• Cannabis, tabac et alcool.

              On parle beaucoup actuellement de dépénalisation du cannabis.

              Un de mes lecteurs trouve mes articles, écrits sur un autre blog, à propos du cannabis, trop alarmants et me dit que fumer du cannabis n’est pas dangereux, beaucoup moins que consommer du tabac ou de l’alcool et qu’on a tort de le qualifier de drogue douce, car il n’y a.aucune dépendance au cannabis
              Je ne suis pas d’accord avec lui.  

              Les termes de “drogue douce” et “drogue dure” sont couramment utilisés par les chercheurs et les médecins : ils désignent des produits en général psychotropes (d'où le terme de drogue) à forte dépendance physiologique (les drogues dures) ou à faible dépendance, celle ci étant plutôt psychique (drogue douce), ce terme méritant d'ailleurs certaines précisions.
              Les études des années 1990 sur le cannabis, que cite mon correspondant dans son mail, étaient très incomplètes et des études plus récentes (2005 -2006), puis en 2014/2016, utilisant les moyens d'investigations actuels sur le cerveau, sont plus complètes et plus pessimistes.
              Par ailleurs on ne peut comparer "en bloc" un “danger” qui a des facettes multiples.

              Si on compare la dépendance physiologique cannabis, alcool et tabac, effectivement la dépendance physiologique au cannabis est moindre.
              Il faut des “doses” de “tétrahydrocarbinol” (ou THC, le principe actif du cannabis) très importantes pour induire une dépendance physiologique, ce qui implique de fumer plusieurs joints tous les jours.
              Au contraire la nicotine entraîne une dépendance plus ou moins importante selon les personnes et la façon dont elles fument. L'arrêt de l'usage du tabac peut entraîner un véritable “manque”, sans compter l'effet sur la prise de poids.
              L'alcool entraîne également une dépendance assez variable suivant les individus, car elle dépend, évidemment des quantités régulièrement absorbées, mais aussi de la réaction de l'organisme qui a une capacité plus ou moins importante de destruction de l'alcool absorbé.

              Par contre la dépendance psychologique du cannabis est au moins aussi importante que pour l'alcool ou le tabac. Il s'agit d'une réaction de nos “centres d'apprentissage”  qui sont aussi les “centres du plaisir” comme les appellent les journalistes
              Il s'agit de l'incitation à refaire à nouveau (ou corriger), une action qui nous a apporté un bénéfice, une amélioration de notre condition, un plaisir...
              C'est par la répétition et la sélection des résultats par ces centres d'apprentissage, que nous apprenons chez le bébé à prendre des objets, à marcher, chez l'enfant à lire, écrire et le comportement de tous les jours et chez l'adulte de nombreux mécanismes et une certaine expérience.            
              Mais ce sont aussi ces centres qui nous incitent aussi à refaire une action qui nous a apporté du plaisir à court terme, sans se soucier des conséquences à moyen et long terme.
              L'usage régulier du cannabis entraîne une telle dépendance au moins aussi importante que pour l'alcool et plus importante que pour le tabac, l'addiction (l'habitude pour être plus simple), résultant pour le tabac, plus du manque de nicotine, de la peur de grossir ou de la manipulation de la cigarette par les doigts.

     

              En ce qui concerne la dépendance “sociale”, l'usage du cannabis et du tabac résultent en partie d'un besoin de faire “comme les autres” ou pour un ado “comme les adultes”.
              C'est moins le cas de l'alcool.
              Par contre, alors que fumer du tabac est plutôt une action individuelle, fumer du cannabis ou boire de l'alcool est souvent une “occupation de groupe”.

              En ce qui concerne les dangers, il faut voir divers aspects.
              Le plus gros danger du cannabis actuellement est la conduite d'un véhicule Dans ce domaine le tabac n'a pratiquement aucun effet.
              On connaît les effets de l'alcool et 30% des accidents environ sont dûs à ces effets.
              Mais ce qui est moins connu c'est que dans ce domaine, fumer du cannabis est encore plus dangereux. Le cannabis modifie les perceptions et notamment l'interprétation de la vision par le cerveau; les réflexes baissent considérablement et  il diminue l'évaluation du danger, et donne une confiance exagérée. Fumer plusieurs joints augmente de façon importante le risque d'accident, la personne sous-évaluant les limites dangereuses des manoeuvres.
              D’où des accidents dus au cannabis aussi nombreux qu’à l’alcool.

                  En ce qui concerne les effets à court terme autres que les effets sur la perception et l'attention, le cannabis entraîne des troubles de la mémoire, et une incapacité à réfléchir et travailler par perte d'attention, mais il semble que pour la plupart des fumeurs, ces phénomènes soient passagers et le trouble disparaît si on arrête de fumer.
              Toutefois de récentes études semblent montrer que pour les très gros fumeurs une atteinte permanente de la mémoire est possible et on n'a pas assez de recul pour connaître les effets à long terme, mais une certaine suspicion règne car l'atteinte de l'hippocampe (le “professeur” de la mémoire), est toujours inquiétante (c'est cette atteinte qui est à la base de la maladie d’Alzeimer).
              Des études récentes américaines sur des fumeurs de longue durée (plus de 10 ans), et qui ont commencé jeunes (16 ans), montrent une baisse systématique du QI due surtout à une diminution des capacités de la mémoire, qui semble alors irréversible, par atteinte des neurones. Mais la diminution des capacités d’attention, de concentration et donc de réflexion ont également une influence.
             A long terme on connaît les effets du tabac sur l'appareil respiratoire et de l'alcool sur l'appareil digestif et le foie.

              Enfin on connaît aussi les effets cancérigènes de l'alcool et surtout du tabac. Ce qui est mal connu et non encore quantifié de façon certaine, c'est l'effet du cannabis, car il faut un recul de plusieurs dizaines d'années pour se prononcer.
            Toutefois on peut mesurer les quantités de goudrons cancérigènes absorbées et on sait que fumer deux ou trois joints équivaut dans ce domaine à environ un paquet de tabac avec filtres.

              La raison invoquée par les fumeurs est en général l’oubli de leurs difficultés et ennuis. Mais si cela soulage un moment, ces problèmes persistent et doncd’une part ils sont encore plus préoccupants quand l’effet du cannabis diminue et cela incite à recommencer à fumer.

              Les effets du cannabis sont encore mal connus. Mais les études récentes semblent montrer qu'il est plus dangereux que l'alcool en ce qui concerne la conduite de véhicules et que les effets à long terme qu'il est susceptible d’entraîner, sont probablement plus nocifs que ceux du tabac.
              A faible dose, il entraîne des effets à court terme gênants, notamment sur la mémoire et la volonté, mais qui seraient, semble t'il, réversibles.
              Et surtout le cannabis induit une accoutumance psychique qui incite à continuer à fumer des joint et donc à provoquer des effets nocifs.

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  • Les danger de la "biture express" ("binge drinking")

                  Je suis souvent assez effaré du comportement des jeunes aujourd’hui.
                J’avoue ne pas comprendre l’intérêt de ce qu’ils appellent le « binge drinking » ou « biture express », amusement qui consiste à boire le maximum d’alcool en un temps record pour parvenir à l’ivresse, au point de tomber raide par terre, parfois jusqu’au coma éthylique. 
               
    J’ai lu récemment un  compte-rendu de recherche qui montre que cette pratique n’est pas sans danger pour le cerveau, publié par trois chercheurs sur les effets de l’alcool, Fabien Gierski de l’Université de Reims, Mickael Nassila et Olivier Pierrefiche.

               Certes presque tous nos neurones existent à notre naissance, mais leur chimie  les synapses se transformeront profondément par apprentissage et à chaque perception, et surtout d’une part le cortex frontal n’est pas mature avant 20 ans (voire 25), et tous les jours il naît quelques centaines de neurones dans un  centre de l’hippocampe, dont le rôle est de différencier des souvenir successifs qui se ressemblent.
               La pratique du "binge drinking" affecte particulièrement le comportement des synapses et notamment celles de l'hippocampe, qui est le professeur et le dictionnaire de la mémoire, liant entre eux les neurones d'un même souvenir et les contactant à nouveau lorsqu'on veut évoquer le souvenir mémorisé.

                3695 étudiants consommateurs d’alcool ont participé à cette étude, ceux qui pratiquaient la « biture express » représentaient 40% des garçons et 16% des filles. L’étude a chiffré sous forme d’un « score », l’importance et la fréquence des ivresses, et également  la vitesse d’ingestion qui influe sur le pic d’alcoolémie.
               Des tests ont été réalisés, notamment concernant la mémoire et des IRM ont permis d’étudier les connexions entre neurones (la substance blanche) et divers centres comme l’hippocampe, et cela sur des groupes composés soient de binge-drinkers, soiet de buveurs modérés occasionnels.
               Par ailleurs une étude des effets de l’alcool a été faite sur des rongeurs.

               L’étude sur les animaux a permis de comprendre le mécanisme destructeur de l’alcool : il réduit la plasticité synaptique. Les synapses, par un mécanisme complexe d’actions et d’inhibitions, module l’intensité de la communication entre neurones. La sollicitation fréquente d’un groupe de neurones abaisse le seuil d’excitabilité qui déclenche l’influx nerveux, et permet donc de faciliter la communication entre des neurones qui ont quelque chose en commun (par exemple qui représentent un souvenir).
               Lorsqu’un neurone doit être ainsi lié de façon pérenne à un autre neurone, un neurotransmetteur, le glutamate, qui va potentialiser des récepteurs synaptiques particuliers (NMDA) du second neurone, le rendant plus sensible à un influx nerveux ultérieur du premier neurone. On appelle cela la « potentialisation à long terme » PLT. 
               
    A l’inverse, pour que des souvenirs sans importance n’encombrent pas notre cerveau, un mécanisme inverse à lieu en diminuant la sensibilité des récepteurs NMDA, ce qui diminue la communication entre les deux neurones. On appelle ce processus la « dépression à long terme » ou DLT.

               L’alcool diminue la PLT, mais surtout augmente et perturbe la DLT, de telle sorte que les rats et leurs progénitures (si l’on alcoolise des rates en gestation), perdent une part importante de leur capacité de mémorisation et d’apprentissage.

               Des doses d’alcool équivalentes à deux binge-drinking en 24 heures chez des humains, ont été administré à des rats adolescents dont on a examiné ensuite l’hippocampe et dont on a mesuré sa plasticité. Une perte totale de DLT a éét enregistrée au bout de 24 heures et a persisté 5 jours (sachant que l’adolescence d’un rat dure un mois et sa vie 2 ans).
               Des tests ont montré que ces animaux apprenaient difficilement et que la curiosité pour un nouvel objet était déficiente.
               De plus la consommation rapide d’alcool semble augmenter la capacité d’addiction ultérieure des animaux, et perturbe leur humeur, les rendant plus anxieux.

     Qu’en est il chez les jeunes humains ?

               L’étude a montré que plus le score des garçons était élevé, plus la substance blanche était atteinte et ces atteintes entrainaient notamment une baisse significative de mémoire spatiale. Mais on constatait aussi une perte plus grande de substance grise (le nombre de neurone qui décroit régulièrement à partir de la fin de l’adolescence). L’hippocampe qui encode les apprentissages et les nouveaux souvenirs est plus touché chez les binge-drinkers, et notamment chez les filles.
               Le mécanisme de l’alcoolémie expresse paraît être le même que chez les animaux. D’une part on constate les mêmes effets, mais ces effets peuvent être aussi provoqués par une drogue la kétamine (dont se servent les terroristes), qui bloque de façon analogue à l’alcool les récepteurs synaptiques NMDA.
               Mais on ne sait pas encore, pour les humains quelle est la réversibilité des dégâts et les délais correspondants.

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