• Mes rencontres dans un ascenseur (2)

    Mes rencontres dans un ascenseur (2)Mes rencontres dans un ascenseur (2)

               Dans mon dernier article, je vous parlais d’études de chercheurs en psychologie sur les comportements des gens qui se côtoient dans les ascenseurs.

              Je les ai donc observés dans mon immeuble et je dois dire que certains des résultats de l’étude m’ont paru assez justes.

              C’est vrai que les gens lorsqu’ils rentrent dans l’ascenseur ne se mettent pas n’importe où, n’importe comment.
       
              J’ai souvent vu celui qui entre le premier dans l'espace étroit de l'ascenseur se pressser de se placer au fond, dos à la paroi, comme s'il disait: « Ce territoire est à moi et tu es un intrus. »
              Les parois doivent probablement rassurer certains : près d'elles, aucun danger ne peut surgir, et on est donc inconsciemment porté à s'y adosser. De plus étant au fond, face à la porte on voit tout ce qui se passe, qui entre et qui sort.
              Il y a aussi des hommes, souvent des cadres ou des personnes qui se croient importantes, que je vois s’adosser à la paroi du fond, parcourant du regard ceux placés devant eux , l’air supérieur, les bras croisés comme pour établir une barrière avec le menu fretin des autres personnes. Ce doit être un signe de “goût du pouvoir”, faudra que je demande aux psys.
              Cependant si quelqu’un s’est déjà installé au fond, les nouveaux arrivants se placent le plus souvent de part et d'autre de la porte, indifféremment à gauche ou à droite. Mais quelques uns d'entre eux veulent quand même se mettre contre la paroi du fond, obligeant les autres à se pousser dans un coin, comme dans une bataille de positions. Les personnes dérangées bougonnent ou les foudroient du regard. Ils me font penser aux singes dominants.

              Ces attitudes ne sont évidemment pas valables pour les “prêts-à-bondir”, qui ont tendance à tourner le dos même à ceux qui entrent après eux.
              Ils se placent près de la sortie, mais légèrement de biais, afin de laisser passer ceux qui veulent sortir. Si quelqu'un est dans un coin, le prêt-à-bondir se place face à la sortie, comme à son habitude. En revanche, si quelqu'un entre dans un ascenseur occupé par un prêt-à-bondir, ce dernier laisse le passage, mais reprend très vite sa position de fuite habituelle, guettant l'ouverture de la porte.
              Et dès que la porte de l’ascenseur s’ouvre c’est la fuite en avant comme au départ d’une course de cent mètres ! Peut être se sentait il en danger dans l'ascenseur ?

              Les “âmes en peine” m’amusent. Une dame de l’immeuble a toujours l’air inquiète quand l'ascenseur descend, consulte trois fois une liste, sort de l’ascenseur en regardant partout, tourne à droite au sortir de l’immeuble, puis se ravise et part à gauche.
              A la montée je la vois souvent sortir avec moi du parking en sous-sol, demander l’arrêt au rez de chaussée, sortir et rentrer précipitament avant que les portes ne se referment et monter jusqu’à son étage en regardant avec angoisse le compteur d’étages, comme si elle avait peur de louper le sien. Qui ou que cherche t'elle, mystère !

              Quant aux claustrophobes, l’attente n’est pas trop longue lorsque l’ascenseur fonctionne. Mais s’il tombe en panne c’est la galère car en région parisienne les secours peuvent mettre une demi heure à venir.
              Les symptômes sont alarmants : sensation d'étouffement, transpiration abondante, nausée, sécheresse de la bouche, tremblements, palpitations, incapacité à penser de façon rationnelle, perte de contrôle. Parfois même dangereux pour une femme enceinte ou une personne cardiaque par exemple.   
              Alors j’ai appris à désincarcérer les gens bloqués (il y a quelques précautions à prendre et une clé spéciale). Cela m’a valu quelques bisous sur les joues de dames qui croyaient leur dernière heure venue.
              Pourtant l’ascenseur reste éclairé et bien aéré, mais c’est plus fort que soi quand on a ainsi peur d'être enfermé dans les espaces étroits et clos.

              On a parfois l’impression que des distances types existent,  plus courtes pour les rapports d'amitié, plus grandes pour les rapports sociaux et presque des barrières invisibles vis à vis des inconnus.
              Dans cet espace étroit le  non- respect d'une distance minimale provoque parfois chez certaines personnes un malaise, une gêne due à l'invasion de leur bulle virtuelle, voire une réaction d’hostilité.
              Par contre il y a des rituels entre personnes qui se connaissent : bonjour et considérations oiseuses sur la pluie et le beau temps, paroles de bienvenue, baiser sur la joue donné à un ami ou à une connaissance.
              En fait on n’est pas obligé de parler mais on est presque obligé de communiquer tellement l’espace est restreint,  c'est inévitable. On peut communiquer par un sourire ou une attitude amicale, ou l'on peut communiquer que l'on ne veut pas communiquer, en adoptant une posture de rejet, comme tourner le dos à ses compagnons de voyage d'un moment, ce qui signifie que l'on refuse toute forme de communication.
              Dans l'ascenseur, certains (surtout les extravertis), ressentent le besoin irrépressible d'entamer la conversation, tandis que d'autres refusent de dire simplement bonjour (souvent l'introverti, doté en général d'une riche vie intérieure qui le pousse à se perdre dans ses réflexions et lui permet de s'éloigner par la pensée de ce lieu confiné).
               Il y a aussi les personnes  qui ont une haute opinion d'elles-mêmes et un manque total et préjudiciable d'estime pour les autres. Les personnes rencontrées ne sont pas dignes de leur confiance, et communiquer avec elles est pour eux totalement dénué d'intérêt.

              Il y a enfin ceux qui se plantent devant le panneau de commande l’air fasciné par les boutons.
              Il y a d’abord les timides, pour qui c’est un prétexte pour ne pas être obligé de regarder les autres et une façon de s’isoler en faisant croire qu’on réfléchit intensément.
              Ces boutons stimulent un désir irrépressible d'être utilisés: lorsque plusieurs personnes sont présentes, et surtout dans les situations où l'ascenseur est bondé, très peu de résidants de mon immeuble demandent à la personne la plus proche du tableau de commande d'appuyer sur le bouton de leur étage de destination. La quasi-totalité préfère s'en charger personnellement, même si cela implique d'enjamber parapluies et poussettes, ou de se contorsionner entre bras et têtes.
              Plus étrange, quand une personne est presque seule dans l'ascenseur, il lui arrive souvent d'appuyer plusieurs fois sur le bouton de son étage. Elles doit croire qu’elle accélère l'ascenseur en pressant à plusieurs reprises le bouton de leur choix, conséquence de la hâte qui envahit notre vie. 

              Mais me direz vous, je ne vous ai pas parlé de ceux et celles qui font l’amour dans l’ascenseur. Sans doute les personnes de mon immeuble n’ont elles pas assez le goût du risque qui fait prendre du plaisir par peur d’être surpris.
              Et puis il n’y a que cinq étages et le trajet n’est pas assez long !!.

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