• Inné ou acquis : une discussion biaisée par des considérations politiques, philosophiques ou religieuses.

    Inné ou acquis : une discussion biaisée par des considérations politiques, philosophiques ou religieuses.

              Un de mes correspondants émet dans un mail, des doutes sur l’influence de nos aptitudes innées ou héréditaires sur nos comportements et il pense que tout vient de notre éducation. Il conteste encore plus l’héritage ancestral de la civilisation, ce que Jung appelle les “archétypes”. Il ne croit pas aux théories de l’évolution.

              Je ne veux pas entrer dans le débat de savoir si le darwinisme est incompatible avec la religion, et notamment le Coran, c’est une discussion qui me paraît stérile, car Dieu ne pourra jamais nous dire ce qu’il en pense et l’homme me paraît bien présomptueux de parler à sa place.
              Certes les théories de Darwin datent maintenant, mais on trouve dans de nombreuses disciplines scientifiques des  conséquences plausibles de ses théories, en particulier la transmission de comportement qui concourent à la survie de l’espèce (chez les animaux mais aussi chez l’homme).

              Je voudrais vous donner quelques exemples de notre comportement qui semblent être innés et qui, dans certains cas, peuvent venir d’âges lointains.
              Ils résultent d’études de neuropsychologues.

              Si l’on vous disait que, de loin, la silhouette d'un homme en train de marcher donne l'impression de s'approcher, alors que celle d'une femme donne l'impression de s'éloigner vous seriez sûrement étonnés. Pourtant c’est ce qu’ont montré des chercheurs de l'Université de Coffs Harbour en Australie, dirigés par A. Brooks. 
              Des hommes et des femmes ont été filmés en train de marcher sur un tapis roulant, dans l'obscurité, avec de petites lampes fixées sur les articulations des coudes, des genoux, des poignets, des chevilles, des hanches et à la chevelure. Le film permet de reconnaître une silhouette en train de marcher, mais pas de savoir si elle s'approche ou si elle s'éloigne.

              Mais lorsqu'on demande à des volontaires d'indiquer si la personne s'éloigne ou s'approche, ils disent généralement que la silhouette masculine vient vers eux, alors que la silhouette féminine s'en éloigne.
              Selon les psychologues, le système d’interprétation visuel humain qui est situé à l’arrière de notre crâne, au dessus de la nuque, aurait évolué pour réagir rapidement en cas d'ambiguïté: si l'on ne sait pas si un homme s'approche ou s'éloigne, il vaut mieux supposer qu'il s'approche, car cela permet de se préparer à fuir ou à combattre. Par contre, une femme est rarement hostile, et dans le doute il vaut mieux (surtout pour un enfant si c'est sa mère) supposer qu'elle s'éloigne, afin de mieux la rattraper, car elle est synonyme de survie.
            Evidemment cette tendance nos paraît ridicule au siècle de l’automobile, de l’avion et de l’exploration de l’espace et pourtant.....

               Un autre exemple de l’influence de l’innéité indépendemment de l’éducation.
              
    Des chercheurs américains ont mené des études sur des enfants de provenance éducatives très différentes et ont constaté certains comportements communs.
              
    Par exemple un jeune enfant partage difficilement ce qui lui appartient, jouets ou friandise et se montre égoïste jusque vers l’âge de sept ans , puis il semble s’ouvrir à un partage et même se montrent parfois très égalitaires dans la répartition des choses agréables.

              Selon les chercheur cette transformation de l’égoïsme vers l’égalitarisme se ferait à un âge où le cerveau atteint un développement suffisant (cerveau émotionnel ou plus probablement connexion avec le cerveau préfrontal) et serait donc une expression de la génétique (pas forcément de l’hérédité, mais l’expression d’un gêne très répandu dans l’espèce).
              On peut interpréter cela comme la tendance à favoriser la survie du groupe sans lequel l’individu seul ne survivrait pas, mais rien ne permet de conforter cette hypothèse.

             Troisième exemple d’une étude faite par des chercheurs des Pays Bas. 
             
    Les enfants seraient plus sensibles aux encouragements avant une dizaine d’années et plus à même de tirer parti des punitions ensuite.
              
    Lors d’expériences d'étude du comportement face à des actions positives ou négatives de l’environnement, les chercheurs ont constaté que les enfants de 8 ou 9 ans prenaient de meilleures décisions lorsqu'ils recevaient des messages positifs alors que les enfants de 11 ou 12 ans tiraient aussi parti des messages négatifs.

              Ces expériences, réalisées sous scanner, ont révélé que le cortex préfrontal dorso-latéral (une zone du cerveau qui adapte le comportement aux changements de l'environnement et prévoit en partie les conséquences de nos actes correspondantes), cette zone  s'activait en réaction aux messages d'encouragementdes chez des enfants de 8/9 ans, mais jamais suite à des commentaires négatifs. C'était exactement le contraire chez les enfants de 11/12 ans.
              Évidemment, un enfant même très petit, peut parfaitement comprendre un interdit et s'y conformer !    
              Mais en ce qui concerne le raisonnement déductif  pratiqué lors de l’étude, le cortex serait donc presque indépendemment de l’éducation, peu sensible aux instructions formulées sur un mode négatif avant une dizaine d’années et les messages d'erreur ne sont bien pris en compte par le cortex au-delà de 10 ans. 
              Dans leur conclusion les chercheurs pensent que les enfants seraient plus sensibles aux encouragements avant l'âge de dix ans, et plus à même de tirer parti des punitions ensuite et que, dans les apprentissages scolaires notamment, il est sans doute plus plus efficace d'insister sur les succès d'un enfant de moins de dix ans,que sur ses erreurs.
              Il semble bien qu’il s’agisse d’un problème de développement du cerveau lié à l’expression à un moment donné d’un gêne, presque indépendamment de l’environnement.

               Cependant il ne faut pas pour autant négliger l’influence de l’environnement. C’est la croyance démesurée en les qualités innées et héréditaires, qui conduit au racisme et à l’eugénisme et a justifié sous Hitler, les atrocités faites par les SS et les nazis.

              L’environnement a une énorme influence sur notre apprentissage et notre développement. En fait nous sommes déterminés par nos gênes puis par notre environnement (et même par nos gènes dans notre vie, comme nous l’enseigne l’épigénétique). Les deux sont inséparables.

               Mais faisons des suppositions irréalistes : supposons qu’il n’y ait pas de gènes : il n’y aurait ni corps, ni cerveau, ni être vivant et l’environnement n’y pourrait rien. 
              
    Si nous avions tous les mêmes gênes nous serions tous des clones semblables les uns aux autres, comme des robots et seule ensuite notre éducation et notre environnement feraient la différence.

              A l’inverse si nous avions un système d’éducation qui soit strictement identique pour tous dans le moindre détail, que ce soit par les parents ou à l’école, alors seuls les différences apportées par les gènes interviendrait.
              Mais l’absurdité de ces suppositions montre que inné et acquis interviennet tous deux dans nos comportements.

               Je remarque par contre que ce débat inné-acquis refait surface dans toute campagne ou polémique politique, les partisans de l’inné étant plutôt de droite et ceux de l’acquis, de gauche. C’est en fait de la langue de bois, l’idée de suprématie de l’inné permettant de faire moins d’efforts pour les humains et de conserver les privilèges et d’excuser autorité et injustices, et l’idée de suprématie de l’acquis justifiant un plus grand effort d’instruction, de lutte contre la pauvreté et de renouvellement des dirigeants de la société.
              En fait un débat idéologique sur ce sujet est forcément faux et stérile, car son but est ailleurs à des fins politiques, philosophiques ou religieuses et non à un examen scientifique de la question.

               De plus chaque cas est particulier. On peut étudier de façon très approximative l’influence de l’acquis et de l’inné par des méthodes statistiques et des études sur des populations ou sur des jumeaux. On trouve souvent des pourcentages qui tournent autour de 50/50.
              Mais ce peut être très différents et certains professeurs me soutenaient que un bon accent en anglais (langue étrangère) était de l’ordre de l’acquis, de l’apprentissage en classe et sur le terrain.
              C’est vrai en grande partie, mais l’inné peut ijtervenir dans notre sensibilité de l’oreille et du cerveau à saisir certains sons, à être capable de les reproduire.

              Pour illustrer cette question je traiterai deux cas dans les prochains articles : celui des délinquants et celui des « préférences cérébrales. ».

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