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    La liberté autrefois

           Mes articles sur la liberté m'ont valu quelques mails et on me demande si c'était pareil quand j'étais jeune. Je vais essayer de répondre à cette question.

           D'abord nous avions été éduqués de façon relativement stricte, entre 2 et 6 ans par nos parents et grands parents. C'est en effet dans ce créneau d'âge qu'il faut donner les bonnes habitudes aux enfants : apprendre à obéir, à être poli, à savoir qu'un enfant n'est pas un adulte, à réfléchir avant de dire n'importe quoi, à se tenir bien à table, à s'ennuyer et s'inventer alors des occupations, à découvrir l'environnement et en avoir des explications, à s'habituer à vivre avec les autres sans leur apporter une gêne....

          Puis dans la préadolescence parents et professeurs nous avait appris à travailler, à aimer acquérir des connaissances, à avoir une curiosité intellectuelle pour un peu tout, et à respecter le travail et la propriété des autres.
          Il faut reconnaître que les programmes scolaires étaient mieux faits : on nous bourrait moins de savoir, mais on nous apprenait davantage de méthodes, d'explications. Nous avions beaucoup plus d'exercices à faire le soir, mais relativement pratiques de telle sorte qu'on comprenait ce à quoi pouvait servir ce que l'on apprenait.
          Par contre il fallait travailler et suivre sinon on redoublait ou l'oriententaion était faite plus tôt en fonction des goûts et des capacités.
         L'enseignement professionnel était fait en liaison avec entreprises et artisans, et, à cette époque, d'une part il y avait plein emploi, mais également les chefs d'entreprise avaient conscience que certes leur outil devait être rentable, mais que sont but était notamment de fournir du travail à ses employés pour qu'ils puissent vivre. Aujourd'hui, leur objectif est purement financier. On y apprenait vraiment un métier.
         Finalement nous avions tous conscience que nous préparions notre vie future à l'école et nous écoutions et respections nos professeurs et nous allions les voir si nous avions une difficulté. Bien sûr nous étions parfois turbulents, mais cela ne durait guère, les professeurs savaient rétablir la discipline et les parents les approuvaient et leur faisaient confiance.
        D'ailleurs la plupart des parents faisaient tout leur possible pour suivre les études de leur enfant et les aider s'ils le pouvaient.

        Troisième facteur, nous désirions l'indispensable et non le superflu.
        D'une part nous sortions de la guerre, nous avions à peine à manger; vêtements, chaussures, jouets, vélos, autos...étaient usés jusqu'à la corde et la plupart des gens n'avaient pas beaucoup d'argent et la priorité allait aux achats indispensables.
        D'autre part la société de consommation n'existait pas : les matières plastiques débutaient, pas de multimédia sauf de rares postes radio à lampes, pas de téléphone sauf les professions médicales, les administrations et entreprises, pas d'appareil photo, ni d'ordinateur (l'électronique était balbutiante)
        Très peu de familles avaient la chance de partir en vacances.
        Nos occupations en dehors des études : lire, jouer avec les copains notamment  à des jeux de société, et faire beaucoup de sport. Se promener aussi mais à pied ou à vélo si on avait pu en racheter, parfois le cinéma (pas encore de télé!).   
    Les marques de vêtements et produits n'existaient pas, la publicité discrète (radio et ciné). Ce qu'avait le voisin nous importait peu et nous n'aurions jamais passé notre temps à le regarder et désirer la même chose. Au contraire nous essayons de nous compléter et de mettre nos moyens en commun.
        Une conséquence autre, les particuliers faisaient beaucoup de travaux par eux mêmes et il nous semblait normal d'aider les parents aux travaux ménagers et dans leurs bricolages et rangements.

        L'éducation était en moyenne beaucoup plus sévère qu'aujourd'hui.
    Comme tous les enfants, nous étions turbulents et nous faisions des bêtises.
    Les remarques, mais aussi les conseils, les sanctions mais aussi les encouragements, venaient très vite dès que nous ne nous conformions pas aux règles. Quelques claques ou fessées, des privations de jeu ou de sports, nous incitaient à ne pas désobéir et à faire attention à nos actions. Par contre nos activités étaient souvent proches de celles des parents qui nous encourageaient aussi à bien faire.
        Mais il est certain que la surveillance par les parents et grands parents était beaucoup plus stricte qu'aujourd'hui. Pas question par exemple de s'éloigner de la maison sans autorisation, sans avoir dit où on allait et quand on rentrerai, et si on voulait obtenir ces autorisations dans le futur, on n'avait pas intérêt à mentir et raconter des histoires, car les parents communiquaient entre eux et étaient rarement dupes.
        Pour nous la plupart des parents étaient des modèles, et nous reproduisions en société les comportements que nous avions au sein de la famille. 
        Ce n'est plus vrai aujourd'hui : les modèles, ce sont les copains du groupe.

        J'ai aussi l'impression que la communication avec les parents était en moyenne, meilleure qu'aujourd'hui et le “déficit de tendresse” était beaucoup moindre chez les ados. Mais il faut reconnaitre que beaucoup de mères ne travallaient pas et que la vie était moins trépidante.

        Si les jeunes d'aujourd'hui étaient brusquement transportés à cette époque, ils se sentiraient sans doute malheureux et terriblement privés de liberté et très contraints par les parents dans leurs occupations et par leur règles.
        Pourtant nous étions heureux et nous n'avions pas l'impression de manquer de liberté.
        En fait quand on est habitué à respecter des règles qui sont relativement logiques et utiles, et qu'on les a comprises (notamment leur utilité), on n'en souffre pas : cela devient naturel et finalement cela facilite la vie en famille et en société.
        Aujourd'hui trop souvent dès qu'un ado a un désir, celui-ci est satisfait et dès lors il n'en obtient guère de satisfaction, mais il pens tout de suite au désir suivant. Il devient alors un éternel insatisfait qui ne jouit pas de ce qu'il a et souffre de tout ce qu'il n'obtient pas assez vite.
        N'ayant pas grand chose, ayant du mal à obtenir ce que nous souhaitions, si ce n'est par notre propre travail, nous étions habitués à attendre la satisfaction d'un besoin et donc nous apprécions ce que nous obtenions.

        Bien que dans un milieu sévère et austère, nous obtenions peu, mais nos désirs étaient très peu importants. Donc nous obtenions plus que ce que nous attendions avoir  et nous apprécions donc ce que nous apportait la vie.
        Les contraintes qui paraîtraient insupportables aujourd'hui, nous étaient légères et donc nous nous sentions relativement libres.
        Comme je vous le disais, le sentiment de liberté est une chose toute relative.

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  • Acheter des "marques", une illusion.

         Bien entendu, dans mon entourage c'est la rentrée, cela l'est aussi dans vos mails et je suis étonné d'entendre parler des achats “qui ne sauraient être que des produits de grandes marques”, pour faire, “comme les copains”, comme les "amis", qui ont déjà de tels produits. C'est vrai pour les ados, mais c'est aussi le cas des adultes.

        J'avoue que c'est une chose que je comprends mal.

        Certes il y a des cas où tous les produits sont de grandes marques, quand vous achetez une voiture ou un téléviseur par exemple.
        Mais il s'agit d'achats importants qu'on ne fait pas à la légère et on regarde alors les caractéristiques, les performances, les prix et on choisit alors en fonction de ce que l'on a besoin, le meilleur rapport qualité / prix.

        Là je parle des fournitures de classe ou des habits, chaussures .... bref de produits d'un usage courant bien défini et pour lesquels on a une multitude de choix, dont certaines grandes marques, connues essentiellement parce qu'elles font beaucoup de publicité.
        Je constate d'abord que leurs produits sont 50% à deux fois plus chers que d'autres ayant le même usage.
        Pour avoir discuté avec les usagers, il me semble que la qualité et les caractéristiques des produits de marque ne sont guère supérieures à celles des autres marques moins chères (ou du moins de certaines d'entre elles).
        Leur seule originalité est d'être d'un aspect assez agressif afin qu'on les remarque et d'avoir le nom de la marque écrit en gros sur les objet, afin qu'on sache bien de quoi il s'agit.
        Alors je me demande, “qu'est ce qui vous attire tant dans ces marques. ?"

        Moi j'avoue que ma réaction est différente. J'avais au début de l'été, besoin de chaussures de marche et j'ai été chez un marchand, en Bretagne.
        Lui a intérêt, je le sais, (il n'est pas philanthrope), à me vendre le plus cher possible, et il m'a donc proposé des chaussures d'une marque connue. J'ai essayé et je me suis trouvé très bien dedans (ce qui n'est pas toujours le cas même avec de grandes marques). Alors j'ai demandé le prix qui m'a paru bien élevé;
        J'ai regardé pourquoi j'étais bien dans ces chaussures : j'ai vu la semelle en forme, en mousse, à l'intérieur, et la semelle extérieure en trois parties : l'une très rigide sur les bords, pour résister à l'usure, et deux autres plus souples et élastiques sous le talon et la plante des pieds, pour amortir les chocs de la marche.
        J'ai alors cherché des chaussures ayant la même conception dans des marques peu connues (qui ne font pas de pub à la télé !).
        J'en ai trouvé deux l'une 30% moins chère et l'autre 80% de moins. J'ai essayé et je m'y sentais aussi bien; elles avaient l'air aussi solides, mais bien sûr, plus discrètes, moins “remarquables”.
        A qualité très proche, j'ai pris la moins chère des trois. Bien sûr il y en avait d'encore moins chères mais de moins bonne qualité.
        J'avoue à postériori et après utilisation tout l'été, être très content de mon choix.

        Alors j'ai l'impression que finalement les marques ne sont recherchées que parce qu'elles font remarquer l'acheteur, pour qu'il puisse se vanter auprès des copains d'avoir tel produit, et exciter un peu leur jalousie; dès lors le voisin veut la même chose.

        J'avoue que je trouve ce comportement aberrant de la part de l'utilisateur, mais je l'excuse car il est en général jeune et ne se rend pas bien compte de ce qu'est un rapport qualité / prix, mais je trouve surtout cela totalement absurde de la part des parents dont la motivation est souvent : “je veux faire plaisir à mon enfant parce qu'il a envie de la même chose que son copain et que j'ai peur que le copain ne se moque de lui”, et encore plus étonnant quand il s'agit d'adultes, qui devraient avoir un peu de bon sens.
        Je pense que les parents ne sont pas faits uniquement pour faire plaisir à leurs enfants quelle que soit leurs demandes, et que leur rôle est avant tout de les éduquer, de les préparer à leur vie d'adulte.
        Alors d'une part je pense qu'il faut leur inculquer le sens de l'économie, leur montrer comment comparer qualité et prix, et leur montrer que le plus clinquant et le plus connu n'est pas forcément le meilleur.
        Et d'autre part il faut leur montrer que le choix des copains et la mode ne sont pas forcément des critères de choix pertinents.
        Personnellement je préfèrerais encourir leurs moqueries parce que je n'ai pas un produit de marque, que de passer pour un imbécile parce que je me suis fait avoir en payant deux fois plus cher un produit qui n'a pas d'autre avantage que d'avoir eu son image sur maintes affiches et écrans de télévision.

        J'ai souvent comparé des produits ainsi dits “de marque” et à la mode, ils étaient toujours très chers et chaque fois j'ai trouvé un produit à peu de chose près équivalent ou même de meilleure qualité, mais qui évidemment ne me permettait pas de dire que j'étais un des moutons suivant la mode ou un dandy voulant paraître riche et dans le vent.

        Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ce qui me navre le plus c'est que souvent ce sont des enfants de ménages modestes qui  demandent le plus à leur parents de tels produits, alors que le budget familial aurait grand besoin d'être consacré à des choses moins futiles.
        Là encore on retrouve l'aspect nocif des médias et de la société de consommation.

    Acheter des "marques", une illusion.

       

     

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  • Les règles morales ne sont pas les mêmes pour tous.

          La télévision, notamment au journal télévisé, nous gave de faits divers, du moment qu'ils ont un peu de sensationnel.
          J'entends alors les gens autour de moi réagir scandalisés, se demandant où les auteurs de certains méfaits ont été élevés, et pourquoi ils n'appliquent pas les "règles de la morale".

          Bien sûr j’ai une conception de la morale voisine de celle ces personnes alors j’aurais un peu tendance à penser comme elles, mais la vie m’a appris à me méfier des idées préconçues et de mes réactions impulsives !

         Les quatre exemples qui vont suivre, et que j’ai vécus au cours de mon travail, avant que je ne sois en retraite, montrent que les notions que nous avons du bien et du mal, dépendent de notre culture initiale, de notre éducation et de notre manière de vivre.

         J’ai eu l’occasion, il y a une trentaine d’années, d’approcher pendant plusieurs séjours, la population des iles du Pacifique et notamment tahitienne.
        Là bas, il arrive parfois que votre voiture ou un autre objet vous appartenant disparaisse. Et deux ou trois jours après vous le retrouvez, en bon état, presque au même endroit. On vous l’a “emprunté”.
        Un réflexe d’occidental serait de porter plainte et de faire punir cet emprunt. Ce serait idiot. La notion de propriété est presque étrangère aux autochtones - du moins à cette époque, cela a peut être un peu évolué - . Les objets sont pratiquement presque mis en commun, même si à l’origine, ils appartiennent à quelqu’un en propre. Il y a d’ailleurs une vie très communautaire.
        Punir ces personnes de cet emprunt serait un non-sens : elles ne comprendraient pas, car ce serait aller à l’encontre de centaines d’années de traditions et de culture. Bien sûr, il y a la loi française. Mais encore faut il l’appliquer avec intelligence.

        J’ai passé aussi quelques mois au coeur du Sahara, où je dirigeais un centre d'étude, en ayant des contacts avec les nomades qui vivent sous la tente au milieu du désert.
        Dans ces populations très particulières, il y a des esclaves, et le fils d’une esclave (même si souvent son père n’est pas un esclave) est lui même esclave. Ils ne sont pas malheureux, sont bien traités car c’est pour la caravane un “capital”, mais ils font toutes les tâches fastidieuses et dures de serviteurs.
         On nous a amené un jour un petit esclave d’une dizaine d’années, mourant, car il avait été piqué par une vipère à cornes. Mon médecin l’a soigné et il est resté un mois au camp. Cet enfant était d’une grande intelligence, et, lorsque ses “propriétaires” sont revenu me voir, j’ai marchandé et “acheté” cet enfant 100 francs !
         Nous lui avons appris à lire, à écrire et à compter, à conduire des engins de terrassement. Il adorait également cultiver des plantes et il a créé des jardins autour de nos maisons d’argile, car là où on fait monter l’eau du sous-sol, le désert peut devenir vert. Moi, il m’a appris bien des mystères de la faune et la flore du désert et même à trouver des vestiges des temps où le désert était mer (pierres fossilisées, roses des sables), et des premiers hommes. (des silex taillés et des restes de poteries).
         Par la suite, on l’a embauché comme ouvrier, puis il a appris à réparer les gros engins de travaux publics et, lorsque nous avons quitté quelques années après, notre camp, il a été embauché comme technicien, par une entreprise de travaux publics et nous avons longtemps correspondu tous les deux.
        Empêcher cet esclavage était impensable pour les autorités locales; c’était aller contre des traditions centenaires et le sort des esclaves aurait probablement été pire. Le seul moyen est de fixer peu à peu ces populations. Cela a déjà évolué, mais cela demandera des dizaines d'années.
        Alors la loi interdit le trafic d’enfants ! Mais que fallait il faire ?
        Les autorités ne nous ont d’ailleurs jamais rien reproché, au contraire.

        J’ai eu l’occasion aussi de discuter avec des américains de l’utilisation des armes par des particuliers, chacun ayant là bas, plusieurs armes chez lui et sachant s’en servir dès l’enfance.
         Si un voleur pénêtre dans un appartement, le résidant se sent menacé et n’hésitera pas à tirer sur l’intrus, sans même savoir quelles sont ses intentions. Et la justice le considèrera à priori comme, “en légitime défense”, surtout si c’est un noir qui est le voleur.
        Cette conduite nous parait barbare, mais elle est issue des habitudes des pionniers du Far-west et du climat de violence qui est beaucoup plus latent aux USA que chez nous, et qui transparait dans leur cinéma et les médias, ce qui d’ailleurs entretient cette violence, comme l’ont montré certaines études psychologiques.

        Il m’est arrivé de passer des marchés de travaux ou d’études à des sociétés et , si j’avais touché de l’argent pour favoriser l’une d’elle, cela aurait été un “pot de vin”, délit passible de prison, ce qui me semble tout à fait normal et juste.
        Mais j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes de pays du moyen orient, qui faisaient  un travail analogue au mien. Et à ma grande surprise, j’ai constaté que cette pratique dans leur pays, est considérée comme habituelle. On les paie peu car ils ont là un complément de salaire admis sinon reconnu (ils ne le déclarent pas dans leurs impôts !!).
        Autre civilisation, autre moeurs, comme disaient autrefois les latins dans leur sagesse.

            Ces quatre exemples sont assez hétéroclites, mais ils correspondent à des situations réelles.
            Je voulais uniquement vous faire réfléchir sur le fait qu’il ne faut pas juger les autres uniquement par rapport à ses propres convictions morales, mais qu’il faut essayer d’écouter, de comprendre et d’expliquer et admettre qu’autrui ait une morale différente de la vôtre.

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  • Etre désigné comme juré, c'est une situation difficile.

              Parmi les problèmes difficiles de la société ceux du devenir des délinquants :
    “… doit-on protéger les individus en écartant de la société d'autres individus susceptibles de nuire ???...”

              C‘est une question que j'ai été amené à me poser à deux reprises au cours de ma vie d'adulte, lorsque j'ai reçu de la mairie une lettre me disant que j'étais sur la liste annuelle des personnes susceptibles d'être tirées au sort comme juré, en cas de procès d'assises à la cour dont dépendait mon domicile.
              Finalement je n'ai pas été désigné comme juré, mais je me suis demandé ce que j'aurais fait face au jugement que j'aurais dû décider, lors d'un procès en assise, où l'on ne juge que des crimes !!.

              Au passage, vous ne savez peut-être pas que la notion de crime n'est pas définie par la nature de la faute commise, mais par la durée de la peine encourue.
              Dans la mesure où la faute que vous avez commise peut entraîner une peine de prison de dix ans au moins (ce qui ne veut pas dire que l'on vous condamnera pas à une peine plus courte si vous avez des circonstances atténuantes), vous passerez en cour d’assise, avec donc un jury qui comportera outre les trois magistrats et le représentant du ministère public, neuf jurés. 
              Evidemment, compte tenu de la gravité des peines encourues, pour être jugé en Assises, il faut avoir commis une faute très grave : assassinat, meurtre, viol, vol à main armée ou violences ayant entrainé des blessures graves, sévices sur des enfants...

             Pour être juré, il faut être âgé d'au moins 23 ans, savoir lire et écrire le français, jouir de tous ses droits civils, civiques et ne pas être atteint d'une incapacité telle que tutelle, curatelle, sauvegarde de justice….Le défaut de moralité est aussi un obstacle pour être juré (condamnation à des peines infamante ou supérieure à un mois de prison...)
             Pour un procès on désigne dix huit jurés par tirage au sort dans la liste annuelle; certains parmi les 18 jurés désignés, 5 peuvent être récusés par l'accusé ou son avocat  et 4 par le représentant du Ministère Public sans invoquer de motifs. En définitive il en reste 9
             Presque tout citoyen peut donc être désigné comme juré au cours de sa vie.
            C'est une question qui pose un problème de conscience, car écarter les gens de la société, veut dire les mettre en prison ou dans un hôpital psychiatrique.

              Si la personne n'a commis aucun délit, il me semblerait effarant de la mettre en détention sur de simples informations et présomptions. Même en cas de maladie mentale, je doute qu'un psychiatre soit capable de dire si la personne est vraiment susceptible de nuire.
             Et admettre qu'on puisse enfermer quelqu'un sur une simple présomption d'experts me semble ouvrir la porte à tous les abus et atteintes à la liberté. Tous les experts ne sont malheureusement ni infaillibles ni honnêtes.
             Sans doute, dans certains cas, peut on surveiller son état de santé mentale et évidemment certaines crises graves peuvent nécessiter des interventions, mais il faut, à mon sens, que ce soit avéré et constaté avec certitude.

              Pour les délits qui relèvent de la correctionnelle (donc moins de dix ans max de peine encourue), bien entendu la peine prononcée est une sanction pour la faute commise (et elle est définie par la loi).
             Mais il me semble que, si la personne ne risque pas de récidiver, et ne met pas en danger autrui, la prison est une bien mauvaise mesure; il faudrait trouver d'autre types de sanctions, accompagnées de mesures éducatives et préventives.
             Pour des gens susceptibles de récidiver, tout dépend du type de danger qu'ils font courir à autrui, et des raisons du délit constaté.
              Je crains que, dans beaucoup de cas, la prison ne soit un facteur qui mettra le délinquant en contact avec des malfaiteurs, qui risquent de le rendre plus dangereux et comme les peines encourues sont de faible durée, la personne sera forcément remise en circulation au bout de quelques années.
             Là encore je pense que des solutions éducatives et préventives seraient souvent meilleures, mais comment faire ?
             Le problème est qu'il est très difficile de juger si c'est la personnalité de l'accusé qui l'a conduit à la faute, ou si ce sont les hasards de l'environnement, et quelle est la part de volontarisme dans son acte. 

              Enfin pour les délits très graves jugés en cour d'assise,, qui concernent des faits ayant terriblement porté atteinte à autrui (enfin, le plus souvent), je voudrais d'abord évoquer le mécanisme des condamnations, sur lequel je m'étais renseigné.

              La loi demande d'abord aux jurés de se prononcer sur les faits, en fonction des circonstances et des preuves apportées : l'accusé est il ou non coupable de ce qu'on lui reproche.?
              La deuxième question si on répond oui à la première est : a t'il fait cet acte volontairement, c'est à dire avec préméditation. C'est le problème des meurtres où la personne a “entraîné la mort sans intention de la donner”

             Si cette intention n'est pas avérée je crois que la peine encourue est alors comprise entre un an et 15 ans de prison.
             Dans le cas de préméditation, la loi prévoit des peines plus fortes, graduées pouvant aller jusqu'à la rétention à perpétuité.
            Ensuite les juges et jurés examinent quelle peine choisir entre la minimale et la maximale fixées par la loi.
             Pour cela (prenons un délit qui d'après la loi mérite 2 à 20 ans de prison, c'est à dire une “moyenne” de 11 ans) on liste toutes les circonstances aggravantes ou atténuantes qui amèneront à choisir plus ou moins que cette moyenne. Puis on vote.

              Je n'ai pas donc eu l'occasion de participer à une telle discussion, mais elle doit être difficile, car c'est la vie d'une personne pour une longue durée qui est entre vos mains.   
              Je pense que si les preuves de culpabilité d'une personne ayant commis un assassinat  ou plusieurs viols, étaient claires et avérés, et que sa mise en liberté pourrait lui permettre de récidiver, je n'aurais pas de scrupules à le condamner à une lourde peine.

             A l'opposé je crois que je serais incapable de condamner à une peine quelconque une personne qui aurait euthanasié un parent sur sa demande pour abréger ses souffrances. Cette personne ne représente aucun danger pour les autres hommes.
             Ce qui me poserait un vrai cas de conscience c'est une personne accusée, mais qui clame son innocence et contre laquelle on n'a que des preuves assez discutables. Etant moi même un mauvais observateur, je sais la limite que pourrait avoir mon témoignage dans la reconnaissance d'une personne soupçonnée d'un délit.!
             Je pense à cet instituteur, accusé à tort de pédophilie par des enfants qui lui en voulaient et avaient menti, lequel instituteur s'est suicidé. Il est certain que de tels cas sont horribles pour les juges, partagés entre le souci de protéger les enfants et celui de ne pas condamner à tort un innocent.!

              Mais je conçois que sur de telles questions les avis puissent diverger.

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  • La liberté totale est une utopie.

              Certains ne sont pas d’accord avec moi en ce qui concerne la conception de la liberté, comme en témoigne ce commentaire:

    "la liberté de chacun se limite là où commence celle de l'autre"
    Il n'y a pas plus triste comme conception de la liberté que celle ci. La liberté est indivisible. En retirer une partie c'est la détruire toute entière....”

               Le souhait de certaines personnes serait que la liberté soit “je fais ce qu'il me plaît”.
               
    Certes on souhaite tous cela, mais il faut être réaliste, c'est une illusion totale, car si elle est vraie pour l’un, elle doit l'être aussi pour les autres.

                A la limite si votre téléphone portable plaît à quelqu'un, il peut vous l'emprunter, si votre tête ne lui plaît pas et qu'il ait envie de se défouler, il peut vous rosser ou même vous donner un coup de couteau, si cela lui plaît de faire du feu, il peut brûler votre voiture, (cela arrive malheureusement trop souvent aujourd’hui),...
               De façon plus bénigne, chacun de nous doit un jour ou l’autre, travailler pour gagner sa vie et faire alors partie d'une équipe. Si chacun n'y fait que ce qu'il lui plaît, l'équipe sera anarchique et ne fera pas grand chose de bon.
               Si votre voisin met sa chaîne hifi ou sa télé à hurler toute la nuit, vous ne pourrez dormir et si votre voisin de classe vous ennuie tout le temps vous ne pourrez travailler.
               J'ai longtemps dirigé des recherches et, même dans ce domaine où l'on a besoin de beaucoup de liberté et de créativité, on ne trouve des choses nouvelles que si l'équipe est très organisée, si tous les efforts se complètent et si tous “tirent dans la même direction en même temps”. Il faut donc se coordonner les uns les autres.
               Je pense que tout dépend de la liberté dont on parle et des actions correspondantes.

               La liberté totale qu'invoque cette personne, c'est à dire “faire tout ce dont on a envie”, peut concerner deux sortes d'actes.
               
    Ceux qui ne touchent que soi-même. Là on en est effectivement responsable et après tout on subit les conséquences de ses actes. 

                Alors si vous voulez vous amuser au lieu de faire ses études, se souler et fumer du cannabis tous les jours, ne pas vous soigner quand vous êtes malade, prendre des risques insensés et finir paralysé sur une chaise roulante, cela ne regarde que vous.
               Encore que vous avez sans doute une famille que vos actes rendront malheureuse. Et que les soins que vous recevrez, la société qui devra vous prendre en charge ou vos parents qui devront vous aider, tout cela a un coût que vous feriez supporter par les autres.

               Mais la plupart du temps vos actions ont des conséquences sur autrui, car vous n'êtes pas sur une ile déserte. Dès lors je pense que "la liberté de chacun se limite là où commence celle de l'autre", c'est synonyme de “ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse à toi-même”.
               Si vous n'avez pas ce réflexe vous nuirez à vos voisins, et comme vous trouverez toujours un jour plus fort que vous, vous subirez aussi la loi d'autrui.

               En fait la liberté totale érigée en système, la liberté dont on ne retire rien comme le prône cette personne est une illusion totale. Au départ c'est l'anarchie, puis c'est la loi du plus fort (individu ou groupe) qui est libre de faire ce qui lui plaît au détriment des autres et peu à peu on arrive au totalitarisme et à la dictature, car ceux qui ont ainsi acquis la liberté totale n'ont pas envie de la perdre et donc mettent les autres sous le joug d'une façon ou d'une autre.

                Regardez l'histoire et vous verrez maints exemples de cette évolution.

     

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