• Le nucléaire : les dangers de contamination interne (2)

              Nous avons vu, très succinctement, dans l'article précédent quels sont les doses de rayonnements ionisant entraînant des effets biologiques sur notre corps.
              Il peut y avoir, au voisinage de sources radioactives puissantes, par exemple les cœurs de réacteur, des débits de dose considérables, très dangereux pour ceux qui sont à proximité, qui pourraient recevoir une dose mortelle en quelques minutes.
                Le débit de dose des rayonnement gamma décroit comme le carré de la distance (la surface de la sphère, puisque c’est un rayonnement par cm2). De plus il y a une absorption exponentielle par l’air. Les obstacles rencontrés (murs, terre...) l’atténuent.
             De ce fait à 1km il n’y a presque plus rien et à 10 km plus rien du tout et il n’y a pas de danger d’irradiation pour la population tant qu’il n’y aura pas des sols contaminés de façon importante.

              Je vais maintenant examiner les dangers de contamination externe et interne. Pour être plus réaliste, je prendrai des exemples dans les accidents de Tchernobyl et de Fukushima, et non lors d'une explosion de bombe nucléaire, pour laquelle les dangers sont sans commune mesure.

    Le nucléaire : les dangers de contamination interne (2)

                        Le danger de contamination externe.

              Lors de l’accident de Tchernobyl, du fait d'une explosion dans la centrale et de l'absence de double paroi, une partie des produits de fission des barres de combustible avait été dispersée dans un nuage de poussières, avec de la vapeur d’eau et de la fumée issue du graphite du modérateur qui a brûlé. Ces particules s’étaient ensuite déposées sur le sol, et il y avait donc une contamination par des produits de fission sur des étendues assez importantes, et des débits de dose non négligeables.
              Cependant, malgré une évacuation tardive, les irradiations on été limitées à, en général, quelques dizaines de mSV et les plus fortes vers 500 mSv et on n’a constaté aucun syndrome et aucun décès dans la population, dûs à l'irradiation.
              Quelques brûlures de la peau ont été provoquées par des contaminations des vêtements et de la peau, sous l’effet des rayonnements béta (électrons) émis par les produits de fission. Cela aurait pu être évité par une détection et une décontamination. (la protection civile russe a été très déficiente)
              En définitive le danger d’irradiation dû à l’exposition en zones contaminées est certes à prendre en compte, mais si on pratique suffisamment tôt une évacuation de certaines zones et une éventuelle décontamination des habits et de la peau, le risque paraît extrêmement limité. Mais pour prendre les bonnes décisions, il est essentiel d'être équipé de détecteurs de rayonnements, pour mesurer exactement le danger

                        Le danger de contamination  interne.

              Cela n’est pas le cas pour une éventuelle contamination interne due à l’ingestion de produits radioactifs par les voies respiratoires et digestives, produits qui peuvent alors se fixer sur des organes sensibles du corps et l’irradier pendant des périodes longues à des doses importantes.
              Le risque encouru n’est pas alors le même qu'en irradiation externe, mais il s'agit essentiellement de cancers des organes atteints.

              Les deux principaux radio-éléments dangereux parmi les produits de fission sont l’Iode 131 et le césium 137 (et à un beaucoup moindre titre le strontium 90).
              Il est possible de mesurer approximativement  la contamination ambiante et d’évaluer approximativement (et de mesurer sur certaines personnes dans des scanners spéciaux) la quantité de radio-éléments absorbés, et on peut alors évaluer la dose reçue au niveau des organes sensibles sur de longues périodes (20 ans par exemple), qui peut entrainer des cancers.
              La contamination peut être mesurée par la quantité de radio-éléments en béquerels Bq. Le béquerel est une unité qui correspond à une quantité de radio-éléments extrêmement faible. Des contaminations significatives, mais même peu importantes, correspondent à un nombre de Béquerels très élevé, ce qui effraie évidemment les personnes non averties (et les journalistes).   

    Le nucléaire : les dangers de contamination interne (2)

                        L’Iode 131

              L’iode 131 est un produit radioactif cristallin mais qui se sublime facilement et donc est émis sous forme gazeuse dans le nuage lors d'un accident grave comme Tchernobyl ou Fukushima.
              Sa période est de 7 jours environ, à l’issue de laquelle son activité est divisée par 2. Au bout de 10 semaines elle est divisée par 1000.
              Par contre, du fait de sa courte période, les rayonnements gamma émis correspondent à des débits de dose assez importants et irradient la thyroïde, sur laquelle l’iode se fixe.
              Les calculs montrent que l’ingestion de 1 Bq au niveau de la thyroïde ne donne qu’une dose en 20 ans de 0,4 μSv. Pour qu’il y ait danger, il faut inhaler des centaines de milliers de béquerels d’iode 131 gazeuse
             
    On peut minimiser le danger de l'iode en avalant, avant la contamination des pastilles d'iode, qui saturent provisoirement l'organisme, qui ne peut plus alors absorber encore de l'iode radioactif, au moment de la 
    contamination.

       
              On estime que la plupart des “liquidateurs” qui ont travaillé sur les réacteurs à Tchernobyl ont reçu, en 20 ans (1986/2006) au niveau de leur thyroïde plus de 100 mSV, les résidants des zones très contaminées plus de 50 mSv , ceux des zones moins contaminées entre 10 et 20 mSv les personnes évacuées environ 30. Ces doses ont été reçues essentiellement dans les premiers jours après l’accident. (source OMS)
              Les enfants ayant bu du lait contaminé ont reçu entre 140 et 2700 mSV.
              A noter que le rayonnement naturel pendant cette période délivre sur 20 ans une quarantaine de mSv.
              Les autorités sanitaires avaient estimé au départ que le nombre de cancers de la thyroïde risquait d’augmenter d’environ 4 000 cas.
              Chez les adultes il semble que ce pronostic ait été très surévalué et on a constaté très peu de ces cancers. Par contre chez les enfants de moins de 15 ans au moment de l’accident, on a constaté de l’ordre de 2000 cancers, toutefois bénins qui ont pu être guéris à 95%.
              Des mesures concernant le lait et la distribution de pastilles d’iode aurait permis d’éviter la plupart d’entre eux. (Là encore, la protection civile russe a été très déficiente et n'a pas pris en temps voulu les bonnes mesures d'interdiction de boire du lait et de l'eau contaminés.)
              Les journalistes ont monté en épingle le fait qu'on ait trouvé de l'iode dans les épinards et dans l'eau autour de la centrale et des traces dans l'eau du robinet à Tokio. Certes c'est anormal et cela prouve que de l'iode radioactif est sorti des centrales, mais si on mesure le phénomène, on s'aperçoit qu'il a peu d'importance.
              Dans un examen médical de la thyroïde, une scintigraphie qui n'a jamais perturbé la santé des personnes, on injecte dans l'iode un million de béquerels environ.
              Au voisinage de la centrale du Japon, on a trouvé15 000 bq par kg d'épinard et 77 bq par litre d'eau. Il faudrait manger environ une centaine de kg d'épinard et boire 15 000 litres d'eau pour atteindre l'équivalent d'une scintigraphie à la thyroïde (une partie de l'iode est rejetée). A Tokio les mesures faisaient étaut de 15 bq par m3 d'eau c'est à dire 15 millibéquerels par litre : des traces sans importance !!

                          Le Césium 137

              C’est un élément qui émet des électrons béta et des rayonnements gamma, avec une période de 30 ans. Il irradie donc peu mais ne disparait pratiquement pas au plan nucléaire, mais il est éliminé de l’organisme avec une période de 100 jours.
              Le césium est un homologue du potassium et suit le même processus biologique et participe donc à des processus de régulation osmotique au niveau des cellules et intervient dans la biochimie des enzymes et des protéines. Il se répartit surtout dans les muscles
              Il semble qu’il faille de très fortes doses pour que des effets biologiques soient constatés, lesquels sont assez divers et il est difficile de les imputer avec certitude à ce radio-élément : insuffisance médullaire et atteinte du système immunitaire, toxicité sur le foie et affections rénales, défauts de la minéralisation osseuse, troubles neurologiques, pathologies cardio-vasculaires, cancers.
              Ces actions nocives semblent davantage dues au rôle chimique du césium qu’à sa radioactivité.
              En fait il n’a pas été possible d’imputer avec certitude parmi les victimes de Tchernobyl, des pathologies dues à la contamination par le césium 137, ce qui ne démontre pas qu’il n’y en a pas eu, mais qu’il n’y a pas eu d’augmentation très importante comme pour l’iode 131
              En ce qui concerne Fukushima, certes l’accident japonais est grave, mais l’espèce d’affolement du monde entier (et beaucoup moins des japonais), a été très exagéré et dû en grande partie à des informations peu pertinentes des médias.
               Contrairement aux autorités russes, totalement dépassées par les événements, les autorités japonaises ont fait ce qui était nécessaire , vis à vis de la population : évacuer les abords de la centrale et avoir en réserve des pastilles d’iode au cas où ce serait nécessaire par la suite et interdire la consommation des épinards et légumes cultivés au voisinage de la centrale, bien que leur contamination ne soit pas très forte.
              Au plan des difficultés, rien de comparable avec l’approvisionnement en nourriture et le logement de tous les malheureux, (des dizaines de milliers) qui ont tout perdu avec le tsunami, alors qu’il neigeait et faisait froid au Japon.

     


        

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