• J'entends des voix, au secours !!

    J'entends des voix, au secours !!

        Pour comprendre ce phénomène (entendre des voix), il faut se rappeler ce que j’avais dit sur l’organisation de l’hémisphère gauche du cerveau en matière de langage (voir article du 25 septembre 2016).
        En simplifiant, cinq centres sont principalement concernés en plus bien entendu du cortex frontal qui “pense” :


            - le centre d’interprétation auditive  qui entend les sons et
            - le centre de Wernicke qui “comprend le langage”.

        L'oreille transmets les sons à l'aire auditive qui les décrypte et, lorsqu'il s'agit de mots (ou de sons apparentés), les signaux sont transmis à l'aire de Wernicke qui va les analyser, reconnaître s'il s'agit de langage et le décrypter en partie. Elle se met en relation avec l'aire de Geschwind qui stocke le vocabulaire, pour en comprendre la signification.

            - les centres de Geschwind qui “mémorisent le sens des mots”.
        A l'intersection des cortex auditif, visuel et sensoriel avec lesquels ils sont massivement connectés, ils sont en relation avec de nombreux neurones du cerveau qui sont des relais de la mémoire, afin d’appréhender les multiples propriétés d'un mot : son aspect visuel, sa fonction, son nom, etc.
        Ils aident ainsi le cerveau à classifier et à étiqueter les choses, une condition préalable pour former des concepts et une pensée abstraite.

            - le centre de Broca qui “exprime le langage”.
        Pour parler, pour écrire, l'aire de Wernicke a besoin de l'aire de l'aire de Broca.
        Celle ci va utiliser grammaire et syntaxe et mettre les mots en phrases, puis elle va commander les muscles de la parole ou de l'écriture, par l'intermédiaire du cortex moteur primaire.
        Il semble en outre que l'aire de Broca intervient dans les calculs et certains raisonnements mathématiques.
        Elle interviendrait également dans l'organisation de mouvements très complexes mettant en jeu nos muscles, et sans aucun rapport avec le parole (des gestes de grande précision par exemple).

            - une aire “moteur primaire” commandant les mouvements de la glotte, des lèvres et des autres parties associées à la production physique des sons de la parole ou les muscles des mains lors de l’écriture ou de la frappe.
        C’est l’aire de Broca qui la dirige.

        Maintenant faites un petit exercice :
        Pensez au prochain article, ou à une lettre que vous allez écrire à une amie, ou à ce que vous allez raconter de votre journée à vos parents et essayez de faire mentalement un brouillon.
        Vous allez vous rendre compte alors que vous utilisez des mots : la pensée de l’homme se fait essentiellement en utilisant le langage.
        Mais ces mots vous ne les entendez pas, vous les comprenez directement sans les entendre et vous savez que c’est vous qui en êtes l’auteur.
        En outre vous les associez à des émotions et des images qui viennent de l’hémisphère droit par le canal du “corps calleux”, ce gros faisceau qui contient des millions de fibres nerveuses et transmet les informations d’un hémisphère à l’autre.
        Pourquoi ne les entendez vous pas.?
        

        Lorsque vous parlez le cortex frontal, Wernicke et Geschwind conçoivent les idées avec des mots et ils envoient ce “brouillon” à Broca qui va utiliser syntaxe et grammaire pour en faire une phrase compréhensible et correcte. Puis Broca va actionner les organes de la parole. Votre attention est concentrée sur la conception et l’expression de ce que vous allez dire et donc est “en avance” de quelques secondes et  de quelques mots sur ce que transmets et fait dire Broca à vos lèvres.
        Certes vous entendez ce que vous dites et Wernicke traduit cette audition, mais juste pour vérifier que c’est conforme à ce que l’on voulait dire et repérer des “lapsus”. En fait le centre de Broca, quand vous parlez, inhibe toute transmission interne en retour vers le centre de Wernicke, de telle sorte qu’il ne traite pas votre propre parole avec la même attention que si c’était quelqu’un d’autre qui parlait.
        C’est un peu comme ce qui se passe lorsque vous utilisez un interphone qui, lorsqu’il émet diminue l’amplification de la réception, et vice-versa, pour éviter les interférences et notamment les sifflements “Larsen” que vous avez sûrement déjà entendus, en cas de mauvais réglages d’amplification.

        C’est une organisation qu’a mise en place l’évolution pour que Wernicke et Geschwind se consacrent entièrement à la traduction en mots des idées du cortex frontal et ne se laissent pas distraire par votre propre parole.
        Lorsque nous pensons ce “blocage” est plus important; non seulement les centres moteurs de la parole ne sont pas activés, mais la transmission vers le centre de Wernicke est bloquée, car il n’a aucune de vos propres paroles à écouter, puisque vous pensez “intérieurement”, et ne parlez pas.

        C’est ce que montre le premier schéma ci-dessous, à gauche.

    http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/hallucinationsvoix.jpg


        Chez certaines personnes, quelques unes atteintes de schizophrénie, mais d’autres non, et qui ont seulement une anomalie dans les connexions entre les centres de la parole, cette inhibition n’existe plus ou est temporairement perturbée, comme le montre le deuxième schéma à droite.
        On n’en connaît pas la raison exacte car il n’est évidemment pas possible d’expérimenter sur le cerveau humain d’une personne vivante, et l’expérimentation animale est exclue, puisque les animaux ne savent pas parler et ne pensent pas avec des mots.

        Donc dans ce cas anormal, le centre de Broca renvoie dans le cerveau même, les informations non seulement vers le cortex, mais aussi vers le centre de Wernicke et donc aussi celui de Gechwind. Ceux ci se comportent alors comme s’ils recevaient ces information du centre de traitement auditif et croient qu’il s’agit de personnes extérieures qui vous parlent.
        Ceci n’a rien d’une démence : c’est une simple anomalie dans les connexions (peut être des connexions en trop qui ne se sont pas éliminées?)

      
     Les personnes en cause croient alors “entendre des voix” d’autres individus qui leur disent en fait ce qu’elles pensent elles-mêmes, ce qu’elles étaient en train d’élaborer comme pensées. Ces voix semblent réelles entendues par l’oreille droite ou même les deux oreilles et alors localisées.

        Ceci peut se produire non seulement en cas d’anomalies cérébrales, mais aussi sous l’effet de drogues hypnotiques (des hallucinogènes tel le LSD) ou bien lors d’états de concentration extrème et de déconnexion du monde réel, comme cela arrive chez certains religieux en méditation.
        Lorsqu’il s’agit de conditions normales, ces voix peuvent faire très peur à la personne qui les entend et elles sont mal supportées. Dans d’autres cas la personne est indifférente, soit qu’elle y soit habituée, soit que son cortex frontal se rende compte que le phénomène n’est pas tout à fait normal.
        Une personne hallucinée se concentre difficilement, porte une attention extrème à l’environnement qui l’effraie, porte des bouchons d’oreille ou écoute sans cesse de la musique pour se protéger contre ces voix qui l’assaillent.
        Parfois elle semble répondre à un interlocuteur imaginaire voire exprime à voix basse le contenu de ses hallucinations, le blocage de Broca vers les centres moteurs de la parole n’étant que partiel.

         Les voix paraissent étrangères effectivemnt puisque Wernicke, (et donc le cortex préfrontal, notre conscience) croient qu’elles viennent de l’aire d’interprétation auditive et donc de personnes extérieures, autres que nous.
        En ce qui concerne le timbre dela voix, c’est l’équivalent de Wernicke dans l’hémisphère droit qui travaille et communique ensuite par le cortex calleux  avec l’hémisphère gauche.
        Il peut avoir les mêmes anomalies que le coté gauche, mais même en admettant qu’il ne transmette rien au cortex préfrontal, celui ci est ahuri, devant un phénomène anormal et capable d’inventer une explication pour ce qu’il ne comprend pas et inventer une intonation qu’il n’a pas “reçue” et donc assez farfelue. Cette intervention “menteuse” du cortex préfrontal est assez fréquente et est mentionnée dans les recherches que j’ai lues, sur maints sujets autres que les hallucinations.
        On ne saisit pas toujours le sens soit parce qu’on ne “pense” pas clairement (c’est le cortex préfrontal qui pense - les aires de Wernicke, Geswind, Broca sont des exécutants...), soit parce que la communication qui ne devrait pas exister, n’est pas franche et donc brouillée. En plus c’est le cortex préfrontal qui devrait comprendre et s’il ne comprend pas, il  peut soit nous le dire, soit inventer pour cacher son inefficacité. (je dis en riant qu’il n’aime pas ne pas comprendre et se vexe, ce n’est pas vrai : je lui prête là des sentiments complexes - en fait c’est un réflexe de fonctionnement du cerveau : il faut une explication, la “machine” est là pour cela, elle en donne une !!)

        En résumé la personne qui “entend des voix” entend seulement ses propres pensées en croyant qu’elles viennent d’autrui et cela provient d’une communication anormale interne du centre de Broca vers le centre de Wernicke, qui croit alors à tort que cette information lui est envoyée par le centre d’interprétation auditive.

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  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Juillet 2019 à 08:26

    dingue ce truc, dieu merci j'en entends pas ! je crois que j'aurai du mal à le vivre .. 

    impressionnant, un bon w.end, biz flo

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