• Souvenirs conscients et inconscients, blocages.

    Souvenirs conscients et inconscients, blocages.

              Bien des événements se passent en une journée : vous avez vu, entendu, touché, senti, goûté bien des choses (images, sons, paroles, sensations diverses). 

              Par exemple pour notre vision, à 40 images par seconde, notre cerveau a reçu environ 2 500 000 images dans la journée. Heureusement nous ne les mémorisons pas toutes. La plupart ne sont maintenues dans des zones de stockage intermédiaire, que quelques secondes au plus dans le cerveau, le temps de savoir si elles vont servir; puis la trace en est détruite, c’est à dire qu’aucune connexion durable ne se fait avec un groupe de neurones censés retenir ce souvenir.. Nous n’avons même pas conscience de ce traitement.
              A l’inverse certaines de ces images sont considérées comme importantes par le cortex préfrontal auquel elles ont été transmises. Il donne alors l’ordre àç l’hippocampe de les stocker en mémoire et celui-ci va répartir les éléments du souvenir dans diverses parties du cerveau, en favorisant les connexions avec des groupes de neurones dont il retient l’adresse, un peu comme votre ordinateur qui dresse un catalogue de vos données. Si le cortex préfrontal lui en donne l’ordre, l’hippocampe pourra rétablir les connexions avec ces neurones et faire remonter le souvenir à la conscience.
              Mais seules quelques images sont ainsi mémorisées. Notre attention n’est attirée que sur certaines d’entre elles, dont nous avons “conscience” . Nous savons qu’elles ont existé et qu’elles sont mémorisées. Les autres nous n’en avons “pas conscience” et  les neurobiologistes disent donc qu’elles sont “inconscientes”.
              Ces informations sont stockées comme toutes les autres dans diverses parties de notre cerveau. Seulement le cortex ne sait pas des trouver, comme un ordinateur qui n’aurait pas l’adresse de certaines informations de son disque dur.  L’inconscient n’est donc pas un centre du cerveau, il est partout où il y a des informations stockées, à coté de celles conscientes.
             
    Au plan biologique, l’inconscient durable, c’est un ensemble de souvenirs, d’expériences qui s’accumulent et restent ancrés dans notre mémoire, en général à notre insu. 

              Nos organes perçoivent aussi des centaines de sensations par seconde, et nous n’en sommes pas conscient, bien que votre cerveau les aient enregistrées, au moins pendant un instant. Certaines seront  mémorisées de façon inconsciente, et seules quelques unes seront transmises au cortex préfrontal : la faim, la soif, la douleur… par exemple.
     

              La nuit, pendant votre sommeil, votre cerveau va repasser en revue tous ces souvenirs, il va les trier, n’en garder que quelques uns, et effacer tout le reste, comme on efface un disque dur. L’hippocampe et le thalamus vont par exemple, renvoyer les images vers les centres d’interprétation due la vue, qui les traite comme si elles venaient des yeux, mais il va ensuite les détruire. Mais cela de façon désordonnée.
              Ce « ménage » s’effectue surtout pendant le sommeil paradoxal.
              Le cortex préfrontal ne recevant pas d’information du thalamus pendant le sommeil, ne sera pas conscient de ce travail. Mais si nous avons un petit instant de réveil, ne serait-ce que  quelques secondes, le cortex préfrontal a tout à coup conscience de ces images hétéroclites, et il croit qu’elles ont été vues par les yeux. Il cherche alors en vain à en fournir une interprétation rationnelle et logique.
              Ceci explique certains de vos rêves, vestiges incohérents de ce travail d’effacement.  

              Pendant le sommeil profond le cerveau rassemble à nouveau les souvenirs importants que l’on veut garder, sans que nous en ayons conscience. Il les fait tourner en quelques sorte, dans le cerveau émotionnel, dans ce que l’on appelle le « circuit de Papez », et il renforce ainsi les connexions entre neurones supports du souvenir, pour rendre celui-ci plus stable (on appelle cela la « consolidation »).  

    Souvenirs conscients et inconscients, blocages.


              Mais, par la suite, les souvenirs conservés, dont vous avez conscience, mais que vous n’utilisez pas, s’effacent aussi peu à peu. Par contre des événements très heureux ou au contraire qui vous ont traumatisés, restent à jamais gravés dans votre mémoire de façon beaucoup plus stable, du moins pour leurs éléments essentiels.
              De plus le cerveau peut garder des souvenirs de façon inconsciente de ces événements marquants, surtout ceux traumatisants.Ce qu’il garde et que ne savons pas remonter à la conscience, c’est en général la partie la plus traumatisant, ceci , pour nous protéger psychologiquement, pour éviter la souffrance morale.
              Mais ces souvenirs inconscients peuvent cependant avoir une action sur notre comportement et ceci à notre insu.

              Nous savons que dans le cerveau  la couche externe, (le cortex), interprète toutes nos perceptions, réfléchit, élabore raisonnements et actions, et donne des ordres à nos membres. Une couche intermédiaire (le cerveau émotionnel)  traite de nos sentiments et émotions,et le centre du cerveau contrôle les processus fondamentaux de la vie.
              Mais les ordres volontaristes du cortex, avant d’être acheminés à nos membres, repassent transitoirement par le cerveau émotionnel.
              Lorsque notre cerveau raisonnable donne un ordre qui réveille ces souvenirs, alors notre cerveau interne émotionnel peut bloquer cet ordre, le transformer et pour éviter que notre cortex ne s’en aperçoive et le corrige, il lui envoie de fausses informations, pour le leurrer.

              Lorsque j’avais 12 ans, (en 1944, c’était la guerre), un matin sur le chemin du collège, une fusillade a eu lieu entre allemands et maquisards et trois hommes sont morts à cinq mètres de moi. Encore aujourd’hui je revois la scène comme si elle s’était passée hier, alors que je n’ai que peu de souvenirs de ces années de ma vie.
                 Pendant plusieurs mois, pour aller en classe, je ne suis plus passé par cette rue là. Je faisais un détour, sous des prétextes futiles : rue à l’ombre, trottoir sale, trop de bruit... C’est mon “inconscient” qui m’empêchait d’y passer, et pour “tromper” mon esprit logique, il inventait des prétextes fallacieux pour me convaincre de faire un détour..

               Il m’est arrivé souvent de discuter, notamment sur internet avec des correspondants de mes blogs,  avec des personnes qui avaient subi de grands chocs : morts de personnes qu’ils aimaient, violences, accident,
              Ce sont des souvenirs qu’ils ont enfouis en eux , sans en parler à personne, dont une partie est consciente mais une autre pas et qui bloque certaines de leurs actions en leur faisant croire à de fausses raisons.  
              Lorsque ces personnes arrivent à me dire leurs tourments, car c’est plus facile de le faire “en virtuel” à une personne que l’on connait peu et qui ne vous rencontre pas, qu’à une personne “réelle” de leur entourage, nous arrivons ensemble à identifier les vraies raisons de leurs peines et à permettre à leur cerveau de raisonner à nouveau correctement et donc à minimiser peu à peu leur souffrance. 

              Freud avait deviné en partie ce mécanisme et il parlait de « refoulements » pour ces souvenirs inconscients, souvent bloquants. Mai il leur attribuait à tort une origine uniquement sexuelle. (car c’était de tels malades qu’il soignait). Les connaissances sur le cerveau étaient faibles en début du XXème siècle.
              La neurobiologie moderne ne parle plus de refoulements mais de blocages, et toutes sortes de traumatismes peuvent être à leur origine, ceux de nature sexuelle n’étant qu’une partie d’entre eux. La plupart sont dus à de événements tristes et traumatisants, voire des catastrophes dans notre vie.
              Il est par exemple probable que les rescapés des attentats garderont des blocages comme séquelle de ces événements.


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