• Violence et délinquance, inné ou acquis : que dit la recherche ?

    Violence et délinquance, inné ou acquit : que dit la recherche ?

               Je viens de faire un article sur l'inné et l'acquis, alors voyons un cas particulier de la question, qui a fait autrefois l'objet d'une discussion entre le philosophe Michel Onfray et Nicolas Sarkozy.

               A la suite d'un téléfilm vu à la télévision, j'ai fait le 13 juin dernier un article sur "on ne nait pas délinquant, on le devient. Cela m'a valu quelques mails.

               Les  propos journalistiques, animés bien sûr par l'envie de frapper les esprits et de faire du “sensationnel”, ont tendance à soutenir des thèses comme si elles étaient  le fruit de la recherche scientifique et, pour répondre à ces mail, j'ai effectivement été vérifier si ce qu'ils racontaient, était vraiment ce que les chercheurs en cause avaient écrit.
              Evidemment je n'ai pas consulté tous les articles sur le sujet, mais certains dont j'avais entendu citer. J'ai pu constater que les conclusions de ces chercheurs était assez différentes de ce que disait la presse ou la télévision.

              Ces médecins ou scientifiques sont persuadés que, si certains sujets présentent des prédispositions à la violence et à la délinquance, par contre c'est l'éducation et l'environnement qui ensuite jouent le rôle moteur soit pour empêcher le développement de ces tendances, soit malheureusement pour les favoriser.
              Puis ils se sont posés la question d'une part de savoir comment détecter ces prédispositions, et d'autre part comment éviter la dérive vers la délinquance par une éducation appropriée.
              En fait ils n'ont jamais opposé patrimoine génétique contre environnement et éducation, comme on voudrait nous le faire croire.

              Les sujets de leurs études étaient surtout la violence et la délinquance des jeunes, ce qui ne veut pas dire qu'ils négligeaient celle des adultes. Mais ils pensaient que sur les jeunes, il était encore temps d'enrayer le mécanisme d'évolution.
              Le pédopsychiatre Michael Rutter et le criminologue David Smith, ont en particulier montré qu'entre 1950 et 1995, la délinquance juvénile aux USA avait été multipliée par un facteur cinq; l'âge culminant aux USA et au Royaume Uni, se situait entre 17 et 18 ans pour les garçons et 14 et 15 ans pour les filles.
              Le professeur à l'Institut de psychiatrie de Londres, Terrie Moffitt indiquait que cette différence était due sans doute à une maturité plus rapide des filles et pensait qu'il fallait distinguer deux types de délinquance juvénile :
                        - ceux ou celles qui à l'adolescence, commettent des infractions légères sous l'influence de l'environnement et notamment de certains camarades.
              En général ils sortent de la délinquance en devenant adulte et autour des 20 ans.
                        - les délinquants qui perdurent dans cette voie et dont la délinquance s'aggrave après l'adolescence, et qui pour une part d'entre eux auraient des prédispositions que l'éducation n'aurait pas corrigées ensuite.
              Le point qui a suscité des polémiques est l'affirmation de ce chercheur qui indique que ces personnes manifestaient pour beaucoup des comportements anti-sociaux (troubles neurologiques ou comportements difficiles) dans l'enfance et qu'une détection appropriée aurait pu permettre d'éviter leur évolution malheureuse.
              La généralisation d'un tel propos est effectivement abusive.
              L'étude portaient en fait sur une population de 1037 jeunes garçons et filles d'une “colonie écossaise” en Nouvelle Zélande. C'est donc une population assez particulière.
              D'autre part le chercheur s'il indiquait que certains facteurs génétiques pouvaient être mis en cause, n'excluait pas que les conduites sociales observées (léger déficit cognitif, tempérament difficile, hyper-activité...) soient ensuite exacerbés par l'environnement et notamment par des pratiques parentales inadéquates, des liens familiaux perturbés ou la pauvreté et l'exclusion.
              Il citait également l'influence néfaste de tiers.
              Le docteur Nathalie Philippe, (française vivant en Nouvelle Zélande) a publié en 1997 un livre très intéressant sur cette étude, et en 2006 Pierrette Verlaan et Michèle Déry (chercheurs au Québec) ont également écrit “Les conduites antisociales des filles” , deux livres basés sur ces études de Terrie Moffitt à Dunnedin.

              Mais, s'il faut se méfier des généralisations journalistiques, il ne faut pas par contre se voiler la face. Depuis longtemps des études sur les jumeaux (par comparaison avec des non-jumeaux) ont montré que les facteurs génétiques et innés jouent un rôle important dans notre personnalité et dans nos comportements cognitif et émotionnel et leurs troubles.
    Toutefois, cela n'enlève rien au rôle primordial de l'environnement et de l'éducation.
       
              Patricia Brennan de l'université d'Atlanta en Géorgie (USA), qui a également fait des études dans ce domaine sur de jeunes Danois, écrit que
        “ ...La biologie n'explique pas tout. Il faut qu'elle se conjugue à un autre facteur, comme un environnement social défavorable ou une mauvaise éducation parentale...”
              Elle a étudié en particulier comment un rejet maternel, voire paternel de l'enfant, pouvait entraîner par la suite violence et délinquance de l'adolescent.

           

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