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J’ai lu un article, dans la revue « Pour la Science », qui m’a amusé : des chercheurs, qui étudient le comportement et les capacités de perception et de réflexion des animaux, ont demandé à un prestidigitateur de faire des tours de magie devant des singes et des oiseaux.(principalement des geais et des perroquets).
Le magicien n’utilisera pas des cartes, des pièces de monnaie, des fleurs et des foulards, mais des vers de farine ou de cire, et des vers de terre pour les oiseaux et des fruits pour les singes.
Nicky Clayton, directrice du laboratoire de cognition comparée de Cambridge indique que « les tours de magie nous permettent de mettre en lumière les angles morts de la vision des oiseaux, mais aussi d’éventuelles limites dans leur pensée »,
Notre vision nous sert à évaluer l’environnement et la quantité d’informations à gérer est immense. Notre cerveau cherche à minimiser l’énergie à y consacrer et donne la priorité à certaines d’entre elles, en filtrant les moins pertinentes et en comblant les lacunes avec des suppositions. Ce sont ces raccourcis cognitifs qu’exploitent les illusionnistes.
Étudier leur efficacité sur les animaux peut aider à comprendre comment fonctionne leur cerveau, et à mieux connaître leurs capacités mentales et de perception, et sur la façon dont elles ont évolué.
Les oiseaux sont eux mêmes manipulateurs : les geais cachent de la nourriture dans des endroits sombres, dans du sable pour éviter le bruit, utilisent leur propre corps pour boucher la vue d’éventuels observateurs, déplacent leur nourriture une demi-douzaine de fois, faisant semblant de la déposer dans une cachette tout en la conservant dans une poche de leur gorge.
Lorsqu’un prestidigitateur passe subrepticement une pièce d’une main dans une autre, il fait un mouvement extrêmement rapide, et, lorsque nos yeux doivent se déplacer si vite, ils effectuent des saccades, des « sauts » entre deux positions stables, afin d’obtenir une image précise et nette(tandis qu’un mouvement continu ne fournirait qu’une image floue de la situation). Pendant chacun de ces sauts, d’une fraction de seconde à peine, nous ne voyons rien du tout, et le prestidigitateur en profite pour bouger sa pièce à notre insu.
Les yeux des oiseaux, qui sont faits pour percevoir avec efficacité le monde qui défile rapidement autour d’eux, sont moins perturbés par des saccades et il est plus difficile de faire passer inaperçu le passage d’un ver de cire d’une main à l’autre.
En fait l’oiseau examine d’abord le ver d’un seul oeil, et mettant sa tête de coté, pour avoir une vision plus précise du ver; mais, quand le magicien bouge la main, il se remet rapidement de face pour observer le reste du tour de ses deux yeux, jusqu’à ce que le magicien ferme ses deux mains. Lors du passage de la vision monoculaire à la vision binoculaire, la vision de l’oiseau s'arrête durant une fraction de seconde, ce dont profite le prestidigitateur.
Et lorsque l’oiseau, avec son bec, pointe la main où le ver se trouvait au départ, et découvre qu’elle est vide, il plonge dans la perplexité et devient encore plus attentif à une seconde expérience.
Un autre tour n’a pas réussi :
Le magicien tient un ver de terre entre deux doigts et le pouce, en présentant le dos de sa main au volatile. Il passe ensuite son autre main ouverte au-dessus du ver, puis la referme, comme pour s’emparer de l’insecte, en repliant le pouce dessus . Mais, en réalité, le ver ne quitte jamais la main de départ.
Quand ce tour est exécuté avec des pièces de monnaie devant des spectateurs, les spectateurs ne voient jamais le magicien saisir la pièce en repliant sa main et son pouce. Mais, vu le geste effectué, ils s’attendent à ce qu’il le fasse. C’est un raccourci perceptif. Cela nous aide à réagir rapidement au monde qui nous entoure quand nos informations sur celui-ci sont incomplètes.
Mais les geais n’ont pas de main et ils ne font pas cette prédiction. Ils observent la main mais n’imaginent pas faire ce geste.
Par contre la même expérience répétée avec des fruits sur des singes capucins réussissent avec ceux qui avaient une main avec le pouce opposable et ne réussissen pas avec les espèces qui n’avaient pas ce pouce opposable. Il faut pouvoir faire le geste pour l’imaginer.
Les chercheurs ont aussi essayé les expériences où l’on fait apparaître ou disparaître des petits objets sous des gobelets renversés sur une table.
Un magicien a subtilisé le ver mis sous un gobelet à la vue des oiseaux et l’a remplacé sans que ce soit vu, par un morceau de fromage.
Lorsque le geai renverse le gobelet où il s’attend à trouver le ver, il trouve donc du fromage. Il cherche alors sous le second gobelet, mais il n’y a rien. Il reste un moment perplexe regardant les gobelets, puis n’ayant pas trouvé la raison de cette substitution, il s’en va alors, vexé, sans même manger le fromage, friandise qu’il ne dédaigne pas d’ordinaire.
Une variante de cette expérience a été pratiquée avec des perroquets de Nouvelle-Zélande, connus pour fouiller dans les poches des touristes et les détrousser.
Un morceau de pomme que l’on dépose ostensiblement dans la partie supérieure d’une boîte, il atterrit dans le compartiment secret qu’elle comporte, et, quand on soulève ensuite la boîte, c’est une cacahuète, précédemment cachée au fond, qui apparaît à la place. D’autres fois, pomme et cacahuète sont inversées.
Les chercheurs observent l’attention portée par l’oiseau et le comportement de sa crête sur le dessus de la tête, et les variations de sang autour de leurs yeux.
Ils ont mis en lumière l’étonnement des animaux, mais aussi leur contentement et la réaction de leur système de récompense, lorsqu’ils voyaient une cacahuète qu’il préféraient au morceau de pomme.
Les chercheurs se proposent d’essayer prochainement leurs tours sur des poulpes dont l’intelligence et l’esprit d’initiative sontt reconnus.