Suite de l’article d’hier sur les biais psychologiques.
4 - Le biais de « disponibilité »
On estime souvent la probabilité d’événements selon la facilité avec laquelle on parvient à s’en souvenir ou à trouver dans notre mémoire des exemples de situations similaires. Une heuristique dite « de disponibilité » : plus il est facile de se souvenir d’un événement, plus celui-ci semble fréquent.
Notre « mémoire » associe plus facilement l’avion à des accidents que la voiture, alors qu’objectivement, la proportion de morts en voiture est bien plus importante que celle des victimes d’accidents d’avion. Mais on se rappelle facilement nos nombreux trajets en voiture, sans accident, alors que pour la plupart d’entre nous, l’avion est un mode de transport moins fréquent, mais pour lequel la proportion de souvenirs d’accidents, rapportés par les médias, est importante.
Notre vie quotidienne serait en effet probablement très fatigante si l’on prenait toujours des décisions en évaluant systématiquement tous les paramètres en jeu… Heureusement le souvenir de certains d’entre eux suffit à nous décider. Mais il y a risque d’erreur.
Le biais de disponibilité est dû, en partie, à l’origine des sources d’information sur lesquelles nous nous fondons pour prendre nos décisions, notamment le réseaux sociaux ou les informations médiatiques. Les informations que nous y puisons ne sont pas toujours fiables, sont souvent orientées vers le publicitaire ou le sensationnel, ou, sur les réseaux sociaux, sur le "faire valoir".
5. Le biais de « formulation » :
La façon dont un problème est formulé influence les réponses.
Quand vous répondez à un sondage et encore plus à un référendum dont le sujet ne vous est pas bien connu, vous êtes influencé par la façon dont sont posées les questions.
Un exemple connu depuis le coronavirus :
Deux formulations pour deux groupes d’interrogés:
Un nouveau variant risque de tuer 60 000 personnes. Si le programme A est adopté, 20 000 personnes seront sauvées, et si c’est le B, il y a une probabilité d’⅓ que personne ne meure, et de ⅔ que 60 000 personnes décèdent.
Si le programme C est adopté, 40 000 personnes mourront, et si le programme D est adopté, il y a une probabilité d’ ⅓ que les 60 000 personnes soient sauvées, et de ⅔ que personne ne survive. Quel programme choisiriez-vous ? »
72% des personnes du premier groupe ont choisi le programme A , alors que seulement 22% des personnes du second groupe ont choisi le programme C , pourtant identique à A. Et 28% ont choisi le programme B contre 78% le programme D, identique au B. Or les résultats des quatre programmes étaient équivalents.
En fait, а chaque fois, les sujets ont cru choisir le programme qui sauverait le plus de gens, mais ont juste choisi la formulation qui mettait en avant les survivants.
Il est finalement facile de faire confiance à l’émetteur d’un message en considérant qu’il met en avant les éléments importants. C’est peu coûteux pour notre esprit et socialement bénéfique en général. Pourtant, cela suppose que le porteur du message soit bienveillant et objectif… Ce qui n’est pas toujours le cas.
En changeant soi-même la fomulation de la question, des aspects différents peuvent apparaître et on peut éviter en partie ces effets indésirables..
6. Le biais « d’exposition » :
Dans de très nombreuses situations, l’exposition répétée à des stimuli provoque, en même temps que de la familiarité pour ces derniers, le sentiment fort de les aimer.
Des volontaires devaient porter un jugement sur différentes caractéristiques de personnes présentées en photographies, mais inconnues- des expérimentateurs. Plus on proposait une même photographie, plus les sujets jugeaient la personne comme attirante et ayant des qualités. C’est aussi vrai avec des images subliminales, perçues inconsciement.
Par ailleurs, l’effet positif produit par la répétition semble même modifier notre propre humeur, nous rendre plus heureux et augmenter notre bien-être
Dans la vie courante il y a, la plupart du temps, un mélange entre ce qu’on aime et ce qu’on connaît. On passe plus de temps à écouter les musiques que l’on aime que celles que l’on n’aime pas, à fréquenter les gens que l’on apprécie. L’association que produit notre cerveau entre familiarité et goût personnel est donc normale.
Ce biais réduit l’incertitude et les objets, situations ou personnes que nous voyons souvent deviennent plus prévisibles, alors que les éléments nouveaux attirent automatiquement notre attention. D’où l’augmentation de notre bien-être.
7 - L’ordre des informations.
Dans un autre article de la revue Pour la Science, Gerard Bronner appelait notre attention sur un autre biais : l’importance que notre cerveau apportait aux premières impression et le fait que la fatigue faisait en sorte que nous accordions de moins en moins d’attention aux objets d’une liste.
Le sentiment qu’une première impression nous dit la vérité sur un individu ou à propos d’une idée, n’est peut-être pas toujours fausse, mais elle peut aussi nous tromper souvent.
C’est critique, lorsque nous effectuons sur Internet une recherche sur un sujet que nous ne connaissons pas. Les premiers arguments que nous y rencontrons nous font prendre le risque de garder une impression durable et éventuellement fausse.
Les publicistes et les annonceurs connaissent bien ce biais et l’utilisent pour nous influencer.