• La réforme de l'entrée à l'université.

        Je comprends que certains étudiants n’apprécient pas la réforme du bac et de l’entrée en université, mais leur contestation me semble plutôt néfaste et irréaliste.
        Nos ancêtres du siècle des lumières et notamment Rousseau, Montesquieu et Voltaire ont prôné le droit à l’éducation et l’enseignement pour tous.
        Jules Ferry s’est battu pour la même idée et ses réformes allaient dans ce sens. L’effort s’est poursuivi. Il y a 80 ans 20% seulement des élèves du primaire arrivaient au bac contre plus de 70% aujourd’hui.
        La Révolution a introduit le mot « égalité » dans la devise de la France et nous sommes effectivement attachés à une certaine égalité des chances, au moins pour les jeunes et face à l’ éducation.
        On comprend donc que certains soient choqués par une sélection à l’entrée en fac et par ailleurs, les français ont toujours été ultra-conservateurs et la moindre réforme leur paraît toujours défavorable et suspecte.
        De plus les jeunes sont toujours friands d’une liberté de choix totale de leurs vie et de leurs aspirations, ce qui est une utopie.

                  Voyons d’abord la réalité neurobiologique.
        Nous héritons des gènes de nos parents et il y a donc dans la formation de notre cerveau, une certaine part d’hérédité. Les axones des neurones sont guidés par des marqueurs chimiques vers les divers centres du cerveau qui correspondent à leur fonction, et donc chaque individu a une formation particulière de son cerveau, avec certaines « préférences cérébrales » potentielles innées.
        On sera par exemple plus habile au manuel, plus enclin à comprendre la théorie abstraite, meilleur observateur etc… Donc de façon innée nous ne sommes pas tous doués de la même façon pour n’importe quel enseignement.
        Cependant les jonctions finales des axones aux dendrites se font finalement de façon aléatoire, de telle sorte que l’hérédité ne joue qu’en partie, que même deux jumeaux ont des cerveaux différents, et que l’enfant peut avoir un potentiel inné différent de celui de ses parents.
        Mais finalement, lorsque nous naissons, notre cerveau n’est capable que de nous faire vivre et ressentir des sensations (et imparfaitement); mais tout nouveau-né a un potentiel énorme d’apprentissage.
        Les dons innés ne représenteront qu’une faible partie de notre avenir intellectuel et c’est finalement l’éducation des parents et l’instruction à l’école et dans l’enseignements qui va représenter l’essentiel de notre acquisition.

                  Voyons maintenant les conditions d’apprentissage :
        On croit que ce que nous apprenons vient essentiellement de nos professeurs, c’est une erreur : l’éducation donnée par les parents est primordiale.
        Il ne s’agit pas des connaissances, mais des « habitudes ».
        Ce sont en grande partie les parents qui apprennent à l’enfant à maitriser la langue et donc à comprendre autrui, qui lui donnent un certain vocabulaire et l’envie de lire, ceux sont eux qui commencent à éveiller sa curiosité intellectuelle.
        Ce sont eux aussi qui lui donnent des règles de vie, une habitude de l’ordre et du travail et qui veilleront ensuite à ce que le téléphone, les jeux vidéo, les réseaux sociaux, la télévision ne prennent pas le pas sur le travail et les camarades ne l’entrainent pas dans des actions regrettable (drogue et alcool par exemple).
        Malheureusement tous les parents ne s’occupent pas (ou ne peuvent pas le faire) de la même façon de leurs enfants. Il s’ensuit très vite de très grandes différences de potentiel, encore plus importantes que les différences innées.
        Tous les jeunes ne sont donc pas égaux devant l’enseignement.

                   Vient ensuite l’enseignement secondaire :
        Le principe d’égalité, ancré dans nos archétypes, fait qu’au collège comme au lycée, on a pour principe de mélanger les élèves de différents niveaux dans les mêmes classes et qu’ils reçoivent tous le même enseignement (pas de tri).
        On est donc amené à se mettre au niveau des moins bons, ou bien que ceux -ci soient en échec permanent. On essaie de leur donner des compléments d’enseignement, mais les moyens sont limités.
        Il s’ensuit qu’on ne voit plus la littérature qui apprenait à brasser les idées des écrivains et philosophes, qu’on ne fait plus guère d’exercices en maths et en physique-chimie et  que certaines matières sont délaissées qui pourtant servaient à ouvrir l’esprit et à le former.
        A la simple lecture des programmes, le niveau du bac n’a pas beaucoup baissé, mais la formation de l’esprit et la capacité pratique de faire des exercices d’applications est devenu moindre, en lettres comme en sciences dans la filière générale, et le manque de moyens et la réputation erronée de l’enseignement technique, font que les capacités des bacheliers d’aujourd’hui sont en moyenne nettement moindres que celles de leurs anciens.
        Mais le plus grave est que les élèves qui seraient doués et capables de faire mieux sont cantonnés dans la même moyenne, et ils peuvent donc réussir le bac avec mention, en ne faisant qu’une quantité de travail très réduite. L’enseignement secondaire ne leur apprend pas à travailler et encourage la paresse ou le goût des distractions d’un bon nombre d’entre eux.

                  Vient alors l’enseignement supérieur : fac, écoles diverses.
        Cet enseignement supérieur doit apporter les connaissances et les méthodes pour pouvoir débuter dans son futur métier. Or ces connaissances ont plutôt augmenté par rapport au passé, en raison du développement des sciences et des techniques. Donc le travail demandé dans le supérieur est au moins aussi important et difficile qu’autrefois.
        Il en résulte que ceux qui ont eu leur bac avec difficulté ou ceux qui se sont habitués à la flemme au lieu du travail, sont incapables de suivre. Le taux d’échec la première année de fac ou des classes de BTS et de préparation des écoles supérieure est énorme : 20 à 30 %.
        Cette catastrophe ne peut durer.
        Par ailleurs les demandes des étudiants quant aux spécialités qu’ils veulent étudier sont très orientées par des considération de mode ou de rumeurs, et on constate que les demandes pour certaines branches sont énormes par rapport aux possibilités d’enseignement (par exemple les sports ou la gestion financière) et aussi par rapport aux débouchés ensuite dans le monde du travail.
        On ne peut donc satisfaire toutes les demandes, soit pour des raisons de niveau, soit pour des questions de place.
        Certaines facultés ont choisi les candidats, ces dernières années, par tirage au sort, ce qui est la pire des injustices et le moyen de dégoûter des élèves méritants.
        Il était donc nécessaire de faire une sélection de niveau, un rattrapage pour les moins bons, une meilleure orientation vers les diverses branches, et un meilleur suivi des résultats des premières années du supérieur.
    C’était le but de la réforme concernant l’entrée en faculté.

                   Venons en maintenant à la contestation :
        A entendre les reportages à la télé, le nombre de ceux qui bloquent les facultés est faible vis à vis ce ceux qui voudraient continuer à travailler. Il est anormal qu’ils empêchent ainsi la majorité de poursuivre leurs études : c’est tout à fait contraire aux principes de liberté et d’égalité.
        Par ailleurs j’ai l’impression que bon nombre de ces « bloqueurs » ne sont même pas des étudiants, mais des jeunes provocateurs venus mettre la pagaille. Je ne pense pas que beaucoup d’étudiants véritables confectionneraient des engins incendiaire et feraient les dégâts que l’on a constatés dans les locaux des facs.
        Enfin à écouter leurs interviews, j’ai l’impression que les quelques étudiants réels étaient plutôt de ceux qui n’étaient pas de niveau ou n’avaient pas envie de travailler.
        Je pense donc que les principes de la réforme actuelle sont bons. Bien sûr il y aura au début des problèmes et des difficultés, mais une nouvelle mise en place doit toujours être améliorée et rendue plus facile à mettre en oeuvre et plus apte à atteindre les objectifs poursuivis.

         Demain je parlerai de la réforme du bac et des lycées

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