• La mort et nous, adultes.

    La mort et nous, adultes.

      J’ai eu l’occasion ces temps derniers, à la suite de la pandémie actuelle et de tout ce que l'on voit à la télévision, de parler, avec certain(e)s de mes correspondant(e)s d’un sujet pas très gai et un peu tabou, “la mort”, et je crois qu’il n’est peut être pas inutile d’en parler parfois et d’y consacrer quelques articles.
        Déjà un de mes correspondants m’avait demandé si je craignais la mort et je lui avais répondu, que je craignais beaucoup plus de souffrir que de mourir, mais que ma préoccupation actuelle était plus de vivre et d’arriver à faire tout ce que j’entreprenais, occupations peut être un peu trop nombreuses pour le temps dont je dispose, et que parmi ces occupations, il pouvait y avoir aussi celle de préparer ma mort, non pas pour moi, qui n'en aurai plus rien à faire, mais pour ceux qui seront encore vivants après moi (et de préparer ainsi la vie.des autres).

        Aujourd’hui je voudrais voir de façon plus générale l’attitude de l’homme adulte face à la mort. Mais bien sûr je n’aurais pas la hauteur philosophique des “philosophes” et je dirai  que je ne suis qu’un scientifique plus habitué à la logique qu’aux altitudes de la pensée.
        Mais j’essaierai aussi de réfléchir un peu à ce qu’est la mort pour un enfant ou un ado, car je crois que l’approche est très différente de celle d’un adulte.

        La mort, et plus précisément “sa propre mort” (pas le fait de mourir mais celui d’être mort) est pour tout humain, enfant ou adulte, impensable, irreprésentable, inimaginable.
        Mais c’est justement parce qu’elle est impensable qu’elle occupe une place si importante dans la psychologie de chacun, et qu’il faut y penser, l’apprivoiser, pour qu’elle ne reste pas une inconnue effrayante et qu’elle ne suscite pas des images perturbantes et obsédantes.
        La mort est un sujet difficile et, dans notre civilisation actuelle occidentale, relativement tabou. D’un point de vue philosophique, ce thème est bien entendu étroitement lié à celui du temps et de la religion. Qu’elle soit religieuse ou philosophique, toute réflexion sur la mort a un aspect paradoxal et plein de contradictions.
        De plus la mort a une composante sociale puisque l’homme est le seul animal qui enterre ses morts au cours de cérémonies rituelles, et qui se souvient d’eux (plus plaisamment, on peut dire aussi que l’homme est le seul animal qui connaisse ses grands parents).
        Et tant qu’on y est l’homme est le seul animal qui sache qu’il doit mourir un jour, les autres animaux ne s’en rendant compte qu’à l’approche immédiate de leur mort.

        Je me souviens de mes cours de philosophie au lycée et d’avoir été assez frappé par ce que nous présentait notre professeur : la vie, parcours dans le temps entre deux néants, l’avant naissance et l’après mort. Alors à quoi bon vivre, puisque je ne pourrai réaliser tous mes désirs et mes projets.? Cette conception m’avait paru très intellectuelle et peu réaliste, car au fond que valent nos désirs et quel est le réalisme de nos projets, dans la vie, indépendamment de toute mort ?
        Mais il nous avait fait comprendre que le mort était quelque chose de difficile à imaginer : une “irréalité”. On conçoit mieux la mort d’un autre que la sienne propre !
        Cela et “l’être” et le “non être”, qui n’est pas le néant,  de quoi avoir mal au crâne pour un pauvre élève de terminale.!
        Mais de mes cours de philo et de français, je me souviens aussi des philosophes qui, comme Sartre (reprenant Epicure), niaient presque la mort, avec finalement un réalisme assez logique et fataliste : "tant que j’existe, la mort n’est rien pour moi, et quand elle est passée, je n’existe plus et elle ne me concerne plus. Alors où est le problème ?"
        Je me souviens aussi des auteurs de la renaissance de Villon et ses pendus, Ronsard et du Bellay et leurs incitations à trouver belle la vie et en profiter.

        Nous mourons tous d’un arrêt du coeur et du fonctionnement du cerveau, mais ce n’est pas si simple que cela et la question de passage de la vie à la mort est une transition qui apparaît pour tous, même aux non croyants, comme un mystère angoissant.
        En fait un simple arrêt cardio-circulatoire, et de réactions cérébrales est qualifié de "mort clinique" et  "l’Organisation mondiale de la santé " considère la mort comme « la disparition irréversible de l’activité cérébrale mise en évidence par la perte des réflexes du tronc cérébral », le tronc cérébral contenant les neurones qui par leurs pulsations régulièrement cadencés, comman-dent le fonctionnement de tout le cerveau et notamment des organes vitaux et de l’horloge biologique (voir mes articles à ce sujet).

        Je ne me lancerai pas dans le problème de l’âme, de la vie éternelle, voire de la résurrection des corps ou de la réincarnation. C’est une question de religion et donc de foi, qui par définition ne se démontre pas. Il y a sur internet des articles très intéressants sur les pensées et les usages, sur les rites aussi, des diverses grandes religions, voire même de certaines sectes.
        La seule remarque que je ferai est que la mort est associée au “mérite de l’au delà” et donc au respect de règles morales, qui varient grandement selon les époques et les endroits et sont édictées par les prêtres ou les personnes se prétendant telles, puisque cela peut aller jusqu’à promette le paradis aux kamikazes qui font des attentats contre les “ennemis de leur religion”.

        Quand j’étais jeune, c’était la guerre et tout jeune enfant, j’ai vu des fusillades entre résistants et allemands et des hommes mourir devant moi dans la rue. C’était choquant et pendant des semaines je ne suis plus repassé par cette rue, qui pourtant était le plus court chemin pour aller en classe. Mais c’était plus de la peur que la conscience de la mort.
        Puis adolescent, j’ai vu mourir mes grands parents et d’autres personnes que j’aimais beaucoup et là j’ai pris la mesure de l’absence, du vide que cause la mort, de la disparition de l’autre que l’on aimait et qui n’est plus là et qui vous manque énormément.
        Alors je me pose des questions quand je vois le journal télévisé qui chaque jour, fait 80% de son contenu avec les morts dans les guerres internes et attentats dans le monde, tous les assassinats et accidents en France et maintenant le coronavirus, et où les journalistes interrogent à n’en plus finir les proches, malgré leur peine, les voisins, les autorités et s’ils le pouvaient, les assassins, pour leur demander leurs impressions.
        Quelle en sera la conséquence, sans doute parfois la peur de la mort, surtout chez les jeunes qui sont sensibles, mais aussi une banalisation qui peut mener au suicide et au crime.

        Malgré tout, je crois que la mort n’est réellement pensée que lorsqu’il s’agit de la mort d’autrui. En ce qui concerne notre propre mort, et bien que se sachant mortel, on ne peut l’envisager en toute sérénité, on ne sait pas ce qu’elle sera, ni quand (heureusement d’ailleurs) et c’est un événement angoissant.
        Je crois que l’erreur à ne pas faire est de se dire “à quoi bon vivre si je dois mourir ?” Au contraire c’est la mort qui donne un sens à la vie, car, en nous obligeant à faire face aux hasards et à la brièveté des choses, elle nous oblige à agir et à donner un sens à notre existence. .
        Nous n’avons pas de temps à perdre, il faut réaliser le plus vite possible ce à quoi nous aspirons, les buts que nous nous assignons pour nous et pour ceux qui nous entourent.
        Je peux vous assurer que, même quand on est vieux et proche de cette mort, si on déborde d’activité, on n’a guère le temps de penser à elle.


        Mais pour les enfants et les ados, la conception de la mort est différente et ce sera le sujet de mon prochain article.

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