•   La parole, le langage, la lecture et l’écriture sont des capacités extraordinaire de l’homme. A nous de ne pas les gâcher.
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        J’ai quelques souvenirs de mon apprentissage de la lecture. C’est ma grand-mère, ancienne institutrice, qui m’a appris par la méthode syllabique, vieille mais très efficace, dans des livres du « Père Castor », qui racontaient des histoires de bêtes : ours, canard, hérisson, … Une séance de lecture tous les matins.
        J’avais 4 ans et ces histoires qu’on m’avait lues me passionnaient et je voulais pouvoir les lire moi-même et donc au bout de quelques mois je lisais couramment, en comprenant ce que je lisais, avec toutefois un vocabulaire encore peu étendu.
        En même temps ma grand-mère m’a appris à écrire et bientôt, tous les matins j’avais aussi droit à une petite dictée, avec explication des mots nouveaux.
        J’ai lu ensuite des livres de la « bibliothèque rose » et je me souviens encore du premier livre que j’ai lu, une histoire de chenapans, un peu comme la « guerre des boutons », en plus simple : « bleus contre verts », et d’un livre adorable, plein d’humour qui racontait l’histoire d’un petit garçon et une petite fille : « Tap-tap et Bilili. »
        Puis à partir de 6 ans, je me suis passionné pour les Jules Vernes, que j’ai, peu à peu, tous lus, et je demandais à mon grand-père des explications sur les aspects un peu techniques des récits.
        Etant adulte, j’ai observé ma belle-mère, directrice d’école, qui apprenait à lire à mes quatre enfants, qui lisaient couramment lorsqu’ils sont rentrés à l’école à six ans.
        Puis j’ai pu constater sur mes petits enfants, les catastrophes de la méthode globale et s’ils savaient déchiffrer, c’était péniblement, avec beaucoup d’erreurs, et ils ont été longs à comprendre parfaitement ce qu’ils lisaient.
        Cette méthode globale  d’apprentissage est pratiquement abandonnée aujourd’hui et pourtant, d’après une très sérieuse enquête internationale baptisée Pirls (Progress in International Reading Literacy Study, Programme international de recherche en lecture scolaire), publiée en 2017, les élèves français se classent bons derniers de la classe européenne en lecture.
        Quelle en est la raison, je ne sais pas. Peut être les élèves sont ils moins attentifs et intéressés car la télévision et l’ordinateur leur offrent maintes images et ils n’ont pas, comme par le passé, envie de lire.
        Surtout je pense que les parents n’ont plus le temps (ni l’envie) d’apprendre à lire à leurs enfants, que cette charge est uniquement assumée par les professeurs des écoles, mais qui n’ont pas un seul élève, mais souvent 25 ou 30. J’espère que le dédoublement récent des CP leur donnera plus de temps pour s’occuper de chacun.
        Peut être aussi n’y avait il pas assez d’heures consacrées à la lecture, à l’écriture et aux dictées.
       Pourtant cette aptitude de l’homme à l’écriture est extraordinaire et je voudrais dire deux mots de ce qui se passe dans son cerveau.

        La lecture, c’est une « parole écrite » et donc pour apprendre à lire, il faut déjà parler et manier la langue avec un minimum d’habitude et de facilité.
        Ensuite il va falloir apprendre à traduire la langue, c’est à dire les mots parlés, sous forme de lettres (ou d’idéogrammes comme en chinois), en associant ces signes à des phonèmes (un son), puis à des syllabes (ou des sous-ensembles de mots), puis au mot complet et à sa prononciation. Mais ces syllabes ou sous-ensemble constituent un mécanisme qui va constituer les briques élémentaires qui permettent de remonter jusqu’à tous les mots, par construction logique.
        Et, bien sûr comme il va falloir déchiffrer ces lettres ou idéogrammes, ce sont les zones d’interprétation de la vison situées à l’arrière du cerveau qui vont intervenir en premier, et comme il s’agit de mots liés à la langue, tous les centres d’interprétation de la parole et de la mémoire des mots.
       Une première constatation, le centres qui interviennent dans la lecture sont presque les mêmes quelle que soit la langue, comme le montre le schéma ci dessous (extrait du magazine « cerveau et Psycho »).


        En particulier la zone du cerveau qui va reconnaître les signes est la même, et est située dans la occipito-temporale, près des centres d’interprétation visuelle, représentée en rouge sur le schéma ci-dessous.

         Dans les langues alphabétiques elle permet d’abord la reconnaissance des lettres, puis des syllabes.
        Cette zone au début de notre vie, ne connaît évidemment pas l’alphabet et n’a pour rôle que la reconnaissance des visages d’abord (il faut reconnaitre sa mère et sa famille; en jaune sur le schéma), puis la reconnaissance des objets familiers (son biberon, ses jouets; en bleu sur le schéma). La mémoire correspondante est l’homologue de la zone de Geschwind, mais dans l’hémisphère droit.
        
         Puis quand le bébé va marcher et donc se déplacer, une partie de cette zone et des zones de mémoire, vont se consacrer à la reconnaissance et au stockage des images et des « cartes » de notre environnement. (en vert sur le schéma).
         Et lorsque l’enfant apprend à lire et à écrire une chose extraordinaire se produit : une partie de la zone destinée à la reconnaissance des visage et des animaux se transforme en une zone de reconnaissance des lettres et des mots écrits (en rouge sur le schéma).


              Un autre phénomène extraordinaire va alors se passer.         

         Pour pouvoir identifier des visages ou des objets vus sous divers angles, ces centres ont l'habitude de considérer que deux images symétriques "en miroir" correspondent à un même objet. Par exemple sur l'image ci-contre le vélo et le triangle

       Il y a donc un petit problème, car ce n'est pas vrai pour les lettres (b et d) et les mots (ioup et quoi), par exemple.
       Il faut donc que l'enfant inhibe la réaction automatique de ces centres pour leur faire acquérir l'apprentissage de reconnaissance des lettres.
       Son cerveau frontal apprend à envoyer un signal qui bloque la fonction de miroir quand il décide de vouloir lire.       
        Et il est possible que chez les enfants dyslexiques, qui ont du mal à différencier les lettres symétriques, cette fonction de blocage soit partiellement déficiente.

        Les centres qui vont ensuite intervenir sont les mêmes que pour la parole :
    Wernicke va reconnaitre les mots, Geschwind les mémoriser, Broca permettre de les prononcer, réellement ou mentalement sans usage de la parole. (voir mon article du 25/09/2016 sur le langage).
       
        La compréhension de ce qu’on lit se fait évidemment au niveau du cortex préfrontal qui réfléchit, organise, émet les idées…
        Mais il n’est pas le seul tout le cerveau émotionnel participe : si nous lisons « crème à la vanille », notre sens olfactif nous donne la sensation de l’odeur et le centre du goût réagit comme si nous avions dans la bouche un peu de crème. Proust a immortalisé ce fait avec ses madeleines. Si au contraire nous lisons le mot « dégoût », l’insula qui intervient lors de nausées, est activée.

        Tout ce mécanisme est laborieux au départ et demande du temps et de nombreuses répétitions.
        Il doit faire correspondre lettres et syllabes, syllabes et phonèmes, puis syllabes et mots et prononciation du mot.
        Comme en général on mène en parallèle apprentissage de la lecture et de l’écriture il faut aussi associer l’orthographe du mot et les ordres aux centres de commande motrice de la main pour écrire.
        Ce n’est que lorsque tout ce mécanisme est automatisé au point d’être presque inconscient, (il faut 30 à 40 heures d’apprentissage assidu), que le cerveau, dégagé de l’attention sur la reconnaissance des mots, pourra alors consacrer son effort à la compréhension des phrases.
        Lorsque le mécanisme de décodage est acquis, le cerveau reconnait un mot d’un seul coup d’oeil et dès lors la méthode globale se met en place naturellement pour acquérir du vocabulaire, mais uniquement lorsque le décodage syllabique est devenu automatique et inconscient, grâce à la méthode syllabique.

        Disons enfin que l’apprentissage initial de l’écriture au clavier est nocive, car elle oblige le cerveau à épeler lettre par lettre, qu’il faut taper successivement, et cela va à l’encontre de la méthode syllabique.
        L’usage du clavier pour l’écriture ne doit être appris que lorsque l’enfant maîtrise parfaitement la lecture et sa compréhension et a de bonnes notions d’orthographe.
        D’ailleurs la mémoire des mots est à la fois visuelle, sonore et manuelle et pour cela il faut avoir écrit les syllabes (donc les phonèmes), à la main.

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  • Bac 2018, philosophie : désir, injustice.

    Dans ce dernier article, je donnerai mes réflexions sur les deux derniers sujets de philo du bac, ceux de S :
                    Le désir est-il la marque de notre imperfection?
                               Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

        Là encore une précision de vocabulaire est nécessaire, car des mots divers sont utilisés dans des circonstances voisines :le besoinqui est celui essentiel de base de l’organisme; l’envie de, qui a un caractère de jalousie, de comparaison au voisin; aspirer à et le désir; et en allant au delà,la passion, les pulsions, les addictions.

        Desiderare, en latin, c’est regretter l’absence de. C’est donc une tendance, un effort, une inclination vers quelque chose, que l’on n’a pas encore acquis, et qui n’est pas facilement accessible : le désir peut concerner un objet, une action, une personne, une chose abstraite. C’est en outre un moteur important vers l’action, mais ce n’est pas une volonté raisonnée.
        Le désir peut avoir un but noble, une aspiration généreuse. Il peut au contraire concerner des aspirations nuisibles, soit à nous mêmes (allant jusqu’à l’addiction), soit à autrui, sous l’effet de pulsions;
        Il peut engendrer un manque et donc frustration et souffrance.

        Mais l’expression « une marque d’imperfection » me fait sourire : comme si nous devions être parfaits.
        Je dirais bien ce que Bergson disait du rire : le désir est le propre de l’homme, ce qui nous différencie des animaux et du simple besoin. Il peut être une source de dégradation comme de perfectionnement. Renoncer au désir ne nous rendra pas forcement meilleurs et surtout parfait.
        Par ailleurs, si je me réfère à la pyramide de Maslow, dont j’ai parlé plusieurs fois dans ce blog, le besoin constitue les deux premiers étages; le désir se situe aux autres étages, et il participe aux derniers : le besoin de reconnaissance et la réalisation de soi.

        J’ai trouvé le second sujet intéressant mais curieux pour la série S, car il relève plutôt de la psycho que de la morale.

        En fait la question est curieuse car « éprouver l’injustice » est un sentiment, une impression, une émotion. et « savoir ce qui est juste » est au contraire une reconnaissance, une réflexion sur des règles, en vue de l’action (ce qu’il faut et ne faut pas faire).
        L’injustice n’est pas le contraire de ce qui est juste, c’est une situation dans laquelle un acteur a commis quelque chose qui n’est pas juste et cela est ressenti négativement par celui qui en pâtit ainsi que par des témoins.
        « Savoir » ce qui est juste est une connaissance rationnelle , morale, juridique, politique, avec une référence à la loi.
        Quand j’étais enfant, il m’est arrivé de ressentir l’injustice d’une punition pour une bêtise que je n’avais pas commise. Bien sûr je savais ce qu’était une bêtise, mais je ne connaissais pas ce qui était juste. Ressentir l’injustice est une émotion presque innée.
        Evidemment la connaissance de ce qui est juste peut renforcer l’impression d’injustice.

        Je ne pense donc pas qu’il faille savoir ce qui est juste pour ressentir l’injustice, mais la réciproque est elle vraie, comme le suggère la question du sujet?
        Je crois qu’à ce niveau, il faut séparer ce qui est individuel du collectif.
        Au niveau de l’individu qui réfléchit rationnellement sur une situation et se demande si elle et juste ou injuste, il se réfère effectivement à ce qu’il a éprouvé en matière d’injustice pour juger de la situation. Le sentiment d'injustice le conduit à ce qui est juste, d'après lui.
        Par contre au niveau du législateur qui va coder ce qui est juste, c’est à dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, la notion d’injustice n’est pas la seule en cause : les problèmes d’ordre, de vie en société, de nuisance, de punition, de dissuasion sont aussi présents.

        Je pense donc qu’on peut ressentir qu’une action ou une situation est juste ou injuste; c’est lié au fait que l’on est responsable ou non de l’action, et qu’on estime qu’on la mérite ou non.
        Par contre savoir ce qui est juste est une réflexion sur ce qu’il faut faire, sur le comportement à avoir face à des événements, et cela implique une réflexion rationnelle sur les conséquences des actions au plan pratique et moral, et notamment de leurs effets nocifs sur autrui.
        Certes les deux sont en partie liés, mais ce sont deux comportements de natures différentes.

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  • Bac 2018 : philosophie : expériences, développement technologique

         Les deux sujets de la série technologique me plaisaient évidemment, car ils sont plus proches de ma formation scientifique :
                  L’expérience peut-elle être trompeuse? 
                            Peut-on maîtriser le développement technique?


        Là encore des questions de vocabulaire se posent.
        Quelle signification donner à « l’expérience » ?
        On peut penser à trois notions différentes : les expérience de tous les jours de la vie courante, les expériences scientifiques et techniques et l’expérience acquise par quelqu’un tout au long de sa vie.
        Pour les deux premières, il s’agit d’essais conduisant à des constatations qui mènent ensuite à une connaissance ou à la maîtrise d’actions.

        L’expérience courante de tous les jours est basée sur nos perceptions ou sur nos sentiments. La plupart résultent de ce que nous voyons et entendons, mais une expérience amoureuse résulte surtout de sentiments et d’émotions.
        Evidemment nos sens sont souvent trompeurs (on connaît le peu de fiabilité d’un témoin), et notre inconscient guide sentiments et émotions; c’est le contraire du rationnel et donc, par réaction, on doute que ces expériences courantes soient fiables.
        Mais en fait la raison, quand nous réfléchissons, se base sur ces expériences, sur des données initiales pratiques, sans lesquelles, et sans l’imagination et la mémoire, tout raisonnement serait impossible, ne reposant sur rien.
        Même trompeuse l’expérience fournit la matière au rationnel

        Le problème des expériences scientifiques est différent. Préalablement le chercheur a fait une hypothèse; Il en en déduit des conséquences, a imaginé soigneusement des faits qui en résultent et des méthodes pour les mettre en lumière.
    Il chiffre ses résultats, fait un calcul d’erreurs et de confiance à leur accorder.
        Bien entendu des artéfacts peuvent se glisser dans le processus, des erreurs de mesure peuvent intervenir, l’hypothèse de départ pouvait être fausse, ou les déduction erronées. Mais toutes ces conjonctures négatives sont beaucoup moins probables et surtout elles sont presque toujours décelées. De plus la même expérience est souvent faite par plusieurs équipes. L’expérience scientifique est rarement trompeuse, car, les quelque fois où elle n’est pas satisfaisante, on s’en aperçoit.
        Les expériences scientifiques ont d’ailleurs diminué de volume avec le développement des simulations sur ordinateur, qui permettent de prévoir le comportement des objets expérimentés, mais ces modèles mathématiques et physiques ne peuvent donner des résultats corrects que s’ils sont « recalés » sur des expériences, qui vérifient qu’ils sont conformes à la réalité. C’est l’expérimentation qui vérifie alors le rationnel.

        Quant à l’expérience d’une vie, elle repose sur de multiples expériences mais aussi sur leur analyse ultérieure et sur une sélection des causes et des résultats. Certes certaines des conclusions peuvent être erronées, mais par définition, l’expérience d’une vie est orientée vers justement un effort pour réduire les erreurs.


        Maîtriser le développement technologique, un but poursuivi sans cesse, mais jamais atteint réellement..

        Notre monde actuel est très dépendant du « progrès » technologique (et scientifique), nous nous en apercevons tous les jours et la société de consommation et les médias nous le rappellent sans cesse. C’est d’ailleurs le moteur de l’industrie et en partie des finances et de l’économie.
        Les inventions sérieuses et utiles voient le jour, mais les gadgets pullulent; on ne maîtrise pas cette situation car elle est d’ordre économique.
        La technique a été mise en place par l’homme, et à l’origine dans un but de progrès et de maîtrise de la nature. Il est certain qu’actuellement la motivation financière est prépondérante dans les entreprises et qu’elle ne correspond pas forcément à un progrès « utile », mais à une motivation d’optimiser les gains financiers ou à des fins d’image de marque. D’où certains développements qui certes font l’objet de beaucoup de publicité, mais dont on peut se demander s’il n’y aurait pas mieux à faire. C’est le cas par exemple de nombreux logiciels gadgets sur smartphone, ou de l’avion solaire, (jamais cette technique ne pouvant un jour permettre d’alimenter un avion commercial de plusieurs centaines de tonnes).
        Le développement technique demande des moyens financiers importants, et il dépend donc soit des moyens de certaines sociétés, mais qui ont des compétences dans des domaines particuliers et des motivations financières et commerciales, soit de fonds public, mais décidés en général par des personnes n’ayant pas les connaissances techniques et la vision à long terme suffisantes. D’où un contrôle insuffisant.
        Certains produits issus de ce développement peuvent s’avérer dangereux, mais les intérêts commerciaux font tarder leur suppression et engendrent des dommages importants pour l’homme ou la nature (médicaments amiante, pesticides….).
L’exemple le plus inquiétant est le changement climatique dû aux gaz à effet de serre.
        On peut aussi dire que tout développement scientifique et technique peut être utilisé à des fins maléfiques et, même avec un contrôle strict, cette éventualité ne peut être exclue et survient régulièrement.

        Le point le plus néfaste est que l’évolution de l’homme ne suit pas ce développement technologique.
        D’une part au plan du travail : le 19 et le 20ème siècles ont connu des conditions de travail à la production pénibles, voire dangereuses. Le 20ème et le 21ème siècles connaissent le chômage.
        Le développement des techniques numériques de communication et de l’informatique est un exemple flagrant. On veut actuellement imposer le recours à internet alors qu’un partie de la population ne sait pas s’en servir. Les jeunes, certes eux, savent l’utiliser, mais l’addiction aux réseaux sociaux et aux jeux les empêche d’étudier et bon nombre d’entre eux ne savent plus dormir ou manger sans leur smartphone dans la main : pire que leur doudou lorsqu’ils étaient bébés !
        En fait ce n’est pas le développement de la technique que l’on ne sait pas alors maîtriser, mais c’est l’usage qu’on en fait. Toute nouvelle technique, si on veut qu’elle soit bien utilisé, doit faire l’objet d’une formation et d’un long apprentissage, et là on veut brûler les étapes.

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  • Bac 2018, philosophie : art et culture

        Je réfléchirai aujourd’hui aux deux sujets du bac 2018 suivants :
                   Peut-on être insensible à l’art?
                                La culture nous rend-elle plus humains?

        Remarquons tout d’abord qu’il n’est pas interdit, ni moralement, ni juridiquement d’être insensible à l’art. Mais le fait de poser la question dans un sujet de philo, implique la deuxième question : est ce courant, est ce normal, est ce regrettable ?.
        Disons aussi que la notion d’art est assez vague et qu’il en existe bien des facettes.
    Je crois que si l’on posait à de nombreuses personnes la question « qu’est ce que l’art, à votre avis? » nous aurions des réponses très nombreuses et très différentes.

        A premier abord la notion d’art est simple, c’est le dessin, la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, la danse, la poésie, le théâtre : les « beaux arts ». Mais on peut y rajouter aujourd’hui le cinéma, la télévision, l’art numérique, la photographie, la mode etc.. Faut il y rajouter la littérature et la bande dessinée, la décoration, le paysagisme, le grand chef cuisinier, le créateur de parfums… ?
        Qu’est ce qu’un artiste ? On peut se poser la question autrement : l’architecte qui conçoit une usine est il un artiste. Pourquoi le peintre qui fait des tableaux en est un et pas le peintre en bâtiments ?
        Qu’est ce qu’un objet d’art ? Je ne suis pas sûr que les diverses civilisations dans le temps et dans l’espace reconnaissent comme tels les mêmes objets.
        Le latin « ars - artis » désigne l’habileté, le métier, le talent.
        En général la notion d’art est associée à le création d’oeuvres d’arts, à une certaine créativité, et à la notion de « beau », mais qui est tout aussi difficile à définir. On considère aussi souvent qu’un oeuvre d’art faut « passer un message ».
        Si on se demande « qu’est ce qui n’est pas de l’art, on n’est guère plus avancé.
        Mais à une époque la science était considérée comme un art et on parlait de l’art du médecin !
        La seule chose sur laquelle il n’y a pas de doute, c’est que c’est « une activité humaine », et en général on la rattache à la « culture ». (terme vague lui aussi).

        Posons nous la question autrement : quelles sont les réactions face à l’art ?
        On trouve dans les livres de philosophie le texte suivant : L'art est l’activité humaine visant à exprimer les préoccupations, les croyances, les questions sous une forme telle qu'elle traduise les émotions et les sentiments que les hommes éprouvent en y pensant ou en éprouvant une sensation (vision, écoute, toucher, odeur, goût), face à l’œuvre d’art.
        Mais comment l'art parvient-il à nous toucher ? Quelle est la forme d'expression qui serait le propre de l'art ?
        L’art est certainement très technique et demande un grand savoir-faire, mais si nous en tenons parfois compte, ce n’est pas ce qui nous touche. ce n’est pas non plus forcément l’intention de l’artiste, pas forcément connue. Nous pouvons voir dans une œuvre des choses bien différentes et chacun n’y voit pas forcément la même chose.
        L’art est sensé faire appel à notre sensibilité, nous émouvoir, apporter quelque chose de créatif et de beau.
        Cela dit il est tout aussi difficile de définir la beauté, associée à une émotion spontanée et à un sentiment de plaisir, et d’admiration (parfois aussi de regret de ne pas savoir faire la même chose), mais que l’on a bien du mal à expliquer.
        Je crois d ‘ailleurs que chacun d’entre nous a une définition personnelle du beau, basée sur ses réactions.

       Peut on être insensible à l’art?

        Le problème est que chacun a face à l’art des émotions différentes et qui ne sont d’ailleurs pas les mêmes selon les œuvres d’art. Une partie de ces émotions qui sont immédiates et presque inconscientes, dépendent de notre sensibilité émotionnelle immédiate, une préférence cérébrale (voir mes articles à ce sujet).
        On peut être sensible à la peinture figurative et ne pas l’être à la peinture abstraite, avoir des sensibilité très différentes à la musique classique et à la musique moderne.
        Personnellement je suis en admiration devant les cathédrales gothiques, les petites églises bretonnes et du Périgord, et sensible à l’atmosphère qui y règne, mais assez insensible aux statues de nos villes.
        Il est certain par ailleurs que la sensibilité à l’art s’apprend : les enfants d’artistes y sont en général plus sensibles.
        Peut on être insensible à toute forme d’art.?
        Il est rare qu’une personne n’ait jamais chantonné ou siffloté une chanson; n’est ce pas déjà une forme de sensibilité à l’art ?
        Etre insensible à l’art ne serait ce pas, être dénué de toute sensibilité et donc proche du robot ?
        Un enfant très jeune qui n’a pas encore reçu d’éducation artistique et qu’on emmène dans un musée, est curieux et sensible à l’art. Alors qu’est ce qui pourrait tuer cette tendance innée.?
        Effectivement on constate cette insensibilité chez les fanatiques musulmans qui détruisent les cités antiques et interdisent l’écoute de toute musique. Ils mettent en avant leur fanatisme religieux, mais en fait, ils font preuve d’une immense inhumanité.

       La culture nous rend elle plus humains?

        Je crois qu’il faudrait d’abord définir ce qu’on entend par « culture » et par « humain » et le terme "rendre" évoque un passage de cause à effet.
        Remarquons d’abord que la culture est humaine puisqu’elle n’existe pas naturellement : c’est nous qui la créons.
        Ce qu’on appelle habituellement la culture, c’est un ensemble de connaissances principalement dans le domaine littéraire, philosophique, religieux ou des arts, mais en fait les sciences, l’histoire, la géographie, la technique en font aussi partie.
        De plus la culture ce sont aussi des savoir-faire : maitriser la langue, écrite et orale, savoir raisonner, convaincre et négocier, bref avoir une certaine expérience.
        Elle nous différencie de l’animal et nous apporte un plus par rapport à la nature.
    A titre individuel, elle développe notre esprit, notre intelligence. Elle nous donne une individualité.
        C’est pour cela que nous la créons et donc elle nous rend à priori plus humains, plus complets; c’est en fait le propre de l’homme, comme le langage et  elle nous rends aussi plus humains vis à vis de l’environnement.

        Toutefois nous n’avons pas tous accès de la même façon à la culture et cela introduit des différences, des inégalités qui peuvent être source de différences notables de conditions de vie, de mépris, d’isolement et de harcèlement, de pouvoir, de conflits, bref de comportements inhumains
    .
        Mais culture n’est pas seulement instruction et expérience. On peut l’interpréter au sens de civilisation, de société, de l’ensemble des règles, des habitudes, des archétypes.
        La culture, à ce titre n’est pas inhumaine, mais les différences de culture entre groupes, ethnies, sociétés peuvent être à la source d’incompréhension, de racisme, d’hégémonie, de conflits, voire de persécutions comme au moment du nazisme.
        On peut même évoquer la différence de culture entre anciens et jeunes, qui est souvent une difficulté majeure car source d’incompréhension.

        Ce ne sont donc pas les cultures qui nous rendent inhumains, mais les différences de cultures entre hommes, groupes, sociétés, générations.

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  • Bac 2018, philosophie :  la vérité.

               Tous les ans, quand arrive le Bac, j'ai l'habitude de lire les divers sujets et d'y réfléchir.
               Je n'ai en général pas de difficulté à résoudre les problèmes de maths et de physique-chimie, mais les sujets de philo me demandent plus de réflexion.
              Je vais essayer de vous faire part, en plusieurs articles, de ce que m'inspirent les sujets de 2016 
          Ce ne sont, en aucun cas des corrigés. J'ai oublié beaucoup de ce que j'ai appris au lycée sur les pansées des philosophes, et par contre j'ai acquis une certaine expérience de la vie. Mes propos n'ont donc aucune prétention scolaire.
               Cette année, les sujets de philosophie du bac étaient les suivants :

                         Sujet de la filière S :
               Le désir est-il la marque de notre imperfection?
               Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

                         Sujet de la filière ES :
               Toute vérité est-elle définitive?
               Peut-on être insensible à l’art?


                          Sujet de la filière L :
               La culture nous rend-elle plus humains?
               Peut-on renoncer à la vérité?


                          Sujet de la série technologique :
              L’expérience peut-elle être trompeuse?
               Peut-on maîtriser le développement technique?

               Je regrouperai mes réflexions par genre de sujet et non par filière des études secondaires (qui vont d’ailleurs disparaître).

               Je traiterai dans ce premier article :
    Peut-on renoncer à la vérité?  Toute vérité est-elle définitive?

               Je pense qu’il faut se demander d’abord ce qu’on entend par « vérité ».
               A l’origine ce qui est vrai est ce qui n’est pas faux. Donc par principe elle devrait être définitive. Mais en fait, c’est ce que nous croyons avéré à un instant donné, et cela, dans maints domaines de natures différentes, et pour lesquels les degrés de certitude peuvent être très variables.

               Il y a d’abord les « faits », les choses que nous avons vues, dont nous avons été témoins.Pour celles que d’autres ont vues et relatent - notamment les médias -, il y a l’incertitude de la communication, plus ou moins déformée selon les buts poursuivis par le narrateur.
               Mais même ce que nous avons vu n’est pas sûr. Nous n’avons vu souvent qu’une partie des faits, nous les avons interprétés, certes avec la raison, mais aussi avec l’inconscient et avec nos à-priori. L’apparente vérité des faits est donc déformée.
               Plus discutables encore nos opinions et convictions, et encore plus nos croyances.
               Si nous sommes raisonnables, elles sont fondées sur des raisons logiques, mais bien souvent elles ne sont pas aussi rigoureuses que cela. Et la preuve est que d’autres personnes peuvent avoir les idées opposées, tout aussi valables.
               Ce ne sont pas des vérités, même si nous les tenons pour telles, mais des « construction de l’esprit », fondées sur des faits, mais aussi nos valeurs, nos préjugés et l’influence d’autrui et de l’environnement. La construction peut être valable, mais elle dépend des prémices dont nous ne sommes pas entièrement maîtres et surtout qui n’ont aucun caractère définitif et universel.

               Sans doute peut on être plus confiant dansla « vérité scientifique ».
               Elle repose sur des constatations, des faits et une logique en vérifiant les hypothèses faites à l’origine, par des expériences ou des démonstrations (voire des simulations aujourd’hui).
               Mais on ne peut faire toutes les expériences possibles et l’on n’est jamais certain qu’il n’existe pas des exceptions, ou qu’une découverte arrive, qui remette en cause la construction initiale, souvent en faisant avancer les connaissances, en montrant qu’une partie de la construction est différente, quand on peut la connaître avec plus de détails, au fur et à mesure que nos outils d’analyse et de mesure deviennent plus performants et plus précis. C’est ce qui est arrivé souvent depuis 50 ans pour la constitution de la matière et la mécanique quantique.

               Reste un secteur où pourrait régner des vérités : les mathématiques. Mais les règles et résultats mathématiques, s’ils sont vrais, ne le sont que dans certaines hypothèses, certes connues. Les règles valable dans un plan ne le sont plus sur une surface sphérique, celles valables dans notre monde géométrique euclidien, ne le sont plus dans un monde où les dimensions obéissent à des hypothèses différentes, notamment quand les dimensions sont supérieures à 3.
               Il y a même des domaines des mathématiques où l’on ne parle plus de faits bien définis, mais seulement de faits assortis d’une certaine probabilité d’existence.
               Finalement aucune vérité n’est définitive, car elle n’est jamais complète et nous pouvons toujours en découvrir des éléments nouveaux.
               C’est le cas notamment en sciences où toute nouvelle découverte répond à des questions que nous nous posions, et explique certains phénomènes, mais suscite plusieurs nouvelles questions dont nous ne connaissons pas la réponse.

                         Peut on renoncer à la vérité ?

               On peut prendre la question de deux façons assez différentes :
                           - en prolongement du sujet précédent et de ce qu’on vient de dire, faut il ne pas rechercher la vérité sous prétexte qu’elle ne peut être atteinte
                          - dans un domaine tout autre, des valeurs et de la moralité, au sens de la règle juridique imposée aux témoins : « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ».

               De façon générale on ne peut renoncer à rechercher la « vérité », c’est à dire la « réalité », notamment au plan scientifique. Ce serait renoncer à tout progrès, à accroître nos connaissances. Cela implique non seulement des réflexions de personnes compétentes, mais aussi des possibilités et des instruments de mesure de plus en plus précis (penser aux progrès possibles en médecine dus aux nouvelles déterminations d’ADN), et des efforts financiers et humains importants.

               Il est cependant des cas où l’on peut se poser la question : faut il connaître toute la vérité sur une affaire ?  Faut il dire la vérité à un malade qui a une grave maladie et est très impressionnable et pessimiste? Un enfant abandonné sous X doit il connaître ses vrais parents ? La divulgation de certains éléments confidentiels à des personnes non habilitées ou trop concernées, peut créer des affrontements regrettables, ou mettre en danger la vie d’autrui (ou permettre à un criminel d’échapper à la police et la justice.)

               Si maintenant on veut aborder l’aspect moral, cela peut être à titre collectif ou personnel et là on suppose qu’il y a une vérité  au moins des faits.
               Au plan collectif le problème se pose dans bien des domaines : à l’historien le devoir de mémoire, au policier et au juge la recherche de la justice et du respect des règles, au politique une certaine transparence entre ses intentions et ses réalisations….
               Au plan personnel, la morale demande en général de ne pas mentir. Mais si cela semble préférable dans beaucoup de cas, il y a des vérités qu’il vaut mieux ne pas dire pour préserver une bonne entente entre personnes. Mais le plus souvent de sont des opinions, des convictions que nous prenons pour vraies, qui ne le sont pas forcément pour tous, et qui seraient désagréables ou préjudiciables pour la personnes à laquelle nous en ferions part.

               En définitive, renoncer à dire la vérité, ce serait renoncer à dire ce qui s’est réellement passé - (si on le connaît vraiment !). il est certain que si on y renonce, il faut avoir alors une raison et pouvoir en expliquer le bien-fondé.

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