• La lecture rapide

    La lecture rapide

         A la suite de mes articles sur l'apprentissage à l'école et l'utilisation de notre cerveau, j'ai eu pas mal de questions. Je vais essayer de répondre à celle-ci :
                  ”La vitesse de lecture joue-t-elle un rôle dans la facilité et la qualité des acquisitions?”

        Je vais essayer de répondre à ces questions en expliquant comment on peut acquérir une plus grande vitesse de lecture et comment je l’ai fait moi-même quand j’avais une trentaine d’année, avec l’aide d’une collègue psychologue qui faisait de l’orientation professionnelle et s’intéressait à l’enseignement de la lecture.
        Mais cette augmentation de vitesse de lecture se traduit par une baisse de la qualité de compréhension.

        Pendant longtemps l’homme n’a connu que la “tradition orale”, mais les informations étaient mal transmises et peu à peu déformées.   
        Puis, pendant des siècles, le livre, d’abord manuscrit, puis, après Gutemberg, imprimé, a constitué le seul moyen d’enregistrement, de conservation et de transmission de la connaissance.
        Mais, depuis quelques dizaines d’années, la radio, le CD, le DVD, le film et Internet remplissent le même office : ils nous transmettent les messages sous une forme plus facile et plus séduisante que ne le faisait l’austère imprimé. En effet, il est plus reposant d’écouter un journaliste que de lire un quotidien. Nous prenons plus de d’intérêt à la vision d’un documentaire télévisé qu’à la lecture d’un livre sur le même sujet.
        Or, à la surprise générale, et contrairement aux prévisions émises il y a quelques décennies par les spécialistes, la production de textes imprimés n’a pas baissé face à cette redoutable concurrence.
        La raison de cette supériorité du texte sur le langage sonore est simple : on lit beaucoup plus vite qu’on ne parle.
        Tandis que l’auditeur d’un conférencier, d’un disque, de la radio, le spectateur d’un film, d’une émission de télévision, perçoivent le message à la vitesse d’articulation orale du  speaker  à un rythme moyen de 150 mots à la minute, un lecteur  lit entre 300 et 500 mots par minute.

        Peut on lire plus vite ?
        On peut vraiment augmenter sa vitesse de lecture de 30 à 50%, mais il faut savoir parfaitement lire et avoir déjà beaucoup lu, avoir une bonne mémoire et  avoir un cerveau préfrontal presque totalement mature (donc disons plutôt étudiant qu’élève)
       
    Les méthodes de lecture rapide sont à proscrire totalement pour un enfant qui ne sait pas encore parfaitement lire, car on risque de perturber considérablement de façon durable sa façon de lire.


        Les méthodes sérieuses de lecture rapide comportent en effet cinq types d’entraînement :
            - d’abord apprendre à se concentrer au maximum.
            - éliminer la subvocalisation. (la vocalisation interne inconsciente de notre cerveau qui prononce mentalement les mots).
            - élargir physiologiquement son champ de lecture et maîtriser les saccades de ses yeux.
            - apprendre à repérer les termes importants.
            - apprendre à résumer et retenir l’essentiel d’une lecture,
    méthodes qui ne sont pas à la portée d’un enfant et empêchent au contraire le bon apprentissage initial de la lecture.

        Contrairement à ce que l’on croit, la lecture rapide demande une attention plus grande que la lecture habituelle, et il faut se concentrer et demander un effort beaucoup plus grand à notre cortex préfrontal. On se fatigue donc plus vite et on ne peut pas lire ainsi tout un roman : ce type de lecture est réservé à des documents peu volumineux et des temps de lecture séparés par des temps de repos entre les documents lus (par exemple du courrier).
        Il faut apprendre à se concentrer au maximum et surtout à maintenir sa concentration. C’est une question de volonté et de fatigue.

        La subvocalisation est le phénomène consistant à prononcer mentalement les mots lus lors d'une lecture silencieuse c'est-à-dire que la lecture devient un discours intérieur.. Elle est inutile et ralentit beaucoup la lecture sans améliorer la compréhension car le cerveau n'a pas besoin d'« entendre » le mot pour en comprendre le sens.
        Mais contrairement à ce que l’on dit ce n’est pas un défaut. Elle est nécessaire au moment de l’apprentissage de la lecture, de la même façon que lorsque, sachant écrire à la main, vous apprenez à taper de vos dix doigts sur le clavier : au début vous épelez les mots pour chercher les touches et ce n’est que lorsque vous vous serez débarrassé de cette habitude que vous taperez vite en anticipant mentalement sur votre frappe, comme vous le faisiez sur votre écriture.
        On arrive avec l’habitude à se forcer à ne pas subvocaliser, mais on constate alors que les erreurs de compréhension et de mémorisation sont alors plus nombreuses.

        On sait aujourd'hui que I'œil d’un enfant ne peut voir plus d'un mot complet. En raison du câblage des cellules photo-réceptrices de la rétine au cerveau, nous ne voyons avec précision qu’un tout petit secteur sur le papier, et les enregistrements réalisés avec des caméras  montrent que les yeux de l'enfant réalisent de courtes pauses sur les lettres au rythme de trois par seconde, saisissant de petits groupes de lettres les uns après les autres.
        Un adulte peut augmenter ce champ de vision  en déplaçant un carton muni d’une fenêtre devant le texte, cette fenêtre étant agrandie progressivement à deux puis trois mots au cours de l’apprentissage, de même qu’on augmente la vitesse de déplacement de la fenêtre et que l’on diminue ainsi les temps de pause.
        On peut ainsi augmenter le champ de vision des mots et la vitesse de parcours du texte, mais ceci n’est possible qu’à une distance assez précise du document qui dépend de votre vision.

        Mais ceci ne suffit pas et vous risquez de ne pas bien assimiler ce que vous lisez et il faut un entraînement complémentaire cognitif pour faire travailler davantage et mieux votre cerveau frontal.
        Les connaissances ou souvenirs stockés en mémoire à long terme peuvent durer des semaines, voire toute une vie (si on les rappelle régulièrement). Les connaissances ou souvenirs stockés en mémoire à court terme (les mémoires “tampon” dont se sert le cortex préfrontal), ne durent qu’au plus quelques secondes si un effort n’est pas fait pour se les rappeler (par exemple par répétition).
        Il y a trois états possibles d’une connaissance : un état de non-acquisition; un état d’acquisition instable (stockage en mémoire tampon); un état d’acquisition stabilisé (stockage en mémoire à long terme). Des expériences ont montré que l’utilisation d’une méthode qui choisit selon certains critères les items à réétudier optimisait l’efficacité des études.
        La lecture rapide va de pair avec une bonne mémoire, d’une part à court terme et d’autre part une bonne transformation en un souvenir à moyen terme.
        Un lecteur qui ne peut conserver en « mémoire immédiate” tous les mots d’une phrase, trébuche mentalement, revient en arrière : il lit donc plus lentement et retient mal.
        Il arrive à l’oeil du bon lecteur et aux mécanismes mentaux qui le commandent, d’anticiper certains des mots des phrases qu’il lit et donc de les lire plus vite. De même notre cerveau préfrontal fait des prévisions par exemple celle de la signification du mot. (soit « venir » soit « apparaître » pour le mot « venir ») ou la nature syntaxique du mot (substantif, verbe, adjectif...) ou son genre (masculin, féminin).
        Ce n’est plus la lecture proprement dite qui va plus vite, mais le mécanisme de reconnaissance et de compréhension dans le cortex frontal et les centres associés de la mémorisation des mots (centres de Wernicke et de Geschwind, dont j’ai déjà parlé dans des articles sur la parole).
        On peut donc d’une part faire des exercices pour améliorer sa mémoire à court terme et la transformation des données en mémoire à moyen terme et d’autre part des exercices qui font reconnaitre dans le texte qu’on lit, sujet, verbes, complément et adjectifs, prépositions ou adverbes importants (par exemple les négations !), en négligeant en quelque sorte les autres mots.
        Un bon entraînement consiste également à résumer des textes en en sortant les idées principales.
        Ainsi, la recherche de “mots signaux” dans une page et la sélection des parties essentielles permettent au lecteur de démultiplier sa vitesse de lecture, en augmentant la vitesse de traitement de notre cortex frontal et des centres associés, notamment de la mémoire des mots.

        J’ai fait il y a 50 ans un tel apprentissage de lecture rapide et je peux vous certifier que l’on augmente sa vitesse de lecture de façon notable, mais sur des textes courts et au détriment de la compréhension des nuances et des détails.
        Mais cela permet par exemple de gagner un temps précieux sur la lecture du courrier.
        Vous vous rappelez les lettres que vous avez lues, les sujets et en gros ce qu’elles disaient.
        Mais si l’une d’elle est très importante et comporte des points particuliers, en général vous la mettez de coté pour la relire à vitesse normale, en pesant tous les termes.
        C’est vrai également pour un contrat, pour un article scientifique. Cela vous permet d’en parcourir vite les pages et de cocher certains paragraphes importants, que vous viendrez relire ensuite, pour mieux en saisir les nuances.
        Je ne conseille pas à mes correspondant(e)s littéraires de lire ainsi les livres nécessaires à leurs études, ni aux étudiant(e)s de prépa ou de médecine de lire leurs cours pour les apprendre en lecture rapide
     
       La lecture rapide n’est qu’un survol de reconnaissance d’un texte.

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