• Psychologie des remords et des regrets.

     

    Psychologie des remords et des regrets.

      Mon dernier article sur les remords et les regrets m’a valu quelques mails de questions, mais aussi d’une personne, qui aime la psychologie et me disait que si l’on avait remords et regrets, c’était parce qu’on « pensait trop ».

     

     C’est vrai qu’autrefois, les patients venaient voir les psys pour se guérir de complexes ou de pensées traumatisantes, proches du fantasme, alors qu’aujourd’hui, ils (surtout les jeunes), viennent pour se plaindre, non pas de la teneur morale ou perturbante de leurs pensées, mais pour parler de leur activité et de toutes les erreurs qu’ils ont pu faire.

     Les américains appellent ce mal moderne « l’overthinking » (en quelque sorte l’hyper-penser), qui consiste à se prendre le tête et à ruminer le passé, jusqu’à en devenir ultra-stressé.

     

     Je ne trouve pas ce terme très adéquat. Je ne crois pas que les personnes que je connais pensent trop. Je crois surtout qu’ils ont du mal à maîtriser leurs pensées, à ne pas les laisser dériver vers des réflexions tristes, et à les orienter vers des pensées positives.

         Je pense qu’on peut vivre heureux avec un cerveau très actif et on peut « grésiller du trolley » sans être pour cela ni cinglé, ni dépressif. Mais il faut orienter son fonctionnement, non par vers le passé et les souvenirs néfastes, mais vers les petites joies du présent et la préparation de l’avenir, vers la préparation des projets et l’action, avec l’idée de faire des succès et non des échecs.

         C’est évidemment plus facile si on est optimiste que si le pessimisme vous ronge.

         A mon avis, la suractivité du cerveau n’est pas orientée forcément vers les souvenirs néfastes. Elle provient de nos préférences cérébrales.

         Si vous vous reportez à mes articles sur la préférence de prise d’information et de perception, vous verrez que l’on peut être sensitif en analysant les informations de façon linéaire et séquentielle, de façon très pragmatique. La pensée suit alors un parcours rigoureux qui n’autorise pas l’emballement.

     On peut au contraire percevoir de façon globale, avec une pensée qui peut s’exprimer en arborescence, en sautant du coq à l’âne, ce qui n’empêche pas les synthèses périodiques. C’est effectivement un foisonnement beaucoup plus volumineux, qui peut s’apparenter à un hyper-penser.

         Mais il n’y a aucune raison pour que ce soit triste ou néfaste. d’autant plus que les personnes globales sont plus orientées vers l’avenir que vers le passé.

         Finalement je pense que cela fait plaisir aux psys et cela impressionne leurs patients de parler d’overthinking, pour expliquer leur stress et leurs hantises passéistes, mais, pour moi, remords et regrets sont l’apanage de notre préférence cérébrale « pessimisme », alors qu’une pensée très active est plutôt la conséquence de notre préférence cérébrale de perception « globale ».

     

      Les neurologues ont pu déterminer que remords et regrets prenaient naissance dans une région particulière ; le cortex orbitofrontal (au-dessus des yeux). Cela est curieux car le cortex frontal est en principe le siège des raisonnements et non des sentiments.

            Les personnes dont cette région est lésée, ont moins de regrets, mais on constate qu’elles se trompent beaucoup plus souvent et prennent rarement les bonnes décisions.

     En fait ce centre “anticipe en permanence les regrets que risquent de nous causer nos décisions” et est donc chargé de minimiser les risques de regrets et de guider ainsi nos choix. C’est donc bien un centre de “réflexion”.

     Les regrets sont donc des réactions émotionnelles normales et fréquentes qui se manifestent plus ou moins consciemment, lorsqu'on anticipe une décision, et qui nous préviennent des conséquences probables du choix qu'on s'apprête à faire.

         C’est le cortex orbito-frontal qui fait la réflexion d’anticipation et le cerveau émotionnel qui ensuite apporte une aide à la réflexion, en fournissant  au cortex une réaction sentimentale d’évaluation des résultats de ses hypothèses d’anticipation.

     Ce dialogue sur les « regrets anticipés » est presque totalement inconscient.

     Un choix “rationnel” est donc une collaboration entre le cortex frontal qui réfléchit de façon logique à l’avenir et aux conséquences des décisions et le cerveau émotionnel qui fournit une réaction sentimentale devant les hypothèses élaborées. Le choix se fait ainsi par approximations successives.

     Les regrets sont donc des réactions émotionnelles normales et fréquentes qui se manifestent plus ou moins consciemment, lorsqu'on anticipe une décision, et qui nous préviennent des conséquences probables du choix qu'on s'apprête à faire.

     

     Evidemment le cerveau compare ensuite les résultats aux prévisions et ajuste à postériori le contenu de nos regrets.

         Quand les résultats ne sont pas conformes aux prévisions, à ce qu’on en attendait, alors le cerveau émotionnel réagit comme lors de la décision, mais à postériori, et suivant qu’il se reproche d’avoir pris de mauvaises décisions ou au contraire de ne pas avoir agi lorsqu’il fallait le faire, il génère alors remords ou regrets, et en général de façon plus violente que lors de la prise de décision, car lors de celle-ci, il ne s’agissait que d’hypothèses, alors qu’après il s’agit de la réalité, du présent et du passé.

         Comme je l’ai dit dans mon article précédent, les remords d’avoir mal agi, de s’être trompé dans l’action sont vifs dans le présent, mais s’atténuent peu à peu et deviennent moins préoccupants.

         Au contraire, les regrets de ne pas avoir agi, de ne pas avoir fait à temps ce qu’il aurait fallu faire, sont beaucoup plus long à décroître et nous poursuivent longtemps.

         C’est une réaction normale d’un cerveau, construit par l’évolution pour agir, alors que l’on sait qu’en agissant on fait forcément quelques erreurs.

         Notre cerveau émotionnel minimise donc les conséquences des erreurs au profit de l’action et nous reproche davantage l’inaction.

     

         Ainsi les remords et les regrets seraient un « effet secondaire » de notre capacité de prendre des décisions.

         Inversement, les personnes incapables de regretter prennent des décisions qui les mettent souvent en difficulté.    

            Il est donc nécessaire d’avoir des remords et des regrets, mais il faut savoir les maîtriser afin qu’ils ne se transforment pas en une peine insoutenable. 
     


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