• Supportez vous la vue du sang ?

    Supportez vous la vue du sang ?

         Je connais plusieurs personnes qui ne peuvent voir une goutte de sang sans s’évanouir. J’ai même connu une étudiante en médecine qui a eu beaucoup de difficulté à s’en affranchir et une élève infirmière qui a dû faire d’autres études, et pourtant elle a essayé de se raisonner maintes fois.
         Ceux qui résistent se moquent d'eux, affirmant qu'ils sont trop douillets pour devenir médecin ou infirmière.. Mais le problème est ailleurs : certaines personnes, sans aucune sensiblerie, s'évanouis-sent instantanément à la vue du sang ou de blessures.
        Une personne sur dix environ en a fait l'expérience au moins une fois dans sa vie. Pendant longtemps, les médecins ont considéré de tels évanouissements comme des crises d'hystérie.        
    Au cours de ce type de crises, tout se passe comme si la personne qui en est vicime, tentait d'échapper à une situation inconfortable. par un réflexe de perte de conscience.
    Et pourtant, la personne est en bonne santé et il est impossible d'y déceler la moindre cause. organique: l'électroencéphalogramme est normal, le pouls et la pression artérielle sont à peine plus élevés que la normale; et selon l'électrocardiogramme, le cœur bat normalement.

        La cause des évanouissements à la vue du sang serait elle purement psychique ?

        Des recherches récentes suggèrent que non.
    De toute évidence, des mécanismes physiologiques en sont la cause.

        Les premiers indices ont été obtenus en observant les réactions de ces personnes à des prises de sang, car elles s'y évanouissent souvent et on a sur place les moyens d'étudier le phénomène en direct : leur pouls est à peine perceptible, ou du moins très faible et lent, et leur tension artérielle est en général extrêmement basse, (inférieure à 60/30 alors que la pression artérielle normale d'un adulte sain est de l’ordre de120/80 - millimètres de mercure) 
        Tous les signes semblent indiquer une défaillance circulatoire massive.
        Dès que le patient revient à lui, la pression artérielle et la fréquence cardiaque redeviennent normales, et il peut se lever quelques minutes après. Ce type d'évanouissement est un malaise analogue à une syncope.

        Je vous ai décrit dans un article ancien le système nerveux végétatif qui comprte deux réseaux commandés par l’hypothalamus et le tronc cérébral : le système parasympathique et le système orthosympatique (on ne mentionne pas en général le préfixe ortho).
        Une partie de ce réseau régule le coeur et la circulation du sang.
        La partie du système parasympathique qui innerve le coeur,  encore nommée nerf vague, ralentit la fréquence cardiaque, alors que le nerf orthosympathique l'accélère en stimulant le muscle cardiaque, ce qui augmente la tension artérielle et l'irrigation des organes. En outre, le nerf sympathique rétrécit les artères de petit diamètre, ce qui augmente encore la tension artérielle.

        Dans des expériences réalisées sur des animaux, les biologistes ont découvert que le nerf vague est suractivé lors des syncopes provoquées par des pertes de sang, ce qui explique le ralentissement du pouls, pouvant aller jusqu'à l'arrêt cardiaque.
        La syncope résultante ressemble beaucoup aux évanouissements humains, sycopes appelées “malaise vagal” : le pouls est à peine perceptible et la tension artérielle est extrêmement basse :  le nerf vague inhibe l'activité cardiaque.
        Lorsqu’il y a une hémorragie, un mécanisùme complexe de protection intervient : la zone médiane de la moelle épinière est activée quand la tension artérielle de la région thoracique baisse rapidement, notamment lorsque la perte de sang atteint 30% du volume de sang , c’est à dire de l’orde de 1,5 à 2 litres. Le grosses veines et artères peuvent encore compenser alors la perte et maintiennent une pression artérielle suffisante
        En revanche, la tension artérielle dans les vaisseaux du réservoir thoracique diminue, ce que détectent des petits senseurs situés dans le coeur et les artères pulmonaires. Ces « barorécepteurs” sensibles aux basses pressions informent la moelle épinière de l'événement, laquelle estime que plus la pression est basse, plus le saignemeni est important. Si la valeur descend au-dessous d’un seuil critique, la moelle provoque le ralentissement spectaculaire du pouls et la baisse de la pression artérielle. (on appelle cela un collapsus circulatoire).
        Les médecins ont constaté par ailleurs que lors d’accidents entraînant une hémorragie impor-tante la technique habituelle de transfuser du sang faisait souvent plus de mal que de bien :  la perfusion augmente la pression artérielle dans les vaisseaux lésés, ce qui augmente la fuite de sang par la biessure, mais de plus la pression élevée au niveau de la rupture de l'artère empêche le sang de coaguler, ce qui bloquerait l'hémorragie, si la pression était plus faible.
        Un collapsus circulatoire commandé par le cerveau offre au contraire une dernière chance d'arrêter l'hémorragie: en réduisant la pression artérielle, il réduit la fuite de sang par la blessure et. augmente la probabilité de coagulation du sang sur le site de la blessure. Puisque la survie de l'organisme est en jeu, les avantages même minimes, d'un tel mécanisme d'urgence, auraient suffîsamment favorisé les organismes menacés pour que ce mécanisme soit sélectionné par l'évolution.

        Pour autant, comment expliquer qu'’un tel mécanisme salutaire se déclenche parfois à la vue du sang d'un autre?
        On suppose que les centres visuels informant la moelle d'un saignement sont uniquement. sensibles à l'information « Il y a du sang », sans inclure le paramètre « C'est mon sang » ou « C'esi le sang d'un autre ».
        Qu'il s'agisse de son propre sang ou de celui. d'un autre (tout comme d'une petite ou d'une grande quantité de sang), le cerveau, en urgence, ne prend initialement pas la peine d'évaluer ces paramètres.
        Peut- être ce mécanisme est-il devenu trop sensible chez certaines personnes, entraînant un collapsus circulatoire dès les premières gouttes de sang, les chances de survie étant meilleures lorsque le saignement est interrompu très rapidement.
        Ainsi, la réaction doit commencer dès les premiers signes d'une blessure.       
        Chez certaines personnes, le détecteur du sang est tellement sensible qu'il réagit même aux blessures des autres. Mais heureusement, la plupart supportent la vue de quelques gouttes de sang sans s'évanouir.
        Chez certaines personnes également, un autre facteur entraîne des évanouissements comparables : le fait de rester longtemps debout. (malaise dans une file d'attente, d'un soldat au garde à vous...)
        Or les personnes sujettes aux malaises vagaux s'évanouissent souvent à la vue du sang, ce qui confirme l'hypothèse d'un réflexe vagal dans ce cas.

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