• Ne condamnez pas quelqu'un à "l'ostracisme"

     

    Ne condamnez pas quelqu'un à "l'ostracisme"

          J’ai eu souvent l’occasion de constater que de jeunes ados souffraient lorsque des camarades de classe les prenaient pour tête de turc, mais encore plus quand ils n’arrivaient pas à s’insérer dans le cercle des élèves de leur classe.

        C’était particulièrement vrai lors d’un changement important, comme par exemple le passage de la communale au collège ou du collège au lycée.
    Ce n’est pas particulier aux enfants, on voit des phénomènes analogues avec des adultes, soit au chômage, soit lorsqu’ils prennent leur retraite ou ceux qui sont dans la pauvreté.
        Exclure quelqu’un de la communauté à laquelle il appartient suffit pour le déstabi-liser, saper sa confiance et son estime de soi-même. Les psychologuesemloient le terme d' “ostracisme”.
        Si quelques personnes d'un groupe cessent d'interagir avec un de leurs compagnons, le phénomène s'enclenche. Voyons quelles sont conséquences de ces mises au ban de la société.

        La réaction à l'ostracisme est l'une des plus violentes de l'individu.
        Chez les singes, l'ostracisme est synonyme de mort: un macaque auquel ses congénères cessent de s'intéresser, ne se nourrit plus, regarde ses anciens compagnons d'un air désespéré et se laisse dépérir.
        En France, parmi les 11 000 personnes qui se suicident chaque année: beaucoup sont souvent des exclus, des marginaux, des chômeurs, de vieilles personnes vivant seules, des adolescents se sentant mis à l'écart de leur groupe ou rejetés par leur famille. L‘exclusion est un facteur de dépression et la principale cause de suicide.
        Il y a une vingtaine d'années, des psychologues avaient observé qu'il suffit de quatre minutes à une personne exclue d'un jeu de ballon (ses camarades jouent entre eux sans lui passer la balle) pour qu'elle se renfrogne,se tasse dans un coin et n'adresse plus la parole aux autres.
        Plus récemment, des psychologues australiens de l'Université de Sydney ont étudié les réactions psychologiques que suscite l'ostracisme.
        Ils ont demandé à des volontaires de jouer en réseau à des jeux vidéo reproduisant un jeu de balle à trois. Deux joueurs reçoivent l'instruction d'exclure le troisième, en ne lui envoyant plus la balle. Après six minutes de jeu, les trois participants remplissent des questionnaires qui évaluent quatre aspects de leur état d’esprit : le sentiment d'appartenance à un groupe, l'impression d'exercer un impact sur une situation, l'estime de soi et le sens attribué à l'existence.
         Le joueur frappé d'ostracisme obtient des scores très bas à ces questionnaires. Il perd toute illusion sur le sens de sa présence et de son action, et a tendance à généraliser cette situation à tous les aspects de sa vie

        L’aspect irrationnel de la dévalorisation de soi laisse penser que cette réaction est automatique, (comme le réflexe qui fait tendre la jambe quand le marteau du médecin stimule un point névralgique du genou).
        Les psychologues de l’université de Sydney ont fait jouer, au jeu de balle en réseau, un volontaire avec deux ordinateurs. Le joueur frappé d'ostracisme est par conséquent exclu par des machines, selon un programme dépourvu de toute intention, ce dont il est informé au début de l'expérience.     Il est donc conscient de ce qui va se produire et sait qu’il n’y est pour rien.
         Malgré cela, il réagit exactement de la même façon: son humeur se dégrade, l'estime de soi diminue, l'existence perd son sens. La réaction la plus vive a été observée chez un informaticien, qui ne supportait pas d'être mis sur la touche par des machines qu'il savait diriger ! lol
       
        Ces expériences montrent que les réactions à l'exclusion sont inconscientes, et plus fortes que tous les raisonnements rassurants que l'on peut tenir sur sa valeur personnelle.
        Il existe un réflexe de l'ostracisme, qui plonge ses racines dans un passé très lointain, puisque même les singes en souffrent. Selon les anthropologues, cette réaction serait un réflexe de survie: la douleur provoquée par l'exclusion est un signal pour montrer à l'individu qu'il doit absolument faire un effort pour retrouver son groupe.Au Paléolithique, un homme isolé ne pouvait survivre.

        Aujourd'hui, les exclus continuent à ressentir une profonde détresse.
        Pour essayer de les aider je pense qu’il faut d’abord les faire parler, délimiter exactement les circonstances, les limites et si possible les raisons de cette exclusion.
        J’ai constaté que dans de nombreux cas cette exclusion n’est pas de la faute de la personne exclue, mais c’est soit un “jeu” des autres, soit le fait de se heurter à un groupe déjà constitué et assez fermé. L’exclu n’en a pas conscience et se croit responsable et il faut lui enlever cette idée fausse.
        Il faut lui manifester son intérêt car c’est important pour lui, de voir qu’il compte pour quelqu’un : cela rompt son exclusion.
        C’est ensuite la longue discussion qui permet peu à peu de lui faire retrouver la confiance en soi : raisonner sur ses qualités et défauts, faire des projets d’amélioration, des projets d’avenir.
        Essayer si l’on est en confiance d’analyser avec le personne, quelles sont les relations qu’elle a avec autrui et comment elle peut avoir peu à peu quelques amis ou intégrer un autre groupe de camarades.
        L’exclusion c’est la solitude et les seuls remèdes pour les combattre, ce sont le raisonnement logique, la persuasion et surtout l’intérêt et l’empathie.
        Il faut arriver à sortir la personne de cette solitude et lui donner espoir pour son avenir.

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