J'ai déjà fait plusieurs articles sur l'influence des moyens modernes de communications sur notre cerveau mais je voudrais reprendre les effets de la minière dont nous utilisons nos smartphones, et l'effet de l'utilisation des ordinateurs et d'internet sur notre mémoire.
J-P Lachaux, directeur de recherche, Centre de recherche en neurosciences de Lyon, s'intéresse en particulier aux smartphones :
Le besoin compulsif d'utiliser son smartphone est engendré par le "circuit de récompense" du cerveau, dont je vous ai souvent parlé (voir mes articles de la catégorie "cerveau, apprentissage et plaisir), qui joue un rôle fondamentalal dans la motivation et le plaisir et dans les phénomènes d'addiction, en libérant un neurotransmetteur, la dopamine.
Une étude récente réalisée chez le singe a montré que certains neurones réagissent aussi à la perspective d'une information importante, comme le sont pour nous celles véhiculées par les mails et les SMS. L'action consistant à aller chercher une information sensée être importante, est donc très directement encouragée par le circuit de récompense. Le cerveau a littéralement "soif"» d'information, au point de causer parfois un phénomène d'addiction.
Ces nouvelles technologies mettent le cerveau dans une situation permanente de multitâche pour laquelle il n'est pas forcément conçu. La façon dont nous utilisons notre cerveau et notre attention est en train de changer.
Je vous ai déjà dit plusieurs fois que notre cortex frontal était plus performant s'il ne traitait qu'une seule tâche et ne pouvait guère traiter plus de deux tâches à la fois et, si vous lui demandez d'accomplir simultanément deux tâches qui requièrent un haut niveau de supervision attentionnelle, alors votre performance pour chacune de ces deux tâches diminuera de moitié.
Faire attention, c'est donc ne pas se disperser, ne pas faire plusieurs choses à la fois et ne pas sauter du coq à l'âne
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Les gens que l’on admire pour leurs capacités « multitâches » sont plutôt des gens hautement performants qui effectuent chacune des tâches l’une après l’autre, très rapidement et efficacement.
Les technologies mobiles de type smartphone juxtaposent dans un même espace plusieurs contextes : travail, loisir, messages, recherche internet, photos, cinéma, nouvelles d'actualité, ...
Le cerveau possède la capacité remarquable d'adapter spontanément ses priorités en fonction du contexte dans lequel il se trouve, et chaque contexte active donc spontanément notre attention et certaines propositions d'actions.
L'attention s'y perd; elle ne sait plus quoi privilégier. Le cerveau doit donc apprendre à définir une hiérarchie dans ses priorités, autrefois imposée par le contexte unique dans lequel nous nous trouvions à chaque moment.
De nombreuses expériences montrent que ce que nous percevons du monde qui nous entoure dépend à chaque moment de ce que nous avons à y faire.
L'attention a donc tendance à effacer de notre univers perceptif tout ce qui n'est pas pertinent par rapport à la petite liste de choses à faire que nous gardons en permanence en tête, consciemment ou non. Cet effet de sélection conduit à un appauvrissement de notre expérience sensorielle, pour la concentrer sur ce qui nous semble pertinent a priori, et notamment tout ce qui va venir du smartphone ou du microordinateur. Les smartphones ont donc tendance à éliminer les phases d'écoute et de réceptivité à ce qui nous entoure, ou à ce que nous ressentons.
Mais comme souvent, ce n'est pas tant la technologie qui doit être mise en cause que l'usage que nous en faisons. Les smartphones sont devenus une composante essentielle de l'organisation de notre vie familiale, sociale et professionnelle. Il faut donc apprendre à les utiliser, au-delà de la simple notice technique.
Il faudrait absolument envisager une véritable éducation de l'attention, renseignant sur ses limites et son bon usage notamment en milieu scolaire, qui prépare dès l'enfance à la vie connectée.
Demain je parlerai de l'influence d'internet sur notre mémoire.