• Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (4)

    Nous sentons nous toujours responsables de nos actes ? (4)Faut il toujours se soumettre à l'autorité ?

     

         À la fin de son livre, Milgram écrivait : « Je suis certain que l'obéissance et la désobéissance ont pour origine un aspect complexe de la personna-lité, mais je sais que nous ne l'avons pas encore trouvé. »


        Je voudrais vous parler à ce sujet d’une enquête faite en complément de cette expérience par les psychologues qui ont assisté à l’émission de FR2, et notamment Laurent Bègue de l’Université de Grenoble.

        La plupart des participants à l'expérience “Zone extrême”  ont été recontactés pour répondre à un « sondage d'opinion », organisé par l'Université de Grenoble huit mois après leur participation à l’émission de téléréalité, quelque peu “trafiquée”.
        Pour ne pas biaiser les données on n’a révélé le lien entre l’émission télévisée et cette enquête téléphonique qu’après avoir posé les questions concernant leur personnalité et on leur a demandé alors s'fls acceptaient que les données prélevées soient analysées statistiquement et reliées à celles qui avaient été enregistrées lors de leur expérience télévisuelle.

        L’outil utilisé est un questionnaire US de l’université d’Orégon, basé sur les théories simplifiées américaines de personnalité dites du “big five” qui décrivent  cinq grands facteurs (qui ressemblent en plus simple aux préférences cérébrales que je vous ai décrites dans de précédents articles.
        Je vous ai déjà parlé cette théorie, dont je vous résume ci après les bases : la personnalité peut être brièvement résumée par cinq “traits” :

        - l’extraversion bien connue qui consiste à tirer son énergie et sa motivation du milieu extérieur et notamment de la présence des autres humains. Ce n’est pas différent de la préférence cérébrale que j’ai expliquée
        - l’agréabilité (traduction littérale) ou amabilité et conscience des autres :
    on pourrait décrire la personne comme empathique, altruiste, aimable, coopérative, sentimentale, l’opposée étant exigeant, combattif, intransigeant, assez froid. C’est un peu de la préférence L / V mais aussi tolérant / intolérant.
        - la méticulosité, ou rigueur : la personne étant rigoureuse, fiable, pragmatique, disciplinée ayant le sens de l’analyse critique, et la volonté de réussir; le contraire est impulsif, instinctif, improvisant de façon désordonnée.
        C’est assez voisin du S / G des préférences cérébrales, mais avec un peu du L / V et du J / P.
        - la sensibilité au stress et l’équilibre émotionnel : le lymphatique d’humeur égale, réfléchi et ayant confiance en lui, s’oppose au réactif inconstant, sensible à la critiqueanxieux et stressé. C’est voisin de la préférence optimiste / pessimiste des préférences cérébrales.
        - l’ouverture d’esprit et l’imagination, qui oppose le rêve, la recherche de la nouveauté, la créativité, le non conformisme, au goût de ce qui est habituel, établi, des usages, de repères stables et du conservatisme.
        Ceci s’apparente en partie avec la préférence S / G
     
        Les réponses aux questionnaires ont donné les résultats suivants :
            a) - plus les participants ont un niveau élevé de “méticulosité”, plus le niveau moyen des chocs administrés était élevé. (le tiers des sujets les moins consciencieux administrait en moyenne des chocs de 363 volts, tandis que le tiers des plus consciencieux administrait 460 volts).
            b) - paradoxalement un résultat analogue a été observé chez les sujets ayant un niveau élevé d'amabilité; ls tendaient à électrocuter davantage la victime, probablement pour éviter un conflit désagréable avec l'animatrice.
            c) - on n’a pas trouvé de relation avérée avec 3 les autres traits
            d) - on a constaté une relation entre le bien-être subjectif et la soumission : moins les participants se sentaient heureux, plus ils se rebellaient. En revanche, aucun lien significatif n'a été observé entre l'empathie et la rébellion.
            De plus, dans cette expérience, le stéréotype selon lequel les femmes sont plus empathiques que les hommes s'est révélé infondé, tant au niveau de la mesure psychologique que sur le plan des conduites, où hommes et femmes se soumet- taient dans les mêmes proportions, conformé- ment à ce qui a été observé dans d'autres études.

            e) - Deux variables d'attitudes “politiques” ont eu une influence sur la soumission :
        • constatation bizarre être politiquement de gauche conduisait les femmes à administrer en moyenne des décharges moins élevées.
        • les personnes ayant déjà réalisé, ou été disposées à réaliser divers actes de contestation sociale (signer une pétition, participer à un boycott, prendre part à une manifestation, participer à une grève) refusaient plus rapidement de continuer que les autres.

        Laurent Bègue résume ainsi ces constatations :
        « Les sujets identifiés comme"consciencieux" etlou "aimables" se révèlent statistiquement plus enclins à se soumettre à l'autorité de l'animatrice. En revanche, la propension à se rebeller dans la vie réelle se traduit dans La zone extrême, par une plus grande désobéissance - notamment chez les femmes. Les insatisfaits sociaux et individuels semblent plus portés à s'opposer à une situation de soumission potentielle à l'autorité, les sujets très adaptés socialement finissant par être prisonniers du système, de par les qualités qu'ils y ont développées. ».


        A mon avis, ces résultats sont assez sommaires car le modèle “big five” est trop simplifié et que par ailleurs le nombre de participants représente une statistique trop faible.

        Quelques  autres avis sur ces expériences :
        Hegel disait déjà que c'est le serviteur qui accorde au maître sa légitimité.
        Yves Jeanneret pense que la possible nocivité sociale de la téléréalité tient à « la banalisation de ses dispositifs ». Les émissions de téléréalité font appel à des valeurs et des méthodes de compétition à outrance et d'individualisme forcené, que le public intègre peu à peu jusqu'à tolérer des processus qu'il aurait hier jugés inacceptables.
        Roland Barthes complète cet avis en disant qu’aujourd'hui, la notion de pouvoir est devenue tellement invisible et et on a tellement banalisé ses règles et ses injonctions que l'on se croit plus libre qu'autrefois. En réalité, on n'est pas libres du tout!
        Le philosophe Michel Terestchenko pense que les émissions de télé-réalité ne font que refléter et scénariser ce qui existe dans la société, la cruauté du lien social, les logiques de compétition et d'exclusion.
        Réflexions à méditer !

        Finalement les résultats des expérience de Milgram, comme ce jeu télévisé  montrent que les auteurs d'actes barbares ne sont pas nécessairement des monstres, tandis que le sens commun voudrait que de tels actes ne puissent être conçus que par des personnalités maléfiques ou des fous.
        Elles nous font prendre conscience de l'importance des situations environnemen-tales et des facteurs individuels constituant notre personnalité et notre vécu.
        Nous devons aussi reconnaître que nous sommes vulnérables et que l'idée que nous nous faisons de notre comportement dans pareilles circonstances, et la croyance en la fidélité à nos principes moraux peuvent être mis en défaut..
        Ce n'est pas à un moment donné dans une exparience, qu'un individu va se découvrir vigilant, résistant, fidèle à ses peincipes. Il faut qu'il ait auparavant adopté dans son existence quotidienne cette attitude de remise en cause de l'ordre, de doute et de discussion vis à vis des règles et des coyances pour ensuite les accepter (c’est le “surmoi” de Freud).
        Ce qui sépare les rebelles des obéissants, c'est la réponse que chacun apporte au conflit intérieur qu'il livre entre ses valeurs et le poids de l'autorité.            
        Ces expériences montrent que les désobéissants résolvent ce conflit en privilégiant la fidélité à leur propre conscience alors que les autres vont s'en remettre à l'autorité : dans “la zone extrême”, les candidats pensent qu'ils sont pris dans un engrenage inéluctable dont ils ne sont pas responsables et  ils se défaussent sur les organisateurs du jeu !
              

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