Si vous essayez de vous souvenirs de votre enfance, vous avez un trou noir jusqu’à 3 ou 4 ans et quand vous examinez vos souvenirs jusqu’à 6 / 8 ans, vous vous apercevez qu’ils ne sont pas originels mais ont souvent été modifiés par des photos, des récits, des lectures (voire même pour certains, sont reconstitués à partir de ces informations).
Ce phénomène a beaucoup intéressé les psychologues dès le XXème siècle, et aujourd’hui les neurobiologistes et diverses études existent sur ce sujet.
Lorsqu’on interroge des enfants de deux à trois ans, parlant couramment, sur leurs souvenirs de leur vie passée, ils en ont parfaitement conscience, mais la plupart de leurs souvenirs ne durent guère plus de trois mois. Mais si l’on réinterroge ces enfants par la suite, on s’aperçoit que, à partir de 7 ans environ ces souvenirs s’estompent et ont presque totalement disoaru vers une dizaine d’année.
Les psychologues ont remarqué que le phénomène était plus lent chez les enfants ayant parlé tardivement et ils pensent donc que ce phénomène est en partie lié à l’utilisation progressive du langage, qui entraîne une réorganisation importante de notre mémoire.
Avec l’acquisition du langage, les enfants apprennent de plus en plus de mots et forment des phrases complexes. Au lieu de mémoriser les événements sous forme d’images, de gestes ou d’émotions, ils les emmagasinent de plus en plus sous la forme de mots et de phrases, ce qui entrave le rappel de traces mnésiques non verbales, c’est-à-dire de nombreux souvenirs antérieurs à l’âge d’utilisation du langage, donc vers 3 ans. D’ailleurs des enfants de 2 à 3 ans se rappellent deux fois plus de détails d’un événement donné, lorsqu’ils doivent les décrire sans recourir à des mots plutôt qu’en parlant – par exemple, en désignant des photos ou en mimant des actions.
Par ailleurs le cerveau se transforme énormément pendant les premières années de la vie : les connexions entre les cellules nerveuses se multiplient énormément, puis s’élaguent selon leur utilisation : les connexions peu utilisées s’affaiblissent peu à peu et sont parfois éliminées. Les souvenirs qui ne sont pas rappelés en mémoire s’affaiblissent donc et tombent dans l’oubli.
L’apparition du langage modifie encore plus les connexions entre neurones, en ce qui concerne l’implantation des mots associés.
Initialement un objet était associé à une image et à d’éventuels autres souvenirs sensitifs. Avec l’apparition des mots, la mémoire va s’organiser : les mots concernant les objets de même nature (par exemple des outils ou des ustensiles de cuisine, des fleurs…) vont être codés dans des neurones voisins. D’autres zones de mémoire concerneront d’autres caractéristiques associées souvent à des sensations : sons, touchers, odeur goût, mode d’emploi, souvenir d’utilisation etc…
L’hippocampe est le répertoire qui code les divers neurones qui constituent un souvenir et ses caractéristiques et composants. Les centres amygdaliens sont également concernés par l’aspect émotif des souvenirs et leur encodage.
Les souvenirs qui ont une forte connotation émotionnelle sont en général ancrés plus solidement, surtout dans la mesure où nous y pensons souvent et où leur rappel les consolide. Toutefois ceux, même émotionnels, avant 3 ans et même 6/7 ans disparaissent aussi dans l’oubli.
Certains peuvent parfois laisser une trace inconsciente; par exemple un incident de peur d’une araignée ou d’un chien étant enfant, peut laisser ensuite une peur phobique de ces animaux
Le cas de souvenir traumatique est plus complexe. Certains peuvent être oubliés d’autres au contraire restent obstinément en mémoire. Les études montrent que seuls des traumatismes répétés entrainent une « dissociation » du souvenir, c’est à dire sa mise dans l’inconscient sans accès mémoriel. De tels souvenirs remontent rarement en mémoire et sont alors déformés, d’une part par les questions et suggestions de ceux qui ont aidé à cette remontée, et surtout par le fait que les souvenirs sont imprécis et fortement impactés par le devenir de la personne, ses souvenirs ultérieurs, ses préoccupations du moment, et notamment par le fait que le traumatisme a en général une signification très différente pour un adulte que pour un jeune enfant. Ces réminiscences sont donc à prendre avec précaution.