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         Vous avez sûrement, comme moi, essayé de vous rappeler des souvenirs de votre jeunesse.
         Je n’ai retrouvé aucun souvenir réel de ma vie avant 4 ans; simplement des souvenirs qui proviennent de ce que m’ont raconté mes parents ou de photos.
        Et je n’ai que peu de souvenirs avant 7 ans. Pourquoi ?
    J’ai interrogé diverses personnes et les adultes m’ont dit la même chose.
        Par contre les ados avaient un nombre plus grand de souvenirs de leur vie après 4 ans et de jeunes enfants (6/7 ans), avaient des souvenirs d’avant 4 ans mais limités à des images succinctes.
        J’ai fini par trouver des explications de ces phénomènes dans une revue de neurosciences.

        Avant 2 ans un enfant ne parle pas, et avant 4 ans, il a peu de vocabulaire. Ses souvenirs sont constitués essentiellement par des images et des émotions. Les essais menés par les chercheurs ont montré que ces images ne restaient que quelques années en mémoire et que à la suite des réorganisations du cerveau avec l’apparition du langage, elles disparaissaient peu à peu après 7/8 ans.

         En fait dès l’apparition du langage et d’un vocabulaire suffisant, la mémoire associe des images, des sentiments et des mots qui les décrivent. Un souvenir est constitué par un tel ensemble, et il s’oublie et disparaît peu à peu, s’il n’est pas rappelé. C’est pourquoi les souvenirs qui nous sont chers, qui s’impriment déjà plus profondément en mémoire, car ils sont chargés émotionellement, mais qu’en outre nous nous remémorons périodiquement, restent beaucoup mieux gravés en notre mémoire et avec plus de détail.
        Au contraire, ceux, moins importants pour nous, auxquels nous ne songeons que rarement, ne bénéficient pas de cette reconstruction lors d’un rappel en mémoire, et donc perdent peu à peu leurs détails, leur précision puis disparaissent. Ils ne sont pas en général complètement éliminés et on peut parfois les rappeler, mais avec beaucoup d’efforts et, souvent,parce qu’un mot, une circonstance, un autre souvenir, ont servi “d’amorçage” pour retrouver la voie du souvenir dans notre cerveau.
        Donc un enfant de  5 ans a des images de ce qu’il a vécu avant 3 ans, mais il les perd ensuite surtout après 7 ans. De même devenu adultes, nous perdons peu à peu beaucoup de souvenirs de notre jeunesse, car ils n’étaient pas sentimentalement précieux, et nous ne les avons pas rappelés en mémoire pour les consulter à nouveau et les connexions entre neurones les concernant, se sont peu à peu affaiblies.
        Par contre, nous gardons en général toute notre vie le souvenir de nos parents et grands parents, car nous avons souvent pensé à eux, même s’ils ne sont plus là, et  donc les connections entre neurones retrouvent leur force initiale.

        Cela dit, les jeunes enfants, qui ont une mémoire toute neuve, ont, sur le moment, des souvenirs plus nombreux, plus détaillés que les adultes.Ils se souviennent de tas de choses auxquelles nous n’avons même pas fait attention, mais leur mémoire ne doit pas s’encombrer, alors tous ces souvenirs, ils les oublient vite.
        Les chercheurs ont également constaté que les enfants et ados, qui parlaient souvent avec leur parents de leur vie de tous les jours, en gardaient davantage de souvenirs, car les connections avaient au départ, été plus fortes, car plusieurs fois rappelées et rafraîchies. Et plus un enfant est jeune, si l’on veut qu’il garde certains souvenirs, il faut lui en parler souvent, pour que sa mémoire renforce les connexions correspondantes entre neurones.
        Par ailleurs certains souvenirs très traumatisants marquent la mémoire et ont des conséquences tout au long de notre vie, même si ces souvenirs correspondent parfois à des peurs que nous avons eues avant 5 ans.

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         J’ai lu une étude d’une expérience qui m’a amusée et je veux vous en faire profiter, bien que je me méfie un peu des extrapolations du rat à l’homme, pour avoir autrefois encadré des études comportementales sur le rat, les chiens, les singes puis l’homme et avoir vu les difficultés à chaque passage de l’un au suivant.

        Dans cette expérience, réalisée à l'institut de technologie du Massachusetts, des rats devaient réaliser un parcours dans un labyrinthe pour trouver de la nourriture, qui était disposée à divers endroits du parcours. Les biologistes étudiaient l’activation de leur cerveau et ont vu pendant le parcours s’activer successivement plusieurs zones de l’hippocampe, le “professeur de la mémoire” qui intervient dans tout effort de mémorisation.
        Après chaque prise de nourriture le rat était entraîné à faire une pause d’une dizaine de secondes, avant de repartir à la recherche de la nourriture suivante.
        Pendant cet intervalle de temps, les neuro-biologistes ont observé des épisodes de quelques millisecondes, durant lesquels ces mêmes neurones de l’hippocampe s'activaient et, surprise !, dans l'ordre inverse de l'ordre d'activation initial. Comme si le rat parcourait à l'envers, mentalement et sur un mode accéléré le parcours qui l’avait mené à la nourriture.

        Pourquoi ce rembobinage accéléré?
        La découverte de la nourriture augmenterait dans un premier temps la concentration cérébrale de dopamine, par intervention du système de récompense dont nous avons souvent parlé, mais cette dernière diminuerait rapidement dans les instants suivants, la nourriture et le plaisir étant passés.
        En activant les neurones dans l'ordre inverse, tant que la concentration de dopamine est suffisante, ce système exposerait les neurones actifs lors des dernières étapes du trajet à des concentrations élevées de dopamine. Et si l'on suppose que la dopamine renforce l'activité des neurones qui y sont exposés, ce mécanisme affermirait le souvenir des dernières phases du parcours qui ont conduit à la récompense.
        En général, les dernières étapes sont les plus directement liées à la récompense (les causes et les effets sont rapprochés dans le temps). C'est pourquoi le cerveau s'efforce de les retenir grâce à ce système

        Et le chercheur conclut :
       " Pourquoi a t’on envie de faire une pause-café juste après avoir terminé une étape importante de son travail ?
        Ne serait-ce pas plutôt le moment de mettre les bouchées doubles, de profiter de l'état de concentration dans lequel on se trouve pour faire encore mieux et plus vite la suite des tâches à accomplir ?
        Eh bien non, si vous êtes de ceux ou celles qui ont besoin de faire une pause après un moment important, ne changez pas vos habitudes: votre cerveau en tirera le meilleur profit.
        Le moment de la pause permet au cerveau de récapituler inconsciemment tout ce qu'il a fait juste avant d'arriver au but. De cette façon, la recette du succès, l’ensemble de petits gestes qui ont conduit à cet aboutissement, sont mieux mémorisés."

        Laissez le temps à votre cerveau de faire ainsi travailler votre mémoire inconsciemment, et octroyez-vous, sans mauvaise conscience, une petite pause-café, mais gare à la caféine.!

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               Le cerveau humain est un système extraordinaire, mais mystérieux car tellement complexe et encore bien peu connu.

              La partie la plus étonnante est sûrement notre mémoire, mais ce n'est pas la plus fiable et nos souvenirs sont relativement changeants car ils se modifient dans le temps, par l'oubli d'une part et par des ajouts ou modifications lorsque nous les rappelons en mémoire conciente.


        Cette transformation peut se faire de trois façons :


                        - par l’oubli de certaines parties du souvenir.
              Un souvenir c’est parfois composé de plusieurs sous-ensembles et de maints détails, images et idées et sentiment qui ont une structure lexicale (on les exprime par des mots), et éventuellement émotionelle, émotions ressenties à nouveau quand on rappelle le souvenir à notre conscience.
              Tous ces “morceaux” correspondent à des groupes de neurones reliés entre eux et activés par l’hippocampe. Mais si certaines de ces liaisons sont très solides et durables, d’autres, moins importantes pour nous, le sont moins.
              Si nous pensons souvent à ces souvenirs, les faire resurgir renforce les connexions et entretient donc le souvenir. Mais par contre, si nous ne nous l’utilisons que très peu, les connexions s’affaiblissent dans le temps et le souvenir s'atténue.
              Si pour certaines parties du souvenir cet affaiblissement devient assez important, nous ne pouvons plus les rappeler dans notre mémoire consciente.

            - par l’ajout de morceaux réels ayant trait au souvenir.
        Cet ajout se fait lorsque nous rappelons le souvenir, parce que un fait, un objet ou un autre souvenir l'a évoqué. Par exemple, nous pouvons avoir vu des photos des événements correspondants et des personnages qui y étaient présents, avoir entendu des récits de notre famille ou de tiers, avoir lu des données sur l’endroit où nous étions...
        Ces éléments sont rattachés par l’hippocampe au souvenir initial et finissent par en faire partie comme s’ils étaient “d’époque”.
        J’ai supposé que ces éléments étaient vrais, mais ils peuvent, sans que nous le sachions, se révéler inexacts.

            - par l’ajout de détails non réels mais imaginés par notre cervau et correspondant en général à des désirs, des souhaits non réalisés ou correspondant à la “persona”, à ce qu’on voudraît être et paraître.
        Au début on sait que ces éléments sont faux, mais à force, on finit par se persuader de leur réalité.
        Parfois aussi, certains détails n’existant pas ou étant oubliés, on ne veut pas qu’il y ait un “trou” dans le souvenir et on le comble par de l’imaginaire que l’on veut rendre vraisemblable, et cela pas forcément de façon consciente.

              Je voudrais aussi évoquer un autre rôle des souvenirs lointains.
              Je suppose que j’irai fêter I'anniversaire d'un de mes petits enfants dans l'appartement qu'il habite maintenant, est qui se répartit sur deux étages. Mais je n’ai jamais encore été dans cet appartement. 
              Alors, je cherche à l’imaginer : iI doit y avoir une grande salle de séjour, un escalier qui monte a gauche de I'entrée, deux chambres sous les combles, une salle de bains avec un grand miroir.
              Et subitement, je me rends compte que dans mon imagination, l'escalier que je vois, est celui de la maison de mon enfance, la chambre sous les combles est semblable à celle où j’habitais quand j’étais en prépa de maths à Paris, le miroir de la salle de bains est celui que j’ai vu dans un grand magasin...
              Pourquoi, lorsqu'on imagine I'avenir, fait-on appel à des images du passé ?    
              Des neurobiologistes de l'Université de Washington ont montré que l' esprit jongle avec des images du passé, qu'iI organise en les associant à des événements futurs ou à des mouvements fictifs du corps !
              Karl Szpunar et ses collegues ont demandé a des volontaires d'imaginer certaines scènes de leur avenir et ont enregistré leur activité cérébrale et iis ont constaté que les aires activées par cette projection dans I'avenir, étaient en partie les mêmes que celles mises en jeu quand on se souvient de choses connues.
              Dans l' exemple de l'appartement de mon petit fils, mon cerveau recourt à des images déja stockées dans ma mémoire pour créer une scène nouvelle, car c’est le matériau de base que j’ai dans ma mémoire pour construire “I'avenir mental”.        
              Autre exemple, si j’essaie d’imaginer le repas d'anniversaire de ma soeur, des images de déjeuners d'anniversaire, les miens quand j'étais ado, puis adulte, ceux de mes enfants, celui des 40 ans de ma soeur, vont me revenir à l’esprit, des visages familiers surgissent...

              La vision que nous avons du futur ressemble ainsi étonnamment à celle que nous avons du passé.
              Et pourtant, iI doit bien y avoir une différence entre les deux, sinon iI n'y aurait ni passé ni futur. Quelle est done cette différence ?
              Les neurologues ont constaté que lorsque nous pensons à l’avenir, d'autres zones du cerveau s'activent, en plus des zones mises en jeu lorsque nous nous remémorons le passé : iI s'agit de modules cérébraux qui entrent en action lorsque nous imaginons des mouvements de nos membres et de notre corps.
              Une telle observation laisse penser que nous nous projetons de façon dynamique dans cet environnement,alors que nous nous projetons de façon plus statique dans le passé.
              Lorsque nous allons vivre quelque chose, nous y allons physiquement, et le futur suppose presque toujours un déplacement. Se projeter dans le futur, c'est donc mettre son corps en mouvement pour atteindre une image encore improbable, une image que nous sommes réduits a constituer a I'aide du seul matériau dont nous disposons : les images du passé.
     
            Curieuse mémoire que la nôtre. 
     

     

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  •   La mémoire de notre cerveau est toujours une fonction assez mystérieuse que nous connaissons mal, mais aussi très fascinante.

        J'ai lu un compte rendu de chercheurs de l'Institut des sciences cognitives de Lyon, qui ont étudié des patients qui avaient eu des accidents vasculaires cérébraux et chose étonnante, ne pouvaient plus écrire les “verbes”.
        Ces personnes étaient en parfaite santé, lisaient sans difficulté, conversaient avec des amis.
        Ils écrivent à priori normalement, leur écriture est fluide, les mots s'enchaînent. et tout à coup ils butent sur un verbe, qu’ils connaissent, qu’ils peuvent prononcer, mais impossible de l’écrire. Les autres mots viennent parfaitement sous leur plume, mais tous les verbe non. Certains de ces patients sont capables d’écrire le mot « montre » si ce mot désigne la montre-bracelet, mais non s'il s'agit du verbe montrer à la troisième personne. Seuls les verbes posent cette difficulté.   
        Le cerveau de ces personnes présente la même anomalie : un petit vaisseau a été bouché et une toute petite aire cérébrale n’a pas été alimentée en oxygène.
        Pour certaines de ces personnes, des médicaments augmentant la pression artérielle ont permis de déboucher le vaisseau obstrué. et elles ont aussitôt  retrouvé leur capacité d'écrire les verbes.

        En fait la mémoire stocke les informations sémantiques ou linguistiques de façon assez particulière, suivant la nature des mots ou la façon dont on les a appris.
        Ainsi pour des noms d’objets, il semble que tous les objets de même nature correspondent à des connexions entre neurones localement proches les uns des autres
        Ainsi un groupe de neurones s’occuperait des outils, un autre des ustensiles de cuisine, un troisième des fleurs, un quatrième des animaux à pattes, un autre des oiseaux et ainsi de suite.....
        Chose curieuse si un enfant est bilingue dès sa tendre enfance, les vocabulaires des deux langues sont classées ensemble. Si on apprend une langue étrangère après le français, les vocabulaires sont dans des centres distincts.
         La différence entre la représentation corticale d'un nom et d'un verbe d'action résulterait de la façon dont l'enfant acquiert le langage : l'apprentissage des noms est souvent associé à la présentation de l'objet correspondant à ce nom, tandis que celui des verbes passe par la réalisation des gestes correspondants. Une lésion cérébrale survenant au sein du vaste réseau qui sous-tend le langage, perturberait sélectivement le traitement des noms tout en préservant celui des verbes, et inversement, une lésion survenue dans le voisinage du centre de Broca, (qui préside la prononciation et l'écriture des mots) et de l'aire de préparation des gestes voisine, perturberait l'usage des verbes.

        Les chercheurs ont également trouvé que chez l’enfant qui ne sait pas encore parler, la mémoire est essentiellement associée à des images et donc n’a pas un “classement” logique. Lorsque l’enfant apprend à parler la mémoire se réorganise complètement car elle associe alors les objets aux mots et le classement par nature de mots se fait alors progressivement et se renforce lorsque l’enfant apprend à lire et écrire, car alors la mémoire visuelle des mots vient à l’appui de leur mémoire auditive.

        Une autre particularité curieuse de notre mémoire est notre comportement vis à vis des outils, qu’ont étudié Todd Handy, Michael Gazzaniga et leurs collègues au Centre de neurosciences cognitives de Hanover, aux États-Unis.       
        Lorsque l’on présente à des personnes volontaires, sur un écran d'ordinateur, des couples d'objets comprenant un outil et un autre objet, (par exemple un animal ou un fruit), les chercheurs ont observé que le regard se porte, dès la première fraction de seconde et avant que soient identifiés consciemment les objets, vers l'outil pourvu que celui-ci se situe à droite de l'écran. Si l'outil se situe à gauche, il n'y a pas de préférence particulière.

    http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/cortexmoteurannotecopie.jpg
        La partie du cerveau qui s'active lors de ces tests, observée par imagerie cérébrale ( IRM ), est une zone où les mouvements sont préparés avant d'être exécutés. (cortex prémoteur de l'hémisphère gauche en bleu clair sur le schéma).
        Plus étroitement associée à la moitié droite du champ visuel, cette zone évaluerait l'intérêt qu'offre un objet : elle repérerait un objet potentiellement intéressant et orienterait vers lui notre attention. Des objets « intéressants » sont ceux qui, dans une situation où il faut réagir avec rapidité, peuvent être saisis et aux temps préhistoriques, servir d'arme., et aujourd’hui des objets qu'on a appris à reconnâitre comme les outils utiles (marteaux, tournevis, pinces...), mais aussi des objets non répertoriés, présentant des caractéristiques géométriques simples : effilées et asymétriques, possédant une partie maniable et une autre pouvant servir à frapper, à frotter ou encore à tourner, par exemple.
        Trouver un outil rapidement est très important. et la « zone de l'outil » a probablement évolué en même temps que la main chez le singe comme chez l’homo habilis, notre ancêtre.

     

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    Avec ou sans GPS

             J'aime bien essayer de comprendre comment notre cerveau intervient dans nos actes quotidiens.
              J'ai déjà fait des articles où je parlais des "cartes mentales", qui sont des constructions internes que fait notre cerveau, avec l'aide des centre d'interprétation de la vue, opérations d'élaboration à partir d'images de la mémoire qu'il rappelle dans ces centres, comme si elles étaient vues par nos yeux (mais en général avec beaucoup moins de détails).
    Et notre cerveau est capable d'associer de telles cartes pour qu'elles constituent un itinéraire.

              Le plus souvent je n’ai pas besoin de GPS, car je vais à un endroit connu. J’ai alors dans ma tête un itinéraire qui a deux composantes :
                        - d’abord une carte mentale, schéma des routes, un plan mais sur lequel les distances restent approximatives;
                        - ensuite des points de repères qui permettent de pallier cette approximation : un bouquet d’arbres, une maison particulière, un monument, le clocher d’une église, une affiche, les panneaux routiers…
              Si je vais en un lieu que je ne connais pas, j’étudie le trajet sur une carte routière que j’emporte avec moi, pour suppléer à un oubli. C’est l’équivalent de la carte mentale.
              Mais il me manque les souvenirs des points de repère. Maintenant que l’on peut consulter sur internet des cartes satellites, avec vue en 3D, je parcours mon itinéraire à la recherche de points de repères. Je compte aussi les croisements de route, et je relève des distances sur la carte. Cela me permettra de me guider, si je suis attentif et ne vais pas trop vite.

              Que font les personnes que je connais et qui se servent du GPS; Ils obéissent tout simplement « tourner à gauche au prochain carrefour.
              Plus besoin de réfléchir, on peut anticiper et mettre les clignotants très tôt avant de tourner. C’est bien commode. Surtout s’il y a des sens interdits.
              Mais si jamais on se trompe, ou si le GPS n’avait pas un bon plan (cela arrive !), alors là on est complètement paumé et ce d’autant plus qu’on ne sait pas quelle erreur le GPS a faite. Cela m’est arrivé de sortir d’affaire un camarade que j’accompagnais, parce que son GPS avait fait une erreur et que j’avais regardé la carte avant de partir.

             Des études de neurobiologistes ont comparé des personnes ayant utilisé pendant longtemps des stratégies différentes d’orientation sur route, afin de voir quel était leur processus de pensée et dans quelle mesure cela modifiait leurs habitudes..
             Les chercheurs ont constaté que les personnes qui utilisaient toujours leur GPS depuis longtemps avaient une faculté très diminuée d’élaboration des cartes cognitives et des images mentales de repères qui les accompagnent. Après avoir parcouru les lieux et être arrivé au bon endroit, les personnes utilisant le GPS avaient quelques repères visuels, mais très peu de connaissance de l’organisation des lieux et étaient incapables de tracer un plan de leur itinéraire.
              Leur mémoire et leur cortex préfrontal n’étaient pas entraînés à cela. C’est le cortex préfrontal qui réfléchit et organise, et c’est l’hippocampe et le cortex entorhinal proche qui organisent et stockent les cartes mentales, et les envoient au calepin visuo-spatial servant de mémoire de travail entre les deux.

              Nous ne sommes pas les seuls à avoir des cartes mentales : lorsque l’on a habitué des rats à naviguer dans un labyrinthe, ils le parcourent très vite et sans hésitation. Et si l’on barre une voie, ils arrivent assez rapidement à trouver un itinéraire de secours, ce qui prouve qu’ils ont retenu une topologie des lieux.

              Utiliser en permanence un GPS entraîne donc un appauvrissement mental. Et naviguer sans GPS, si on connait un peu les lieux, est une hygiène mentale.
              Les chercheurs ont alors étudié le cas de personnes que la voix de leur GPS agaçait et qui l’utilisait sous forme de l’affichage d’une carte sur laquelle est tracé l’itinéraire et d’un point représentant le véhicule. C’étaient eux qui prenaient les décisions de conduite et de changement de direction.
              Ils ont observé que ces personnes avaient gardé la capacité de retenir des images mentales.
              Ils préconisent donc de ne pas se servir « bêtement » du GPS, mais de garder l’initiative des décisions, le GPS n’étant qu’une carte routière affichée en permanence, avec un repère de position facilitant la consultation en temps réel.
              Cela a quand même un inconvénient : regarder le GPS oblige à abandonner des yeux la route, ce qui n'est pas bon au plan sécurité. Et donc il faut alors rouler doucement.

    Avec ou sans GPS

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