Cela m’arrive assez souvent, comme à beaucoup de personnes je pense, de discuter du covid, cela avec des lectrices ou lecteurs ou avec des résidants de ma copropriété. Les réflexions (ou la non-réflexion) de certaines personnes me laissent perplexe, je pense que les explications données sur la télé ne sont pas toujours claires, et par contre les fausses informations du net sont innombrables.
Les gens ont tendance à juger « blanc ou noir » alors que dans la nature, tout est plus ou moins « gris » Le manichéisme pas plus que le risque zéro, n’existent. Il peut toujours y avoir des exceptions ou des anomalies.
J’entends souvent la réflexion « pourquoi mettre un masque puisque, même en le portant, on peut attraper le covid » ou « pourquoi se faire vacciner puisqu’on n’est pas protégé à 100% et qu’on peut être positif et contaminant ».
Je pense que l’on n’a pas expliqué suffisamment comment se développe la maladie et quel est le rôle du masque. Cela demande seulement un peu d’attention, pour examiner quels sont les facteurs qui interviennent, lesquels sont, dans l’ordre chronologique, les suivants : 1 —> 2 —> 3 —> 4 —> 5 —> 6
1) - densité des virus dans l’atmosphère : lorsqu’une personne est contaminée, elle diffuse dans l’air, en parlant, en toussant, en éternuant, de minuscules gouttelettes, ou des gouttes encore plus fines, dites aérosols, qui contiennent quelques virus et peuvent donc être respirées par d’autres personnes.
Il y en a plus ou moins dans l’atmosphère que vous respirez : la densité de virus (par exemple en nombre de virus par m3 d’air), est faible en plein air où les courants d’air et le vent agitent l’air et dispersent les gouttelettes; elle est forte dans une pièce non aérée où les aérosols s’accumulent.
Si dans une pièce il y a une personne positive au coronavirus sans masque, elle contamine fortement l’atmosphère. Quand elle porte un masque chirurgical, toutes les gouttelettes sont arrêtées et 95% des aérosols de diamètre supérieur à 3 µ (millième de mm). Seuls quelques aérosols très fins peu porteurs en virus passent. La personne contamine donc beaucoup moins la pièce.
Le port du masque par une personne contaminée, réduit donc énormément la densité de virus dans l’atmosphère d’un lieu clos.
L’aération d’une pièce diminue fortement aussi cette densité.
2) - les gestes barrières ; la dose de virus absorbée : porter le masque protège les autres en diminuant la densité de virus ambiant, mais pas totalement.
Porter le masque chirurgical protège aussi soi même puisqu’il ne laisse rentrer que 3 à 5 % des aérosols de moins de 3 µ qui sont dans l’atmosphère de la pièce et pratiquement pas de gouttes nettement plus grosses.
Un masque FFP2 a la même efficacité mais contre les aérosols de plus de 0,6 µ, c’est à dire les plus fins.
Attention, un masque mal mis sur la bouche et surtout sur le nez, un masque mal ajusté sur les joues ou le menton, augment la possibilité d’absorber des gouttes ou des aérosols. Et une barbe (même naissante) réduit l’étanchéité du masque au visage et diminue son efficacité globale.
Donc, même avec un masque bien mis, face à une personne qui vous parle on peut absorber des virus. Mais si on s’éloigne d’1m 50, il y a dispersion des aérosols entre les deux personnes et donc le risque de les absorber diminue.
En définitive si on applique bien les gestes barrières on diminue la quantité de virus absorbée, la « dose », et moins on absorbe de virus, moins on risque d’être malade ou que la maladie soit importante. Une partie des gens asymptomatiques ou avec peu de symptômes, le sont parce qu’ils n’ont absorbé qu’une faible dose de virus.
3) - La dose de virus qui passe dans les cellules du système respiratoire.
Une personne contaminée a donc absorbé une certaine dose de virus, qui va contaminer son nez, voire les bronches. Mais il y a sur place des cellules immunitaires (je referai un article sur ces cellules), qui vont détruire une partie des virus.
Une partie seulement des virus va entrer dans les cellules du système respiratoire et s’y multiplier.
L’efficacité du système immunitaire est plus ou moins grande selon les personnes et, en général, elle diminue avec l’âge. Et dans tous les cas, face à un virus nouveau qui ne vous a jamais contaminé, elle est faible.
Donc la plupart des personnes qui ont absorbé une dose importante de virus vont être malades.
Par contre si elles ont été vaccinées, les cellules immunitaire et anticorps présents sur place sont plus nombreux et surtout le virus est reconnu tout de suite par l’organisme qui sait alors mobiliser son sytème immunitaire.
La dose de virus qui passe alors dans les cellules du système respiratoire est moindre.
Certains laboratoires étudient actuellement une deuxième sorte de vaccin qui bloquerait en partie les protéines qui permettent au virus de rentrer dans les cellules du nez et diminuerait ainsi la dose qui y pénètre et s’y réplique. Il pourra peut être voir le jour en 2023 et venir en complément des vaccins actuels.
Mais quelque soit le vaccin, une personne vaccinée peut être positive au coronavirus. On ne peut empêcher les aérosols porteurs du virus d’avoir une certaine densité dans l’atmosphère, on n’empêchera pas une petite quantité de virus de pénétrer dans le système respiratoire. Mais porter un masque et appliquer la distanciation physique, divise au moins par dix la dose de virus absorbée et être vacciné divise par plus de dix la dose qui pénètre dans les cellules respiratoires.
Une personne vaccinée pourra donc être positive, mais ne sera gravement malade que si elle a absorbé au départ une dose massive de virus ou si elle a un système immunitaire déficient, notamment en cas de co-morbidités.
4) - Réplication des virus dans les cellules. Le virus du covid introduit son ARN dans les cellules du système respiratoire, et il se sert des systèmes de reproduction de ces cellules pour se multiplier. Cette multiplication du virus entraîne la maladie, bénigne si cette réplication est faible, grave si elle est forte car elle bloque en partie la respiration, et mortelle si l’envahissement des cellules pulmonaires entraine une très forte inflammation des bronches qui provoque un oedème et un blocage respiratoire.
Le système immunitaire continue de détruire les virus , mais il est dépassé par les événements si leur nombre est trop grand et s’il ne dispose pas lui même d’assez de cellules spécialisées, notamment de lymphocytes tueurs.
La vaccination augmente les défenses immunitaires disponibles et le délai d’alerte de ces défenses et donc permet de limiter la prolifération des virus et donc la gravité des maladies. Toutefois les deux doses de vaccin sont actuellement insuffisantes au bout de quelques mois et un rappel d’une troisième dose est nécessaire pour conserver l’efficacité du système immunitaire, c’est à dire sa capacité à lutter contre la maladie, et donc éviter les cas graves.
5) - Charge virale : A un instant donné de la contamination d’une personne et de la réplication du virus,, il y a dans l’organisme de la personne une certaine quantité de virus : on appelle cela la « charge virale ».
Plus cette charge virale est importante plus la personne risque d’être malade.
Le système immunitaire va essayer de diminuer cette charge et il y arrivera d’autant mieux qu’on est vacciné. une personne vaccinée a une charge virale très inférieure à ce qu’elle aurait si elle n’était pas vaccinée.
6) - Contamination d’autrui : Si une personne a une charge virale importante, elle va donc expulser des gouttelettes et des aérosols contenant des virus du covid. Elle risque donc de contaminer autrui. On est ramené au stade (1) initial.
Certes une personne vaccinée peut être contaminée, mais sa charge virale est beaucoup plus faible. On considère qu’une personne vaccinée est 7 à 8 fois moins contaminante que ce qu’elle serait si elle n’était pas vaccinée.