• La gestion des risques.

    La gestion des risques.

              Mon article sur la limitation de vitesse à 80km/h m'a valu quelques mails, reposant la question de la validité des statistiques.

                Nos gouvernements ont des réactions curieuses, pour prendre les décisions concernant leurs concitoyens.           
                 Quand une question bien concrète se présente et qu'il faut se décider sur un objectif clair, comme la diminution du nombre de morts sur la route (ce qui est louable), alors ils croient tout savoir, ne font aucune concertation, n'écoutent personne sauf leur intuition, et évidemment, ils se plantent.
                 Mais quand le problème est celui d'un risque peu certain et diffus, auquel ils ne comprennent rien, et auquel les scientifiques ne savent pas répondre de façon sûre, alors là ils tiennent compte de l'opinion publique, pourtant saisie d'une peur irraisonnée et peu logique, et appliquent le principe de précaution, au lieu d'essayer d'étudier les faits et d'informer la population, et évidemment, ils se plantent à nouveau.                    
                  Nos politiques n'ont pas l'air de comprendre les statistiques. Est ce au programme de l'ENA.?

                  Je rappellerai tout d'abord qu'il faut se méfier de nos réflexes intuitifs en matière de statistiques et également de toute affirmation dans ce domaine qui n'est pas accompagnée de chiffres interprétables et des conditions de l'étude.
                  Vous avez une chance sur deux de tirer pile ou face avec une pièce de monnaie (à deux faces bien sûr !). Et donc vous vous attendez sur une série de tirages à avoir autant de piles que de faces. C'est vrai si le nombre de tirages est très grand.

                  Mais vous pouvez avoir six fois de suite "pile", bien que ce soit d'une faible probabilité. Et j'entends souvent dire : maintenant je suis sûr qu'on va enfin avoir "face" car c'est très probable. Eh bien non, vous n'avez toujours qu'une chance sur deux car les tirages sont indépendants !
                  Je vois aussi à l'aéroport des gens inquiets parce qu'il n'y a pas eu d'accident depuis longtemps ou d'autres qui sont plus rassurés parce qu'il y a eu la veille un accident et que donc cela a très peu de chances de se reproduire. Ce sont aussi des erreurs d'intuition dues à l'interprétation intuitive que nous faisons de la très faible probabilité des accidents d'avion.

                  Autre incompréhension, les calculs mathématiques de corrélation.
                  Quand la statistique montre une forte corrélation entre deux phénomènes, ce n'est qu'un calcul mathématique qui signifie qu'il y a un lien entre les deux phénomènes, mais il peut être très lointain ! Rien n'indique que l'un est la cause de l'autre.

                  Je cite toujours l'exemple de la corrélation entre la mortalité des vieillards et les dépenses de chauffage; il ne faudrait pas en déduire que pour empêcher les vieillards de mourir, il ne faut pas les chauffer ! Sans doute simplement les périodes de fort chauffage sont des périodes de froid pendant lesquelles les personnes âgées sont plus facilement malades étal proportion de morts est plus importante
                  Pour établir qu'un phénomène est la cause de l'autre, en plus de la corrélation mathématique, il faut une explication scientifique ou au moins rationnelle, du mécanisme de la cause à l'effet.,

                  Autre incompréhension : les risques faibles, surtout s'ils sont confrontés à des risques naturels ou provenant d'autres causes.
                 
    Si on vous dit qu'il y a une chance sur 10 millions que vous ayez telle maladie, cela fera dire à certain qu'il ne faut pas s'en soucier, et d'autres auront peur car cela veut dire que sur terre il y à 770 personnes qui ont cette maladie et cela pourrait être vous.

                  En fait il faudrait connaître les conditions exactes épidémiologiques, car peut être certaines précautions permettraient d'éliminer le risque, ou de voir que vous êtes dans un environnement qui rend pratiquement nul le risque encouru.

    La gestion des risques.           J'ai déjà cité l'erreur que l'on fait dans l'évaluation des risques de cancer en fonction d'une quantité ou d'une dose, en extrapolant des droites de régression au dessous de la probabilité naturelle de cancers.
               
    En fait au dessous de ce chiffre on n'a pas plus de chance d'avoir un cancer que si on n'était pas soumis au phénomène. (cf. figure pour le risque face aux rayonnements ionisants)

    Je pense que pour être clair vis à vis de la population qui ne peut rentrer dans les détails des études, on ne devrait mentionner que la différence entre les deux probabilités est nulle quand on atteint la probabilité de cancers naturels.

                Les deux notions les plus difficiles à admettre, c'est qu'en statistiques, on ne peut jamais montrer que le risque est zéro (il y a toujours un nombre plus petit que n'importe quel nombre), et que d'autre part la valeur statistique n'est qu'un calcul moyen et que la réalité peut s'en écarter dans certaines circonstances spécifiques. Et pour les personnes atteintes, le risque est devenu la réalité à 100%.
                 Je prends un exemple : vous êtes loin de tout cours d'eau, de toute conduite importante d'eau et donc le risque d'inondation de votre maison est très faible. Mais il n'est pas nul car des orages où il tombe en une heure 150 litres par m2, cela arrive exceptionnellement.
                 Mais si votre maison est sur une hauteur, ou si elle comporte un rez de chaussée surélevé, le risque est moindre.
                 Par contre, sauf si vous êtes imprudent dans un zoo, le risque, en France, de vous faire mordre par un lion est pratiquement nul (sauf si vus êtes dompteur).

                 Enfin je suis étonné du manque de logique avec lequel on compare les risques.
                 Beaucoup de personnes ont très peur des voyages en avion alors qu'ils utilisent voiture ou moto couramment. Or le taux de mortalité pour 100 millions de passagers X kilomètres est de 16 pour les motos, 0,8 pour les voitures, 0,08 pour les autocars et 0,001 pour l'aviation civile.

                 On s'inquiète pour des risques très faibles alors que la mortalité est principalement due aux cancers (160 770 en 2017 sur 606 000 décès au total) et accidents de circulation sanguine (149 540) et que les accidents domestiques font plus de 20 000 morts (brûlures, chutes, bricolage...) et maladies infectieuses et parasitaires, un peu plus de 11 000 morts;
    on parle beaucoup des 3 456 morts sur la route, mais peu des 10 524 suicides et des 470 000 personnes atteintes de troubles mentaux (statistiques 2014).
    Un rapport intéressant sur la santé en France en 2017 : 
    http://invs.santepubliquefrance.fr/publications/etat_sante_2017/ESP2017_Ouvrage_complet_vdef.pdf           
              On a peur du nucléaire quand les accidents corporels sur les 50 dernières années sont nuls en comparaison de ceux de l'industrie, et la pollution négligeable à coté de celle des usines chimiques. On a peur d'un Tchernobyl dont la probabilité en France est quasi nulle, alors qu'on oublie l'explosion d'AZF à Toulouse ou le drame de Sévéso en Italie.

                  Finalement, il n'y a qu'une seule chose de certaine : nous mourrons tous un jour ! Soyons patients lol.

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