• Les singes et le langage.

    Les singes et le langage.

             Je ne sais pas si vous avez entendu parler des études menées par des chercheurs pour essayer de "converser" avec des chimpanzés ?

              Mais voyons d'abord ce qui permet à l'homme de parler et de s'exprimer par le langage.
              Pour que nous puissions parler, nous hommes, il faut six conditions
                        - un sens de l'ouïe capable de transformer les vibrations dans l'air de la parole, en signaux nerveux susceptible d'être interprétés dans le cerveau. (l'oreille et le nerf auditif)
                        - un langage codé qui corresponde aux objets, évènements, idées et qui soit différençiable sur le plan auditif (les mots, la grammaire, la syntaxe).
                        - des centres dans le cortex du cerveau, qui interprètent ces signaux, qui identifient les “mots” leur donne un sens et les mémorisent . Nous avons vu dans un précédent article que c'étaient les centres de Wernicke et de Geschwind, situés principalement dans l'hémisphère gauche, les centres de l'hémisphère droit se chargeant d'analyser l'émotivité associée.
                        - des centres capables de construire la parole à partir des mots. Puis de commander l'exécution de ces phrases sous forme de sons. Nous avons vu que c'était le centre de Broca et les centres de commande des mouvements précis des muscles de la bouche et du larynx qui se chargeaient de ces tâches.
                        - des organes de production des sons, principalement chez l'homme les “cordes vocales” (mais tout le larynx, le palais et la langue y participent.
                        - enfin un coordinateur, un chef d'orchestre qui analyse, pense, réfléchit, prévoit, ordonne : c'est le cortex frontal.

              Chez le singe supérieur et notamment le chimpanzé, certes le cortex est beaucoup moins développé que chez l'homme, notamment le cortex frontal, mais il semble bien que les centres dont nous venons de parler existent sous une forme simplifiée.
              Par contre l'appareil vocal du singe ne peut émettre des sons aussi variés que ceux des hommes. Le singe peut comprendre des mots, mais ne peut pas parler, pour des raisons “mécaniques” et acoustiques.

              Des chercheurs ont donc pensé qu'on pouvait dans une certaine mesure apprendre à des chimpanzés à comprendre des mots et à s'exprimer à condition de se servir d'un autre support que la parole.

              Les premiers essais ont été faits sur des micro-ordinateurs, reliés à un grand tableau “sensitif” sur lequel on plaçait des idéogrammes.
    Certains étaient concrets (un dessin de banane ou de pomme par exemple), d'autres abstraits parce qu'ils représentaient des “actions” ou des “demandes”.`
              Les chercheurs ont appris aux singes à reconnaître ces idéogrammes, par un système de récompense qui met en jeu leurs centres d'apprentissage et du plaisir. Ils arrivaient ainsi à leur faire taper par exemple, sur les quatre touches suivantes :
                        “... TOI    DONNER  MOI   BANANE  “
    ou bien 
                        “... MOI   VOULOIR  MANGER  BANANE “
    ce qui implique non seulement la reconnaissance des mots, mais celle des actions (manger, donner) et plus compliqué celle de la représentation des personnes (l'existence du toi qu'on voit, mais du moi qu'on ne voit pas !) et puis plus compliqué celle d'un sentiment abstrait : vouloir. (le souhait, le désir).
              Les chercheurs ont ainsi appris aux chimpanzés en expérimentation plusieurs centaines de mots et arrivent à leur faire “taper” des phrases avec sujet, verbe (voire deux verbes) et deux ou trois compléments. Des adjectifs également dans la mesure où ils avaient une représentation visuelle ( par exemple les formes et les couleurs).
              En fait la limitation venait de la méthode : de la grandeur du tableau à utiliser.

              Dans ces essais les chercheurs se sont aperçu que le singe pouvait comprendre les mots sous forme de sons : (il faisait le lien entre “banane “ prononcé et le dessin du tableau, et obéissait à des ordres d'action (verbes compléments).

              Certains chercheurs ont donc décidé d'apprendre à leurs singes le langage  des signes (américain : l'ameslan assez différent du LSF français) des sourds muets - sous une forme simplifiée, notamment en nombre de mots, et d'autre part pour le singe qui n'a pas appris l'alphabet ni à lire, le signe est une entité en elle même, sans rapport avec l'écriture. (alors que pour l'homme, certains signes représentent les lettres de l'alphabet).
    De plus dans les phrases des mots supplémentaires sont introduits par exemple pour expliciter des indications données dans le langage des signes pour l'homme, par des mouvements de la main vers soi ou vers l'interlocuteur.
              Cet apprentissage est beaucoup plus long que pour un enfant (5 à 6 ans) mais il a abouti à une compréhension mixte (langage parlé + signes) de l'homme vers le singe et signes du singe vers l'homme.
              Les résultats ont été comparables à ceux obtenus précédemment, mais avec un nombre de mots ou d'expressions plus important.

              Mais je voudrais relater une expérience plus complète dans laquelle un couple de chercheurs américains a élevé une guenon bébé, abandonnée par sa mère, au milieu de leurs enfants, en la traitant comme un bébé humain (elle dormait dans un lit, s'habillait, mangeait à table etc...) et à laquelle ils ont appris à comprendre notre langage et à répondre par signes.
              L'intelligence de la guenon a été très proche de celle des enfants jusqu'à 2 ans, ou plus exactement l'usage de la parole, l'apprentissage de la guenon ayant été beaucoup plus lent que celui des enfants par la suite.
              La guenon se considérait comme la fille de la famille, appelait ses “parents” papa” et “maman”, s'est habituée à la vie “humaine”, à son image dans le miroir et a acquis une certaine coquetterie (habits et colifichets) et déclare devant son miror où elle se pare : “moi est belle” ce qui est très abstrait comme notion.
              Toutefois ses rapports avec les amis de ses “frère et soeur” sont moins cordiaux et elle n'admet que difficilement le chien et le chat de la maison (jalouse?).
              Au contact des enfants la guenon développe son langage au point de former des mots nouveaux en combinant des signes qu'elle connaît.
              L'expérience n'a pu être menée à terme, car après sa puberté, les instincts d'un animal se sont éveillés et surtout la force d'un chimpanzé adulte est énorme par rapport à celle d'un enfant.
              La guenon devenant par moment dangereuse pour son entourage (disons imprévisible), elle a été séparée des enfants et remise dans un habitat spécifique, mais ses “parents” ont continué à la visiter régulièrement et à “parler” avec elle.
              Elle a eu des bébés singes avec un autre chimpanzé “savant” et chose absolument extraordi-naire, la guenon a appris à ses enfants une partie des signes qu'elle connaissait et ils s'en servaient entre eux.
              Malheureusement je n'ai plus de contact avec ces chercheurs depuis plus de 30 ans et d'ailleurs ils sont à la retraite comme moi.
              Je n'ai pas vu d'étude récente dans ce domaine.
              Je crains qu'il n'y en ait plus, car elles étaient surtout financées par l'armée américaine, qui aujourd'hui ne s'intéresse plus aux singes, mais à l'informatique et aux robots.

              Si vous vous intéressez à la question , un excellent écrivain, Robert Merle, a publié à la fin des années 80, un roman passionnant, qui s'inspire de façon très fidèle de cette expérience et qui s'appelle “Le propre de l'homme”. 

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