/image%2F0667140%2F20250606%2Fob_e07ff5_unknown.jpeg)
Le « soi » est divisé en deux parties : la première est un « je » qui perçoit physiquement le monde et en fait l’expérience, ainsi que ses propres états mentaux intérieurs; la seconde est un « moi » qui repose sur un récit mental de l’individu sur lui-même, appuyé sur les expériences antérieures.
Nous avons vu avant hier comment la conscience pouvait être appréhendée en étudiant expérimentalement la connexion et les échanges entre les divers centres neuronaux, l’état de conscience nécessitant d’une part l’éveil, (qui permet l’information du cortex préfrontal), et d’autre part cette collaboration des diverses parties du cerveau.
Je vais parler d'abord, de deux centres particuliers du cerveau qui nous permettent d’avoir conscience de ce qui se passe dans notre corps et donc d’avoir conscience d’habiter notre corps.
/image%2F0667140%2F20250606%2Fob_34f753_le-je.jpeg)
Le cortex insulaire ou « insula » (en latin île), est enfouie au fond du sillon latéral, sous le cortex supérieur (voir schéma). Elle permet de ressentir ce qui se passe à l’intérieur de notre corps et notamment la capacité de mesurer son propre rythme cardiaque. Elle participe à la régulation sanguine. Elle permet également l’évaluation de la douleur et elle est activée lorsque la douleur est imaginée, par exemple en regardant des images d’événements douloureux, et de la ressentir comme si elle nous était directement infligée;
Elle permet de ressentir le degré de chaleur (non-douloureuse), ou de froid ressentis au niveau de la peau, ainsi que la sensation de tension au niveau de l’estomac, de l’intestin ou de la vessie.
Elle nous renseigne sur notre respiration.
Elle participe avec l’hypothalamus au contrôle de l’homéostasie (la régulation de nos constantes corporelles).
Le cortex insulaire contribue au contrôle du mouvement des mains et des yeux, de la déglutition, de la motilité gastrique, ou encore de l'articulation du langage.
Il semble aussi qu’elle soit active dans des domaines émotionnels, tels le rire ou les pleurs, le dégoût, l’empathie ou la compassion, voire dans la conscience morale (la violation d’une norme).
Un autre centre intervient dans la connaissance de notre corps et l’impression de l’habiter : le « précuneus ». C’est une zone du cerveau située sur le lobe pariétal, au niveau du cortex cingulaire.(voir schéma).
Ses fonctions sont nombreuses : Il joue un rôle clé dans la mémoire, l’attention, la conscience et diverses autres fonctions cognitives. Il a une activité accrue lors du rappel d’épisodes mnesiques. Il joue également un rôle clé dans l’attention, notamment dans l’attention visuo-spatiale et permet de se concentrer sur une tâche en s’isolant de l’environnement.
En stimulant cette région, on peut provoquer des distorsions du sens physique de soi, comme l’ont expérimenté des neurobiologistes qui soignaient des patients épileptiques et avaient dû implanter des électrodes de mesure (indolores) dans leur cerveau.
Ces patient ont ressenti des troubles dissociatifs : sensation de flottement, vertiges, manque de concentration et sentiment de détachement de soi-même, éventuellement ressemblant à l’effet de produits psychédéliques.
Il faut citer aussi l’importance de nos centres de perception : par exemple le toucher et son centre d’analyse dans le cortex pariétal. Lorsque notre main est appuyée sur le bord de la table, si nous n’y pensons pas, nous ne sentons rien. Mais si nous y pensons, instantanément vous sentez la présence de votre main et de la table. Le cortex préfrontal a demandé l’information aux centres d’interprétation du toucher.
Parlons maintenant du « moi », D’où provient la sensation d’être une personn et pas une autre, et de pouvoir la définir.
Une grande partie de cette capacité provient de la mémoire épisodique, c’est à dire tous les souvenirs de notre vie. Contrôlés par le cortex préfrontal, indexés par l’hippocampe qui est le registre de leur adressage, de très nombreux centres du cerveau participent à leur conservation et leur remémorisation, notamment les centre associatifs et le cortex temporal. Le langage est avec l’image le support principal de cette mémoire.
D’autres mémoires participent à cette sensation d’être : la mémoire sémantique qui est celle de nos savoir, nos connaissances, nos expériences, et la mémoire procédurale qui est notre mémoire des procédés, des gestes automatiques, des habitudes, dont le cervelet est principalement responsable.
Mais les neurobiologistes ont découvert un autre responsable de cette sensation du moi : c’est ce que l’on appelle le « réseau du mode par défaut ».
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le cerveau au repos est un cerveau très actif.
Ce réseau est un ensemble de régions cérébrales bien identifiées et interconnectées qu s’activent de façon synchrone lorsqu’on laisse aller librement ses pensées, sans interaction avec son environnement, et sans se concentrer sur une tâche particulière. Les chercheurs ont montré son rôle prépondérant dans le traitement et l’analyse des pensées que nous avons sur nous-mêmes.
Il est composé d’un très grand nombre de centres (voire schéma ci-dessous; le diamètre des ronds représentant les centres, est d’autant plus grand que ce centre est connecté aux autres et la couleur représente l’influence du centre dans le « mode par défaut ».)
Il comporte deux sous-ensembles :
- la partie dorsale-médian, activée quand on pense aux autres.
- la partie temporale médian, liée à la mémoire autobiographique et aux projections dans le futur
/image%2F0667140%2F20250606%2Fob_f239f4_reseau-defaut-1.jpeg)