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Ordinateur, internet et mémoire

Ordinateur, internet et mémoire Ordinateur, internet et mémoire

             Les neurobiologistes considèrent que l'usage de l'ordinateur et d'internet pourrait avoir un effet, non sur la structure de notre cerveau (qui en se modifie que très lentement au cours des siècles), mais sur la façon dont nous l'utilisons et donc sur ses performances, car la structure du cerveau n'est qu'un potentiel et tout vient ensuite de l'apprentissage.
            Les journalistes en mal de sensationnel appellent cela "l'effet Google".
            Betsy Sparrow, psychologue à l'université Columbia de New-York a vérifié expérimentalement que nous mémorisons moins bien des données si nous savons que nous pouvons les trouver facilement sur notre ordinateur ou notre téléphone (Google par exemple). Le fait de savoir qu'une information est accessible facilement nous inciterait donc à ne pas la mémoriser.
           En fait c'est un peu plus compliqué :
                - on retient mieux le contenu des informations pour lesquelles on sait qu'on n'a pas un moyen de les retrouver facilement.
               - on retient encore mieux le fait qu'on peut accéder à une information et comment le faire, mais on ne mémorise pas alors le contenu de l'information.

          Ceci a un coté favorable, c'est qu'on a mémorisé un moyen de retrouver davantage d'informations qu'on ne peut en mémoriser habituellement.
          Lorsque nous découvrons quelque chose sur Internet, nous avons tendance à n'en retenir que les grandes lignes, parce que nous savons qu'il nous sera possible de retrouver les détails en quelques clics, et nous retenons, sinon l'adresse précise où nous avons trouvé l'information, du moins des indices qui nous permettront d'y retourner, où tout simplement que nous avons mis cette adresse dans une petite bas de donnée dans une colonne de notre navigateur, ce qui ne nécessite plus aucune mémoire, puisque cela devient une habitude.    

           Savoir où et comment retrouver une information que nous n'avons pas mémorisée précisément, nous n'avons pas attendu lnternet pour cela : dans un livre, dans une bibliothèque, dans nos fiche, dans les tiroirs de notre bureau et des classeurs, nous faisions déjà cela.   
          Mais cela demandait davantage d'efforts et de préparation qu'aujourd'hui avec l'ordinateur, internet et leurs moteurs de recherche.  
         Daniel Wegner, de l'université d'Harvard appelle cela la "mémoire transactive".             Comme vous le savez circuler sur ces moteurs de recherche n'est pas comme interroger notre mémoire personnelle, qui a connaissance de notre passé, de nos désirs, de nos faits et gestes, de nos motivations.

        On y circule par les "liens" les URL (localisateurs uniformes de ressources - le mot uniformes voulant dire commun à tous), ce qui permet de mettre en réseau des milliards de fragments de connaissance.    
        Notre mémoire n'est pas organisée pour faire un travail analogue.
        Comme l'a étudié Jean-François Rouet, du Centre de recherche sur la cognition et l'apprentissage de Poitiers : "Nous ne mémorisons pas des URL, mais des chemins qui s'apparentent à ceux que nous suivons dans notre environnement physique".     
        Nous les suivons en reconnaissant le paysage, c'est-à-dire des formes et des couleurs dans les pages. Nous mémorisons la position en haut à droite d'un lien... Bref, nous mettons à contribution notre mémoire visuo-spatiale. "     
        Ce n'est donc pas seulement notre compétence par rapport au vocabulaire écrit qui est exploitée, mais également notre capacité à circuler dans l'espace, notre mémoire topologique. et tout le monde n'est pas aussi compétent dans cet exercice, car nous n'avons pas tous une mémoire topologique également entrainée et donc développée.    
        Ce chercheur a montré que les personnes dotées d'une meilleure mémoire topologique, se retrouvent mieux dans la structure de liens d'un site Web.   

         Si Internet change nos habitudes de mémorisation, il semblerait que cette adaptation à un nouvel outil repose en partie sur les mécanismes cérébraux connus d'orientation spatiale.            
        Peut être doit on développer cette capacité par l'éducation.    
        Dans son livre "Internet rend il bête", Nicolas Carr cite des travaux qui démontreraient que l'usage du lien hypertexte serait néfaste, provoquant une "surcharge cognitive" (mais ce journaliste cherche à prouver que l'on apprend moins bien sur le Web que dans les livres).            Il considère que passer d'un lien à un autre fait perdre le fil de ce que l'on cherchait, vous distrait, oblige à se recentrer à chaque fois et en conséquence on mémorise moins bien.           
       L'abus de liens pourrait être l'ennemi du lien. Les concepteurs de sites veillent à limiter la complexité de leurs arborescences. On a même redécouvert l'intérêt des documents linéaires, avec le format Pdf. On sait mieux aujourd'hui se servir, sans abuser, de liens hypertextes.    
       Je pense personnellement que ce qui manque à beaucoup pour travailler sur internet, c'est la motivation et l'habitude d'utiliser des mots clés sur des recherches et de trouver les adresses des sites intéressants.     
       La plupart des utilisateurs d'internet se servent de la messagerie, des sites sociaux ou des forums, des blogs et de la recherche de musique, de films et d'images, mais ne font pas de documentation.     
       En fait on peut se servir d'internet comme d'une immense bibliothèque et on peut y faire de la documentation, littéraire comme scientifique. Mais, malgré toutes les qualités de Google, Wikipédia, et autres moteurs de recherche, ce n'est pas toujours facile de trouver les informations pertinentes et les sites intéressants. Et la bibliothécaire n'est pas là pour vous aider.
      Et surtout, si Wikipédia est orienté vers la recherche de connaissances, mais pas toujours aisé à comprendre, et rebute sûrement certains par l'ampleur et la complexité de ses articles, Google et autres moteurs analogues, n'ont que des préoccupations mercantiles et vous donnera la liste de beaucoup de restaurants ou de marchands de victuailles, alors que vous cherchez la façon de préparer et cuire un plat, t il est beaucoup plus difficile de chercher ce que l'on souhaite.

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