• Mécanisme des addictions (2)

     Mécanisme des addictions (2)Mécanisme des addictions (2)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

         Avec les drogues, il faut bien séparer deux choses : l’addiction qui est un trouble psycho-physiologique, qui nous empêche de ne pas succomber à un désir donné, et la dépendance qui est le trouble physiologique (et parfois le stress psychique) qui survient quand nous manquons d’une substance, correspondant à cette addiction.

        L’addiction est une perte de contrôle du fonctionnement de notre cerveau et principalement du système de récompense que nous avons décrite hier.
        L’addiction peut concerner des substances (drogues diverses), ou des comportement : le jeux, le sexe, l’usage extrême d’internet  ou du téléphone portable.
        Je connais même quelques personnes qui ont presque une addiction à la nutella, mais je pense qu’on peut plus facilement en guérir lol.
        A la limite, l’anorexie et la boulimie sont des phénomènes addictifs, car le système de récompense est aussi en cause, mais il existe en général des causes psychologiques plus profondes.

        Nous ne sommes pas tous égaux devant les addictions, car l’hérédité et l’environnement d’éducation interviennent beaucoup. L’âge auquel on commence à succomber à l’addiction est très important dans le cas de substances chimiques, car le cerveau d’adolescent est beaucoup plus sensible, le cortex frontal notamment n’est pas totalement mature, et de jeunes adolescents qui ont pris l’habitude de fumer du tabac ou du cannabis, risquent fort d’avoir ensuite des séquelles et d’avoir par la suite, une addiction beaucoup plus sévère.

        On n’a pas isolé des «gênes des addictions», même si pour celle à l’alcool, on connait de nombreux gènes en cause.
        Mais il est incontestable que une prédisposition génétique existe et l’on peut constater que la difficulté à surmonter ses désirs et bloquer ses pulsions, se retrouve d’un parent à certains de ses enfants. Il est probable que c’est un phénomène épigénétique, des gènes prédisposant au phénomène ne se manifestant qu’à la suite de phénomènes environnementaux.
        On peut d’ailleurs expliquer en partie la différence entre individus plus ou moins prédisposés aux addictions : c’est une question de plasticité du cerveau.
        Des chercheurs l’ont montré en étudiant les récepteurs du noyau accumbens au glutamate, un neurotransmetteur particulier. On a vu avant hier le rôle du noyau accumbens dans le circuit de récompense, où il entraînait la présence de dopamine. L’action du glutamate peut provoquer cette réaction dopaminergique.
        Ces chercheurs ont montré que le glutamate (en vert sur le schéma), agissait sur deux types de récepteurs, dénommés AMPA en vert et NMDA en bleu. (ces initiales sont celles des produits chimiques auxquels sont sensibles ces récepteurs, je vous fais grâce de ces appellations barbares; les curieux pourront les trouver sur internet.)

    Mécanisme des addictions (2)

    Mécanisme des addictions (2)

        Les deux schémas ci-dessous montrent les réactions d’un consommateur sans addiction et celui qui est soumis à l’addiction.
        La première image montre les molécules de glutamate agissant sur le récepteur AMPA.
    Si la synapse subit une certaine stimulation «LTD», le glutamate est aussi absorbé par les récepteurs NMDA et cette absorption entraîne un recul vers l’intérieur des récepteurs AMPA, de telle sorte que la synapse devient moins sensible au glutamate.
        Au contraire, chez le rat qui est en addiction, cette stimulation LTD est inefficace et si le niveau de glutamate augmente, il n’y a pas régulation de la stimulation, qui augmente aussi.
        Les synapses de la personne en addiction ont perdu de leur plasticité et de leur pouvoir de régulation.

        On pense que face à une drogue, une personne non prédisposée génétiquement, réagit comme dans la première colonne ci dessus et la drogue entraîne une régulation de ses propres effets. La personne a moins de chances de devenir addicte.
        Au contraire, chez une personne prédisposée, la réaction est du deuxième type : les synapses peu plastiques n’ont pas suffisamment de pouvoir de régulation. La personne  a donc des réactions plus importantes et s’habitue à la production de dopamine qui lui procure une certaine satisfaction. Mais il lui faut peu à peu davantage de produit et davantage de dopamine pour produire la même satisfaction et l’addiction s’installe.

        Finalement l’addiction s’installe quand le sujet ne peut s’empêcher de recourir à l’action correspondante, que la consommation devient régulière, et que l’organisation et le déroulement de la vie du sujet finit par dépendre de cette consommation, qui également, éloigne le sujet des occupations qui l’intéressaient et des désirs correspondants.
        A ce stade, il y a dérèglement (physiologique) du système de récompense et une certaine dépendance psychologique (s’abstenir est stressant, donc on ne s’abstient pas).
        Ce stress peut entraîner des réaction physiologiques, mais ce n’est pas une dépendance physique.
        Certains produits comme l’alcool, la nicotine du tabac, les opiacés (opium, héroïne), mais aussi les barbituriques et des tranquillisants comme les benzodiazépines, provoquent une dépendance physique qui s’ajoute à la dépendance psychologique : en l’absence du produit, des manifestation physiques de manque apparaissent, parfois très violentes. Ces manifestations proviennet en général du fait que la présence presque permanente d’une certaine concentration de produit actif, perturbe la production de produits régulateurs que notre corps sécrète naturellement. (par exemple les endorphines ou la sérotonine). Lors qu’on arrête la drogue, ces produits régulateurs ne sont plus produits et il faut plusieurs jours pour les voir réapparaître. D’où des réactions violentes physiologiques.

        On parle souvent de drogue douce et dure. Une drogue ne pourrait être «douce» que si elle ne produisait qu’une faible dépendance psychique, qu’elle ne produise pas de dépendance physique et qu’elle ne soit pas toxique physiologiquement, ni à court terme (overdose), ni à long terme (mais là un problème, cela dépend du niveau de consommation).
        En fait toute addiction est nuisible : le cannabis, même à faible dose unique sans avoir d’addiction entraîne des accidents de conduite de machine, l’addiction au jeu est catastrophique financièrement, l’addiction à internet fait négliger les études ...
        Physiologiquement le cannabis a peu d’action nuisible sur le corps à faible dose, mais en addiction, il peut avoir des effets sur la mémoire et l’attention, voire sur le cortex frontal des adolescents. Il est plus cancérigène que le tabac
        La cocaïne et l’ecstasy, qui entraînent peu de dépendance et d’addiction, ont des effets toxiques importants à long terme par destruction de neurones.
        Le tabac, les opiacés (héroÏne), l’alcool et divers produits entraînent une forte dépendance physiologique et sont toxiques.
        La plupart des produits sont des drogues «dures» et les drogues dites «douces» (comme le cannabis) ne le sont qu’à très faible consommation.

        La majorité des usagers ne se droguent pas pour se détruire, mais pour éprouver du plaisir et stimuler leur système de récompense.
        On peut commencer à prendre des drogues par curiosité ou par ennui, pour éprouver des sensations fortes, transgresser un interdit, frimer auprès des copains ou ne pas s’exclure en refusant un rituel, fréquenter des milieux marginaux, et le plus souvent échapper aux problèmes de l'existence, ou même pour être à la mode.
        Ce n'est que dans un deuxième temps, que vont apparaître les conséquences négatives de l'usage. Loin d'être une expérience limitée à des groupes particuliers, l'usage de drogues se répand dans toute la société, et les images d'exclusion et d'autodestruction, associées quand j’étais jeune, à l'usage de drogue, cèdent peu à peu la place à une image d'inclusion, qui associe drogue et culte de la performance  :être en forme, travailler, vivre vite, jouir de l'existence....
        Il en résulte une consommation importante de cannabis et d’anxiolytiques, considérés comme inoffensifs, alors qu’ils sont très dangereux si on en consomme beaucoup et longtemps et ce d’autant plus que l’on est jeune.

     

     

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