• La crédulité des hommes

        

    La crédulité des hommes

     La crédulité des hommes La crédulité des hommes


                Je dis souvent que je suis étonné du manque de bon sens de nos jours, de beaucoup de personnes et notamment de la crédulité des gens, surtout chez les jeunes, dont beaucoup me paraissent très crédules et croient ce qu’on leur dit, pourvu que cela ait l’air logique, ou que cela provoque une émotion qui les touche.
                Certes c’est faire confiance facilement et c’est une qualité, mais cela peut être nocif, notamment sur internet où circulent de nombreuses informations fausses, voire destinées à tromper et à escroquer les internautes crédules.

                A t’on une idée des raisons de cette crédulité, en matière de fonctionnement de notre cerveau.?
               
                Nous pouvons être abusé par nos sens et percevoir une sensation de façon erronée, mais c’est rarement une question de crédulité, mais un défaut d’analyse de la perception dans lequel notre capacité de jugement n’est que peu en cause : c’est la cas par exemple des illusions d’optique ou des dessins en trompe-l’œil.

                Nous pouvons aussi penser vraie une proposition, après une analyse logique, où nous avons été trompés par un « biais de raisonnement ». Là encore, notre cerveau a cette fait une erreur, mais ce n’est que rarement un problème de crédulité.
                Les informations qui mettent en cause notre crédulité sont en général celles qui sont communiquées par autrui, que ce soit oralement ou par lecture sur des journaux , livres ou internet, ou à la vue de certaines images fixes ou vidéo.
                Normalement on ne devrait pas y croire, mais… et on ressent à postériori une certaine gêne : « comment ai-je pu croire une chose pareille !! ».
                En effet normalement notre cerveau analyse et réfute ce qui nous paraît faux, mais notre cerveau n’est pas parfait. Il ne peut notamment consacrer assez de temps et d’énergie à une analyse approfondie, et donc il peut faire des erreurs.
                En fait il est utile de collecter de nombreuses informations et notre cerveau est programmé par l’évolution, à la fois pour s’informer, mais aussi pour ne pas croire n’importe quoi. Mais entre les deux tendances il peut y avoir des failles.

                Au départ, il est normal qu’un enfant soit crédule et fasse confiance aux gens qui lui donnent des informations. Pour douter de la véracité de l’une d’entre elles, il faut en effet avoir eu connaissance d’informations éventuellement contradictoires.
                  Mais très vite l’enfant apprend à douter de ce qui est en contradiction avec les faits dont il a l’habitude : les noms des objets courants, les images de l’environnement, ses possibilités gestuelles.    
                Par contre il est sensible à une croyance partagée par plusieurs personne et ce sera encore vrai pour influencer les ados et les adultes.
                Il est certain que l’éducation et l’instruction jouent un rôle important. Un famille où l’on a l’habitude de discuter de la véracité des informations, une instruction scientifique qui favorise la logique, le raisonnement et la référence à des théories, favorise sûrement la capacité à douter.
                 A l’inverse un scepticisme à outrance, peut amener à rejeter des informations contradictoires vraies au profit de la première hypothèse qui était fausse.
                Les émotions influencent aussi notre jugement, nous croyons plus volontiers des informations d’une part qui nous touchent émotionnellement et d’autre part qui nous sont données par des personnes qui nous sont chères.
                Le cerveau a également plus de facilité à croire une information qui suscite un certain plaisir induisant une production de dopamine par ses centres de récompense.

                Le cerveau a deux filtres principaux pour trier les informations :

                Le filtre cognitif, que l'on pourrait appeler le "sens critique" ou simplement le "bon sens", cherche à établir si une information est crédible ou non au regard de l'expérience et de la culture de chacun.
                Face à une information absurde ou contre-intuitive, (un vaisseau martien atterrit dans mon jardin !), nous exerçons spontanément ce filtre cognitif.
                Evidemment ce filtre est donc plus ou moins performant selon l'éducation et l'instruction que nous avons reçue, mais aussi suivant notre personnalité (avons nous une préférence cérébrale de décision "logique"?), et aussi selon l'expérience que nous a apportée la vie.
                La défaillance de ce filtre peut se manifester de deux façons :
                       - la première apparaît comme une acceptation non critique de choses ou de possibilités invérifiables. Ces croyances invérifiables appartiennent le plus souvent aux religions ou à un corps de doctrines et de rites pratiqués en groupe, sous une autorité hiérarchisée. C'est le cas de l'adhésion aux doctrines de sectes.
                     - la deuxième manifestation de la crédulité, consiste en une acceptation non critique de choses ou de possibilités vérifiables, ce qui relève d'une confiance naïve et paresseuse. Une analyse logique et scientifique correcte devrait les éliminer; encore faut il avoir les connaissances suffisantes, et la volonté de le faire (c’est fatigant !!).

                Le filtre émotionnel trie ce qui est désirable ou non. Car pour qu'une information soit acceptée, il ne suffit pas qu'elle paraisse vraie ou fausse, il faut aussi qu'elle ne perturbe pas trop l'équilibre psychique
                Le filtre émotionnel tient compte de nos désirs, de nos sentiments, de nos valeurs morales et religieuses.
                Si nous désirons fortement quelque chose, toute information qui nous porte à croire que ce désir va être exaucé, apparaît comme bienvenue, et nous avons davantage tendance à la croire. Tout l'art des astrologues et cartomanciens est fondé sur cette tendance, leur problème étant de nous faire avouer nos désirs profonds, sans que nous nous en rendions compte.
                Des personnes ayant une grande curiosité intellectuelle et une éducation sentimentale, morale et religieuse poussée, peuvent trouver dans des doctrines ou croyances très discutables - comme l'astrologie par exemple - un élément qui les passionne et les rassure, ne sachant plus ce qui relève de la croyance non fondée et de la raison, tout en ayant l'illusion d'accéder à des niveaux de compréhension supérieurs.

                 Le psychologue américain Robert Cialdini a montré que, bien que notre cerveau soit équipé de certains mécanismes fondamentaux destinés à vérifier la cohérence des informations communiquées, par autrui, notre esprit n'a pas les moyens d'être exhaustif, et il utilise par conséquent de nombreux raccourcis cognitifs pour se forger une opinion, ce qui n'est pas sans inconvénients.
                En cas d'incertitude, on a tendance à former ses croyances en se référant à ce qui semble être admis par le plus grand nombre de personnes ; plus on a l'impression qu'une croyance est partagée, plus elle a des chances d'être acceptée par le système cognitif.
                Si cette stratégie se révèle satisfaisante dans de nombreuses situations, elle peut aussi conduire à adhérer à des idées fausses, notamment lorsque ce mécanisme est mis à profit par des personnes mal intentionnées, notamment sur internet.
                Le tri effectué est loin d'être imperméable à toute forme d'informations erronées, car d'une part il est indispensable que ce filtrage soit une évaluation automatique et très rapide, et d'autre part, l'évaluation logique doit aussi se préoccuper des conséquences émotion-nelles que les informations reçues auraient sur l'organisme.
                Et comme le filtre émotionnel a également son mot à dire, ils entrent tous deux en compétition.

          Alors comment procède un manipulateur pour nous faire croire à ses arguments ?
                D'abord, il essaie d'avoir des arguments qui soient vraisemblables au plan de la logique ou des connaissances moyennes des individus ou de leurs habitudes.
                Ainsi dans les arnaques sur internet pour vous extorquer des renseignements sur votre messagerie ou vos comptes bancaires, on vous envoie un message avec des en-têtes qui sont exactement celles de l'organisme qui est censé vous demander les renseignements. Il vous faudrait un examen de plusieurs minutes avec les deux modèles sur votre écran, pour déceler de petites différences.
              Ensuite il s'adresse à votre émotivité ou aux conséquences possible de votre émotivité en vous promettant soit un cadeau "vous n'allez pas le croire, vous êtes le millième gagnant...", soit il va vous faire peur "pour que vous puissiez continuer à vous servir de votre compte, vous devez...." et vous vous imaginez privé(e) de votre carte bleue.
             Ainsi, l'art des manipulateurs consiste à formuler leurs thèses de façon à ce qu'elles soient évaluées positivement par les mécanismes du filtre cognitif  en leur donnant une tournure apparemment logique, en faisant miroiter les conséquences émotionnelles positives de leurs propositions, ou en utilisant éventuellement des complices afin de susciter un effet de consensus, tout en tenant un discours clairement articulé qui procure une satisfaction intellectuelle.
            A l'inverse, on croit peu aux prédictions funestes, car elles procurent des émotions négatives, sauf lorsque le danger est imminent et que la réaction de survie paraît essentielle. Dans ce cas, nos centres amygdaliens s'emparent du problème, et le filtre cognitif est court-circuité, car la nécessité d'agir rapidement l'emporte, er la crédulité devient totale.

           Mais personnellement, ce qui m'ennuie le plus, c'est que les journalistes, pour faire du sensationnel, notamment à la télé, disent souvent n'importe quoi, sans vérifier si c'est vrai, et même sans penser aux conséquences possibles de ce qu'ils disent.
          Et, sur les réseaux sociaux, c'est encore pire; c'est normal, tout le monde peut y publier ce qu'il veut, sans réfléchir. 
          Cette liberté d'expression est essentielle pour notre liberté de penser, mais le progrès et notamment internet, comme la médaille, ont leur revers.

           Mais cette crédulité et ce manque de bonnes ont aussi des raisons qui proviennent du mode de vie de nos jours. C'est ce que j'essaierai d'analyser demain.

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