• Nos souvenirs ne sont pas fiables !

     Nos souvenirs ne sont pas fiables !Nos souvenirs ne sont pas fiables !

           

     

     

     

     

     

     

     

     

              Un correspondant, qui a lu mes articles sur la mémoire, me dit dans un mail : "j'ai très peu de souvenirs de mon enfance, notamment avant 6 ans. Et certains souvenirs de la jeunesse me semblent inexacts. Sur des événement récents, je ne me rappelle que les grandes lignes, et puis un tout petit détail sans importance. Notre mémoire épisodique est elle fiable ?"

              Effectivement notre mémoire épisodique est assez particulière  et elle est plus sujette à l'oubli que la mémoire de nos connaissances.
              En fait pour bien comprendre, il faut se rappeler qu'un souvenir, pour être durable a besoin d'être "répété", c'est à dire rappelé en mémoire pour se consolider, soit dans la période où il s'est formé, soit ensuite de temps à autre. Sinon c'est l'oubli.
             
    L'oubli peut être presque instantané pour les perceptions courantes sans intérêt qui interviennent tous les 1/40ème de seconde. il peut aussi, lorsque nous n'avons plus besoin de ce souvenir particulier, se produire  pendant notre sommeil durant lequel nous “nettoyons” notre mémoire.
              Lorsqu'il s'agit d'un souvenir que nous gardons, si nous l'utilisons souvent, il se renforce et reste présent vivace. Mais si nous ne nous en servons pas, il s'atténue, voire disparait à la longue.

             En fait nos souvenirs sont inexacts. On ne se souvient pas des détails, mais on en rajoute, on en invente. Jean-Pierre Changeux, un grand neurobiologiste, disait que nous construisons nos souvenirs comme les paléontologues reconstituent ce qu'ont été les dinosaures.
             Lorsque nous rappelons en mémoire un souvenir, certes il y revient et de ce fait se renforce, mais il se transforme aussi un peu lorsqu'on le "ré-enregistre". On enlève des détails sans importance, on en renforce d'autres qui nous tient à cœur.
             Quand on essaie de se souvenir de notre prime enfance, jusqu'à 6 ans, on s'aperçoit que l'on n'a que de très vagues images véritables de cette période, des “flashs”. Mais par contre vous vous souvenez de ce que vos parents, votre famille vous a raconté; vous intégrez à vos souvenirs des photos que vous avez de cette période. Vous intégrez même dans vos souvenirs des petits morceaux qui n'ont jamais existé, mais correspondent à des “envies”, à des rêves, à des lectures auxquelles vous vous êtes identifiée.
             Plus on avance en âge, et plus certains morceaux de votre vie sont ainsi flous et “reconstitués”, avec une inexactitude des détails.

             Cependant certaines scènes, certaines images, gaies ou tristes sont restées là, intactes, bien que vous n'y pensiez pas forcément si souvent que cela (voire même que vous évitiez d'y penser ! ). C'est en général qu'elles avaient pour vous une “charge émotionnelle” importante.
             Lors de la mise en mémoire, comme lors du rappel du souvenir, le thalamus rassemble les perceptions évoquées : (image + son + toucher + éventuellement odeur et goût) pour chaque objet et fait probablement du tri de pertinence; l'hippocampe connecte les diverses zones du cerveau qui correspondent au souvenir "recherché" et en fait une "évocation" ; le cerveau limbique, proche, ajoute l'émotion.
             L'amygdale notamment, qui intervient dans le mécanisme de peur,  reçoit directement les sensations et alertes, fait le tri et agit sur l'attention, qu'elle focalise sur les points imporatnts; elle agit aussi sur l'hippocampe voisin et sur la libération des hormones de stress; on a constaté que bloquer ces hormones diminue la sensibilité aux souvenirs émotionnels.
             La “charge émotionnelle" d'un souvenir peut donc contribuer à une mémorisation beaucoup plus forte.
             Par exemple vous vous rappellerez telle rencontre avec quelqu'un que vous aimez, comment cette personne était habillée, ce qu'elle vous a dit, les scènes de votre rencontre          Même à 86 ans j'ai encore ainsi des souvenirs précis de certains évènements de ma jeunesse, alors que les souvenirs de la même période ont complètement disparu.

             On se rappelle également mieux des souvenirs traumatisants en partie d'ailleurs parce que, à l'origine, ce souvenir revenait souvent en mémoire et vous hantait. Le souvenir d'un accident reste ainsi présent toute la vie dans ses détails.
             Mais le cerveau émotionnel peut aussi perturber le fonctionnement de l'hippocampe et bloquer celui ci lorsqu'on voudrait rappeler un souvenir traumatisant.
             C'est l'origine de ce que Freud appelait des refoulements et leur attribuait, à tort, une origine essentiellement sexuelle. (c'était particulier aux personnes qu'il soignait).
    En fait il ne s'agit pas de refoulements, mais de “blocages” de souvenirs par blocage de leur rappel. Ces souvenirs restent donc inconscients tant que nous les bloquons ainsi.

             En ce qui concerne l'inconscient, les neurobiologistes estiment qu'il est principalement constitué de tous les souvenirs de perceptions que nous enregistrons en permanence de façon inconsciente et dont certains, pour des raisons notamment émotionnelle, restent en mémoire pendant un certain temps.  
             Le cerveau analyse en permanence toutes les données fournies par le système visuel; il y a une remise en cause permanente des données qui entrainerait une instabilité permanente de celles-ci, un “sautillement”, s'il n'y avait pas un système de stabilisation : la conscience qui oppose une certaine inertie (quelques dixièmes de seconde). pour que les autres parties du cerveau qui ont des rôles de réflexion ou de commande puissent puiser des informations stables.
             C'est la raison pour laquelle notre cerveau fait un tri sélectif important dans ce qu'il enregistre et que nos souvenirs sont peu nombreux, fortement influencés par notre attention, notre volonté et nos sentiments et émotions, voire notre personnalité et nos désirs, et que finalement notre mémoire épisodique a une fidélité très relative.

     

     

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