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Un de mes lecteur, jeune étudiant m’a demandé ce qui, à mon avis l’étonnerait le plus dans mon environnement, si je lui racontais comment était la vie dans mon enfance et ma jeunesse.
Dans mon enfance c’est vraiment particulier, car jusqu’en 1945 (j’avais 13 ans) c’était la guerre, nous étions occupés par l’armée allemande, et l’on manquait de tout. Les restrictions de nourriture se sont même prolongées jusque fin 46.
Ce qui serait plus significatif, c’est vers 1950, où la vie était redevenue normale.
Je crois que le plus grand changement est le domaine des communications. Aujourd’hui, je vois dans le métro, au restaurant, ou même entre mes petits enfants, tout le monde est englué dans son smartphone et les gens ne se parlent presque plus. Ils passent leur temps à regarder des nouvelles, (en général des faits divers), des notifications, des images, You-tube ou Netflix…. Ils ne lisent presque plus, ni livres, ni revues, ni journaux.
En 1950, il n’y avait des téléphones fixes que chez les professionnels et les gens riches. La télévision existait mais elle était embryonnaire et ne s’est développée qu’après 1960.
Alors il fallait parler entre nous. On se voyait donc, dans nos activités d’étudiants, au sport, entre camarades et les rapports étaient oraux, ou par lettres si on étaient loin l’un de l’autre.
On écoutait la radio ou on allait au cinéma; les appareils photos étaient de médiocres petites boîtes : les bons appareils étaient trop onéreux et pellicules et développement coûtaient chers (pas de numérique à l’époque). Les platines à aiguille avaient un son médiocre et les disques en vinyle étaient chers.
Dans le métro ou les bus, les gens lisaient un livre ou le journal. Pour avoir des nouvelles on écoutait la radio, mais aussi des concerts, des pièces de théâtre, des « radiofilms » ou des émissions de variété.
Les jeunes faisaient beaucoup plus de sport et on jouait souvent à des jeux de société (mais pas de jeux « nitendo »). On se promenaient beaucoup dans la campagne.
Avoir une voiture était onéreux, et les parents ne passaient pas leur temps à amener leurs enfants à des activités diverses. Nous nous déplacions à pied ou en vélo.
Pas de grandes surfaces : quelques grands magasins, mais dans l’alimentaire, on allait au marché ou chez des petits commerces locaux. Beaucoup moins de produits industriels. Même à Paris beaucoup plus de produits plus frais. On faisait beaucoup plus de cuisine « maison » dans les familles. Moins de "mal bouffe", de produits manufacturés à l’huile de palme. Les plastiques commencaient à peine à devenir grand-public. Les seaux t bassines étaient encore en fer zingué.
Les réfrigérateurs étaient encore rares et, à la campagne, il n'y avait pas toujours l'eau courante et l'électricité. Dans certains appartements en ville, les toilettes communes étaient au bout du couloir.
Bien que nous manquions de médecin aujourd’hui, la santé était beaucoup moins surveillée. Le petits bobos se traitaient avec du mercurochrome et les rhumes avec de l’eau salée, des mouchoirs et de l’aspirine.
On rapiéçait les chaussettes, on cousait des pièces sur les coudes des pulls et vestes, ou les genoux des pantalons.
On faisait réparer les chaussures chez des cordonniers qui mettaient des semelles supplémentaires ou de « fers » pour diminuer l’usure. La maman coupait souvent les cheveux de ses enfants.
Certes la vie était plus austère car les familles faisaient beaucoup d’économies, mais était elle moins heureuse pour autant : je ne crois pas. Il n’y avait pas de drogues (sauf le tabac qui en est une), et moins de violences. Mais on en parlait moins.
Je pense que le niveau de vie moyen était beaucou plus bas, mais il y avait moins d’inégalités.
Mais je crois que ce qui choquerait le plus un jeune d’aujourd’hui, c’est la différence de vie liée aux moyens de communication actuels, auxquels les jeunes (et peu à peu les moins jeunes), sont liés de façon inexorable et presque addictive. Il est probable que vous vous ennuieriez beaucoup si vous reveniez en 1950.