est arrivé souvent de discuter avec des personntes malheureuses de leurs états d’âme : on peut s’y noyer et c’est ce qu’on appelle la rumination, ou au contraire refuser de s’y pencher, ce qui est alors la fuite de soi.
    Ruminer, c'est se focaliser, de façon répétée, circulaire, stérile, sur les causes, les significations et les conséquences de ses problèmes, de sa situation, de son état, c'est s'enliser dans des « pourquoi » flous et sans fin.
    On reste inactif, assis sur ses problèmes que I'on garde bien au chaud, en soi, en les laissant se développer : les anglais appellent cela brooding, l’action de couver. C’est le terrain des remords et des regrets.
        La rumination a des raisons mais aucun objectif précis : elle n a donc pas de fin. Les états d'âme y sont perpétuellement recyclés, n'évoluent pas et reviennent sans arrêt au même point de départ. Les états d'âme négatifs deviennent chroniques, et leur dimension émotionnelle persiste longtemps après la disparition des éventuels problèmes (si tant est qu’ils aient jamais existé). On ne cherche pas les solutions possibles et cela nous empêche donc de toute action.

    Quatre remèdes à ce type de situation : d’abord essayer d’être conscient et de lister ses états d’âme, pour mieux s’en sortir. Ensuite limiter les dérapages en pensant le moins possibles aux remords et regrets, c’est à dire au passé. Puis au contraire, penser à l’avenir, avoir des projets, partir des rêves, voir ce qu’il y a de réaliste dedans et les transformer en objectifs, puis s’en donner les moyens. Enfin profiter le plus possible des instants présents, de toutes les petites joies de tous les jours, la moisson des activités et instants heureux : aussi bien le travail que la lecture, la musique, les copains, sa famille, son amoureux(se), le sport ou une balade et la beauté d’un panorama ou d’un musée.
        La sérénité et le bonheur passent par la maîtrise de nos états d’âme, mais évidemment c’est plus facile si nous somme optimistes plutôt que pessimistes.

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  • http://lancien.cowblog.fr/images/Images2-1/filletristehaineamourhatelove133549.jpg

        J'ai connu bien des personnes qui ont eu des chagrins d’amour. Parfois c’est bénin et cela guérit vite, parfois c’est plus grave parce qu’on était attaché à l’autre, et les premières semaines, voire les premiers mois, sont difficiles. Certes le temps apaise les souffrances, mais c’est dur d’oublier.
        Les raisons des ruptures sont bien diverses. Le plus souvent c’est qu’en fait, on a pris une attirance pour un véritable amour.
        Attirance parfois uniquement physique (un chansonnier,clavier Querty américains  disait crûment : j’ai pris pour de l’amour avec un grand « A », l’amour avec un petit « q »).
        Mais aussi attirance sentimentale, mais voilà c’était trop rapide, on ne connaissait pas bien l’autre et une fois la flambée passée, la nouveauté, l’entente et les activités communes n’étaient plus là et on s’ennuyait ensemble.
        Dans d’autres cas, cela s’était mal passé, bien souvent le garçon s’étant comporté comme un mufle (mais parfois aussi la fille comme une mante religieuse). Là c’est plus facile de guérir plus vite. Il y a un ressentiment de la conduite de l’autre et il suffit de  trans-former alors l’amour en haine.
        Haine est peut être un grand mot, mais il faut tuer l’amour qui restait pour que le traumatisme cesse.

        Mais c’est vrai qu’amour et haine sont des sentiments très proches qui évoluent assez facilement l’un vers l’autre. Alors peut on expliquer cela ?
        Pour cela nous allons parler d’un centre très particulier du cerveau : le cortex insulaire ou « insula », qui a un rôle important dans certains de nos sentiments.
    http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/insula-copie-1.jpg
        L’insula est une partie du cortex cérébral, dont la position en repli à l’intérieur des circonvolutions cérébrales, la rend moins accessible (voir schéma ci dessus) d'où son nom  « d’île » au milieu du cerveau. Voilà pourquoi elle est  restée méconnue pendant longtemps, (bien que découverte en 1796 par un médecin allemand Reil), jusqu’à ce que des neurobiologistes comme Antonio Damasio, l’un des spécialistes de l’étude du mécanisme cérébral des sentiments, mettent en évidence son rôle dans nos sentiments.
         En fait il est difficile d’étudier ces problèmes, car si on peut faire de l’expérimentation animale pour étudier des problèmes physiologiques, et même certaines émotions, la conscience des sentiments est une spécificité humaine, qui ne peut être étudiée qu'avec la coopération de sujets humains. Mais on ne peut évidemment disséquer leur cerveau.
        Toutefois souvent les réactions sentimentales sont concomitantes avec des réactions physiologiques et celles ci peuvent aussi être étudiées.

         L’insula est un centre qui comprend des récepteurs de nos réactions viscérales, et elle est apte à nous faire prendre conscience de ces bouleversements corporels internes associés à la moindre de nos émotions. Elle reçoit en particulier des informations en provenance du thalamus, des centres amygdaliens et de l’hypothalamus sur le niveau de douleur, notamment viscérale, la régulation de la température, l'irritation, le niveau d'oxygénation local ou encore le sens du toucher.
        Elle participe à la conscience de l’état du corps, notamment la capacité de mesurer son propre rythme cardiaque et de ses anomalies éventuelles. Il semble qu’elle soit impliquée dans la conscience de nos mouvements, notamment des mains et des yeux, en relation avec les centres moteurs et du toucher.
        Finalement l’insula est en partie, responsable de la conscience de soi, dans la mesure où elle est d’abord une prise de conscience de notre corps, puis de certaines réactions psychologiques comme les émotions et les sentiments. Les émotions se traduisent en particulier par des réactions viscérales auxquelles l’insula serait sensible, et plus généralement, elle associerait un contexte émotionnel adéquat à des réactions sensorielles données de notre corps.

        La partie antérieure de l'insula, surtout dans l'hémisphère droit, est davantage développée chez les humains et les grands singes que chez les autres espèces animales. Cela permettrait un décodage plus précis de nos états sensoriels, et donc par exemple, à une simple mauvaise odeur, de devenir un sentiment de dégoût, ou encore au toucher d'une personne aimée, de se transformer en sentiment de délice.
        Le désir sexuel et sa satisfaction concernent de nombreuses aires cérébrales, mais principalement l’hypothalamus, le noyau accumbens et le circuit de la récompense.
        Les bases biologiques de l’amour sentimental diffèrent de celle du plaisir sexuel et même des circuits des émotions, mais ont de nombreux points communs  avec la motivation et le puissant désir de récompense impliqué dans l'amour humain. Le circuit de récompense est donc  aussi très actif.
        Alors que le désir sexuel permettrait aux individus d’avoir des relations avec un certain nombre de partenaires,le sentiment d’amour (dit romantique), les motiverait à se concentrer sur un seul partenaire et ensuite l’attachement se créerait entre les partenaires, pour grandir dans un environnement stable et pourvu des ressources nécessaires à son développement.
        Bien entendu de nombreux centres interviennent dans ces sentiments liés à l’amour.

        L’insula et le putamen sont en particulier impliquées dans la conscience et les réactions à la fois de l’amour et de la haine.
        Il semble que la partie antérieure de l’insula ait un rôle important dans des émotions subjectives, telles que l’amour, la haine, le ressentiment, la confiance en soi ou l’embarras. Des dommages à l’insula conduisent à l’apathie et à l’incapacité d’exprimer nos sentiments ou ceux d’un interlocuteur. Ces incapacités de l’insula sont rencontrées dans l’autisme et d’autres troubles neuropsychiatriques.
        Le putamen serait davantage impliqué dans la jalousie et des réactions plus violentes, notamment en cas de rupture ou d’agression.
        Par contre les régions concernant la colère, le danger et la peur relèvent des centres amygdaliens.

        Finalement il apparaît dans diverses études neurobiologiques, que les mêmes régions du cerveau sont concernées par l’amour et la haine, qui sont donc des sentiments très voisins. Différence importante toutefois, entre les sentiments d'amour et de haine, de grandes régions du cortex frontal se désactivent avec l'amour, (l’amour est aveugle : on ne voit pas les défauts de l’être aimé), contrairement à la haine, où seule une petite partie est désactivée (la critique est alors courante et parfois pour nuire, blesser ou tirer vengeance).
        Autre différence l'amour romantique s'adresse à une seule personne, alors que la haine peut être dirigée vers un groupe de personnes, comme c'est le cas pour la haine raciale, politique ou l’homophobie.   
        On considère souvent la haine comme une passion malveillante qui devrait être domptée, contrôlée et éradiquée, mais pour un biologiste, la haine est une passion présentant autant d'intérêt que l'amour. Comme l'amour, la haine est souvent en apparence irrationnelle et peut mener des individus à réaliser des gestes héroïques ou malveillants.
        Et en cas de rupture notamment, on passe facilement de l’amour à la haine. C’est plus rare en sens inverse, mais on en trouve des exemples.

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  •           J'ai fait plusieurs articles sur le cerveau émotionnel et sur la maîtrise des émotions, mais je me rends compte que je n'ai pas défini plus précisément les émotions et notamment la différence avec les sentiments, et les réactions de notre corps.
              Il est utile de préciser ce que sont les émotions, car ce n’est pas si simple que cela et même les neuropsychologues ont du mal à donner des définitions claires. Un chercheur connu portugais Antonio Damasio, professeur de neurologie aux USA, a écrit plusieurs livres passionnants à ce sujet. On trouve aussi des articles intéressants écrits par le Laboratoire des mécanismes cognitifs de l’université de Lyon et par le professeur David Sander, du Laboratoire d’étude de l’émotion de l’université de Genève.

               Alors je reviens sur le sujet : qu'est-ce qu'une émotion ?

              L’émotion est considérée aujourd’hui comme un phénomène complexe se développant dans tout le cerveau (et pas seulement le cerveau émotionnel, même si celui-ci a une part prépondérante), ce phénomène ayant cinq aspects différents, qui interviennent succes-sivement, mais coexistent, à la suite d’un événement extérieur (le plus souvent, mais ce peut être aussi un événement intérieur, une pensée...), qui est le déclencheur de l’émotion.
              Le schéma ci-dessous décrit le phénomène :

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              Pour simplifier, nous prendrons un événement extérieur, qui est détecté par nos sens, principalement la vue et l’ouïe.
              Cette sensation, avant d’être consciente est transmise aux centres amygdaliens, qui, en relation avec l’hippocampe qui actionne la mémoire, fait une première évaluation du danger, avant de rendre compte au patron, le cortex préfrontal, qui lui va faire une analyse rationnelle.
              Il y a donc une évaluation de la situation, qui va déterminer la nature et l’intensité de la réaction émotionnelle.

              Il y a très vite, car ce sont les centres amygdaliens qui les provoquent, par le canal du système nerveux sympathique, des réactions physiologiques  : modification du rythme cardiaque, de la tension sanguine, mobilisation des réserve d’énergie, préparation des muscles à agir..
              C’est une réaction corporelle de préparation à l’action.

              Il y a alors une réaction de certains centres du cerveaux émotionnel, notamment les cortex insulaire et cingulaire et du cortex préfrontal, qui engendre une attention sur le phénomène en cause et une certaine motivation pour réagir à l’évènement.
              Cette motivation va engendrer éventuellement des actions, suite à l’événement.

              Une réaction particulière rapide est l’action sur les muscles, ceux de la face notamment, et sur la voix.
              L’émotion peut engendrer des gestes, des expressions faciales, des manifestations vocale (le cri de surprise, de douleur..), le ventre qui se contracte, le manque d’air, le coeur qui se serre.
              C’est une expression engendrée par l’émotion et dont les centres amygdaliens sont les principaux instigateurs, à l’origine.

              Le cortex préfrontal est évidemment mis au courant de ce qui se passe et décide certaines actions notamment vis à vis de l’environnement, actions de sauvegarde, mais aussi actions éventuelles de communication.

              C’est une prise de conscience de son état émotionnel qui amène éventuellement à le verbaliser et en général à essayer de le contrôler.
              C’est à ce stade que l’on peut parler de sentiment.

              L’émotion est donc un phénomène dynamique complexe, provoqué par un événement extérieur ou interne, qui déclenche le processus émotionnel.
              Dans les quelques fractions de seconde, ce sont surtout les centres amygdaliens qui entrent en action, pour pouvoir faire face à un éventuel danger, mais peu à peu, de nombreux centres du cerveau vont participer au processus, mettant en jeu notamment de nombreux transmetteurs chimiques.
              Le sentiment est la prise de conscience de ces émotions, et «les sentiments» sont finalement le résultat latent d’émotions ayant trait à des émotions de nature voisine (aimer quelqu’un par exemple).
              Par contre il ne faut pas confondre ce stade passager d’émotion avec un état prolongé, dont l’origine événementielle est diffuse et multiple, que le langage courant appelle les « états d’âme » ou « l’humeur », et qui résulte en général de l’action plus ou moins anormale de neurotransmetteurs, en particulier la sérotonine, qui engendrent des réactions d’autres centres nerveux, et éventuellement du corps (les crises de larmes par exemple..), qui peuvent être des émotions passagères.
              Il faut aussi être conscient que ce processus qui met en jeu de nombreux centres du cerveau va dépendre de leur état et des influences, notamment de la mémoire ou de certains mécanismes de transmission (comme notamment les blocages suite à des traumatisme).
              Un même événement peut donc engendrer des émotions différentes suivant le moment où elles se produisent et selon les individus.

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  • http://lancien.cowblog.fr/images/Animaux3/MaudDescampstarentule930x620.jpg
                J'espère que cette image fera hurler de terreur certain(e)s de mes lectrices et lecteurs; mais elle ne faisait pas peur à madame M.

                Je vous ai souvent parlé du rôle de certains de nos centres nerveux, notamment les centres amygdaliens, impliqués dans toutes les émotions, et à l'origine notamment de l'impression de peur, de danger, de crainte.
                Ce sont des centres qui veillent sur notre survie, et sont directement liés aux organes visuels, et de l'ouïe, qui leur transmettent directement des informations en quelques millisecondes, sans le relais du thalamus, qui ensuite analyse les perceptions et transmet l'information au cortex préfrontal, chef d'orchestre du cerveau.
                Recevant ainsi des informations vitales en temps réel, les centre amygdaliens peuvent déclencher des alertes et des mesures de défense, de fuite ou de préparation à l'action, de façon rapide et inconsciente, avant que le cortex frontal, auquel ils ont envoyé l'information de danger, ait mis les quelques secondes nécessaires pour analyser la situation.
                J'ai lu un article qui met bien en valeur le rôle de ces centres amygdaliens.

                Il s'agit d'une femme de 44 ans, qui souffre depuis son adolescence, d'une maladie génétique très rare, qui a peu à peu détruit ses centres amygdaliens, dont des neurologues ont étudié le cas et ils ont constaté qu'elle n'avait peur de rien et très peu conscience des dangers.
                Elle joue avec les serpents, leur gratte les écailles de la queue et le bout de la langue, et elle voulait caresser une tarentule.
                Mêlée à la foule de visiteurs d'un parc d'attractions destinées à vous donner la chair de poule, elle était la seule à ne pas hurler de terreur.
                Elle est normale au plan des autres émotions : joie, surprise, tristesse; un peu moins sujette à la colère (l'amygdale y participe beaucoup).
                Elle habite dans un quartier mal famé et a été plusieurs fois victime d'agressions, mais elle continue à s'y plaire et n'a pas de séquelles psychologiques.
                Elle a finalement eu de la chance de survivre à de nombreux dangers dont elle n'a pas conscience et même quand on les lui explique, elle n'en prend pas bien la mesure, car elle ignore ce qu'est le sentiment de crainte et de peur.
                Heureusement la communauté scientifique, intéressée par son cas, veille soigneusement sur elle.

     http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/limbic-copie-1.jpg
                Le schéma ci-dessus ne comporte que la vue d'un hémisphère. Les centres amygdaliens se trouvent dans les deux hémisphères au bout des deux circonvolutions de l'hippocampe.           

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  • http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau2/cerveauconsciencemoi.jpg
                Chaque être humain change sans cesse a mesure que le temps et l’expérience modifient peu a peu son corps et sa façon d’être, ses comportements. 
                Mais, à coté des changements que nous subissons malgré nous, du fait de l’environnement et du temps, dans quelle mesure sommes-nous libres de changer ? Avons-nous le choix d’évoluer dans le sens que nous souhaiterions ? C’est ce que l'on demande souvent.
                Changer, c'est apprendre de nouveaux comportements, (c’est à dire les façons d'agir, de penser et de sentir dans une situation donnée), mieux adaptés, et abandonner des comportements anciens devenus inutiles ou nuisibles.
                Mais pour changer, encore faut il bien se connaître. De plus il s’agit d’apprentissage et il faut en respecter les procédures.

                Aujourd’hui, je voudrais dire quelques mots de la conscience qu’a chaque être humain de lui même, ce que les psychologues appellent la « conscience du soi ».                                   
                Quels sont les éléments qui sont responsables du fait que nous ne sommes pas des zombies, des automates qui seraient sans véritable conscience d’eux mêmes et de leur environnement. Car nous sommes conscients d’une frontière nette entre nous et l’environnement matériel ou des autres.            
                Pour nous, nos pensées, nos souvenirs, nos motivations, nos sentiments, nos émotions, nos désirs, nos actions nous appartiennent en propre, et même si nous essayons de comprendre celles ou ceux d’autrui, nous savons que ce ne sont pas les nôtres.
                C’est la première caractéristique du « soi ».

                 Une autre propriété du « soi » est sa stabilité apparente: nous sommes persuadés que ce cadre de nos pensées, nos sentiments, nos actions est assez constant et stable. En fait il évolue en permanence puisque chaque événement, chaque expérience influe sur notre physiologie et sur notre psychologie. Des changements profonds sont apportés insensiblement par l’éducation, l’instruction, le métier…par la vie.   Au bout de quelques mois l’enfant maîtrise ses mouvements, entre un an et 18 mois il reconnaît son visage dans un miroir, A deux ans le langage lui apporte la conscience du
    « je » puis celle de ses principales émotions, dans la mesure où il peut les nommer. A l’école, ses expériences se multiplient par le contact avec les autres. Le « soi » est en pleine évolution jusqu’à la maturité.   

                Antonio Damasio, neurobiologiste portugais qui enseigne à l’Université de Califormie, définit trois niveau du soi :

                Ce qu’il appelle le « protosoi », qui est une représentation neurologique inconsciente de ce qui se passe dans notre organisme, des défauts du maintien de son équilibre (de « l’homéostasie »). Les principaux acteurs sont l’hypothalamus (qui contrôle l’hypophyse) et le tronc cérébral, ainsi que quelques noyaux du cerveau central. Nous n’en avons conscience que lorsque l’hypothalamus fait remonter des informations au cortex préfrontal : (par exemple, je suis fatigué, j’ai faim …).
                Il semble que le cortex insulaire inférieur, et notamment l'insulta, à la limite des lobes frontal et pariétal, soit le centralisateur de la conscience de notre « soi corporel ».

                 Un niveau intermédiaire, qui est une conscience de notre « soi » dans l’espace et le temps ; c’est notamment le monde de nos sensations, générées par nos organes des sens, interprétées par des centres spécifiques, coordonnées par le thalamus, et aboutissant à des centres spécialisés de stockage des informations, dont les plus importantes sont signalées au cortex préfrontal. Toutefois les centres amygdaliens, les cortex cingulaire et insulaire interviennent aussi dans ce processus car intermédiaires entre ces sensations et les réactions émotives. Ce « soi » appartient au présent.

                Le niveau supérieur est le « soi autobiographique », qui est ce que nous avons mémorisé de notre vie : tous les apprentissages événements, expériences, images .. et qui appartient donc au passé.Il s’appuie sur le langage et sur des schémas, représentations, images, et fait donc intervenir les centres du langage, l’hippocampe (professeur de la mémoire), et tous les centres de stockage du langage, des souvenirs, des images, des concepts appris…Evidemment le cortex préfrontal intervient comme coordonnateur.
               De nombreux neurobiologistes ont montré que, dans les moments où la conscience du soi intervenait, le cortex préfrontal médian est beaucoup plus actif lorsque quelque chose se rapporte à nous. Ainsi il s’active, avant même que nous ayons vu notre image dans une glace, quand nous avons l’intention de faire cet acte. Au contraire il s’active moins quand nous sommes face aux mêmes circonstances mais concernant un autre que soi.
               Dans un jeu vidéo, les cortex préfrontal et pariétal sont davantage activés lorsqu’il s’agit des actions du personnage, censé nous représenter que pour celle des autres.  
                Cette fonction du soi, entraine aussi d’autres phénomènes : la même action n’a pas la même conséquence quand elle vient de nous, au lieu d’un tiers, car nous savons qu’elle allait arriver puisque nous en avons donné l’ordre : ainsi nous réagissons peu quand nous nous chatouillons nous mêmes. 
                Nous ne nous entendons pas parler car il y a alors une inhibition des centres de la parole vers ceux de l’audition. De même certains transferts du cortex pariétal qui reçoit des sensations corporelles, vers le cortex préfrontal, n’a pas lieu si ces sensations résultent d’une action ordonnée par le cortex préfrontal (qui planifie nos actions), et qui a envoyé au cortex pariétal l’information de l’ordre d’action préalablement donné.  
                Par ailleurs le « soi » aide à contrôler ses émotions en en réévaluant les paramètres.            

                Quelques mots pour ceux qui aiment l’histoire : Héraclite en 500 avant JC disait « connais toi, toi même. Descartes vers 1600 opposait corps et esprit (voir la citation en haut de mon blog), et disait « je pense donc je suis ». Kant disait vers 1800 que l’esprit humain construit son propre monde, alors que Hégel, à la même époque, dissait que le soi était un état supérieur de la conscience. James, un peu avant 1900 considérait soi et émotions comme des fonctions cérébrales et Freud au début du XXème siècle, appelait l’attention sur le rôle de l’inconscient.

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