• Mes rencontres dans un ascenseur (2)Mes rencontres dans un ascenseur (2)

               Dans mon dernier article, je vous parlais d’études de chercheurs en psychologie sur les comportements des gens qui se côtoient dans les ascenseurs.

              Je les ai donc observés dans mon immeuble et je dois dire que certains des résultats de l’étude m’ont paru assez justes.

              C’est vrai que les gens lorsqu’ils rentrent dans l’ascenseur ne se mettent pas n’importe où, n’importe comment.
       
              J’ai souvent vu celui qui entre le premier dans l'espace étroit de l'ascenseur se pressser de se placer au fond, dos à la paroi, comme s'il disait: « Ce territoire est à moi et tu es un intrus. »
              Les parois doivent probablement rassurer certains : près d'elles, aucun danger ne peut surgir, et on est donc inconsciemment porté à s'y adosser. De plus étant au fond, face à la porte on voit tout ce qui se passe, qui entre et qui sort.
              Il y a aussi des hommes, souvent des cadres ou des personnes qui se croient importantes, que je vois s’adosser à la paroi du fond, parcourant du regard ceux placés devant eux , l’air supérieur, les bras croisés comme pour établir une barrière avec le menu fretin des autres personnes. Ce doit être un signe de “goût du pouvoir”, faudra que je demande aux psys.
              Cependant si quelqu’un s’est déjà installé au fond, les nouveaux arrivants se placent le plus souvent de part et d'autre de la porte, indifféremment à gauche ou à droite. Mais quelques uns d'entre eux veulent quand même se mettre contre la paroi du fond, obligeant les autres à se pousser dans un coin, comme dans une bataille de positions. Les personnes dérangées bougonnent ou les foudroient du regard. Ils me font penser aux singes dominants.

              Ces attitudes ne sont évidemment pas valables pour les “prêts-à-bondir”, qui ont tendance à tourner le dos même à ceux qui entrent après eux.
              Ils se placent près de la sortie, mais légèrement de biais, afin de laisser passer ceux qui veulent sortir. Si quelqu'un est dans un coin, le prêt-à-bondir se place face à la sortie, comme à son habitude. En revanche, si quelqu'un entre dans un ascenseur occupé par un prêt-à-bondir, ce dernier laisse le passage, mais reprend très vite sa position de fuite habituelle, guettant l'ouverture de la porte.
              Et dès que la porte de l’ascenseur s’ouvre c’est la fuite en avant comme au départ d’une course de cent mètres ! Peut être se sentait il en danger dans l'ascenseur ?

              Les “âmes en peine” m’amusent. Une dame de l’immeuble a toujours l’air inquiète quand l'ascenseur descend, consulte trois fois une liste, sort de l’ascenseur en regardant partout, tourne à droite au sortir de l’immeuble, puis se ravise et part à gauche.
              A la montée je la vois souvent sortir avec moi du parking en sous-sol, demander l’arrêt au rez de chaussée, sortir et rentrer précipitament avant que les portes ne se referment et monter jusqu’à son étage en regardant avec angoisse le compteur d’étages, comme si elle avait peur de louper le sien. Qui ou que cherche t'elle, mystère !

              Quant aux claustrophobes, l’attente n’est pas trop longue lorsque l’ascenseur fonctionne. Mais s’il tombe en panne c’est la galère car en région parisienne les secours peuvent mettre une demi heure à venir.
              Les symptômes sont alarmants : sensation d'étouffement, transpiration abondante, nausée, sécheresse de la bouche, tremblements, palpitations, incapacité à penser de façon rationnelle, perte de contrôle. Parfois même dangereux pour une femme enceinte ou une personne cardiaque par exemple.   
              Alors j’ai appris à désincarcérer les gens bloqués (il y a quelques précautions à prendre et une clé spéciale). Cela m’a valu quelques bisous sur les joues de dames qui croyaient leur dernière heure venue.
              Pourtant l’ascenseur reste éclairé et bien aéré, mais c’est plus fort que soi quand on a ainsi peur d'être enfermé dans les espaces étroits et clos.

              On a parfois l’impression que des distances types existent,  plus courtes pour les rapports d'amitié, plus grandes pour les rapports sociaux et presque des barrières invisibles vis à vis des inconnus.
              Dans cet espace étroit le  non- respect d'une distance minimale provoque parfois chez certaines personnes un malaise, une gêne due à l'invasion de leur bulle virtuelle, voire une réaction d’hostilité.
              Par contre il y a des rituels entre personnes qui se connaissent : bonjour et considérations oiseuses sur la pluie et le beau temps, paroles de bienvenue, baiser sur la joue donné à un ami ou à une connaissance.
              En fait on n’est pas obligé de parler mais on est presque obligé de communiquer tellement l’espace est restreint,  c'est inévitable. On peut communiquer par un sourire ou une attitude amicale, ou l'on peut communiquer que l'on ne veut pas communiquer, en adoptant une posture de rejet, comme tourner le dos à ses compagnons de voyage d'un moment, ce qui signifie que l'on refuse toute forme de communication.
              Dans l'ascenseur, certains (surtout les extravertis), ressentent le besoin irrépressible d'entamer la conversation, tandis que d'autres refusent de dire simplement bonjour (souvent l'introverti, doté en général d'une riche vie intérieure qui le pousse à se perdre dans ses réflexions et lui permet de s'éloigner par la pensée de ce lieu confiné).
               Il y a aussi les personnes  qui ont une haute opinion d'elles-mêmes et un manque total et préjudiciable d'estime pour les autres. Les personnes rencontrées ne sont pas dignes de leur confiance, et communiquer avec elles est pour eux totalement dénué d'intérêt.

              Il y a enfin ceux qui se plantent devant le panneau de commande l’air fasciné par les boutons.
              Il y a d’abord les timides, pour qui c’est un prétexte pour ne pas être obligé de regarder les autres et une façon de s’isoler en faisant croire qu’on réfléchit intensément.
              Ces boutons stimulent un désir irrépressible d'être utilisés: lorsque plusieurs personnes sont présentes, et surtout dans les situations où l'ascenseur est bondé, très peu de résidants de mon immeuble demandent à la personne la plus proche du tableau de commande d'appuyer sur le bouton de leur étage de destination. La quasi-totalité préfère s'en charger personnellement, même si cela implique d'enjamber parapluies et poussettes, ou de se contorsionner entre bras et têtes.
              Plus étrange, quand une personne est presque seule dans l'ascenseur, il lui arrive souvent d'appuyer plusieurs fois sur le bouton de son étage. Elles doit croire qu’elle accélère l'ascenseur en pressant à plusieurs reprises le bouton de leur choix, conséquence de la hâte qui envahit notre vie. 

              Mais me direz vous, je ne vous ai pas parlé de ceux et celles qui font l’amour dans l’ascenseur. Sans doute les personnes de mon immeuble n’ont elles pas assez le goût du risque qui fait prendre du plaisir par peur d’être surpris.
              Et puis il n’y a que cinq étages et le trajet n’est pas assez long !!.

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  • Mes rencontres dans les ascenseurs (1)Mes rencontres dans les ascenseurs (1)
     
             Je m'occupe de la copropriété dans laquelle j'habite et ces deux dernières années, j'ai fait rénover les machineries et l'électronique des ascenseurs des quatre immeubles. Alors évidemment les ascenseurs cela fait partie de mes préoccupations, et pourquoi pas, ce à quoi ils sont destinés : transporter des gens !

              Comment les personnes se comportent elles dans un ascenseur ?

              Peut être avez vous lu le livre de M Barberi "L'élégance du hérisson" ? Cet auteur a fait état, dans un journal féminin, d'une étude américaine assez ancienne (2001) sur la psychologie des gens dans les ascenseurs, faite à partir des enregistrements vidéos des caméras de sécurité. Alors depuis j’observe ceux que j’y rencontre et je dois dire que cela me fait sourire.

              Un ascenseur n'est jamais qu'une cage métallique, équipée d'un éclairage, d'un tableau de commande et parfois d'un miroir: un moyen très simple de se déplacer à la verticale. Et pourtant, c'est aussi un lieu qui révèle notre façon d'interagir avec autrui et avec l'espace qui nous entoure.
              Certains s'y sentent maîtres de la situation, justement parce que l'espace est restreint. Beaucoup éprouvent un certain malaise à partager leur espace vital avec des inconnus. D'autres semblent se faire tout petits et prient pour arriver le plus vite possible à destination. D'autres encore ne perdent aucune occasion de laisser une trace de leur passage, feutre en main.
              En somme, chacun de nous aborde l'ascenseur à sa façon, hormis bien évidemment les claustrophobes, qui préféreront gravir dix étages à pied plutôt que de prendre l'ascenseur

              L’étude américaine faite en 2001, faisait état de certains de ces comportements, en rapport avec notre personnalité :

                Le prêt-à-bondir :
    Impeccablement vêtu, tel un jeune cadre dynamique, il regarde les autres avec mépris ou suffisance; c'est généralement un "prêt-à- bondir". Le plus souvent, il jaillit de l'ascenseur téléphone à l'oreille dès qu'il arrive à son étage.
           
                L’âme perdue :
    Il ne sait pas exactement à quel étage il doit aller. Parfois, il donne l'impression d'ignorer s'il est dans le bon bâtiment. Il demande constamment des renseignements. C'est un éternel inquiet.

                 L’affolé :
    Claustrophobe, il est recroquevillé sur lui même, anxieux au point de se ronger les ongles, et dès l’arrivée à l’étage, il se précipite dehors, soulagé d’être libre et encore en vie.

                L'importun :
    Ou bavard indiscret. Ce type de personne se sent en droit de parier à tout le monde, inlassablement, jusqu'à ce que l'ascenseur soit vide, et en général pour ne rien dire d’intéressant, ou ne parler que de lui.

                Le revêche :
    Il fait tout ce qu'il peut pour éviter toute forme de contact, physique ou verbal. Si l'ascenseur est occupé, il hésitera à y entrer et préférera l'escalier. Et si quelqu'un tente de lui parler, il garde le silence en regardant droit devant lui.
       
                L'inquiétant :
    Personne ne voudrait se trouver seul dans un ascenseur avec une personne de ce type. Il ressemble aux gaillards patibulaires des films américains: aucune émotion ne passe sur son visage et il scrute  tous ceux qui entrent, et ne dit pas un mot.

                Le vaniteux :
    Il ne fait rien pour cacher sa totale absence de modestie. Même accompagné, il se regarde et s'admire dans le miroir, ou à défaut, observe son reflet sur les surfaces métalliques des parois. Il vérifie son nœud de cravate, se recoiffe et, souvent, se sourit à lui-même d'un air satisfait.

              L’étude indiquait que, lorsque l’ascenseur est peu occupé et qu’elles ont le choix,  le repli contre la paroi du fond est choisi par 47 % des personnes, dont près de deux tiers d'hommes, alors que 29 % des voyageurs solitaires se placent devant la porte de la cabine; 11% s’appuient sur la paroi latérale, coté tableau de commande et les 12 % restant se mettent n’importe où.

              Alors depuis, je fais l’anthropologue dans l’ascenseur de mon immeuble.
    Dans le prochain article, je vous ferai part de mes impressions personnelles..

           

     

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  •           Je vois souvent autour de moi des ados tristes, bien qu'ils ne soient pas dépressifs, et qui vivent dans un monde irréel et ne peuvent en sortir.
             
    Par le passé l'un d'entre eux m'avait dit : “...je suis dans une cage de verre dont j'ai perdu la clé.”
              Ce n'est pas facile de répondre à cette question car chacun est un cas particulier : son environnement familial, ses camarades, sa propre personnalité influent sur ses comportements et il faut donc étudier chaque cas.

              Je peux cependant essayer de donner quelques idées générales sur ce sujet.
              Mais cela repose sur une notion un peu difficile : le différence entre l'imagination et le fantasme. Alors pour mieux vous faire comprendre je vais vous donner deux exemples.

              D'abord, étant petit(e), il vous est sans doute arrivé d'avoir un “doudou”, une poupée ou un ours en peluche. A quoi vous servait il.?
              Au début de son développement, l'enfant ne fait pas la différence entre le monde extérieur et son monde à lui, intérieur. 
              Il est dans une « phase d'omnipotence » où il a l'illusion que ses moindres pensées et désirs façonnent le monde extérieur. S'il pleure, sa mère accourt et lui donne à manger: ses moindres envies se réalisent. La frontière entre le monde de ses désirs et celui de leur réalisation n'existe pas pour lui.

              Progressivement. toutefois. cet enfant découvre que la réalité n'obéit pas toujours aux règles de son monde intérieur : sa maman n'accourt pas toujours immédiatement pour satisfaire ses désirs : il se rend compte que sa mère a son existence propre, distincte de la sienne.
              Cette découverte est stressante et l'enfant recourt à un objet le doudou , le nounours, la poupée, pour apprivoiser cette nouvelle réalité et pour calmer son angoisse face au monde qui ne lui obéit plus. Cet objet est doté d'une charge affective, et peut encore être contrôlé par l'enfant qui va « modéliser » sa relation avec sa mère ou avec d'autres personnes.    
              L'enfant par exemple, va battre son doudou s'il est fâché à cause d'une décision sévère de sa mère, ou jouer au docteur avec lui s'il a été malade.
              Cet objet est alors bénéfique et l'enfant utilise son imagination pour le mettre en scène dans des situations qui ressemblent à celles de la réalité.
             
    Mais l'enfant peut aussi se réfugier entièrement dans son attachement au doudou qu'il ne peut plus quitter un instant et qui est alors son monde à lui, distinct de la réalité, où il va vivre des histoires détachée de la vie réelle. C'est alors un fantasme.

              Deuxième exemple celui d'un ado qui joue sur son ordinateur à un jeu de rôle.
             
    Certes il n'est pas dans un monde réel mais les aventures qu'il va avoir ressemblent à celles de la réalité et il va essayer de résoudre les problèmes qu'elles posent en faisant preuve d'imagination. C'est une activité mentale de réflexion et d'organisation qui pourra ensuite réagir sur des situations de la vie réelle (comme un apprentissage par la simulation).

              Supposons maintenant que l'adolescent ne prenne plus cela pour un jeu mais ne se sente bien qu'immergé dans ce monde quelles que soient les situations, qu'il ne cherche pas vraiment à vivre, à imaginer. Il passe sa vie dans ce monde virtuel d'ordinateur.
              C'est devenu un fantasme qui ne mène plus à l'imagination et à l'action : ce n'est plus qu'un exutoire. L'ado fuit le monde réel pour se réfugier dans son monde artificiel.
              Ce n'est pas forcément un monde virtuel. Ce peut être un monde philosophique, religieux, l’identification à un personnage de manga ou de série télévisée, un monde d'apparence vis à vis des autres (j'ai connu quand j'étais jeune des “zazous” aux vêtements , à la coiffure, aux bijoux et aux fards plutôt originaux, qui vivaient cette situation comme une philosophie ou une religion, complètement coupés de leurs camarades qui n'avaient pas les mêmes “convictions”),....

              Ce monde irréel devient pour l'ado la cage de verre dont il a perdu la clé.

              En fait cette fuite dans un monde irréel a une raison générale : le refus d'abandonner son “fantasme d'omnipotence” comme l'appellent les psys.'
             
    Ce “sentiment d'omnipotence” c'est effectivement ce que ressentait l'enfant au début de sa vie, comme nous l'avons dit plus haut.

              Pour l'ado, c'est quelque chose de plus précis, des raisons multiples qui font qu'il ne peut plus satisfaire rapidement tous ses désirs comme il le voudrait (pour des raisons diverses : un des parents qui ne s'occupe plus de lui, pas assez de tendresse, pas de “reconnaissance” des camarades, problèmes avec les professeurs, enfant trop gâté ou au contraire,manque de ressources,….). Chaque cas est particulier.
              Mais l'ado se réfugie alors dans son monde imaginaire, son fantasme, où ses désirs peuvent théoriquement être satisfaits, puisque ce n'est pas un monde réel, mais un monde de rêve
              Il croit par exemple dans ce monde où il se donne une apparence originale qu'il se fait remarquer et a l'estime qui lui manque, sans s'apercevoir que cette attention ne touche guère que ceux qui ont le même fantasme que lui, et en fait au lieu de s'intégrer dans la vie, il s'isole dans un monde de plus en plus étroit et loin des réalités.

              C'est finalement une “dépendance”, et il est difficile pour cet ado  de revenir aux contraintes matérielles de la vie réelle de tous les jours.
             
    On ne peut pas être dans la vraie vie, un personnage de manga, beau, intelligent, spirituel, fort, qui a du succès auprès des autres ou en amour.

              Alors l'ado refuse d'abandonner son “pouvoir d'omnipotence” et il retourne dans son monde imaginaire où il peut satisfaire ses désirs, (du moins il le croit), ce qui va entretenir le cercle vicieux de la dépendance.
              Il faut dire que la société de consommation aide cette fiction maléfique : voyez les nombreux jeux d'ordinateur, les films tels que “Matrix”, les mondes virtuels tels que “second life” ou la multitude de gadgets, vêtements, cd, livres... hors de prix pour se constituer une réputation de “soi-disant gothique”, analogue aux zazous que j'ai connus dans ma jeunesse.     

              Ce ne serait pas grave, si cela ne gâchait pas la vie de nombreux jeunes.

     

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  •     Le nombre de lecteurs des horoscopes m’a toujours étonné, et j'ai essayé de vous expliquer comment les astrologues des magazines parviennent à ce que leurs lecteurs se retrouvent dans leurs petits textes ?
        Ils ont quelques astuces professionnelles dont je vous ai parlé dans mon dernier article.

        Mais je suis encore plus étonné du nombre de gens sensés qui vont voir des marabouts ou des diseuses de bonne aventure, avec leurs tarots ou leur boule de cristal, et qui croient à leurs prédictions.
       
    Un tel “consultant”  évalue les réactions de la personne d'après ses mimiques, ses gestes, ses vêtements et son comportement
        Il est en général un bon psychologue et s’il est expérimenté, à l’aide de questions subtiles, iI peut rapidement corriger les propositions qu’il compte vous faire, vous dévoiler ce qu’en fait vous lui avez révélé vous même, ce qui effectivement vous étonnera et vous mettra en confiance, et il vous prédira un avenir qui corresponde à vos désirs d’une part et d’autre part à quelque chose de vraisemblable dans le contexte que vous avez fourni.Je vais vous donner un exemple vécu.

        Il y a dans les pays du Maghreb de nombreuses personnes qui prédisent votre avenir et beaucoup de gens crédules qui vont les consulter, et cela d’autant plus que leur instruction est faible, certains ne sachant ni lire, ni écrire.
        Dans certains endroits, ce sont des gens influents qui ont un véritable ascendant sur la population, qui vont les consulter à chaque décision importante à prendre.
        Mais certaines de ces diseuses de bonne aventure sont assez remarquables, bien que fort peu instruites.


        Il m’est arrivé dans les années 60/70 d’aller en mission dans un laboratoire que nous possédions dans le Sahara, à des kilomètres de toute ville, et à une vingtaine de kilomètres d’une palmeraie habitée par une centaine de personnes et qui était une halte sur le chemin de caravanes nomades.
        Le niveau de vie n’était pas très élevé; comparons le à celui des campagnes au Moyen-Age, mais l’eau des puits y était abondante et permettait de cultiver pour produire des légumes et élever des volailles et des petits animaux genre moutons, facochères, gazelles.... (beaucoup de mouches aussi hélas !!)
        La population habitait dans des maisons aux murs très épais, faits de briques de glaise, fraiches malgré le climat. (45 à 50 d° à l'ombre l'été)
        Leur gros handicap était la salubrité et beaucoup de femmes mouraient en couches et des enfants en bas âge, par manque d’hygiène et contamination par des bactéries du genre escherichia-coli ou staphylocoques. Les hommes eux mouraient d’accidents ou de maladies mal soignées.
        Un de mes collaborateurs, médecin, était là au cas où nous serions malades, mais il avait donc beaucoup à faire dans la palmeraie et grâce à lui, nous étions les bienvenus. Mais nous n’y allions pas non plus les mains vides.
        Tous les habitants et nomades parlaient un français compréhensible et étaient extrêmement accueillants et nous voyons souvent le chef de palmeraie et certaines personnes de sa famille, assez nombreuse car la polygamie était de règle. Sur cette famille “régnait” sa mère, âgée d’une soixantaine d’années, qui était la pythie du lieu, que l’on consultait à toute occasion. C’est elle qui choisissait toutes les épouses de son fils !!
        Je ne sais pas exactement à quelle ethnie ils appartenaient dans les palmeraies, mais je pense que c’était la même que les Touaregs nomades qui y faisaient halte.

        J’avais deux collaborateurs immédiats, jeunes ingénieurs, un homme et une femme, qui m’accompagnaient souvent et la “voyante” sympathisait avec l’ingénieur masculin, très extraverti, et lui avait proposé de lui prédire l’avenir.
        Elle avait discuté presque deux heures avec lui, devant, sur une table, du sable, des feuilles de thé vert et des pierres, ainsi que des vestiges animaux, tels des moustaches, poils, dents et ongles divers, qu’elle manipulait adroitement semblant les consulter un peu comme on le ferait avec des tarots, histoire d'impressionner le consultant.
        Notre ingénieur était revenu bouleversé et enthousiaste : “elle m’a raconté mon enfance, ma vie, mes ennuis et mes joies, mon caractère. Elle est extraordinaire; je crois à ce qu’elle m’a prédit”.
        Cela nous avait interloqué mon "ingénieure" et moi et nous avons décidé d’agir. Nous avons réfléchi chacun de notre coté, puis nous avons mis au point notre plan ensemble un soir.

        Nous nous étions constitué chacun une personnalité, évidemment différente de la nôtre, mais pas trop, nous nous étions imaginé une enfance et une adolescence vraisemblables, et puis une aventure commune et nous lui avons demandé conseil car nous souhaitions nous marier, ce qui était évidemment une invention de toutes pièces. La veille, on s’était testé mutuellement dans une "répétition" de façon à être naturels.
        Nous sommes restés deux heures avec notre voyante. Alors que c’était une femme presque illettrée, elle faisait preuve d’un don de psychologie extraordinaire
        Elle nous écoutait avec beaucoup d’attention, ne nous quittait pas des yeux, manipulant ses gris-gris sans les regarder. Elle observait non seulement la personne à laquelle elle parlait mais aussi les réaction de l’autre.
        Quand elle s’adressait à l’un de nous deux, ce qui mobilisait alors  l’attention de celui-ci pour répondre, (d’autant plus qu’il ne fallait pas être nous même mais le “personnage” que nous avions décidé d’être), l’autre observait et notait mentalement les événements, de telle sorte que nous essayons de démonter son processus de devin du Sahara.
        Ses questions étaient simples, claires, mais souvent ambigües et on ne savait pas bien auquel de nous deux elle s’adressait, ce qui lui permettait de voir les réactions des deux et de rectifier s’il y avait erreur sur l’un des deux seulement. On ne savait pas toujours si c’était une question ou une affirmation, et cela lui permettait parfois d’obtenir une réponse, de rectifier si elle était dans l’erreur et de conforter son opinion, si elle avait trouvé juste.
        Notre voyante avait un don certain pour imaginer ce qui reliait les réponses à des questions, puis pour vérifier par petites touches si ce qu’elle devinait était exact ou non.
        Peu à peu elle a restitué ainsi quelques faits importants de notre vie à tous deux, pas de notre vraie vie, mais de celle que nous avions imaginée et pour laquelle nous jouions la comédie.
        Elle nous a aussi restitué quelques traits de nos caractères, en termes simples, (pas ceux des psys qu’elle ignorait sûrement), et là c’était plus complexe car il est difficile de jouer tout à fait le rôle d’un autre et donc, ce qu’elle nous a dit était un mélange des personnalités fictives que nous nous efforcions de jouer, et de la réalité. Certes ce n'était pas une étude approfondie de personnalité, mais quelques grands traits.
        Elle s’appuyait aussi sur ce qu’elle voyait et ses opinions transparaissaient parfois. Ainsi elle a longuement parlé des mérites de ma collaboratrice, car pour elle, dans son contexte, imaginer une femme ingénieur, qui commande des hommes techniciens et ouvriers pour leur travail, était quelque chose d’extraordinaire, de presque inconcevable, dans son monde à elle.
        Bien entendu elle nous a prédit notre avenir. Nous avions fait exprès de venir, la main dans la main, et d’avoir l’air très affectueux l’un pour l’autre.
    Alors elle nous a dit que notre amour était grand et durable, et elle a essayé de combler nos “désirs fictifs”, en nous disant que nous allions nous marier, et que nous aurions trois enfants, deux garçons et une fille qui feraient notre joie.

        Finalement nous sommes partis admiratifs, qu’une personne aussi peu instruite, aussi éloignée de notre monde, ait su, avec autant d’habileté et de psychologie, déduire de nos réponses, notre passé et des éléments de nos personnalités, même si ce n'étaient que ceux que nous nous étions inventés.
        Certes ce n’étaient pas la vérité, puisque nous avions joué la comédie, et nous en étions presque honteux, mais cela nous avait permis de démonter les mécanismes que notre pythie Touareg utilisait.
        Au fond nous avions reçu une formidable leçon d'écoute, de déduction et de communication.

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  • Pourquoi croit on les horoscopes?

              Aujourd’hui, je me demanderai, pourquoi les élucubrations d’un horoscope paraissent elles si vraisemblables à bon nombre de gens ?

              D’abord certaines prédictions se réalisent : je rappellerai l’histoire de Raymond Devos, qui a lu dans son horoscope qu’il devait avoir un accident de voiture et qui, rentrant de son travail, arrive près de chez lui sans le moindre accrochage. Alors il prend le journal sur le siège à coté de lui, pour vérifier qu’il ne s’est pas trompé, quitte le route des yeux... et rentre dans la voiture devant lui qui avait freiné un peu fort. !
              Il demande au conducteur de cette voiture quelle est sa date de naissance, regarde son horoscope et lui dit “votre horoscope ne prévoit pas pour vous d’accident aujourd’hui, vous êtes en tort, monsieur !”
              Beaucoup de choses nous arrivent parce qu’on en est persuadé et qu’on fait tout, inconsciemment pour qu’elles se réalisent !

               Mais l’explication de la vraisemblance des bons horoscope réside ailleurs.
     

               Le chercheur américain Geoffrey Dean a identifié une trentaine de raisons psychologiques, dont la principale était « l’effet Barnum ».     
             
    Cet effet tire son nom de Phileas Barnum (1810-1891), qui était directeur d’un cirque, et qui disait que ce qui faisait le succès de ses spectacles était “qu’il y mettait un peu de ce que chacun des spectateurs espérait  y trouver”.

              En 1948, le psychologue californien Bertram Forer a étudié cet effet pour la première fois. et a demandé à ses étudiants de remplir un test de personnalité, en leur disant qu’ils leur en donnerait une analyse. Mais, au lieu de l'analyse personnelle annoncée, il a donné le même texte à tous les participants, qu'il avait assemblé a partir d'horoscopes trouvés dans les journaux.
              Les étudiants devaient alors juger de la conformité de l'analyse les concernant en lui attribuant une note entre 0 (ne me correspond pas du tout) et 5 (me convient parfaitement). La moyenne des notes rassemblées fut égale à 4,2.        
              Par la suite, le test a été répété avec d'autres sujets et par beaucoup d'autres chercheurs avec des textes préparés selon certaines règles. Des affirmations vagues, générales et ambigües, telles que ”Vous avez tendance à trop critiquer” ou “Parfois vous doutez sérieusement d'avoir pris la bonne décision” font la quasi-unanimité : 97 % des sujets sont d'accord avec de telles “analyses”. !    
              D’après Forer, et d'autres scientifiques, les personnes sont d'autant plus d'accord avec les propositions de ce type qu'elles croient en l'astrologie, que les descriptions sont positives, et que leur date de naissance a été prise en compte - même si elles sont conscientes que les propositions sont formulées de façon très générale.
              Le psychologue viennois Andreas Hergovich conclut de ces expériences, que nous sommes capables d'appliquer les propositions Barnum à n'importe quel événement ou n'importe quelle caractéristique nous concernant, et que nous pouvons même accepter des propositions contradic-toires. Ainsi, nous serions capables de considérer que n'importe quel horoscope s'applique à nous personnellement. 

               Un autre mécanisme impliqué est nommé “pseudo-individualisation”. 

               En 1973, le psychologue américain Rick Snyder, de I'Université du Kansas, avait donné des textes astrologiques identiques supposés décrire leur caractère à trois groupes de sujets. 
             
    Il avait expliqué, au premier groupe qu'il s'agissait d'une description générale de la personnalité, qui pourrait s'appliquer à tout le monde, au deuxième groupe, que le texte était fondé sur une description de personnalité en fonction de l'année et du mois de naissance, et aux sujets du troisième groupe qu'il s'agissait d'un horoscope établi pour chaque individu à partir de sa date de naissance.

              Bien que les participants aient tous reçu le même texte, (sans le savoir), ils ont émis des jugements différents : le premier groupe a jugé le texte ni particulièrement juste ni particulièrement faux; le troisième a considéré que les propositions étaient en bon, voire très bon, accord avec leur cas personnel; l'évaluation faite par le deuxième groupe était intermédiaire.    
              Cela signifie que plus un horoscope est présenté comme étant “pseudo-individualisé”, plus l'impression qu'il est exact est marquée. 

               Un troisième phénomène qui rend les horoscopes convaincants pour le lecteur est “l'erreur d'attribution”.

              Les psychologues nomment ainsi la tendance à chercher les causes d'un comportement dans les caractéristiques stables d'une personne plutôt que dans les conditions changeantes de l'environnement.            
              L’astrologie a tendance à penser qu'une personne se comporte de façon plutôt réservée, plutôt obstinée ou plutôt émotionnelle, selon qu'elle est née sous le signe du poisson, du taureau ou du cancer. Si un taureau se comporte de façon obstinée dans une situation particulière, un partisan de l'astrologie aura tendance à attribuer la cause au signe du zodiaque, sans penser que beaucoup d'autres personnes auraient réagi de la même façon dans la même situation, quelle que soit leur date de naissance. 

               Nous avons tendance a trouver ce qui répond à nos attentes ou à nos convictions. Les partisans de I'astrologie ne retiennent souvent que ce qui confirme leurs attentes, oubliant le reste. 

              Pour vous faire sourire, 200 volontaires avaient été recrutés par une petite annonce, pour participer à une émission de télévision traitant d’un “projet de recherche en astrologie”.
              On leur avait distribué, sans qu’il le sachent un même horoscope, en leur disant qu’il avait été établi spécifiquement pour eux et les 3/4 des personnes ont trouvé qu’il décrivait très bien leur personnalité.
              Or cet horoscope avait été établi par un astrologue pour Friedrich Haarmann, un tueur en série allemand, qui avait assassiné 24 personnes !!.

               Le nombre d'éléments d'interprétation dans un horoscope complexe est tellement grand qu'on peut finalement trouver n'importe quel trait de caractère dans n'importe quel horoscope, et qu'on y trouve toujours quelques faits qui réponde à nos désirs et nos attentes. 
              Alors rien d'étonnant si on croit ce qu'il nous prédit !

    Pourquoi croit on les horoscopes?

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