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Descartes disait "Je pense donc je suis"
En tête de mon blog figure une citation de Blaise Pascal qui constate combien il est difficile d’expliquer le fonctionnement du cerveau et de la pensée humaine.
Certes on a fait de grands progrès, notamment grâce aux moyens d’investigation comme l’IRM ou l’électroencéphalographie, ainsi que les interprétations informatiques, et l’on sait comment fonctionnent certaines parties du cerveau.
Mais l’élaboration de la pensée humaine et la conscience posent des problèmes difficiles, qui mobilisent non seulement les neuro-biologistes mais également les sociologues et les philosophes et les articles sur ces sujets deviennent parfois très abstraits et difficiles à suivre.
Je resterai beaucoup plus concret pour parler de la conscience.
Il faut d’abord souligner que le mot « conscience » peut avoir trois significations très différentes :
- d’abord le sens « être conscient de » c’est à dire notre capacité à connaître nos perceptions du monde extérieur ou de nos états internes, nos actions, mais aussi nos états mentaux : émotions sentiments, les raisonnements, les prévisions, les concepts abstraits. Les psychologues appellent souvent cette faculté le « je ».
Notons que si, dans beaucoup de cas, le langage est le support de cette connaissance, ’il est possible de la recueillir de manière non verbale chez des bébés, des patients aphasiques (incapables de parler), mais également chez d’autres espèces animales, par exemple chez le macaque. Il s’agit donc d’une capacité à accéder à nos propres expériences, à nous les représenter d’une façon ou d’une autre.
- le deuxième aspect de la conscience est la sensation d’exister, la compréhension d’être une personne dont on connaît de nombreux détails : c’est en grande partie la mémoire autobiographique que les psychologues appellent souvent le « moi ».
- le dernier aspect est très différent c’est la « conscience morale » qui juge si vous avez fait bien ou mal. C’est une faculté qui relève plus de la psychologie et de la philosophie que de la neurobiologie.
Aujourd’hui je parlerai du « je » et après demain du « moi », l’ensemble des deux étant appelé par les psychologues le « soi », mais en outre il comprend d’une part l’inconscient (c’est théorique puisque nous n’en avons en principe pas connaissance et c’est donc difficile de l’intégrer dans le « je ») et aussi ce que les autres voient de nous et en nous, ce qui peut à la rigueur rentrer dans le « moi ».
Quelles sont les conditions cérébrales nécessaires et suffisantes à un état conscient, c’est-à-dire à la possibilité de ressentir ses propres états mentaux, indépendamment de leur contenu ?
Quel sont les processus neuronaux qui aboutissent à la création d’un état conscient ?
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Pour être conscient il faut d’abord être éveillé, que les réseaux de neurones du cortex cérébral soient activés.
Cet éveil est commandé par un réseau de régions sous-corticales qui composent la « formation réticulée » et qui naissent dans le tronc cérébral, située immédiatement au-dessus de la moelle épinière, et se prolonge jusqu’au thalamus et le noyau basal de Meynert (qui synthétise le neurotransmetteur acétylcholine et est relié à l’ensemble du cortex) ainsi que l’hypothalamus qui contrôle la plupart de nos fonctions vitales (voir mon article du 15/12/2015).
L’ensemble formation réticulée-thalamus reçoit les signaux de tous nos sens (et notamment de la vue et de l’ouïe) et dès qu’il détecte une anomalie extérieure, ou interne, il transmet l’information au cortex, afin de provoquer des réactions de sauvegarde ou de contrôler l’homéostasie (le maintien des fonctions physiologiques autour de valeurs optimales.).
Les rêves ne font pas partie de nos états mentaux normaux. La plupart des rêves surviennent lors du « sommeil paradoxal » (REM-sleep en anglais, ce qui signifie « sommeil à mouvements oculaires rapides »), qui correspond à un état d’éveil cortical autorisant l’expérience consciente : le dormeur n’a pas l’air éveillé, mais son cerveau a été réactivé par sa formation réticulée. Certains rêves surviennent lors d’autres périodes du sommeil, et il semble que nous ne rêvions que lors de périodes instables caractérisées par des réveils partiels et transitoires du cortex
Chaque fois que nous sommes conscients, nous sommes aussi éveillés : l’éveil est nécessaire à la conscience, mais il ne suffit pas d’être éveillé pour être conscient.
Lorsque nous sommes conscients, différentes aires du cortex conversent les unes avec les autres, de façon cohérente, c’est-à-dire que l’activité des neurones est, dans ces différentes aires, en partie synchronisée; l’information est différenciée, les caractéristiques différant selon les aires corticales.
Il est possible grâce à l’IRM fonctionnelle, à l’électroencéphalographie ou la magnéto-encéphalographie, de mesurer ces connexions entre toutes les paires possibles de sous-régions cérébrales et de décrire l’état conscient du cerveau à un instant donné et d’en saisir la dynamique temporelle, à l’échelle de la milliseconde.
On peut ainsi caractériser les échanges entre centres selon les divers événements et états de conscience.
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Si vous sous promenez en regardant le paysage, mais qu’un incident intervient soudainement dont votre vue transmet les informations aux centres d’interprétation du cortex visuel, à l’arrière du cerveau (en vert sur le schéma), 200 ms après, l’information est transmise au cortex préfrontal de façon non consciente, pour décision, et aux centres moteurs pour un réflexe éventuel de défense ou d’évitement. Puis 300 ms plus tard le cortex préfrontal envoie l’information à divers centres : mémoire, action motrice, processus automatiques du cervelet ….Eventuellement les aires du langage sont mises en action pour fournir un support verbal à notre pensée.
Il est ainsi possible d’étudier les relations entre le cerveau, le corps et l’environnement, notamment l’environnement matériel, humain et culturel, qui constituent le « je »..
Après demain d'une part j'expliquerai l'intervention d'un centre particulier, le précunéus", qui nous procure la conscience d’habiter notre corps et d'autre part, j’aborderai l’autre aspect de la conscience, le « moi » ou la conscience d’exister, en tant qu'être humain, qui découle principalement de la mémoire autobiographique (la mémoire de notre vie), mais aussi des mémoires sémantique et procédurale (nos connaissances et nos savoir-faire).