• Nos téléphones portables sont des passoires d'informations.

     

    Nos téléphones portables sont des passoires d'informations.

             Un de mes lecteurs, étonné de mon dernier article sur les indiscrétions du net, m’a demandé ce qu’il en était pour les téléphones portables.
             Je ne suis pas sûr que vous ayez conscience de l’utilisation qui est faite de votre propre téléphone portable, ou de votre tablette, à des fins d’enquête.
             Certes nous ne sommes, ni vous, ni moi, aussi important que monsieur Macron ou madame Merkel, pour avoir droit à l’espionnage de la NSA. Mais cela n’empêche pas pour autant, que l’on espionne à des fins commerciales ce que vous faites.

             D’abord, il faut savoir que s’il est assez difficile pour un non-spécialiste, de rentrer dans un ordinateur qui a des protections diverses, par contre les téléphones portables, les tablettes et leurs systèmes d’exploitation IOS ou Androïd, en sont démunis et un technicien connaissant les techniques « réseau » peut facilement y accéder, surtout depuis que nos téléphones sont reliés à internet.
             Sur ordinateur on peut empêcher la machine de donner sa position géographique, et on peut la déconnecter du réseau en coupant la wi-fi.
             Sur votre téléphone portable, c’est impossible car par principe vous êtes rattaché à une borne locale, et votre opérateur peut avoir votre position par triangulation à partir des trois bornes les plus proches de votre appel.
             Il est donc très facile de suivre vos déplacements, et aux Etats Unis (et probablement en France ?) les opérateurs vendent des données, théoriquement anonymes, sur les utilisations internet des portables, et leur localisations successives, soit à des laboratoires de recherches, notamment sociologiques, soit à des sociétés industrielles ou de marketing.

              Ceux qui utilisent les réseaux sociaux ou un agenda, sur leur téléphone portable, y laissent forcément des informations sur leurs rendez vous ou sur divers événements.
             Un laboratoire de recherche a montré que dans une base de données de 1,5 millions d’abonnés, il suffit de 4 données (lieu et information correspondante), judicieusement choisies, pour connaître l’identité de la personne qui a émis ces informations. Donc l’anonymat est un leurre. De nombreuses personnes peuvent trouver tout de suite, avec un logiciel performant, qui et où est Charlie. (je suppose que vous êtes amusé(e)s à ce jeu sur les pages des livres de Charlie).
             Impossible de se cacher dans la foule, et les données qui sont sur notre téléphone portable (réseaux sociaux, consultation, échanges, avis divers, transactions, loisirs, déplacements…), permettent d’en savoir long sur nous.
             Et maintenant, même les jeunes enfants ont un téléphone portable, et ils sont encore moins méfiants que nous vis à vis de cette collecte de données. Espionner les enfants renseigne sur les parents !

             Une équipe du MIT ( l’Institut de technologie du Massachusetts, est un institut de recherche et une université américaine, située à Cambridge, spécialisée dans les domaines de la science et de la technologie), a demandé à des étudiants de remplir un test de personnalité, puis elle a regardé leurs données de téléphone mobile pour y trouver des corrélations afin d’identifier; dans les données qui s’y trouvent, notamment sur leurs recherches de renseignements et leurs déplacement, voire leurs achats, des indicateurs permettant de déduire les 5 types de personnalité de la théorie du Big five.
             Ils ont mis au point un modèle, relativement fiable, utilisant 36 indicateurs.
             Yves-Alexandre de Montjoye du MIT indique que son modèle est fiable et permet de définir avec une bonne probabilité la personnalité du possesseur du téléphone, si toutefois les données qu’on y trouve ne sont pas biaisées volontairement, et à condition que la personne se serve suffisamment de son matériel.
             Donc, à partir des données de l’usage de votre téléphone mobile, (une succession de chiffres dans une énorme base de données), on peut en déduire en partie votre personnalité et vendre éventuellement cette information..
             Une autre menace commence à apparaître car les téléviseurs récents peuvent accéder à internet et permettre, à partir d’un clavier, le même usage qu’une tablette. La collecte des données pourra être encore plus facile.

             Des qu’un nouveau produit ou un nouveau service dans le domaine de la communication, trouve un large public, les grandes entreprises se battent pour l’acquérir et approvisionner leurs bases de données.
             C’est ainsi que Facebook a acheté WhatsApp, ce réseau qui permet de communiquer à moindre frais sur internet avec famille, amis, et autres interlocuteurs. Rapprocher ce que les personnes racontent sur Facebook et sur WhatsApp donne encore plus d’indications sur les personnalités et les besoins commerciaux des utilisateurs.
             Un appareil vendu par Amazon, Alexa, est un « robot de communication », muni d’intelligence artificielle et de nombreux micros disséminés dans la maison, et il répond à toutes les questions que vous lui posez oralement : il peut donner toutes sortes d'informations pratiques, comme les prévisions météo, l’état du trafic, les titres de l’actualité, ou des informations encyclopédiques. Il peut également communiquer avec des services extérieurs, notamment Amazon, pour commander en ligne produits et services. Enfin, Alexa peut s'utiliser comme une véritable télécommande vocale pour la maison connectée, car il permet d'interagir à la voix avec de très nombreux objets connectés.
             Mais Alexa étant en permanence relié par ses hauts-parleurs-micros au serveur d’Amazon il peut en fait enregistrer toutes les conversations dans la maison.
             Un procès de deux plaignantes américaines a révélé que leurs sextoys envoyaient des renseignements sur leur utilisation via une électronique intégrée et le smartphone de l’utilisatrice !!!

              Finalement, il m’arrive souvent de parler de « données personnelles », mais aujourd’hui, toutes nos données sont devenues, hélas, personnelles. Elles servent surtout à des études psychologiques statistiques, mais jusqu’à quand durera notre anonymat ?
             
    Qui pourra et voudra s’en servir (la société où vous avez envoyé une demande d’embauche par exemple ?).

              L’Europe commence à s’émouvoir du problème, et devrait publier fin mai 2018 un « règlement européen sur la protection des données » (RGPD), qui devrait renforcer la protection des usagers en leur donnant la possibilité (théorique ??) d’accès aux données collectées sur eux, et la possibilité de se plaindre en justice via des associations.

     

     


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