•           Mon dernier article faisait état d’une étude sur la mémoire et les neurones qui stockaient nos souvenirs.
               Une autre étude m’a particulièrement intéressé.
              En effet la plupart des livres et articles sur le cerveau estimaient que nous avions acquis à la naissance tous les neurones, que ceux ci diminueraient en nombre et que la plasticité du cerveau était uniquement due à celle des connexions, c’est à dire des synapses et de la sensibilité à communiquer entre deux neurones.
              Depuis la fin du siècle dernier toutefois cela n’était plus tout à fait admis pour des rongeurs : rats et cochons d’Inde, utilisés dans les expérimentations animales.
              Il semble que cette affirmation ne soit plus tout à fait admise, pour deux régions du cerveau : les centres olfactifs et l’hippocampe qui est le « commutateur de la mémoire ».
           
     Certes le nombre de neurones qui se créent est très faible vis à vis des 300 milliards de neurones de notre système nerveux : quelques centaines de neurones par jour, à peine, dans l’hippocampe, mais leur rôle est important.

             Depuis quelques années les neurobiologistes essaient de comprendre à quoi servent ces neurones nouveaux nés.
             Ci dessous une photo sous IRM du "gyrus denté" de l'hippocampe, avec les neurones normaux en rouge et les nouveaux neurones en vert:

    De jeunes neurones sont créés chaque jour dans l'hippocampe.

              Souvent nous nous rappelons un souvenir avec de nombreux détail, à partir d’un simple stimuli : un mot, un visage, un objet que l’on voit, un son, une odeur…
              Les psychologues citent toujours à ce sujet Proust et son récit dans « A la recherche du temps perdu » où le goût d’une madeleine et d’une tasse de thé lui font ressurgir tous les détails de la maison de sa tante et de la ville environnante de Combray.
             C’est le rôle de l’hippocampe, au moment ou le souvenir se met en place, d’orienter ses éléments vers divers groupes de neurones et d’en « retenir l’adresse » pour parler comme en informatique; lorsque un stimuli rappelle le souvenir, le neurone concerné est alors en relation avec deux centres particulier de l’hippocampe, le « gyrus denté » qui identifie le souvenir, et un autre centre appelé « CA3 », qui rappelle alors toutes les informations des autres neurones concernés par le souvenir.

             Mais il peut être difficile de se rappeler des souvenirs dont les entrées sensorielles se ressemblent. Si par exemple vous êtes dans un supermarché et laissez votre caddie en un point précis pour aller chercher des achats dans les étals voisins, vous vous remémorez l’endroit où vous avez mis votre caddie. Mais si vous allez un peu plus loin dans le magasin, pour d’autres achats, le lieu où vous mettez votre caddie est dans un environnement peu différent du précédent. Les deux souvenirs successifs se ressemblent beaucoup, et il ne faut rappeler en mémoire que le dernier.
             Les nouveaux neurones semblent favoriser la différenciation entre des souvenirs successifs qui se ressemblent.

    De jeunes neurones sont créés chaque jour dans l'hippocampe.          Les chercheurs ont agi sur les cellules souches de l’hippocampe de souris, qui produisent ces nouveaux neurones  (ils peuvent représenter jusqu’à 10% des neurones du gyrus denté). Ils ont soit presque supprimé, soit au contraire accéléré la production de nouveaux neurones, pour en voir les conséquences.
             Les souris privées de nouveaux neurones sont incapables de distinguer deux souvenirs différents qui se ressemblent, alors que celles dont on augmente le nombre de nouveaux neurones dans le gyrus denté les distinguent plus facilement.
             Il semblerait que les nouveaux neurones aient un pouvoir inhibiteur pour empêcher un stimuli d’entrée dans le gyrus denté d’activer les neurones des anciens souvenirs analogues et donc les sorties vers les rappels de ces souvenirs de se mélanger (schéma cas 1) ce qui se passe en l’absence de ces nouveaux neurones, (schéma cas 2).


    De jeunes neurones sont créés chaque jour dans l'hippocampe.

             

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

             On ne peut pas sur l’homme faire des expériences sur le cerveau, mais on constate, sur des IRM, que des personnes, qui ont des difficultés à différencier des souvenirs voisins, présentent alors une suractivation du gyrus denté, ce qui semble confirmer l’anarchie de connexion entre les neurones de souvenirs voisins, due à un manque d’inhibition par les nouveaux neurones, tel qu’on l’a constaté chez la souris.


    votre commentaire
  •            Je viens de lire un compte rendu de recherche d’un laboratoire de l’université de Californie à Los Angeles sur la formation de nos souvenirs dans notre mémoire, étude faite sur des souris.

               Les deux centres les plus importants, en ce qui concerne la mémoire, sont d'une part les centres amygdaliens qui interviennent dans les souvenirs émotionnels et surtout l'hippocampe, qui renforce à l'origine entre eux les connexions des neurones qui vont décrire un même souvenir et qui ensuite connait "l'adresse"de ces neurones pour les reconnecter tous ensemble lorsqu'on veut rappeler le souvenir; 

    Les neurones des souvenirs.


                Pour savoir ce qui se passe au niveau de neurones du cerveau humain, nous n’avons qu’un moyen l’IRM. Mais il nécessite d’une part de mettre la personne totalement immobilisée dans un tunnel entouré d’un énorme aimant, et d’autre part , les résultats ne donnent que l’activité d’un groupe très important de neurone et pas des neurones individuellement.
    Les neurones des souvenirs.            Sur des souris on peut implanter des électrodes dans le cerveau ou loger un certain
    appareillage dans le crâne. 
     
              
    Le laboratoire de Los Angeles pouvait déceler, grâce à de fines électrodes les courants dans de petits groupes de neurones, mais il a surtout inventé un minuscule microscope qui permettait de voir les neurones activés dans un groupe de neurone.

               L’appareil était un micro-microscope, qui ne pesait que un peu plus de 2 grammes, implanté dans le crâne de la souris qui le portait comme un chapeau. La souris pouvait donc se déplacer par exemple dans un labyrinthe, avec quelques sujétions, car le microscope était relié à une fibre optique qui transmettait les images (cf photo ci contre).

               Pour voir les neurones qui s’activaient, on injectait à l’animal une molécule qui devenait fluorescente en présence de calcium. Comme le déclenchement de l’influx nerveux est provoqué par un afflux de calcium dans le neurone, on pouvait ainsi voir les neurones qui s’activaient dans le cerveau de la souris lors de la formation d’un souvenir.
               Les chercheurs ont ainsi étudié ce qui se passe dans l’hippocampe lors de la création de souvenirs épisodiques et ce qui se passe dans las centres amygdaliens lors de la formation de souvenirs émotionnels.

               Les résultats de cette étude sont très intéressants

               Tous les neurones ne participent pas de la même façon à la formation des souvenirs.

               Une protéine particulière, dénommée CREB, est indispensable à la formation des souvenirs à long terme : ce gène contrôle l’expression d’autres gènes nécessaires à la mémoire. Les chercheur ont mis au point une autre protéine qui diminuait de façon très importante la production de la protéine CREB. Ils ont montré qu’ainsi ils inhibaient chez les souris la formation de souvenirs.
               Au contraire en augmentant la production de protéine CREB par les neurones, ils ont montré que les neurones qui suractivaient la protéine CREB avaient quatre fois plus de chances de stocker des souvenirs que les neurones voisins.
               Pour expliquer cela, les chercheurs ont testé avec de fines électrodes implantées dans le cerveau des souris, les réponses des neurones et ils ont pu montrer que les synapses répondaient d’autant mieux à des potentiels faibles qu’elles produisaient plus de protéine CREB, ce qui favorise la liaison entre neurones d’un même souvenir.
               En rendant les neurones sensibles à une lumière bleue, qui les active, ils ont pu réactiver des souvenirs et montrer que c’étaient les neurones les plus riches en CREB qui les supportaient.
               Ils ont également montré que lorsque deux souvenirs sont supportés en partie par des neurones communs, l’activation d’un des souvenirs entraine le rappel de l’autre souvenir. Mais au bout d’un certain temps (quelques jours), les souvenirs ont moins de chances d’être supportés par des neurones communs.
               Tout se passe comme si le premier souvenir augmentait la production de CREB, existant les neurones et les rendant plus aptes à la mémorisation. Si un deuxième souvenir arrive dans un temps pas trop éloigné, les mêmes neurones sont plus aptes à le mémoriser puisqu’ils sont en surpRoduction de CREB. Par contre cette surproduction s’arrêtant au bout d’un certain temps, le deuxième souvenir, s’il est éloigné dans le temps, imprime alors un autre groupe de neurones.
                Les chercheurs ont inactivé au laser les neurones communs à deux souvenirs : le rappel de l’un par l’autre ne se faisait plus. Ils ont rétabli leur fonctionnement en dotant les neurones de récepteurs sensibles à certains neurotransmetteurs et en excitant ces neurones avec ces produits. Le rappel d’un souvenir par l’autre a été rétabli.
                Ils ont également fait les mêmes études chez des souris âgées dont la mémoire était moins bonne, et ils ont constaté que leurs neurones produisaient moins de protéines CREB.

                S’il en est de même pour l’homme, on peut espérer pouvoir mettre au point des médicaments qui, augmentant la production de CREB par les neurones de l’hippocampe, permettrait de lutter contre les pertes de mémoire des personnes âgées.

     

     Nota : les souvenirs utilisés chez les souris sont des souvenirs de cages successives, où un traitement particulier leur est administré (nourriture, son, choc électrique…) et dont elles se souviennent.


    votre commentaire
  •  

    Formation des souvenirs

          Un correspondant, après avoir lu mon article sur les mémoires, me demande,                      « mais comment se forment nos souvenirs ? » 
          Je vais essayer de l’expliquer mais en simplifiant beaucoup.

          Tout souvenir commence par une perception : image, son, toucher, odeur goût, et éventuellement les sensations internes de notre propre corps. (schéma à gauche ci-dessous).
          Ces sensations remontent par les nerfs correspondants vers le thalamus et sont d’abord transmises aux centres amygdaliens : c’est une question de survie : si la sensation montre un danger il faut qu’il y ait une réaction très rapide : quelques centièmes de seconde.
          L’amygdale communique avec le cerveau émotionnel, et la première impression presque inconsciente de notre cerveau est une perception émotionnelle. Les individus y sont plus ou moins sensibles. On en tient compte dans les préférences cérébrales ( préférence A/O, voir mes articles sur ce sujet). Cela dure de l’ordre de quelques dixièmes de seconde.
          Si vous écoutez un orchestre, la mélodie peut vous émouvoir aux larmes, vous ne savez pourquoi. Ce n’est pas raisonné mais inconscient.

    Formation des souvenirs

      Formation des souvenirs

     

     

     

     

     

     

     

          A la perception émotionnelle succède une perception organisée, que des centres spécialisés analysent. Par exemple pour le vue, l’analyse va examiner les formes, les couleurs, les mouvements, puis dans la voie dorsale situer l’événement dans l’environ-nement, en faisant des cartes situationnelles, ( le « où? »), et par la voie ventrale, reconnaître les objets (le « quoi ?); (voir le schéma à droite ci-dessus).
        C’est rapide 0,1 seconde.

         Pour en revenir à l’orchestre vous voyez les instruments, les musiciens, le soliste, le chef d’orchestre, vous identifiez les sons, les timbres, les voix.
         La transmission peut se faire vers les centres moteurs et inconsciemment vous battez la mesure avec vos mains ou vos pieds.

         Pour pouvoir identifier ls objets, les scènes, l’environnement, le cerveau va rechercher les neurones où des scènes analogues ont été enregistrées par le passé dans les centres du lobe temporal inférieur. C’est le cortex préfrontal qui donne les ordres, mais une partie est réalisée inconsciemment par l’hippocampe. Dans le cas de l’orchestre, le cerveau se réfèrera à des séances passées pour identifier éventuellement instruments et personnages. (cf.schéma à gauche ci-dessous). Cela est encore très rapide : 0,3 seconde.

     Formation des souvenirsFormation des souvenirs

     

     

     

     

     

     

     

           Toutes nos idées reposent sur le langage; le cerveau va alors faire appel aux centres du langage, notamment Wernicke et Geschwind (voir mon précédent article sur ces centres).
           Il va ainsi relier les sensations et les mots : orchestre, piano, violon…. tabouret, pupitre, partition… violoniste, pianiste, soliste, chef d’orchestre…., mais aussi l’environnement de la salle.(cf.schéma de droite ci-dessus). Durée de cette opération, environ 0,5 seconde.
          Il va communiquer avec le cortex préfrontal via deux modules tampon, l’un pour les sensations, l’autre pour les mots. Ceux ci conservent éventuellement l’information le temps d’un dialogue entre centres du cerveau avec le cortex préfrontal.

          Le cerveau va alors constituer l’ensemble du souvenir : l’hippocampe va solliciter de très nombreux centres, sous les ordres du cortex préfrontal qui a maintenant conscience de ce que vous ressentez,  en établissant des connexions plus durables entre neurones. Le souvenir devient multimodal et riche de toutes les sensations et ressentis; il est à la fois perceptions et lexical.  
          Le souvenir est alors complet et les connexions établies plus ou moins fortes. Si le souvenir a une importance, ou est fortement émotionnel, les connexions seront fortes et durables à moyen terme. Sinon elles seront plus labiles et disparaîtront au bout d’un certain temps car inutiles (par exemple où ai-je garé ma voiture?). Cette opération va être plus longue, 30 secondes environ; (voir schéma de gauche ci-dessous).

     Formation des souvenirsFormation des souvenirs

     

     

     

     

     

     

     

          Mais ce souvenir risque de s’effacer si les connexions ne sont pas très fortes. Pour l’éviter, si le souvenir est considéré comme utile, il va être rappelé durant notamment pendant notre sommeil. Nous pouvons aussi le rappeler consciemment.
          C’est le cortex préfrontal qui donne l’ordre d’un rappel volontaire, avec l’aide de l’hippocampe.  
          Les connexions avec les différents centres de perception sont rétablies (voir schéma de droite ci-dessus), et le souvenir est ré-enregistré et les connexions entre neurones se renforcent à chaque enregistrement.
          Mais il y a un risque de déformation, certains détails peuvent être oubliés, d’autres légèrement transformés. De plus d’autres perceptions relatives au même souvenir peuvent interférer (récits, photos…) 

           Comme le souvenir n’est pas fortement enregistré au stade précédent, pendant le sommeil un fonctionnement inconscient du cerveau va, d’une part, éliminer les connections de souvenirs sans importance, inutiles ou nocifs, et par contre, rappeler les souvenirs importants en mettant à contribution l’ensemble du cerveau émotionnel dans ce que l’on appelle le « circuit de Papez (voir schéma ci-dessous) et ceci en liaison avec le centre de Geschwind, les centres multimodaux d’enregistrement des sensations, et le lobe temporal inférieur. Les souvenirs sont alors renforcés de façon à subsister un temps notable.
           Mais si vous ne les rappelez jamais par la suite, ils tomberont peyu à peu dans l’oubli, certaines connexions disparaissant ou étant difficiles à rappeler.

     

    Formation des souvenirs

             L’ensemble de ces souvenirs dits « épisodiques » est le récit de notre vie, et est une forte composante du « soi ».

           Pour les connaissances apprises par apprentissage, le processus est un peu différent, car le cortex préfrontal établit des connexions entre les différentes notions sémantiques, pour relier les connaissances élémentaires entre elles de façon logique et hiérarchisée. C’est la répétition par apprentissages successifs (et « exercices »), qui consolide le souvenir.

          Dans le cas de modes opératoires  répétitifs, l’enregistrement se fait au niveau du cervelet, qui se substitue ensuite au cortex préfrontal, pour conduire les opérations (marcher, nager, jouer du piano, taper à al machine, conduire une voiture faire du vélo ou du patin à roulettes etc…).

     

     


    votre commentaire
  •      Dans mon dernier article j'avais dit que j'examinerai plusieurs cas particuliers de mise en place d'automatismes dans nos mémoires procédurales :
            - comment l’enfant apprend à marcher.
            - comment vous apprenez à conduire une automobile.
            - comment apprendre à taper un texte sur un clavier d’ordinateur.
            - comment intervient la peur d’un serpent.

         Si vous ne l'avez pas lu, je vous conseille de lire avant cet article celui du 13 décembre sur les centres d'apprentissage et du plaisir.

    Apprendre à marcher.

        L’enfant se met debout et dès qu’il n’est pas sur ses deux pieds et quitte l’appui d’un fauteuil, il tombe.
        Le système de récompense n’émet pas de dopamine et le cerveauy n’est pas content. Le cortex préfrontal demande donc de réessayer.
        L’enfant n’est pas très conscient des gestes qu’il faut faire. Le cortex préfrontal et le cervelet unissent leurs efforts pour donner des ordres aux jambes et au reste du corps pour répartir le poids. Bébé fait deux pas avant de tomber et il récolte un peu de dopamine. C’est un progrès et le cortex préfrontal est content !
        Papa ou Maman donne la main, l’équilibre est mieux assuré et alors les centres amygdaliens disent au cortex préfrontal que c’est plus sûr et celui ci décide de faire autant de pas que possible.
        Bébé est à nouveau accroché à son fauteuil, mais maman à deux mètres lui tend les bras. Alors le cortex préfrontal, qui se rappelle l’appui sur la main, se dit qu’il faut aller voir maman et bébé fait ses premiers pas seul, avant de s’écrouler dans ses bras. Encore un succès et de la dopamine : les centres d’apprentissage font leur travail.
        Pendant tous ces essais le cervelet a codifié les gestes, les réglages qui ont entraîné la réussite : il mesure les signaux venus du « gyroscope » qu’est notre oreille interne (renseignements indispensables à l’équilibre), les informations visuelles, la tension des muscles, la position des jambes et des bras, les ordres donnée et les gestes accomplis, les sensations sous les pieds ….
        Alors à chaque essai il va faire mieux et peu à peu, le cortex préfrontal se désintéresse de l’affaire. Le cervelet se débrouille seul. Bébé, encore un peu titubant, sait marcher, voire même courir.

    Conduire une automobile.

        Là c’est plus compliqué. Ce n’est pas qu’une question de commande des membres et de l’équilibre, en quelque sorte physiologique.
        Le cerveau n’est plus celui d’un bébé, il a appris à apprendre et cela à partir du langage. Alors on commence par écouter le moniteur qui explique comment fonctionne le moteur, l’embrayage, le frein et le volant. C’est le cortex préfrontal qui comprend et, avec l’aide de l’hippocampe, met ces notions en mémoire.
        L’exercice physique commence : il s’agit de maîtriser accélérateur et embrayage, puis changement de vitesse. Le volant aussi, mais c’est plus facile.
        Là c’est comme pour bébé : centres d’apprentissage, dopamine, essais. Mais au début, le cortex préfrontal intervient beaucoup plus, parce qu’on réfléchit, on se rappelle ce que le moniteur a expliqué, on se force à embrayer très doucement….
        Le cervelet coopère et peu à peu il prend la main, on commence à manier accélérateur et embrayage sans réfléchir et même presque inconsciemment.
        Maintenant on ne reste plus dans une rue déserte, on part sur la route avec d’autres voitures. 
        L’apprentissage maintenant cela va être celui de la vue, d’apprécier la direction, la vitesse des autres véhicules, le danger de les cogner et de prendre les bonnes décisions.
        Le processus cérébral est lent et on va tout doucement. Mais peu à peu, grâce au cortex préfrontal qui dirige et aux centres d’apprentissage et leur dopamine, le cervelet apprend peu à peu et se substitue pour toute l’observation, mais il remonte encore les informations au cortex préfrontal qui décide de l’action.
        Puis le cervelet apprend à décider et vous avez l’impression de tout observer et conduire autour de vous sans vraiment faire très attention car le cervelet n’appelle plus  le cortex préfrontal que lorsqu’il rencontre une situation qu’il ne connaît pas.
        Le cortex préfrontal a alors deux tâches : regarder devant lui,et prévoir ce qui pourrait ou va se passer, pour donner à temps des ordres au cervelet ou même reprendre la main volontairement. Il se concentre par ailleurs sur l’itinéraire à suivre et donne les ordres correspondants. Mais là encore le cervelet apprend et connaît par exemple, la route de votre travail que vous prenez tous les matins. Et le week-end, si vous partez en voiture en discutant avec votre passager et ne faites pas assez attention, vous vous retrouvez sur cette route au lieu d’aller vers une autre destination.

    Taper sur un clavier.
        
        C’est particulier car vous avez déjà appris à lire et à écrire et non pas en épelant les lettres, mais en apprenant à déchiffrer des syllabes, des phonèmes, puis des mots entiers (et même si vous aviez appris la lecture rapide, des groupes de mots.
        Quand vous écrivez à la main, vous avez appris à écrire non des lettres mais des mots (d’ailleurs les lettres sont liées entre elles).
        Alors l’ennui c’est que l’automatisme c’est celui là, et ce n’est pas adapté à votre clavier, qui lui écrit lettre par lettre.
        Il va donc falloir inhiber l’automatisme du cervelet pour le replacer par un autre, lorsque vous allez utiliser votre clavier.
        Connaissant les mécanismes cérébraux, je me suis observé quand j’ai appris à taper sur mon ordinateur, et j’ai observé que je ne pensias plus à l’avance les mots que je voulais écrire, le cervelet faisant le nécessaire pour écrire le mot à la main, mais que j’épelais les mots pour que je puisse ensuite taper les lettres. ma pensée était donc ralentie, puisque mon cortex préfrontal devait intervenir en permanence pour penser à ce que j’allais dire, puis épeler chaque mot.
        J’ai quand même gagné un peu en vitesse, et je me suis aperçu que mon cervelet se débrouillait maintenant seul pour des mots courants de deux ou trois lettres et qu’il savait les épeler. J’avais aussi un peu pris l’habitude de la position des lettres sur le clavier.
        Et puis au bout de plusieurs mois, tout à coup, en quinze jours, ma vitesse de frappe a quadruplé tout à coup et je n’épelais plus. Mon cervelet le faisait à la place de mon cortex préfrontal et donc je n’en n’étais plus conscient.
  Mon cortex préfrontal pouvait, comme lorsque j'écrivais à la main, réfléchir à ce que je voulais écrire.  Par contre je faisais de temps en temps, des fautes de frappe, notamment l’inversion de deux lettres !

    Avoir peur d’un serpent (d'une souris ou d'une araignée).

        Quand nous voyons quelque chose que nous ne connaissons pas, nos centres amygdaliens, qui sont là pour nous protéger, nous empêchent de faire des bêtises, d’abord en inhibant nos gestes et en préparant la fuite ou une réaction de défense, puis en avertissant le cortex préfrontal du danger possible.
        A  fortiori évidemment si nos parents ou une autre personne nous ont dit que c’était dangereux, ou si notre expérience nous l’a enseigné.
        C’est donc là encore un automatisme très rapide que l’évolution a mis en plase dans notre cerveau pour nous protéger.
        Mais cela peut nous jouer des tours, car des peurs d’enfant peuvent devenir ainsi des réflexes automatiques, et les centres amygdaliens faisant partie du cerveau émotionnel, celui-ci peut amplifier le phénomène.
        Et nous pouvons ainsi avoir dans notre mémoire implicite, une procédure automatique de peur d’une petite souris bien inoffensive et il faut alors que notre cortex préfrontal intervienne pour nous calmer face à la gentille petite bête.

        


    votre commentaire
  •            Dans le précédent article, nous avons vu les diverses mémoires dont nous disposions. Nous allons maintenant voir ce que sont les mémoires procédurales

    Nos mémoires "procédurales"

               Dans vos études vous avez sûrement appris par cœur des formules de mathématiques, des poèmes, des listes de mots, des formules chimiques….
               Vous avez appris aussi à faire certaines tâches intellectuelles logiques de manipulation du langage et surtout de termes mathématiques (par exemple résoudre une équation du second degré). Ce sont de procédures intellectuelles.
               Ce sont les centres du langage (Centre de Wernicke, de Broca et de Geschwind), qui sont en général à l’origine de ces opérations, sous le contrôle du cortex préfrontal.

             Notre organisme a ensuite de nombreux réflexes de défense destinés à nous protéger. Nous accumulons une certaine expérience de faits désagréables ou dangereux et nous savons qu’il y a des actions à ne pas faire (mettre les doigts dans une prise de courant), ou d’autres à faire par précaution (regarder des deux cotés avant de traverser).
             Cela devient peu à peu un réflexe conditionné.
             Ce sont les centres amygdaliens (les « centres de la peur »), qui veillent sur notre sécurité et nous alertent sur tout danger potentiel. C’est inconscient et automatique. Le cortex préfrontal n’intervient ensuite que pour pendre certaines décisions. (par exempele couper le courant électrique ou traverser la rue).

    Nos mémoires "procédurales"

             Enfin nous savons exécuter certaines tâches presque inconsciemment, une fois que nous les avons apprises : ce sont des « automatismes", des « procédures d’actions physiques » dans lesquelles notre « cervelet », coordonne de façon inconsciente (sans appel au cortex préfrontal), nos sens, notamment vue, ouÏe et toucher, ainsi que nos centres moteurs, qui commandent les mouvements de nos membres.
            Ces actions, ce sera par exemple marcher, faire du vélo, conduire une voiture, nager, jouer d’un instrument de musique ou taper sur un clavier…..

             Si nous reprenons notre schéma des mémoires nous voyons que nous avons quatre types principaux de mémoires procédurales que j'ai évoquées ci dessus :
                 - Celle des apprentissages cognitif, par exemple en logique ou en mathématiques.
                 - Celle des procédures d'apprentissage verbal (réciter un poème) ou des cinq sens (reconnaitre un son, une odeur...).
                 - Celle des mécanismes émotionnels conditionnés.
                 - Celle des tâches quotidiennes que nous exécutons automatiquement.

    Nos mémoires "procédurales"

             Pour illustrer ces notions, j'expliquerai dans mon prochain articlecomment une procédure se met en place sur ces mémoires, et notamment :
                  - comment l’enfant apprend à marcher.
                  - comment vous apprenez à conduire une automobile.
                 - comment apprendre à taper un texte sur un clavier d’ordinateur.
                 - comment intervient la peur d’un serpent. 

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique