•           Un correspondant, à juste titre, me dit que dans mes derniers articles, je parle de sommeil profond et de sommeil paradoxal, et que je n'ai pas défini ce que c'était. C'est vrai.
              Je vais réparer cet oubli, mais c'est assez compliqué et il faut un article entier pour décrire notre sommeil. C'est assez technique et donc un peu difficile à lire !

              Nous allons voir d'abord pourquoi nous nous endormons de façon assez régulière et de préférence la nuit, grâce à ce que l'on appelle nos "horloges circadiennes".

    Les diverses phases du sommeil.

              A l'origine des rythmes circadiens se trouvent les noyaux suprachiasmatiques (ou NSC), et paraventriculaires, oscillateur central de notre horloge biologique. Ces deux noyaux de l'hypothalamus antérieur de quelques dizaines de milliers de petits neurones chacun, ont un rythme d'activité biochimique et électrique spontané.
              Un pigment de la rétine de l’oeil est activé par la lumière, la “mélanopsine” qui active des neurones, qui transmettent leur information aux neurones des centres suprachiasma-tiques. Cette horloge transmet ensuite l'information aux horloges secondaires, qui régulent dans notre corps, diverses activités métaboliques et hormonales.

               Quand vient l’obscurité, cette horloge émet une substance particulière, la “mélatonine”, produite par la glande pinéale,  qui recalera les horloges secondaires sur la nuit et provoquera le sommeil. La glande pinéale ou épiphyse, est une petite glande située en bordure du thalamus, d'environ 8 mm et ayant la forme d'une pomme de pin, d'où son nom. Chez les animaux elle est parfois située derrière la rétine et réagit directement à la lumière pour produire la mélatonine.
              Chaque neurone des noyaux suprachiasmatiques de l'hypothalamus est capable de produire et d'entretenir une oscillation circadienne : chacun d'eux est une cellule-horloge autonome, un “pacemaker circadien”.
              A l'inverse lorsque revient la lumière les noyaux suprachiasmatiques sont moins excités et ce sont les noyaux paraventriculaires qui prennent le relais; ils diminuent la production de mélanine, mais peuvent également agir sur les horloges secondaires pr l'intermédiaire du système sympathique.
                Dans les diverses horloges circadiennes, des gènes s’expriment tous les jours, selon une périodicité de 24 heures, leur ADN codant un ARN messager qui va engendrer la production d’acides aminés puis de protéines : les protéines des horloges présentent leur pic de concentration à des moments précis de la journée et elles activent ou inhibent les gènes contrôlés par l'horloge, ce qui constitue une boucle de rétroaction, et stabilise ce processus.

              Ainsi, la production et la libération de neurotransmetteurs dans le cerveau ou le métabolisme des sucres dans le foie, d’insuline dans le pancréas ou de leptine par les graisses et, plus généralement, toutes les fonctions de tous les organes sont coordonnées pour être synchronisées par l'hypothalamusavec l'alternance cyclique du jour et de la nuit.

    Les diverses phases du sommeil.

              Nous allons maintenant examiner ce qui se passe dans le cerveau au plan des transmissions d'influx nerveux, ce que l'on peut analyser par des enregistrements des signaux électriques sur des électroencéphalogrammes (EEG).

              Dans la journée lorsqu’on est éveillé, lorsque le cortex est engagé dans l’analyse d’information provenant d’une stimulation sensorielle ou d’un processus interne, l’activité de ses neurones est relativement élevée mais également peu synchronisée. Chaque petit groupe de neurones étant activé par des aspects différents de la tâche cognitive à résoudre, la synchronisation est donc faible et par conséquent l’amplitude de l’EEG aussi avec des ondes rapides dites “béta”, et des mouvements rapides des yeux..
              La période de veille calme, où I'on est au repos,les yeux clos, est caractérisée par une activité électroencéphalographique de type alpha, de 8 a 12 cycles par seconde (ou hertz), un tonus musculaire et des mouvements oculaires lents.

    Les diverses phases du sommeil.

              Le sommeil lent, qui débute le sommeil, comprend quatre stades de profondeur croissante :
              Le stade 1 est observé lors de I'endormissement. avec une activité de fréquence de 2 à 7 hertz, un tonus musculaire, des mouvements oculaires lents de fréquence inférieure à un hertz et souvent des ondes pointues, ou « pointes vertex ».
              Le stade 2 est également caractérisé par une activité de fréquence mixte, avec, de façon intermittente, les fuseaux rapides, de fréquence comprise entre 12 et 16 hertz (ils ont probablement un rôle protecteur du sommeil) et des ondes diphasiques lentes et de forte amplitude. Le tonus musculaire est toujours présent mais iI n'y a plus de mouvements oculaires.
              Les stades 3 et 4 constituent le sommeil lent profond, avec des ondes lentes de type delta de fréquence comprise entre 0,5 et 2 hertz et d'amplitude supérieure a 75 microvolts, présentes pendant 20 à 50 % du stade 3 et plus de 50 % stade 4. Le tonus musculaire diminue dans le sommeil le plus profond et les mouvements oculaires sont toujours absents.

              Le sommeil paradoxal (stade 5) s'oppose au sommeil lent auquel il succède. L'activité électroencéphalographique présente une fréquence proche de celle du stade 1, mais elle est associée à des trains d'ondes (theta), en dents de scie. Des mouvements oculaires rapides apparaissent, isolés ou en bouffées, sous les paupières qui demeurent closes. Le tonus musculaire est aboli, mais cette atonie musculaire est interrompue par de brèves décharges musculaires, affectant les muscles du visage et des extrémités.

              Le sommeil lent représente environ 80% de la durée totale de sommeil, dont 5% pour le stade 1, 50% pour le stade 2, et 15 à 20 % pour les stades 3 et 4.
              Le sommeil paradoxal de I'ordre de 20 pour cent.
              Rappelons aussi que, chez l’homme, l’intervalle qui sépare deux périodes de sommeil paradoxal l’ordre de 90 minutes, et que pendant ces périodes il peut se produire de micro-réveils et donc des rêves.


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  • Souvenirs conscients et inconscients, blocages.

              Bien des événements se passent en une journée : vous avez vu, entendu, touché, senti, goûté bien des choses (images, sons, paroles, sensations diverses). 

              Par exemple pour notre vision, à 40 images par seconde, notre cerveau a reçu environ 2 500 000 images dans la journée. Heureusement nous ne les mémorisons pas toutes. La plupart ne sont maintenues dans des zones de stockage intermédiaire, que quelques secondes au plus dans le cerveau, le temps de savoir si elles vont servir; puis la trace en est détruite, c’est à dire qu’aucune connexion durable ne se fait avec un groupe de neurones censés retenir ce souvenir.. Nous n’avons même pas conscience de ce traitement.
              A l’inverse certaines de ces images sont considérées comme importantes par le cortex préfrontal auquel elles ont été transmises. Il donne alors l’ordre àç l’hippocampe de les stocker en mémoire et celui-ci va répartir les éléments du souvenir dans diverses parties du cerveau, en favorisant les connexions avec des groupes de neurones dont il retient l’adresse, un peu comme votre ordinateur qui dresse un catalogue de vos données. Si le cortex préfrontal lui en donne l’ordre, l’hippocampe pourra rétablir les connexions avec ces neurones et faire remonter le souvenir à la conscience.
              Mais seules quelques images sont ainsi mémorisées. Notre attention n’est attirée que sur certaines d’entre elles, dont nous avons “conscience” . Nous savons qu’elles ont existé et qu’elles sont mémorisées. Les autres nous n’en avons “pas conscience” et  les neurobiologistes disent donc qu’elles sont “inconscientes”.
              Ces informations sont stockées comme toutes les autres dans diverses parties de notre cerveau. Seulement le cortex ne sait pas des trouver, comme un ordinateur qui n’aurait pas l’adresse de certaines informations de son disque dur.  L’inconscient n’est donc pas un centre du cerveau, il est partout où il y a des informations stockées, à coté de celles conscientes.
             
    Au plan biologique, l’inconscient durable, c’est un ensemble de souvenirs, d’expériences qui s’accumulent et restent ancrés dans notre mémoire, en général à notre insu. 

              Nos organes perçoivent aussi des centaines de sensations par seconde, et nous n’en sommes pas conscient, bien que votre cerveau les aient enregistrées, au moins pendant un instant. Certaines seront  mémorisées de façon inconsciente, et seules quelques unes seront transmises au cortex préfrontal : la faim, la soif, la douleur… par exemple.
     

              La nuit, pendant votre sommeil, votre cerveau va repasser en revue tous ces souvenirs, il va les trier, n’en garder que quelques uns, et effacer tout le reste, comme on efface un disque dur. L’hippocampe et le thalamus vont par exemple, renvoyer les images vers les centres d’interprétation due la vue, qui les traite comme si elles venaient des yeux, mais il va ensuite les détruire. Mais cela de façon désordonnée.
              Ce « ménage » s’effectue surtout pendant le sommeil paradoxal.
              Le cortex préfrontal ne recevant pas d’information du thalamus pendant le sommeil, ne sera pas conscient de ce travail. Mais si nous avons un petit instant de réveil, ne serait-ce que  quelques secondes, le cortex préfrontal a tout à coup conscience de ces images hétéroclites, et il croit qu’elles ont été vues par les yeux. Il cherche alors en vain à en fournir une interprétation rationnelle et logique.
              Ceci explique certains de vos rêves, vestiges incohérents de ce travail d’effacement.  

              Pendant le sommeil profond le cerveau rassemble à nouveau les souvenirs importants que l’on veut garder, sans que nous en ayons conscience. Il les fait tourner en quelques sorte, dans le cerveau émotionnel, dans ce que l’on appelle le « circuit de Papez », et il renforce ainsi les connexions entre neurones supports du souvenir, pour rendre celui-ci plus stable (on appelle cela la « consolidation »).  

    Souvenirs conscients et inconscients, blocages.


              Mais, par la suite, les souvenirs conservés, dont vous avez conscience, mais que vous n’utilisez pas, s’effacent aussi peu à peu. Par contre des événements très heureux ou au contraire qui vous ont traumatisés, restent à jamais gravés dans votre mémoire de façon beaucoup plus stable, du moins pour leurs éléments essentiels.
              De plus le cerveau peut garder des souvenirs de façon inconsciente de ces événements marquants, surtout ceux traumatisants.Ce qu’il garde et que ne savons pas remonter à la conscience, c’est en général la partie la plus traumatisant, ceci , pour nous protéger psychologiquement, pour éviter la souffrance morale.
              Mais ces souvenirs inconscients peuvent cependant avoir une action sur notre comportement et ceci à notre insu.

              Nous savons que dans le cerveau  la couche externe, (le cortex), interprète toutes nos perceptions, réfléchit, élabore raisonnements et actions, et donne des ordres à nos membres. Une couche intermédiaire (le cerveau émotionnel)  traite de nos sentiments et émotions,et le centre du cerveau contrôle les processus fondamentaux de la vie.
              Mais les ordres volontaristes du cortex, avant d’être acheminés à nos membres, repassent transitoirement par le cerveau émotionnel.
              Lorsque notre cerveau raisonnable donne un ordre qui réveille ces souvenirs, alors notre cerveau interne émotionnel peut bloquer cet ordre, le transformer et pour éviter que notre cortex ne s’en aperçoive et le corrige, il lui envoie de fausses informations, pour le leurrer.

              Lorsque j’avais 12 ans, (en 1944, c’était la guerre), un matin sur le chemin du collège, une fusillade a eu lieu entre allemands et maquisards et trois hommes sont morts à cinq mètres de moi. Encore aujourd’hui je revois la scène comme si elle s’était passée hier, alors que je n’ai que peu de souvenirs de ces années de ma vie.
                 Pendant plusieurs mois, pour aller en classe, je ne suis plus passé par cette rue là. Je faisais un détour, sous des prétextes futiles : rue à l’ombre, trottoir sale, trop de bruit... C’est mon “inconscient” qui m’empêchait d’y passer, et pour “tromper” mon esprit logique, il inventait des prétextes fallacieux pour me convaincre de faire un détour..

               Il m’est arrivé souvent de discuter, notamment sur internet avec des correspondants de mes blogs,  avec des personnes qui avaient subi de grands chocs : morts de personnes qu’ils aimaient, violences, accident,
              Ce sont des souvenirs qu’ils ont enfouis en eux , sans en parler à personne, dont une partie est consciente mais une autre pas et qui bloque certaines de leurs actions en leur faisant croire à de fausses raisons.  
              Lorsque ces personnes arrivent à me dire leurs tourments, car c’est plus facile de le faire “en virtuel” à une personne que l’on connait peu et qui ne vous rencontre pas, qu’à une personne “réelle” de leur entourage, nous arrivons ensemble à identifier les vraies raisons de leurs peines et à permettre à leur cerveau de raisonner à nouveau correctement et donc à minimiser peu à peu leur souffrance. 

              Freud avait deviné en partie ce mécanisme et il parlait de « refoulements » pour ces souvenirs inconscients, souvent bloquants. Mai il leur attribuait à tort une origine uniquement sexuelle. (car c’était de tels malades qu’il soignait). Les connaissances sur le cerveau étaient faibles en début du XXème siècle.
              La neurobiologie moderne ne parle plus de refoulements mais de blocages, et toutes sortes de traumatismes peuvent être à leur origine, ceux de nature sexuelle n’étant qu’une partie d’entre eux. La plupart sont dus à de événements tristes et traumatisants, voire des catastrophes dans notre vie.
              Il est par exemple probable que les rescapés des attentats garderont des blocages comme séquelle de ces événements.


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  • Notre cerveau travaille sur nos tâches répétitives durant notre sommeil.

                 Je vous ai déjà expliqué succinctement comment la mémoire enregistrait nos souvenirs et nous avions vu que, d’une part le “ménage qui se faisait dans le cerveau en éliminant tous les souvenirs superflus était indispensable, mais également que le cerveau se remémorait et “rejouait les scènes" des événements de la journée qu’il voulait mémoriser, ce qui renforçait les connexions entre neurones porteurs du souvenir..
                Ce sont d’ailleurs les sensations (images notamment) qui sont ainsi  revécues, qui, si l’on a un instant de réveil même très bref, donnent lieu à nos rêves.
       
                David Euston et de ses collègues, de l'Université de l'Arizona ont montré que des phénomènes analogues se produisaient lorsque nous apprenons dans la journée des tâches nouvelles qui demandent un certain automatisme, comme par exemple, taper sur un clavier, utiliser un instrument, conduire un véhicule,  ou jouer au tennis.
               Lorsque nous avons fini notre apprentissage, nous arrivons à réaliser la plupart des tâches correspondantes de façon entièrement automatique, sans réfléchir, et c’est alors les neurones du cervelet qui ont enregistré les séquences à réaliser, et qui dirigent nos mouvements.
              Mais à l’origine quand nous débutons l’apprentissage, le cortex frontal qui réfléchit et organise, est à l’origine de nos actes et peu à peu il apprend au cervelet à faire les mêmes actions.

              Et pour apprendre cette tâche nouvelle, nous réalisons un certain nombre de gestes qui activent des neurones du cortex préfrontal de notre cerveau dans une séquence bien précise, qui est transmise aux neurones qui commandent nos muscles et nos gestes.
              En étudiant des apprentissages chez des rats, les neurobiologistes américains ont découvert que, pendant la première heure de sommeil, ces mêmes neurones répètent leur activité, exactement dans l'ordre où ils l'ont réalisée dans la journée alors que les rats étaient éveillés, mais ceci de façon accélérée.
            Après apprentissage durant l'éveil, les biologistes ont laissé dormir les rats et ont observé l'activité des neurones de leur cortex préfrontal, et ils ont constaté que les neurones se réactivent de la même façon pendant le sommeil, mais sur une plage de temps six fois plus courte, comme si le cerveau procédait par « lecture rapide », à la façon d'une cassette qu'on fait avancer de façon accélérée sur un magnétophone. Mais ces séquences ne donnent lieu à aucun mouvement réel.

              Pourquoi cette répétition interne ? En réitérant leur activité, les neurones renforcent les synapses qui ont été sollicitées lors de l'apprentissage, ce qui permet aux réseaux de neurones de consolider leur statut dans le cerveau, si bien que la même séquence de gestes pourra être exécutée plus facilement par la suite. Cela montre, d'une part, que le cortex préfrontal est une zone privilégiée dans le cerveau pour la consolidation des souvenirs d'actions automatiques,  (alors qu'une autre zone, l'hippocampe, est nécessaire à l'encodage précoce des souvenirs) et, d'autre part, que le sommeil favorise ce processus.
              Selon les neurobiologistes, cette répétition accélérée a lieu lors du sommeil à ondes lentes, le “ sommeil profond. “, stade d'endormissement où l'animal a entièrement perdu conscience et ne rêve pas. Dans ce cadre, l'activité des neurones se déroulerait six à sept fois plus vite, soit parce que les neurones sont libérés des contraintes d'exécution physique des mouvements (le rat ne bouge pas), soit parce que cette production de courants électriques est uniquement possible lors de certains phases du sommeil à ondes lentes, qui durent moins d'une seconde.

              Il reste à savoir quel est l'avantage d'une « répétition accélérée » pendant le sommeil, par rapport à une répétition mentale que l'on peut réaliser à l'état conscient. Il semble que le sommeil soit réellement bénéfique, voire nécessaire, à la mémorisation, mais on ignore encore les raisons exactes.
              Les biologistes ont seulement montré que les neurones du cervelet étaient également actifs et que le cortex préfrontal “apprenait” les mouvements au cervelet en renforçant les connexions entre les neurones concernés de cette partie du cerveau.


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  •      

    Cela ne vous arrive t'il jamais de rêver ? Pseudo-rêves et rêves réels.

     

          Certaines personnes  n’ont (d’après elles) « jamais rêvé de leur vie pendant leur sommeil, - ou plus exactement ne se sont jamais souvenu d’un rêve au réveil (environ 0,4 % de la population).
         Le service des « Pathologie du sommeil » de la Salpétrière, à Paris, a étudié ces cas, et montre que les patients rêvent néanmoins, comme les autres humains - enfin tout dépend de ce qu’on appelle rêver !
         Pour plus de clarté, j’appellerai « rêve », les scènes dont nous pouvons ensuite nous souvenir, et « pseudo-rêve », celles dont nous n’avons aucune conscience par la suite, et c’est donc comme si elles n’existaient pas.

        Toutes les images, et autres sensations, inutiles que nous avons enregistrées inconsciemment pendant la journée, ne font qu’encombrer notre mémoire à court terme. De même des renseignements utiles pendant un moment (où ai-je garé ma voiture?) et qui ne le sont plus en fin de journée.
         Par ailleurs, certains souvenirs désagréables peuvent nous harceler. Certains problèmes que nous avons sont souvent renvoyés vers le cortex préfrontal, pour qu’il réfléchisse à une solution et cela nous dérange souvent.
        Enfin, avant de dormir, nous avons pensé à diverses idées et inconsciemment cela a été mémorisé.
       
         Le cerveau, pendant le sommeil, va faire du tri : il va éliminer tous les souvenirs conscients ou inconscients de la journée (ou des jours précédents) qui ne servent plus à rien (plus de 999‰), puis il essaiera d'éliminer certains des souvenirs néfastes qui remontent, pour essayer de nous protéger : (mais il n'y arrivera pas toujours), puis au contraire, il renforcera les souvenirs qui paraissent utiles (y compris les connaissances et informations que nous avons mémorisées volontairement). Il éliminera aussi les souvenirs des pensées que nous avons eu avant de nous endormir, dans la mesure où nous n’avons rien trouvé de nouveau ou d’important.
         Le cerveau, pendant notre sommeil,  remet donc de l'ordre dans la mémoire et rend  de nombreux neurones à nouveau disponibles pour la journée suivante.

         Pour éliminer toutes ces sensations superflues, il va se servir des centres d’interprétation correspondants. Les sensations sont récupérées dans la mémoire par nos centres habituels d'interprétation des sensations : visuel, auditif, olfactif, sensitif ou gustatif. Au plan physiologique, tout se passe comme si arrivaient dans ces centres, des images réelles venues des yeux, des sons en provenance de nos oreilles etc..
         Par exemple, pour les images le centre d’interprétation primaire de la vison va traiter l’informa-tion comme si elle provenait des yeux. Mais ce sont des images « reconstituées par la mémoire » et nous les appelleront des « pseudo-images internes ».

         La différence entre éveil et sommeil est d'une part que ces sensations lorsqu'elles viennent de nos se ns éveillés, représentent la réalité et sont donc cohérentes, alors que, dans le sommeil, elles viennent de façon totalement aléatoire, sans suite logique et sont donc peu cohérentes.
         D'autre part, lorsque nous sommes conscients et éveillés, une partie des sensations et certaines des informations importntes sont transmises au cortex préfrontal, qui réfléchit et pense, alors que le cortex cingulaire antérieur focalise notre attention.
         Nous n'avons au contraire aucune conscience du phénomène lorsque nous dormons, car le cortex préfrontal et le cortex cingulaire antérieur sont mis en veilleuse et coupés de la plupart des informations provenant des autres centres du cerveau.

         Toutes ces « pseudos-sensations » présentes dans nos centres d’interprétation des sensations constituent donc, pendant notre sommeil, des « pseudos-rêves », qui dureront toute la nuit, mais dont nous n’aurons aucune conscience au réveil.
          Mais supposons que nous nous réveillons pendant quelques secondes seulement , (ce qui peut arriver plusieurs fois dans la nuit et nous nous rendormons aussitôt), ou définitivement le matin.
           Alors ces sensations (images, sons etc...) vont être transmises à nouveau par le thalamus au cortex frontal, qui sera donc conscient d'une suite de sensations, peu cohérentes et d'autant plus difficiles à interpréter que le fonctionnement du cortex à l'état éveillé n'est pas entièrement revenu à la normale. Là c’est un « vrai rêve ». 
         Le cortex préfrontal, encore à moitié réveillé, essaie d'interpréter comme il peut ce qu'il reçoit et le renvoie en mémoire avec les explications qu’il a pu trouver, et qui peuvent être absolument farfelues, surtout si l’éveil n’a duré que quelques secondes et qu’il n’a pas eu le temps de réfléchir. 
          Après notre sommeil, nous aurons alors le souvenir d'un rêve, avec une certaine cohérence car le cortex frontal a essayé d'arranger les sensations de façon logique, mais aussi des aspects incohérents et farfelus, car il a fait au mieux, mais avec un ensemble de sensations qui était peu logiques à l’origine et alors que lui même n’était pas au mieux de sa forme.  

         Le service de la Salpétrière a montré grâce à l’IRM que ces patients, qui croyaient ne jamais rêver, avaient les mêmes phases de sommeil que les autres dormeurs. Ils ont une mémoire tout à fait normale, ainsi qu’une bonne représentation des images mentales. Ils font comme tout le monde, des « pseudo-rêves ». Ils ont ^même souvent, un sommeil très agité par ceux ci. Et l’iRM permet de savoir en partie de quoi ils ont rêvé.
        La différence c’est qu’ils ne font pas de micro-réveils. Donc rien n’est transmis au cortex préfrontal et ils ne se souviennent pas des pseudo-rêves, transformés par l’éveil en « rêves réels »


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  • Notre inconscient nous sert en permanence.

     

     

         Nous avons défini dans le précédent article ce que pouvait être l’inconscient, mais cela ne nous définit pas son rôle.
        L’importance de l’inconscient dans notre comportement est très grande.


        Nous avons vu que nous enregistrons, pour des temps très courts ou plus longs, des images, sons (dont le langage), et autres sensations de nos cinq sens et que, de plus, nous recevons dans notre cerveau, des information sur l'état de nos muscles et de nos viscères, ainsi que sur la position et la contraction de nos muscles.
         La plupart de ces informations ne nous servent pas consciemment et d’ailleurs sont détruites ensuite (les connexions ne sont pas renforcées et disparaissent d’elles mêmes notamment au cours du sommeil).

        Certaines images, certains sons, certaines autres sensations sont cependant conservées (notamment celles qui ont un  grand impact émotionnel, dont beaucoup sont conscientes, mais certaines inconscientes sont aussi mémorisées à notre insu). Ces sensations peuvent ensuite dans certaines circonstance surgir consciemment, ou même avoir une influence sur nos décisions ou comportements, sans que nous nous en rendions compte, car d’innombrables connexions se produisent à tout instant à notre insu, quand un processus conscient est engagé.
        Certaines études ont confirmé qu’un geste inconscient ou un mot anodin peut déclencher un « amorçage », et orienter une décision, un choix, un comportement. Elles mettent en évidence que des motivations subliminales (sensations au dessous du seuil de perception conscient), utilisent les mêmes processus mentaux - la mémoire de travail et les fonctions exécutives - que les actes conscients, et que les gens se méprennent souvent sur les raisons de leurs comportements, car ils sont influencés par des pulsions inconscientes.

        Un autre domaine d’action de l’inconscient est celui de tous les automatismes et actes réflexes. C’est évidemment vrai pour des réactions réflexes physiologiques, au niveau de la moelle épinière (réaction à la brûlure, à la douleur…), au niveau du cervelet (faire du vélo, conduire une voiture, manger, boire …) ou du cerveau lui même (réaction d’évitement devant un danger..).
        Mais cela est vrai pour des réactions beaucoup plus intellectuelles et émotionnelles.
    Il nous faut exercer un effort volontaire et conscient pour nous défaire de nos préjugés. Plus l’influence de l’inconscient est forte, plus le contrôle cognitif conscient doit être important pour la surmonter.
        Cela concerne par exemple les addictions, la perception que nous avons d’autrui, le jugement sur notre environnement ou sur une situation donnée.
        Par exemple, lorsque nous rencontrons quelqu’un que nous ne connaissons pas, une première impression est présente en nous, avant même que nous n'ayons commencé à lui parler. Nous notons la couleur de sa peau, son sexe, son âge…, caractéristiques qui, une fois perçues se connectent automatiquement à des stéréotypes sur la façon dont les membres de ce groupe sont supposés se comporter. Ces croyances relatives à un groupe social sont souvent inexactes pour l’individu en cause, qui n'a généralement rien fait
    pour mériter aucune de ces impressions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.
        Les gens ont du mal à connaître la cause de leurs sentiments positifs ou négatifs, et se trompent souvent, quelque soit leur rôle et leur intelligence ou leur professionnalisme.

        Mais l’action de l’inconscient est plus vaste que les stéréotypes et les préjugés. Il influence nos actes.
        En particulier nous avons une propension innée qui est d’imiter autrui, non seulement dans ses expressions, mais aussi dans ses comportements.
        Et nous avons tendance à essayer inconsciemment à la place d’autrui, pour mieux le comprendre : c’est le rôle inconscient des « neurones miroirs ».
        Les centres d’apprentissage, qui sont aussi les centres du plaisir, agissent la plupart du temps de façon inconsciente, nous donnant la motivation de l’action. Ils calculent automatiquement le bénéfice de certaines actions et nous poussent vers la satisfaction maximale, de façon le plus souvent inconsciente.
        Mais si ses centres nous dictent un comportement égoïste, d’autres nous amènent à avoir un comportement altruiste et sont sensibles aux impressions que nous font les autres et à ce que nous pourrions faire pour eux.
        Les sentiments et les jugements inconscients que nous avons pour, ou sur, une personne, nous dictent notre comportement, parfois consciemment, mais le plus souvent sans le savoir.
        
        Des études ont montré que lorsque nous avions un problème à résoudre, dans de nombreux cas, la réponse était intuitive, ce qui ne veut pas dire qu’elle était réflexe, mais en fait une réflexion inconsciente et rapide, menée par le cortex émotionnel et probablement en partie par de cortex préfrontal.
        Et l’on pense actuellement que lorsque nous refléchissons aux solutions d’un problème, derrière la partie rationnelle consciente de recherche de solution, se cache une consultation du cerveau émotionnel par le cortex préfrontal, qui lui demande une « simulation émotionnelle » des conséquences des diverses sortes de décisions conscientes.
        En définitive, le rôle de l’inconscient est beaucoup plus important que ne le pensait Freud, car il n’est pas limité à nos désirs et pulsions, mais intervient dans tous nos actes, et les problèmes sexuels ne concernent qu'une infime partie de cet inconscient.


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