• Les raisons de la désinformation.

     

     

    Les raisons de la désinformation.

               J'ai déjà écrit le 4 février un article sur la désinformation sur internet, qui m'a valu quelques mails. Je voudrais aujourd'hui le compléter en examinant les causes de cette désinformation.

               Nous venons de subir quelques mois de campagne électorale et c’est ahurissant de voir les bêtises que peuvent dire nos politiques, y compris les candidats. et leurs entourages et services de presse.

              Ce n’est pas particulier à la France, Donald Trump arrange la vérité dans le sens qu’il souhaite, les partisans du Brexit ont avoué qu’ils avaient trompé leurs électeurs quant aux conséquences sur le système de santé, et Poutine passe son temps à faire de la désinformation.

               Alors on se pose la question : comment les dirigeants peuvent ils être aussi malhonnêtes intellectuellement (même si quelquefois ils ne s’aperçoivent même pas qu’ils disent des âneries!), et comment pouvons nous être assez bêtes et tolérants pour gober tout cela.

               Cela dit, il n’y a pas que les responsables ou les problèmes politiques politiques.

     Les affirmation des climato-sceptiques montrent que leur culture scientifique est nulle, et le basketteur américain O’Neal croit et affirme partout que la terre est plate ! 

               Et quand vous vous occupez de travaux, vous avez droit à des baratins de commerciaux d’entreprises, soi-disant sérieuses, qui vous proposent des systèmes censés fonctionner, bien que contraires aux lois de la physique ou de la chimie.

                Certes la désinformation a toujours existé, mais elle prend aujourd’hui des proportions inédites et surtout trop de personnes la gobent sans sourciller.

    Pourquoi ?

     

               Les psychologues ont toujours dit que, face à une information, nous en acceptions plus facilement les éléments qui étaient conformes à nos valeurs, nos idées nos convictions, ou celles qui nous étaient favorables. Les candidats politiques jouent d’ailleurs sur cela. Bien entendu les préjugés et les croyances de toutes sortes sont au premier rang dans ces convictions.

               Et cela est d’autant plus vrai qu’avec la généralisation de l’instruction, l’individualisme progresse parallèlement, et donc les individus tiennent plus à leurs opinions et, n’aimant pas consulter autrui, transforment les faits, pour qu’ils soit conformes à leurs idées, en ne voyant pas ce qui contredit leurs thèses.

     Même les politiques en sont victimes, comme récemment monsieur Fillon.

     

        Par ailleurs, depuis Pascal et Descartes, nous avons tendance à croire que c'est notre cortex préfrontal qui réfléchit, compare, prévoit, organise, qui guide toutes nos actions. C’est en partie vrai, mais la complexité des connexions montre comment les parties les plus primitives du cerveau peuvent avoir encore une influence prépondérante sur nos comportements, notamment les centres amygdaliens qui gèrent la crainte et le stress et analysent les conséquences néfastes des actions possibles, et l’hippocampe, professeur de la mémoire qui rappelle nos souvenirs; ces zones du cerveau interviennent inconsciemment dans nos raisonnements et nos prises de décisions, notre cortex se trouvant bien souvent obligé de puiser dans l’art de la rhétorique pour justifier sa conduite. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas !  ».

     

     Mais il est certain que les progrès de la technologie numérique ont une grande responsabilité dans cette désinformation.

     Chacun peut écrire ce qu’il veut sur les réseaux sociaux, y mettre sciemment et volontairement ou non des informations inexactes. Il n’y a pas comme sur Wikipédia, des personnes compétentes pour donner leur avis sur l’information, et des modérateurs du site pour éliminer les informations douteuses, ou signaler au moins qu’elles ne sont pas vérifiées.

     Et sur des réseaux sociaux, une information, quelle que soit sa qualité ou ses défauts, peut être partagée, en quelques dizaines d’heures, par des milliers voire des millions de personnes.

     La diffusion d’information est donc d’une ampleur sans commune mesure comparée au passé.

     

    Mais pourquoi les informations fausses ont au moins autant de chances de se diffuser que les vraies. ?

     

    Pourquoi retransmettre une information, ce qui la démultiplie ?

    J’ai lu un article de l’Université de Pennsylvanie, qui montrait que la plupart des utilisateurs de Facebook retransmettent une information parce qu’ils en espèrent une certaine notoriété, Dès lors, ils ne cherchent pas à vérifier l’information, mais à prévoir la réaction de leurs lecteurs, à partir du contenu de l’information. (C’est d’ailleurs le même raisonnement de certains journalistes à la recherche de sensationnel !).
     Ces chercheur ont montré par des visualisation IRM, que les zones du cerveau qui étaient actives pendant le traitement de ces informations sur Facebook, étaient le cortex préfrontal ventromédian, spécialisé dans les rapports sociaux, la représentation de soi, et la « Persona » du titulaire du compte, et d’autre part le noyau accumbens, qui évalue la valeur hédonique des actions et gère donc la motivation. Plus ces zones sont activées plus l’information a des chances d’être retransmise.

    Et évidemment, plus une information est diffusée, plus elle est crue, et finalement passe pour une vérité, même si elle est fausse. Le pire est que des rectificatifs, des démentis, ne font que propager encore plus l’information, en faisant croire qu’on veut supprimer l’information en question et on croit au complot.

    De plus les démentis ou correctifs proviennent souvent de sources officielles ou très connues et qui inspirent une certaine défiance aux gens, alors que l’information fausse ne vient de nulle part : elle se propage tel un nuage.

    Les raisons de la désinformation.

              Pourquoi croyons nous ces fausses informations, alors que les faits réels contredisent certains points ?

     Il y a cependant dans notre cerveau des centres qui sont spécialisées dans la détection des erreurs, des contradictions, des illogismes.

    Ces s centres ont pour but d’essayer d’écarter des données ou des actions non pertinentes, qui se présentent spontanément au cerveau (et souvent au départ, inconsciemment).

    Lorsque nous projetons un mouvement, le cortex prémoteur prévoit et « joue » fictivement à l’avance le mouvement et si l’aire motrice supplémentaire constate des anomalies ou des risques, elle ralentit, voire bloque, son exécution, ceci en 80 millisecondes.

    Lorsqu’il s’agit de signaux extérieurs qui montrent une erreur, c’est le cortex cingulaire antérieur qui réagit en 250 ms. Il réagit aussi à des résultats positifs.

    Par ailleurs les centres amygdaliens et des neurones à dopamine du mésencéphale comparent les résultats prévisibles de nos actions à ce que nous en attendons et envoient des signaux d’erreur au cortex préfrontal. Le système de récompense participe à ces prévisions.

    Enfin le chef d’orchestre, le cortex préfrontal, rappelle des souvenirs en mémoire, via l’hippocampe, en contrôle la pertinence, fait des analyses logiques, élabore des plans et des prévisions.

    S’il a bien été éduqué, à la réception d’une information, il en fait la critique et décèle des anomalies par rapport à l’expérience passée, à l’analyse de l’environnement et à l’analyse logique de cohérence.

     

    Mais les programmes scolaires, qui autrefois entraînaient ces centres et développaient l’esprit critique, ont été peu à peu réduits car il faut rendre agréable et amusante l’instruction , qui ne doit plus demander un effort et un travail pénibles aux élèves, mais qui doit être le plus possible un jeu.

    Et puis la télé-réalité, internet, la fiction sur la télé, mélangent fiction et réalité et on ne sait plus parfois où l’on en est.

    Bref le bons sens et l’esprit critique, autrefois développés par tous ceux que l’école avaient instruits (même un de mes grands pères qui n’avait que le certificat d’études, mais n’aurais jamais cru les bobard que l’on rencontre aujourd’hui), deviennent maintenant une qualité rare, et la crédulité des gens a augmenté exponentiellement.

     

    Je crois qu’il serait temps que l’on songe à revoir certains programmes du primaire et du collège pour réapprendre le doute rationnel aux esprits, et éviter que l’on gobe facilement n’importe quelle ânerie sans réfléchir.


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