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J’ai lu un article intéressant de Katrin Millock, directrice de recherche au CNRS à Paris sur l’influence du changement climatique sur l’immigration ou plus exactement sur les migrations de personnes et de populations.
La télévision avait déjà parlé de ce sujet, dans un reportage sur le déménagement de la capitale de l’Indonésie, Jakarta, à Nusantara pour des raisons climatiques : la capitale actuelle manquait de place pour s’étendre, et avait un sol gorgé d’eau; elle était à terme menacée par l’élévation du niveau des océans.
Les raisons des migrations sont très diverses : politiques et conséquences de guerres et de persécutions, démographiques et culturelles, dans des pays où des ethnies se disputent la suprématie, économiques et sociales, certaines personnes n’arrivant pas à vivre décemment dans un pays appauvri.
Il est difficile de savoir quel est l’impact du changement climatique, car les conditions météorologiques peuvent affecter chacun de ces facteurs. Les événements climatiques violents et leurs conséquences (chaleur et incendies, pluies abondantes et inondations, vents violents…) peuvent entraîner la destruction de biens privés ou publics, et une baisse de revenus à l’origine d’une migration.
La diminution de la production agricole à la suite de sécheresse, peut être une cause majeure dans les pays où une grande partie de la population vit de l’agriculture.
Cette situation peut même toucher des personnes autres que les agriculteurs, la baisse de rendement agricole entrainant une hausse des prix , qui peut inciter à partir.
Mais ces facteurs évoluent aussi indépendamment du changement climatique et il est donc difficile d’estimer la part d’évolution qui lui est due.
En ce qui concerne l’immigration européenne, il s’agit surtout, pour le moment, d’hommes en âge de travailler, mais les évènements climatiques extrêmes commencent à entraîner une migration de familles entières. Mais actuellement les évènements climatiques extrêmes sont plutôt suivis de déplacements temporaires sur de courtes distances, souvent à l’intérieur même du pays.
La désertification progressive de certaines régions entraîne des flux migratoires continus, vers les villes où l’on peut trouver un emploi autre qu’agricole
Par ailleurs, comme je le disais déjà dans l'article d'hier, à propos des pluies abondantes de 2024, en climatologie, on considère que l’impact du changement climatique est visible sur une période d’au minimum 30 ans, et que les événements sur de courtes durées relèvent des variations météorologiques naturelles.
Mais d’une part les données socio-économiques évoluent sur des périodes plus courtes, et d’autre part, les plus anciennes données statistiques complètes sur la migration internationale remontent à 1960.
Il est donc plus facile de s’en tenir à la constatation de migrations suite à des événements météorologiques ponctuels.
Une étude dans la revue « Science » constate cependant qu’entre 2000 et 2014, les demandes d’asile en Union européenne augmentent lorsque les températures s’éloignent d’un optimum d’environ 20 °C ( la température optimale pour l’agriculture). Ils estiment que ces demandes pourraient augmenter de 28 % (soit environ 100 000 demandes supplémentaires par an) d’ici 2100 pour un scénario d’émissions de gaz à effet de serre moyen.
On sait toutefois que certaines régions risquent d’être plus touchées que d’autres.
Les petites îles du Pacifique sont les plus concernées par la hausse du niveau des océans.
L’Asie du Sud-Est est surtout menacée par les inondations, tandis que les populations du pourtour méditerranéen, de l’Ouest de l’Afrique et de l’Asie seront affectés par la sécheresse et les températures extrêmes.
On constate également que ce sont les familles les plus aisées qui ont les ressources pour migrer. Les ménages les plus pauvres sont piégés sur place, et le changement climatique va entraîner une hausse des inégalités, de la pauvreté et de la mortalité pour ceux qui n’ont pas la possibilité de partir.
C’est une préoccupation des organismes internationaux.