•           Nous avons vu hier que le temps de notre vie était réglé par une « horloge circadienne » centrale et des horloges secondaires, situées dans divers organes du corps.
              Si on enferme quelqu’un dans l’obscurité ses habitudes “nuit / jour” se décalent peu à peu : le rythme est plus près de 25 heures que de 24. Cela ne se produit pas dans la vie normale parce que nos horloges sont recalées sur 24 heures par la lumière du jour, suivie de la nuit sans lumière.

     Comment ces horloges fonctionnent elles ?
     

               Dans les années 90, les progrès de la biologie moléculaire et de la génétique ont permis de mieux comprendre le mécanisme de ces horloges circadiennes. Ces cellules contiennent des gènes qui s’expriment tous les jours, leur ADN codant un ARN messager qui va engendrer la production d’acides aminés puis de protéines.
              L’expression de ces gènes et la synthèse des protéines qu'ils codent varient en fonction du temps selon une période de 24 heures : les protéines d'horloge présentent leur pic de concentration à des moments précis de la journée et elles activent ou inhibent les gènes contrôlés par l'horloge, ce qui constitue une boucle de rétroaction, et stabilise ce processus
              Des analyses ont montré que l'expression des gènes suit un rythme non seulement dans les cellules de l'horloge centrale du cerveau, mais aussi dans la plupart des organes périphériques, c’est à dire qu'il existe une horloge centrale, mais aussi de nombreuses horloges dites secondaires.
              Ainsi, la production et la libération de neurotransmetteurs dans le cerveau ou le métabolisme des sucres dans le foie, d’insuline dans le pancréas ou de leptine par les graisses et, plus généralement, toutes les fonctions de tous les organes sont coordonnées pour être synchronisées avec l'alternance cyclique du jour et de la nuit.

     Quelle est l’horloge centrale ? (schéma ci-dessous)

               Au début des années 1970, on observa qu'une destruction des “noyaux suprachiasmatiques” de l'hypothalamus, (ce nom parce qu’ils sont situés juste au-dessus de l'endroit où les nerfs optiques se croisent), perturbe, chez l'animal, les rythmes tant comportementaux (veille- sommeil) qu'hormonaux (la reproduction).

    Nos horloges circadiennes

              Des expériences réalisées sur des cellules isolées ont montré que chaque neurone de ces noyaux suprachiasmatiques est capable de produire et d'entretenir une oscillation circadienne : chacun d'eux est une cellule-horloge autonome, un “pacemaker circadien”.
              On a identifié vers l’an 2000 dans la rétine de l’oeil un pigment activé par la lumière, la “mélanopsine” qui active des neurones qui transmettent leur information aux neurones des centres suprachiasmiques, l’horloge centrale et la recalent sur le jour. Cette horloge transmet ensuite l'information aux horloges secondaires.
              Quand vient l’obscurité, cette horloge émet, comme on l’a vu hier, de la “mélatonine”, produite par la glande pinéale,  qui recalera les horloges secondaires sur la nuit et provoquera le sommeil.

               Comment se fait la synchronisation de toutes ces horloges : d’abord par des signaux entre neurones transmis par le système nerveux végétatif : systhème orthosympathique quand il faut accélérer et parasympatique quand il faut ralentir.
              Un autre mode de synchronisation met en jeu des hormones qui diffusent dans tout l’organisme et agissent sur les neurones qui possèdent des récepteurs appropriés.

               Durant l'année, les conditions de vie sont plus ou moins favorables en termes de température, de lumière, de nourriture disponible. La physiologie de la plupart des espèces est adaptée à ces contraintes environnementales. Certains animaux migrent, d'autres hibernent, pour d'autres encore l'activité métabolique change. L’activité de reproduction est généralement limitée au printemps, la période de l'année la plus favorable à la survie des petits.
             Ces phénomènes adaptatifs nécessitent que les organismes soient capables de détecter et de traduire les variations environnementales en informations nerveuses et moléculaires.
             
    La durée d'éclairement quotidienne change de façon régulière et reproductible au cours d'une année, et c'est le principal facteur environnemental utilisé pour synchroniser les fonctions biologiques avec les saisons. Ainsi une photopériode courte signale l'hiver et une photopériode longue correspond à l'été. 

     Le prochain article sur ce sujet concernera le sommeil et ses phases.

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  • Le "temps biologique"

         Je voudrais regarder avec vous pourquoi le notion de temps est  très relative pour un être humain : c’est le “temps biologique”

        C'est certainement l’une des premières notions que nous acquérons : le bébé se réveille à heure régulières pour ses six tétées.
        Puis jeune enfant, nous dormons la nuit et le jour est ponctué par nos quatre repas.
        Par la suite, dès que nous connaissons les chiffres, on nous apprend à lire l’heure sur une pendule.
        Enfin dès que nous sommes à la maternelle ou à l’école, les horaires s’imposent à nous.
        Le temps sidéral, le temps “biologique” et la vie de tous les jours sont intimement mêlés.
       
        Et quand on grandit ?

        Il vous est sûrement  arrivé,, comme cela s’est produit parfois pour moi, d’être plongé dans la lecture d'un livre passionnant, et de laisser passer I'heure d'un rendez-vous, une station de bus ou de métro !
        Votre perception du temps avait été déficiente : captivé par la lecture, vous étiez persuadé qu'iI ne s'était passé qu'une ou deux minutes, alors que plus de dix minutes s'étaient écoulées.
        A l’inverse, vous travaillez dans le jardin, vous avez fini votre travail, vous vous reposez et vous vous demandez : “quelle heure est il” et vous pensez “probablement 17h”. En général c’est vrai à 10 ou 15 minutes près.
        Chose plus bizarre, vous vous réveillez habituellement à 7h15 le matin. Mais ce jour là vous devez vous réveiller à 6h car vous partez en voyage en train. Bien sûr vous avez mis votre réveil. Mais vous vous réveillez 10 minutes avant qu’il ne sonne !
        En fait ces différents cas ne relèvent pas tout à fait du même mécanisme, mais il est certain que nous avons en nous une “horloge biologique” et c’est ce que nous allons commencer à regarder aujourd’hui.

        Jetons d’abord un coup d’oeil sur notre organisme.
        Il réagit différemment et s’adapte aux saisons. Nous avons des différences considérables de durée du jour et de la nuit, et nous nous adaptons aux changements entre heure d’hiver et heure d’été.
        La périodicité du cycle féminin est relativement régulière.
        Nous avons sommeil le soir et nous nous réveillons le jour et notre système digestif a également des habitudes diurnes; de nombreuses sécrétions et activités biologiques sont différentes de jour et de nuit.
        Le foie régule la glycémie qui alimente les cellules, le pancrés l’insuline qui agit sur la production de glucose, de graisses et de cétones, et une régulation de la production de leptine par les tissus adipeux est également présente.
        Les poumons respirent et le coeur bat à des rythmes réguliers. La température subit des variations journalières.
        Le thalamus enregistre, coordonne et aiguille nos sensations 40 fois par seconde, avec une interruption tous les 1/80ème de seconde pour bien séparer les informations appartenant à une même sensation..
        Qui bat la mesure de notre corps?
       
        Il semble que la réponse soit complexe et que plusieurs “horloges primaires ” existent dans le cerveau, et que des horloges secondaires régulent l’activité des divers organes (cf. le schéma ci-dessous).

    Le "temps biologique"


        Nous devons différencier les phénomènes à longue durée des phénomènes périodiques de fréquence moyenne (coeur) ou assez grandes (thalamus).


        Les rythmes à grande durée journalière ou plus sont appelés rythmes circadiens. Ils sont recalés par l’environnement et notamment la lumière du jour.
        Je décrirai demain cette horloge des
    périodes longues.
         Nous reparlerons plus tard de l'estimation inconsciente du temps qui s'écoule, plus ou moins court.

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  • La mélatonine, hormone du sommeil. 

            Un correspondant a lu mon article du 17 juin 2017, sur notre horloge biologique et les phases de sommeil et l’article du 2 novembre 2016 sur les rêves. Il les trouve difficiles à comprendre.
              Je les ai relus et je suis d’accord avec lui : j’ai voulu trop traiter en un seul article.
               Je vais donc reprendre le sujet en faisant plusieurs articles et en adoptant un autre ordre d’exposition. Je me servirai pour cela des schémas d’un numéro hors-série de « La Recherche », qui est consacré au sommeil et aux rêves

               L’article d’aujourd’hui sera consacré à l’endormissement qui est dù à l’intervention d »’une hormone, la « mélatonine », et l’article suivant à notre horloge biologique. Les suivants aborderont les phases du sommeil, puis ce à quoi sert le sommeil. Enfin on parlera des rêves et des éléments qui peuvent les constituer.

               Voyons d’abord ce que sont les agents chimiques, dont vous avez probablement entendu parler, et qui interviennent dans l’état de veille ou l’arrivée du sommeil.

              Notre alimentation et principalement viandes et poissons, produits laitiers, bananes et légumineuses, etc… apportent à notre organisme un acide aminé appelé le « tryptophane », dont la concentration dans le sang est en général supérieure à celle des autres acides aminés.
              Un centre particulier du tronc cérébral, le « noyau raphé », va transformer le tryptophane en sérotonine, un neurotransmetteur très important pour le cerveau, la « sérotonine », qui intervient dans la régulation de l’humeur : anxiété, stress, dépression, phobies, et dans nos comportements alimentaire, sexuel, ainsi que dans la sensation de douleur.
              La synthèse de la sérotonine ne se fait que lorsque nous sommes éveillés et dans la mesure où nous avons une activité physique suffisante. Plus on bouge dans la journée et plus on fabrique de sérotonine.
              La sérotonine est indirectement liée aussi au sommeil et donc, sans activité physique suffisante, on ne dort pas bien.

    La mélatonine, hormone du sommeil.          Il existe dans le cerveau, une petite glande, située sous le thalamus (voir figure ci contre), appelée « l’épiphyse » (ou autrefois la glande pinéale parce qu’elle a la forme d’une graine de pin).
              Cette glande transforme la sérotonine en une hormone, la « mélatonine », souvent dénommée hormone du sommeil. 
             
    Mais cette synthèse est ralentie par la lumière extérieure que nos yeux voient, et elle est effectuée principalement la nuit, avec un maximum vers 5 heures du matin.

              Il semble que la mélatonine qui diffuse dans le sang , y agisse aussi comme une hormone, et interviendrait dans la glycémie, dans l’appétit, comme antioxydant (et donc anticancéreuse); elle interviendrait aussi pour augmenter la réponse immunitaire notamment des lymphocytes          
              Elle agirait aussi sur notre libido, en la diminuant, surtout chez les femmes.

               Surtout la mélatonine va agir sur les « noyaux suprachiasmatiques de l’hypothalamus » qui régulent notre « horloge biologique (« l’horloge circadienne ») qui va commander toutes les variations de rythme de nos organes et fonctions corporelles, et notamment l’éveil, l’endormissement et le sommeil. 
             
    On a identifié vers l’an 2000 dans la rétine de l’oeil un pigment activé par la lumière, la « mélanopsine » qui active des neurones qui transmettent leur information aux neurones des centres suprachiasmiques, l’horloge centrale et la recalent sur le jour lorsque la lumière revient et est détectée par notre œil..

              Ces données vous feront comprendre que rester devant un écran, (téléphone, tablette…) le soir, en attendant que le sommeil arrive est la meilleure manière de bloquer la sécrétion de mélatonine et, de ce fait, de retarder la venue de sommeil.

               Le fonctionnement de notre système de vie est ainsi recalé sur le jour et la nuit.

               C’est ce qui explique que notre rythme de vie, et même notre moral, sont très sensibles aux saisons, à la lumière et l’ensoleillement, et au décalage horaire (notamment aux changements heure d’hiver, heure d’été), car il y a un certain conflit entre notre mode de vie et notre horloge biologique.
              Petit renseignement pratique, Les noix et les noisettes sont des sources importantes de mélatonine biodisponible, c'est-à-dire facilement absorbable par l'organisme. La mélatonine est également présente chez une grande variété d'autres végétaux comestibles (maïs, tomates, pommes de terre, oignon, ail, ananas, banane, riz, avoine, orge, gingembre, etc.) mais généralement en quantités nettement inférieures

              Pour vous amuser un peu , après cet exposé trop sérieux, j’ai lu une étude de psychiatres statisticiens suisses, qui ont suivi le sommeils de leurs patients les nuits de pleine lune, et ont constaté qu’ils dorment 20 minutes de moins, mettent une demi-heure de plus à rêver, et leur sommeil total est diminué de 10% tandis que leur sommeil profond réparateur est diminué de moitié !          
              Ce n’est pas l’influence de farfadets ou des loups garous des Alpes, mais seulement de la mélatonine, dont la production serait réduite de moitié par l’éclairage lunaire.
              Personnellement j’en ai déduit que les patients en cause devaient être soignés soit pour avarice, soit pour flemme aigüe, car ils auraient pu fermer les rideaux de leur chambre à coucher, mais ils ne s’en sont peut être pas payés de tels rideaux.
              Je ne me suis encore jamais aperçu que la pleine lune m’empêchait de dormir !
              Par contre j’aime bien la photographier, au petit matin, depuis mon jardin sur le toit.

    La mélatonine, hormone du sommeil.

     

              Dans les deux prochains articles, je parlerai de notre horloge biologique (circadienne)
              Nous aborderons ensuite d'autres sujets pour ne pas vous raser, puis nous reviendrons au sommeil et aux rêves.

      

     

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  •     Dans le précédent article, nous avons vus divers état de conscience et d’inconscience, et une hypothèse de fonctionnement du cerveau.
        Celle-ci supposait que de nombreux centres spécialisés traitaient et élaboraient des informations particulière de façon inconsciente, et il n’y aurait conscience que lorsqu’un autre réseau de neurones interconnectés, prendraient en charge toute ces informations pour en faire une synthèse, une information d’état, qui est ensuite diffusée à tous les centres du cerveau qui peuvent s’en servir, pour l’interpréter, la transformer, et éventuellement déclencher des actions.
        Il n’y a pas conscience s’il n’y a pas diffusion de l’information dans le cerveau. On peut donc penser qu’on pourrait mesure la conscience, si on peut mesurer la connectivité dans le cerveau.

        Depuis 1920 on enregistre les signaux neuronaux sous formes de tracés particuliers : des électro-encéphalogrammes.
    Mesure de l'état de conscience. Sommeil et rêve    On peut ainsi différencier l’éveil du sommeil, le sommeil profond du sommeil paradoxal, diverses activités du cerveau et « l’encéphalogramme plat », lorsqu’il n’y a plus de signaux électriques, diagnostic de mort cérébrale, le corps pouvant continuer à vivre s’il est assisté par un mécanisme permettant au cœur et aux poumons de fonctionne
        Le nombre d’électrodes placées sur le crâne était limité, et il fallait raser celui-ci pour mettre sur la peau, sous l’électrode, un gel conducteur. les signaux étaient évidemment fortement amplifiés.
        On dispose aujourd’hui d’électrodes sèches et plus sensibles, que l’on peut mettre en grand nombre (256) sur un casque  et d’instruments informatiques performants d’analyse, après amplification.
        Cela permet de différencier le fonctionnement de divers centres dans le cerveau.


        Steve Laureys du CHU de Liège a mis au point un système de mesure de la diffusion des informations dans le cerveau (appelé ZIP-ZAP), et Sylvia Cazarotto de l’Université de Milan, l’a utilisé pour tester 150 sujets, dont 48 étaient atteints de lésions cérébrales.
        La mesure consiste à stimuler le cerveau par une impulsion magnétique, (le ZAP), qui produit dans les neurones corticaux qui y sont soumis un bref courant électrique. Cet influx entraine la réponse d’autres neurones et l’information se propage plus ou moins dans tout le cerveau, dans des centres qui pourraient l’utiliser, puis s’arrête.
    Un électro-encéphalogramme haute densité est enregistré. On répète plusieurs centaines de fois l’excitation d’un centre donné, et on excite divers centres du cortex. On suit donc la complexité du traitement d’information du cerveau, que l’on traite par un algorithme mathématique (le ZIP).
    Ce traitement aboutit à un chiffre le PCI (perturbational complexity index), qui est censé représenter la complexité du traitement cérébral d’une série d’informations.
        Lorsque l’activité corticale est supprimée, le PCI est voisin de 0 et lorsqu’elle est maximale le PCI est voisin de 1.

    Mesure de l'état de conscience. Sommeil et rêve

        Les résultats des 150 patients testés sont représentés ci-dessous : on constate que les patients inconscients ont un PCI inférieur à 0,31

        (Nota, la kétamine n’est pas un anesthésiant profond : il déconnecte l’esprit du monde extérieur, mais n’altère pas la conscience; à faible dose c’est une drogue hallucinogène).
        Une autre expérience a été faite avec des patients dans le coma et donc qui étaient non répondants.
        Sur 43 personnes, 9 d’entre eux se sont révélés avoir un PCI peu élevé, mais supérieur à 0,31
         On peut penser que ces personnes pouvaient ressentir quelque chose, bien que ne pouvant communiquer avec l’extérieur.
        Cette méthode, très récente, soulève donc des questions non encore résolues concernant la conscience, et pourrait déboucher d’ici quelques années sur des outils de diagnostic.

        Je voudrais profiter de cet article pour compléter l'article du 12 novembre 2016 que j’avais fait sur le sommeil paradoxal et le rêve, qui était un peu compliqué.
        Dans notre vie, nous avons tous des soucis, des ennuis qui nous préoccupent et nous y pensons souvent, notamment quand nous sommes tranquilles avant de nous endormir. Pour certaines de ces préoccupations, nous ne voulons même pas trop y penser car cela est trop pénible, et elles sont refoulées dans notre inconscient.
        Avant de nous endormir, nous pouvons également penser à d’autres sujets non préoccupants.
        
Enfin toute la journée nous avons mémorisé à court terme des millions d’informations, dont la plupart sont inutiles, ou n’étaient utiles que quelques instants.
        Le cerveau, pendant le sommeil paradoxal, va faire du tri : il va éliminer tous les souvenirs conscients ou inconscients de la journée (ou des jours précédents) qui ne servent plus à rien (plus de 99%), puis il essaiera d'éliminer certains des souvenirs néfastes qui remontent, pour essayer de nous protéger : (mais il n'y arrivera pas toujours), puis au contraire, il renforcera les souvenirs qui paraissent utiles (y compris les connaissances et informations que nous avons mémorisées volontairement). Il éliminera aussi les souvenirs des pensées que nous avons eu avant de nous endormir, dans la mesure où nous n’avons rien trouvé de nouveau ou d’important.
        Pour faire cela le cerveau renvoie, sans que nous en soyons conscients, les sensations mémorisées correspondantes dans les centres d’interprétation des perceptions (la vision notamment), lesquels sont, pendant le sommeil, déconnectés presque complètement des organes des sens; les connexions entre les neurones correspondant aux souvenirs à éliminer sont supprimées, et au contraire celles des souvenirs que l’on veut renforcer, sont consolidées.
        Mais toutes ces perceptions « internes », images notamment, arrivent dans ces centres de façon aléatoire dans une succession qui ne correspond à aucun ordre, que ce soit chronologique ou sur un sujet ou événement donné.
        Si nous nous réveillons, ne serait ce que quelques secondes, le cortex préfrontal, qui était déconnecté des centres de perception, va tout à coup être conscient de cette succession aléatoire et illogique de perceptions; il croira qu’elles viennent de nos sens et donc du monde réel et il tentera de trouver des explications. Le souvenir de cet épisode est ce que nous appelons un rêve.
       Et évidemment le cortex a beau faire ce qu’il peut, le rêve est forcément incohérent, illogique et farfelu, même si le cortex a su lui donner une explication réaliste.
      Mais en dehors d’un réveil il n’y a pas de rêve, car tout est inconscient, le cortex préfrontal n’étant pas informé des traitements qu’effectuent les centres d’interprétation des perception pour traiter nos souvenirs.

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  •  Dans l’article précédent, j’ai essayé de commencer à définir ce qu’était « la conscience » au sens de « être conscient ».
        Aujourd’hui je vais essayer de le préciser et de parler d’un outil tout récent de mesure, décrit dans un article que j’ai lu dans la revue « Pour la Science ».

        En fait la conscience n’est pas manichéenne. On n’est pas conscient ou non conscient : il y a une gradation continue d’états que les médecins distinguent sur le schéma ci-dessous, la conscience complète étant obtenue quand on est réveillé.
        Ne pas confondre conscience et attention. Certes on ne peut faire attention si on n’est pas conscient, mais on peut être conscient et même éveillé et ne pas être attentif.

    Les divers états de conscience.


    Les médecins distinguent d’abord ce que l’on appelle un « état non répondant », même si la personne dans le coma reste les yeux ouverts et en apparence éveillée. Dans cet état il n’y a aucune communication possible. Seuls les centres cérébraux de base indispensables à la vie et certains circuits réflexes comme ceux des mouvements des yeux ou de déglutition fonctionnent. Le patient ne répond pas à des stimuli sensoriels. Toutefois rien ne nous indique ce que peuvent ressentir intérieurement ces patients.

        La catégorie suivante est celle de toutes les personnes endormies en sommeil profond et des patients mis sous anesthésie pour une opération.  Il n’y a pas de communication, mais l’activité du cerveau reste importante : en fait il y a déconnexion du monde réel, car les centres d’interprétation des sens ne fonctionnent plus, le thalamus ne leur transmettant plus les influx nerveux.
        On peut assez facilement réveiller une personne endormie, mais par contre l’éveil n’est pas immédiat dans le cas d’une anesthésie. Mais chaque patient a une réaction différente vis à vis des anesthésiants, et il faut surveiller en permanence l’électroencéphalogramme pour éviter que le patient ne se réveille en pleine opération. Les neurones oscillateurs du pont cérébral imposent une fréquence basse de quelques hertz au thalamus, qui fonctionne au ralenti : les centres d’interprétation des sensations et le cortex préfrontal sont déconnectés; l’anesthésiant bloque en outre les influx nerveux de la douleur remontant vers l’hypothalamus.

        L’état suivant est celui de conscience minimale. Une communication minimale est possible. On peut obtenir une réponse à certains stimuli, des changements dans le regards, certains gestes minimaux volontaires éventuels, voire percevoir certaines réactions d’émotions. Le patient peut même émettre des sons, mais non des paroles. On est à la limite de la conscience.

        Viennent ensuite le sommeil paradoxal ou le réveil après anesthésie.
    L’individu est encore coupé du réel, les centres d’interprétation des sens n’interprétant pas les signaux venus de l’extérieur, mais traitent des signaux internes (j’en reparlerai dans un nouvel article sur le rêve).
        Il y a réaction à des stimuli, même à la parole ou à des événements extérieurs, mais ces réactions sont inconscientes. Le cortex préfrontal  est presque complètement déconnecté et les centres moteurs sont inhibés (sauf les mouvements des yeux).

        Le syndrome d’enfermement en bout de schéma est une affection particulière dans laquelle le patient est éveillé et totalement conscient, voit tout et entend tout, mais ne peut ni bouger ni parler, en raison d'une paralysie complète des muscles, excepté le mouvement des paupières et des yeux. Les facultés cognitives  sont intactes. Il est consécutif à un AVC du tronc cérébral qui coupe la communication entre les centres moteurs et le corps, via la moelle épinière.

        Quelles sont les théories de la conscience ?
        L’une des plus vraisemblable, due à l’origine à un neurologue de l’université du Wisconsin, Giulio Tononi, considère que le cerveau doit être à la fois capable de gérer d‘énormes quantités d’information provenant de centres différents, et de les intégrer de façon cohérente, mais aussi de faire la différence entre des informations voisines, comme par exemple reconnaître des visages.
        La conscience ne serait pas localisée à un endroit particulier du cerveau.
        Il y aurait deux architectures différentes : l’une est constituée de centres ayant des fonctions définies et pouvant fonctionner en permanence, en parallèle : par exemple les centres d’interprétation des sens, de reconnaissance des visages, du langage, les centres moteurs …. C’est une architecture modulaire peu connectée.
        Une seconde architecture est un système de nombreux neurones interconnectés, qui prend en charge les « synthèses » d’informations issues des modules du précédent système. A chaque moment ce second système saisit une scène qui correspond à une synthèse et les trois acteurs principaux sont le cortex préfrontal, chef d’orchestre du cerveau, l’hippocampe, organisateur de la mémoire, et les zones de mémoire associative.
        Un exemple concret : si on fait voir une phrase de façon subliminale (au dessous d’un seuil conscient de perception de 0,04 seconde), celle-ci est cependant entendue et lue, mais tout s’arrête là dans le cerveau. Au dessus de ce seuil, de nombreux autres centres s’activent, car le cerveau envoie l’information à tous les centres susceptibles de s’en servir, et notamment au chef d'orchestre, le cortex préfrontal, notamment pour comprendre la phrase et mémoriser l’information, voir déclencher une action. La phrase est devenue consciente.
        Chez les patients inconscients, les centres modulaires peuvent continuer à fonctionner, s’ils ne sont pas détruits, mais l’information qu’ils élaborent n’est pas transmise aux autres et ne provoque donc pas de réaction.
       
        Dans le prochain article, je parlerai d’une mesure de l’état de conscience.

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