• Psychologie, comportement

              

  • Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (5) 

           Je reviens sur l'article que j'ai lu dans le magazine "La Recherche" d'octobre dernier.
             Il pose la question du vécu des personnes auxquelles on ordonne de faire un acte qu'ils estiment contraire à leurs valeurs, et quelle est la notion de responsabilité devant les actes qu'ils font réellement, mais aussi celle de ceux qui ont ordonné ces actions.
             Et, dns une relation hiérarchique, la responsabilité est elle une grandeur stable quelle que soit la situation, ou une donnée variable qui peut disparaître dans certaines situations, et pour certains individus.
              C'est le problème de la responsabilité individuelle, face au libre arbitre des individus. Les psychologues baptisent cette notion du nom barbare "d(agentivité" et se posent la question de comment la mesurer.

             Un psychologue anglais, Patrick Haggard a montré une variation de deux paramètres, qui variaient différemment lorsque les personnes étaient ou non dans une situation de coercition.
             Il était demandé à des volontaires d'appliquer ou non une sanction, mais certains étaient laissés libres de leur décision alors que pour d'autres il s'agissait d'un ordre.
             Peu après qu'ils aient pris leur décision d'agir on leur faisait entendre un son et on leur demandait d'estimer le temps écoulé entre leur action et la réception du son.
    Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (5)

          Il apparaît que cette estimation est beaucoup plus courte si les cobayes ont pu agir librement, par rapport à l'estimation de ceux ayant reçu un ordre.
            Par ailleurs si on enregistre la réaction encéphalographique du nerf auditif, on constate que l'amplitude est plus faible pour les personnes ayant eu ce libre choix.

     

              Diverses expérimentations ont été menés, sur le donneur d'ordre comme sur des exécutants.
               Ces expériences ont montré une perte du sentiment de responsabilité, aussi bien pour les exécutants que pour le donneur d'ordre.

              Il semble finalement que , dans une situation hiérarchique, il y a une perte partielle de la notion de responsabilité, pour l'(exécutant qui reçoit des ordres car il ne se sent pas responsable des décisions et pour le décideur, car ce n'est pas lui qui exécute les actions.
              Toutefois les cobayes qui ont été employés pour ces expérience n'étaient pas des personnes habituées à donner des ordre , voire à en recevoir (c'étaient des étudiants), et on peut se poser des questions sur la validité des expériences.
               Le laboratoire expérimentateur se propose de réaliser à nouveau des essais avec des officiers des armées, plus habitués à s-ces actions, des personnes en entreprise, et aussi des médecins pilotant un robot lors d'une opération.

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  • Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (4)Faut il toujours se soumettre à l'autorité ?

     

         À la fin de son livre, Milgram écrivait : « Je suis certain que l'obéissance et la désobéissance ont pour origine un aspect complexe de la personna-lité, mais je sais que nous ne l'avons pas encore trouvé. »


        Je voudrais vous parler à ce sujet d’une enquête faite en complément de cette expérience par les psychologues qui ont assisté à l’émission de FR2, et notamment Laurent Bègue de l’Université de Grenoble.

        La plupart des participants à l'expérience “Zone extrême”  ont été recontactés pour répondre à un « sondage d'opinion », organisé par l'Université de Grenoble huit mois après leur participation à l’émission de téléréalité, quelque peu “trafiquée”.
        Pour ne pas biaiser les données on n’a révélé le lien entre l’émission télévisée et cette enquête téléphonique qu’après avoir posé les questions concernant leur personnalité et on leur a demandé alors s'fls acceptaient que les données prélevées soient analysées statistiquement et reliées à celles qui avaient été enregistrées lors de leur expérience télévisuelle.

        L’outil utilisé est un questionnaire US de l’université d’Orégon, basé sur les théories simplifiées américaines de personnalité dites du “big five” qui décrivent  cinq grands facteurs (qui ressemblent en plus simple aux préférences cérébrales que je vous ai décrites dans de précédents articles.
        Je vous ai déjà parlé cette théorie, dont je vous résume ci après les bases : la personnalité peut être brièvement résumée par cinq “traits” :

        - l’extraversion bien connue qui consiste à tirer son énergie et sa motivation du milieu extérieur et notamment de la présence des autres humains. Ce n’est pas différent de la préférence cérébrale que j’ai expliquée
        - l’agréabilité (traduction littérale) ou amabilité et conscience des autres :
    on pourrait décrire la personne comme empathique, altruiste, aimable, coopérative, sentimentale, l’opposée étant exigeant, combattif, intransigeant, assez froid. C’est un peu de la préférence L / V mais aussi tolérant / intolérant.
        - la méticulosité, ou rigueur : la personne étant rigoureuse, fiable, pragmatique, disciplinée ayant le sens de l’analyse critique, et la volonté de réussir; le contraire est impulsif, instinctif, improvisant de façon désordonnée.
        C’est assez voisin du S / G des préférences cérébrales, mais avec un peu du L / V et du J / P.
        - la sensibilité au stress et l’équilibre émotionnel : le lymphatique d’humeur égale, réfléchi et ayant confiance en lui, s’oppose au réactif inconstant, sensible à la critiqueanxieux et stressé. C’est voisin de la préférence optimiste / pessimiste des préférences cérébrales.
        - l’ouverture d’esprit et l’imagination, qui oppose le rêve, la recherche de la nouveauté, la créativité, le non conformisme, au goût de ce qui est habituel, établi, des usages, de repères stables et du conservatisme.
        Ceci s’apparente en partie avec la préférence S / G
     
        Les réponses aux questionnaires ont donné les résultats suivants :
            a) - plus les participants ont un niveau élevé de “méticulosité”, plus le niveau moyen des chocs administrés était élevé. (le tiers des sujets les moins consciencieux administrait en moyenne des chocs de 363 volts, tandis que le tiers des plus consciencieux administrait 460 volts).
            b) - paradoxalement un résultat analogue a été observé chez les sujets ayant un niveau élevé d'amabilité; ls tendaient à électrocuter davantage la victime, probablement pour éviter un conflit désagréable avec l'animatrice.
            c) - on n’a pas trouvé de relation avérée avec 3 les autres traits
            d) - on a constaté une relation entre le bien-être subjectif et la soumission : moins les participants se sentaient heureux, plus ils se rebellaient. En revanche, aucun lien significatif n'a été observé entre l'empathie et la rébellion.
            De plus, dans cette expérience, le stéréotype selon lequel les femmes sont plus empathiques que les hommes s'est révélé infondé, tant au niveau de la mesure psychologique que sur le plan des conduites, où hommes et femmes se soumet- taient dans les mêmes proportions, conformé- ment à ce qui a été observé dans d'autres études.

            e) - Deux variables d'attitudes “politiques” ont eu une influence sur la soumission :
        • constatation bizarre être politiquement de gauche conduisait les femmes à administrer en moyenne des décharges moins élevées.
        • les personnes ayant déjà réalisé, ou été disposées à réaliser divers actes de contestation sociale (signer une pétition, participer à un boycott, prendre part à une manifestation, participer à une grève) refusaient plus rapidement de continuer que les autres.

        Laurent Bègue résume ainsi ces constatations :
        « Les sujets identifiés comme"consciencieux" etlou "aimables" se révèlent statistiquement plus enclins à se soumettre à l'autorité de l'animatrice. En revanche, la propension à se rebeller dans la vie réelle se traduit dans La zone extrême, par une plus grande désobéissance - notamment chez les femmes. Les insatisfaits sociaux et individuels semblent plus portés à s'opposer à une situation de soumission potentielle à l'autorité, les sujets très adaptés socialement finissant par être prisonniers du système, de par les qualités qu'ils y ont développées. ».


        A mon avis, ces résultats sont assez sommaires car le modèle “big five” est trop simplifié et que par ailleurs le nombre de participants représente une statistique trop faible.

        Quelques  autres avis sur ces expériences :
        Hegel disait déjà que c'est le serviteur qui accorde au maître sa légitimité.
        Yves Jeanneret pense que la possible nocivité sociale de la téléréalité tient à « la banalisation de ses dispositifs ». Les émissions de téléréalité font appel à des valeurs et des méthodes de compétition à outrance et d'individualisme forcené, que le public intègre peu à peu jusqu'à tolérer des processus qu'il aurait hier jugés inacceptables.
        Roland Barthes complète cet avis en disant qu’aujourd'hui, la notion de pouvoir est devenue tellement invisible et et on a tellement banalisé ses règles et ses injonctions que l'on se croit plus libre qu'autrefois. En réalité, on n'est pas libres du tout!
        Le philosophe Michel Terestchenko pense que les émissions de télé-réalité ne font que refléter et scénariser ce qui existe dans la société, la cruauté du lien social, les logiques de compétition et d'exclusion.
        Réflexions à méditer !

        Finalement les résultats des expérience de Milgram, comme ce jeu télévisé  montrent que les auteurs d'actes barbares ne sont pas nécessairement des monstres, tandis que le sens commun voudrait que de tels actes ne puissent être conçus que par des personnalités maléfiques ou des fous.
        Elles nous font prendre conscience de l'importance des situations environnemen-tales et des facteurs individuels constituant notre personnalité et notre vécu.
        Nous devons aussi reconnaître que nous sommes vulnérables et que l'idée que nous nous faisons de notre comportement dans pareilles circonstances, et la croyance en la fidélité à nos principes moraux peuvent être mis en défaut..
        Ce n'est pas à un moment donné dans une exparience, qu'un individu va se découvrir vigilant, résistant, fidèle à ses peincipes. Il faut qu'il ait auparavant adopté dans son existence quotidienne cette attitude de remise en cause de l'ordre, de doute et de discussion vis à vis des règles et des coyances pour ensuite les accepter (c’est le “surmoi” de Freud).
        Ce qui sépare les rebelles des obéissants, c'est la réponse que chacun apporte au conflit intérieur qu'il livre entre ses valeurs et le poids de l'autorité.            
        Ces expériences montrent que les désobéissants résolvent ce conflit en privilégiant la fidélité à leur propre conscience alors que les autres vont s'en remettre à l'autorité : dans “la zone extrême”, les candidats pensent qu'ils sont pris dans un engrenage inéluctable dont ils ne sont pas responsables et  ils se défaussent sur les organisateurs du jeu !
              

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  • Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (2)

        Le 7 mars 2010 sur France 2,  le réalisateur Christophe Nick entouré de chercheurs en psychologie de diverses universités (Jean-Léon Beauvois, Didier Courbet et Dominique Oberlé) a essayé de transposer l'expérience de la soumission à l'autorité de Milgram dans une “expérience de télé-réalité" "La zone extrême".

        Les participants, recrutés parmi 13 000 personnes, ont été rémunérés 40 euros pour participer à une « maquette » de jeu télévisé nommé “La zone extrême”.
        Un des objectifs de cette émission était de montrer la fascination qu'exercent les médias sur notre société et que la télévision représente une autorité pouvant conduire des téléspectateurs à réaliser sur un plateau des actes violents vis-à-vis d'autrui, la télévision et la présence du public jouant un rôle analogue à celui d’une autorité.

        Dans un studio de télévision avec des décors du jeu, des effets sonores et des projecteurs, un public d'une centaine de personnes, une équipe technique et la complicité d'une animatrice (Tania Young), on a fait croire à environ 80 personnes qu’elles venaient tester un nouveau jeu  télévisé.
        Après un faux tirage au sort, les vainqueurs devaient faire passer un test de mémoire à un autre candidat (en réalité un comédien Laurent Ledoyen).
        Le sujet sélectionné (tortionnaire), lisait au comédien (victime) une liste de paires de mots et le partenaire-comédien devait reconnaître parmi eux certaines associations. Le faux partenaire-comédien-victime était attaché dans une cabine capitonnée et le participant devait lui administrer un choc électrique à chaque erreur, depuis un choc léger (20 volts), à « XYA » (460 volts).
        Comme dans l'étude de Milgram, ceux qui hésitaient à poursuivre étaient rappelés à l'ordre : « Ne vous laissez pas impressionner, il faut continuer », « Vous devez continuer, c'est la règle », ou encore « La logique du jeu veut que vous continuiez ».
        Bien entendu les chocs électriques étaient fictifs mais ils ne le savaient pas.

        L'expérience avait plusieurs variantes :
            - dans un cas, les participants pensaient participer à un test qui ne passerait pas à la télévision,
            - dans un autre on leur a dit qu'ils passeraient vraiment à la télévision.        
            - dans une troisième variante, une (fausse) assistante du producteur se présentait quand les décharges administrées atteignaient 200 volts, et contestait le principe du jeu, demandant que l'on arrête le « dérapage », puis se retirait après avoir été remise à sa place par l'animatrice.
            - enfin, dans une dernière situation, l'animatrice se retirait après l'administration d'un choc de 80 volts en précisant que le participant était « maître du jeu » et devait continuer.

        A l'exception de cette dernière situation (où seulement 28 % des participants ont administré 460 volts), plus de 70 % des participants ont accepté de continuer à administrer des chocs jusqu'au terme des 460 volts.
        Ce taux de soumission montre que dans une situation de forte pression psychologique de l’environnement, plus des deux tiers des participants administrent des décharges électriques supposées mortelles, poursuivant le jeu, malgré les hurlements de la victime qui implore que l'on arrête puis ne réagit plus.
        La télévision et la présence du public ont donc, comme l’autorité,  le pouvoir de susciter des actes dangereux.
        On pourrait même croire que la télévision est encore plus incitative puisque le pourcentage de personnes allant au terme ultime est supérieur à celui de l’expérience de Milgram.
        Mais en fait d’autres expériences analogues à celles de Milgram on obtenu des scores plus élevés. Les circonstances des épreuves et la différence entre les personnalités des personnes  doit entrainer une certaine dispersion des résultats.

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    Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (2)

        Je complète mon article d’hier sur les expériences de Stéphen Milgram, qui avaient montré l’influence de l’autorité sur le comportement de “cobayes volontaires”  lorsque les ordres de poursuivre l’essai devenaient aberrants et dangereux pour une personne humaine autre.

        Les premiers résultats ont indiqué que 100% des participants, souvent dans un état de stress intense, sont allés jusqu'à administrer l'équivalent de 285 volts, 12,5 pour cent jusqu'à 300 volts, 20 pour cent entre 315 et 360 volts, un sujet a arrêté entre 375 et 420 volts, et les 65 pour cent restants sont allés jusqu’au maximum, 450 volts, susceptibles de tuer l’élève.!
        Lorsque l'expérimentateur n'incitait pas le sujet à poursuivre, 80 pour cent des participants sont restés en deçà de 120 volts.

        Milgram voulut alors déterminer de façon plus précise l’influence de la proximité  du cobaye-élève victime. Il imagina ainsi quatre scénarii :
             - dans le premier, il n'y avait aucun contact entre l’enseigant cobaye et la victime, qui se trouvaient dans deux salles différentes.
             - dans le deuxième protocole, il y avait communication du son : les cobayes-enseignants pouvaient entendre la victime protester selon un scénario préétabli (ses plaintes étaient de plus en plus fortes, puis elle suppliait d’arrêter, pleurait, et enfin on n'entendait plus aucune réaction).
             - dans le troisième cas, élève et professeur se trouvaient dans la même pièce à un  mètre l'un de l'autre et  la victime  se plaignait de la même façon
             - enfin, la dernière condition dite de contact reprenait les caractéristiques précédentes mais de plus, le professeur devait remettre une sangle à l'élève qui était parvenu à libérer son bras en tentant de quitter la chaise pour arrêter l'expérience à 150 volts. Sur ordre de l'expérimentateur, le participant devait se lever et sangler la victime, ayant donc un court contact physique avec elle.

        Les résultats ont été les suivants quant au pourcentage de volontaires ayant appliqué la décharge maximale de 450 volts :
                  Sans communication :                        66%
                  Avec le son (voix de la victime) :        62%
                  Avec voix et  dans la même pièce :    40%
                  Rattacher la victime  :                         30%
        Ainsi, les actes de tortures seraient plus fréquents quand le bourreau n’est pas en contact direct avec sa victime.

       Milgram a évalué l'importance de la proximité de l'autorité l'expérimentateur  par rapport au cobaye-enseignant-tortionnaire et les résultats ont été les suivants :
                 Expérimentateur physiquement proche :     90 %
                 Ordres donnés par téléphone :                    22 %
                 Ordres donnés une seule fois au début :     12,5 %
        Ainsi, les sujets obéissent davantage quand l'autorité est physiquement proche.

        D'autres expérimentations ont montré que la soumission diminue si un deuxième expérimentateur-autorité contredit les ordres de poursuivre donnés par le premier, ou encore si d'autres participants spectateurs se rebellent contre I’autorité.

        Tous ces résultats ont démontré l'importance des variables liées à la situation dans la soumission à l'autorité.

        D'autres études ont montré que le niveau de soumission à l'autorité ne changeait pas selon l'année durant laquelle la recherche avait été effectuée : nous ne sommes pas en moyenne ni plus ni moins soumis aujourd'hui qu’hier.

        Dans les prochains articles, je vous parlerai de l’expérience menée à la télévision. (France 2) qui transpose dans cet environnement particulier l’expérience de Milgram et de ce que disent les psychologues quant à notre sens des responsabilités.

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  • Ses sentons nous toujours responsables de nos actes ? (1)

               J'ai lu récemment dans le magazine "La Recherche" d'octobre 2019, un article intéressant, qui posait la question :
                       "Pourquoi ne se sent on pas toujours responsables de nos actes ?"

               Cet article supposait connu les expériences du psychologue Standley Milgram, de l'Université de Yale aux USA. Comme vous ne les connaissez peut être pas, je vais les rappeler dans cet article et j'évoquerai demain une expérience analogue faite à la télévision le 7 mars 2010. 

               Est-il possible que les circonstances puissent transformer une personne ordinaire en un agent de torture et de destruction ?
               Les actes d’extermination, de torture, de sadisme et d’horreur ne manquent malheureusement pas dans notre monde.
               On pense en général à expliquer le comportement des acteurs de ces méfaits par des tendances individuelles anormales ou un fanatisme idéologique avéré, mais dans certains cas, on peut aussi attribuer ces actes à la soumission des individus aux ordres d'une autorité.
               En 1961, le procès d’un tortionnaire nazi Eichman, directement responsable de l'organisation de l'extermination de millions de juifs, gitans, communistes et homosexuels, dans les camps de la mort allemands, a suscité certaines polémiques, notamment en raison des propos d’une philosophe allemande naturalisée américaine, Hannah Arendt, pourtant objective vu son appartenance à la communauté juive, qui l’a décrit comme un individu « ordinaire », c'est-à-dire manifestement dénué de toute psychopathie, peu enclin au sadisme, et sans convictions idéologiques susceptibles d'expliquer le caractère horrible de ses actes, et elle voyait en lui  l'incarnation de la « banalité du mal » et ses articles, réunis dans un livre publié en 1963, ont nourri une importante polémique.

               Les recherches de Milgram ont été réalisées à la suite de ces faits, et ont été conduites depuis auprès d'environ 3000 personnes dans 12 pays différents.
               Son objectif : outre l’influence qu’exerce le contexte, peut on identifier les forces qui poussent ou empêchent de désobéir à un ordre jugé absurde, voire inacceptable ?
               Selon la conception de Standley Milgram, ce qui détermine l'action de l'être humain, c'est moins sa personnalité que le type de situation auquel il est confronté. En se référant de façon explicite à la théorie d'Hannah Arendt - les tortionnaires nazis étaient « comme tout le monde » -, Milgram a cherché à apporter un éclairage nouveau à travers ses expériences sur la soumission à l'autorité.
               Il a mené des expériences au cours desquelles il a montré que des volontaires participant à une expérience présentée comme une recherche sur l'apprentissage, étaient susceptibles d'électro-cuter une personne innocente.
               Les données suivantes sont tirés de la publication en 1974 par Calmann Levy d’une traduction de ses écrits “Soumission à l’autorité”.

               De 1960 à 1963, Standley Milgram a  conçu 18 protocoles expérimentaux et 40 volontaires issus de la population générale, âgés de 20 à 50 ans ont été recrutés et rémunérés 4,5 dollars pour prendre part à une étude présentée comme une recherche scientifique sur la mémoire et l'apprentissage.
               Les volontaires étaient reçus par un “expérimentateur scientifique" d’une trentaine d’années qui était censé diriger la recherche expérimentale. On leur présentait aussi un autre soi-disant volontaire (en réalité un acteur engagé par Milgram).
               Un tirage au sort truqué avait lieu pour déterminer qui de cet acteur ou du volontaire serait “l’élève" ou “l’enseignant” et le tirage désignait toujours le volontaire comme enseignant et l’acteur comme élève.
               L’enseignant devait apprendre des associations de mots à l’élève et à chaque erreur il devait administrer à l’élève une décharge électrique au moyen d’un générateur allant jusqu’à 450 volts par sauts de 15 volts.
               La photo en début d'article est une reconstitution du tableau de commande de l’expérience.

                   Le volontaire « enseignant » avait des informations concernant l'intensité du choc électrique délivré : « choc léger », « choc moyen », « choc fort », « choc très fort », « Choc intense », « choc extrêmement intense », « danger », « danger, choc sévère », pour terminer par plusieurs boutons marqués « XXX ».
               On expliquait aux participants comment fonctionnait le générateur de chocs, puis ils recevaient eux-mêmes une décharge de 45 volts afin de se représenter l'effet produit par une telle décharge électrique.
               L’acteur élève était attaché sur une chaise, et une électrode était fixée à son poignet droit. Bien sûr  cet acteur-élève ne recevait aucun choc, mais simulait et faisait croire qu'il avait mal, très mal, puis que la douleur devenait insupportable.....
               Durant l'expérience, lorsque le cobaye-enseignant se tournait vers l'expérimentateur pour savoir ce qu'il devait faire ou manifestait sa réticence à poursuivre, il ne recevait qu'une réponse standardisée l’incitant à poursuivre l'expérience, et l’expérimentateur devait ignorer les réticences et le malaise éventuel des participants.

               Les résultats ont indiqué que tous les participants, souvent dans un état de stress intense, sont allés jusqu'à administrer l'équivalent de 285 volts, 12,5 pour cent jusqu'à 300 volts, 20 pour cent entre 315 et 360 volts, un sujet a arrêté entre 375 et 420 volts, et les 65 pour cent restants sont allés jusqu’au maximum, 450 volts, susceptibles de tuer l’élève.!
                Lorsque l'expérimentateur n'incitait pas le sujet à poursuivre, 80 pour cent des participants sont restés en deçà de 120 volts.

       
    Milgram a donc ainsi montré l’influence de l’autorité, puis il a ensuite imaginé plusieurs variantes dont je vous reparlerai demain. 

        Nota : c’est cette expérience qui a été reprise par la télévision, mais elle avait été montrée en 1979 un film “I comme Icare” d’Henri Verneuil, avec Yves Montand, qui a été inspiré par l’assassinat de Kennedy. Je vous parlerai après-demain de l'émission télévisée, qui avait soulevé des polémiques. Je l'avais vue, mais j'avais été moins choqué, car je connaissais déjà les expériences de Milgram..

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