• Que provoque la peur en nous ?

              Avec les attentats et les manifs des gilets jaunes et surtout des casseurs, la peur peut s'emparer de nous, impérative et de façon spontanée. Que se passe t'il en nous ?
               Les comportements qui surviennent lorsqu'un être humain est effrayé sont très semblables d'un individu à l'autre, quels que soient l’âge, la culture, l’éducation, le milieu. Et on retrouve des comportements analogues chez les mammifères.

                En effet, si quelque chose nous effraie, disons un bruit strident, notre première réaction est d'arrêter ce que nous étions en train de faire.
               Presque aussitôt, nous nous tournons généralement vers la source du bruit et tentons d'en évaluer le danger réel. Tout cela se fait très vite, de manière réflexe, et ne nécessite pas l'intervention de la conscience ou de la volonté.
              Si la source du bruit semble effectivement menaçante, nous nous figeons sur place et nous tentons d'évaluer s'il y a une possibilité de fuir ou de se cacher. Cela sera peut être notre réaction de sauvegarde , qui peut être un réflexe à peine raisonné : fuir le danger.
              Si, enfin, on se retrouve en contact direct avec la source du bruit qui s'avère être dangereuse, on n'aura plus d'autre choix que la lutte, c'est-à-dire un comportement de défense agressif pour éloigner ou détruire la menace.
             Enfin dans certains cas, la peur est tellement forte ainsi que l’impression de danger, qu’il y a blocage, sidération. On se cache immobile en espérant ne pas attirer l’attention du prédateur.

              Non seulement les comportements, mais les changements physiologiques qui surviennent dans l'organisme en proie à la peur sont aussi très semblables chez l'humain et dans le monde animal.
             Ce sont des changements déclenchés par le système nerveux sympathique pour nous aider à faire face à la situation : augmentation de la fréquence cardiaque, de la respiration, dilatation de la pupille, mobilisation des réserves de glycogène en vue de l’effort musculaire, concentration et attention visuelle.... qui permettent de concentrer nos énergies là où il y a priorité; mais aussi des phénomènes plus subtils comme la suppression de la transmission au cerveau de la douleur face au danger, un phénomène bien connu des soldats au combat. 

                 Chez l'humain, des réponses comportementales originales, tirant profit de nos capacités cognitives accrues, s'ajoutent souvent à la réponse physiologique. En particulier les centres amygdaliens vont influencer les expressions de notre visage et les intonations de notre voix.

              Mais ces capacités cognitives proprement humaines que nous confère notre cortex peuvent aussi être à l'origine de peur, d'anxiété et d'angoisse, car notre imagination et notre mémoire vont intervenir dans le processus qu'ils peuvent déclencher ou arrêter à tort.
             Finalement notre organisme a un processus naturel de défense devant la peur et le contrôle de notre cortex préfrontal peut s’avérer ensuite excellent comme très néfaste selon les circonstances.
             Voyons donc ce qui se passe au niveau du cerveau.

    Que provoque la peur en nous ?

               Les émotions des types peur, colère, tristesse, stress, anxiété, angoisse sont assez bien connues et les responsables principaux dans le cerveau de beaucoup des manifestations correspondantes sont les centres amygdaliens.          
              
     Les amygdales semblent en fait moduler toutes nos réactions à des événements qui ont une grande importance pour notre survie. Ceux qui nous avertissent d'un danger imminent sont donc des stimuli très importants pour les amygdales, mais également ceux qui signalent la présence de nourriture, de partenaires sexuels, de rivaux, d'enfants malheureux, etc.

               Ces centres nous permettent de réagir presque instantanément à la présence d'un danger. Tellement rapidement que c'est seulement après avoir sursauté que l'on comprend souvent ce qui nous a effrayé.
              Tout doit bien sûr commencer par une stimulation sensorielle quelconque comme la vue d'une forme étrange ou un son menaçant.

             L'information en provenance d'un stimulus externe atteint l'amygdale de deux façons différentes : par une route courte, rapide mais imprécise, directement du thalamus, et par une route longue, lente mais précise, celle qui passe par le cortex.

    Que provoque la peur en nous ?

                C'est la route courte, plus directe, qui nous permet de commencer à nous préparer à un danger potentiel avant même de savoir exactement ce dont il s'agit. Ces précieuses fractions de secondes peuvent, dans certaines situations, faire la différence pour notre survie.
                Le thalamus est le coordonnateur de nos perceptions : 40 fois par seconde, il interroge nos cinq sens et recueille leurs stimulus. Après une analyse ultra succincte en liaison avec les centres d’interprétation de nos perceptions et notamment ceux d’analyse de la vision situés à l’arrière du cerveau, il envoie quelques millisecondes après une alerte aux amygdales.
              Cette action fait naître des réactions émotionnelles avant même que la perception complète n'ait eu lieu et que le système puisse se représenter complètement le stimulus.

              Les amygdales vont en effet aussitôt réagir, comme on l’a vu dans l’article précédent, en intervenant par le canal du tronc cérébral (des centres au dessus de la colonne vertébrale qui règlent nos processus vitaux comme les battements de coeur, la respiration...) et  de l’hypothalamus, qui à eux deux agissent sur les systèmes sympathiques. (orthosympathique qui accélère les processus et parasympathique qui les ralentit).
              Elles vont agir sur le striatum qui contrôle nos mouvements.
              Elles vont aussi polariser tous nos sens et notre attention sur le phénomène détecté.
              Puis si le danger n’est pas vital, elles nous figent, en attente d’une analyse de la situation par le cortex péfrontal, ce qui est la route “longue” qui va prendre quelques secondes.

               En effet, après un traitement des différentes modalités de l'objet par le cortex sensoriel primaire, le cortex associatif (deux centres que l’on appelle “quoi” et “ou”) fournit une représentation précise de l'objet et de son environnement.
               Cette représentation élaborée de l'objet peut alors être comparée au contenu de la mémoire explicite grâce à l'hippocampe qui entretient lui aussi des liens étroits avec l'amygdale.
               C'est l'hippocampe qui permet en premier lieu l'apprentissage du caractère dangereux d'un objet ou d'une situation grâce à la mémoire explicite. L'hippocampe est aussi particulièrement sensible à l'encodage du contexte associé à une expérience aversive. C'est lui qui fait en sorte que non seulement un stimulus peut devenir une source de peur conditionnée, mais également les objets autour, la situation ou le lieu où il se trouve.
               A un niveau d'analyse encore supérieur les cortex préfrontaux et frontaux conceptualisent la situation, ses conséquences ainsi que celles de réactions futures; il élabore donc une stratégie et en informe également l'amygdale

              Pour mieux vous faire comprendre je vais vous donner un exemple.
             Une jeune adolescente vient de se réveiller et elle va vers  la fenêtre de sa chambre voir le temps qu’il fait.
             Et là horreur !,... une énorme araignée noire toute velue est sur le rideau de tulle !
             Elle bloquée sur place, une bouffé de chaleur monte à ses joues, ses mains deviennent moites, son coeur tape dans sa  poitrine, sa respiration s’accélère, ses muscles ventraux se contractent et elle hésite à fuir. elle est paralysée quelques secondes et ses yeux ne quittent pas l’araignée, son attention est bien plus forte que pendant les cours au lycée !!

            Quelques secondes passent ainsi pendant lesquelles se produit un dialogue à peine conscient.
            Le cortex sensoriel a envoyé l’image au cortex préfrontal, qui prend la situation en main, à grand renfort de transmissions multiples aux neurones de divers centres.
           Le cortex préfrontal  demande à un centre du cortex associatif le “Où”, qui est chargé de faire la cartographie de l’environnement, de repérer de façon précise la position de l’araignée et de voir ses variations dans le temps : autrement dit, bouge t’elle, est ce un objet vivant ?
           Il demande à l’hippocampe combien une araignée a de pattes et comment est fait son corps, puis aux centres visuels aidés par le centre “mathématique” de Broca (celui qui gère la production de mots), de compter les pattes : tiens il n’y en a que six !!! Et elle n’a pas de tête cette araignée.
          Dans ces conditions d’informations, qu’est ce que je risque si j’approche pour mieux voir ? Cortex préfrontal réfléchit, évalue et donne son feu vert.
         L'adolescente fait un pas et l’analyse se poursuit plus précise.
         Finalement le cortex se rend compte que l’araignée est en laine, un “épouvantail” d’araignée, sans danger (danger à l’origine tout à fait minime, mais la peur des araignées estune phobie !).
        Les amygdales sont averties et lèvent l’alerte rouge en envoyant du GABA qui va ramener les paramètres de votre organisme à la normale.

        Mais les amygdales sont “vexées” d’avoir ainsi travaillé pour rien et de “s’être fait avoir”, alors elles vont mobiliser leurs neurones à adrénaline pour susciter une petite colère et aller baffer le petit frère de l'adolescente, à l’origine de cette mauvaise blague. ! IoI

     

     


        

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