• L'égalité des chances à l'école.

              J'ai entendu l'autre jour à la télé, une discussion sur "l'égalité des chances à l'école" qui m'a horrifié.
              Il est évident qu'il y a des inégalités importantes, et des différences de résultats énormes, mais je trouve abusif qu'on les imputes uniquement à ces inégalités.
              On fustige les résultats des enfants de certains quartiers, ou ceux des résultats d'enfants maghrébins ou africains, mais je connais de jeunes français de vielle souche et de milieux aisés qui sont de vrais cancres.
              Dans l'émission c'était haro sur les instits et les professeurs, mais on oubliait l'éducation des parents et les inepties de certains de nos précédents ministres quant aux programmes scolaires.
             Et on parlait à peine des méfaits des moyens multimédias.
            J'ai entendu dire tellement d'âneries, que j'ai besoin de réagir pour me défouler !

              Le niveau scolaire n’a cessé de baisser depuis 50 ans (et pas seulement à l’école primaire), et  je pense que si l’on en cherche les causes il faudrait  examiner l’évolution certes des enseignants et notamment leur formation, mais aussi du rôle des parents et surtout les multiples erreurs et dégradations des pouvoirs publics, vis à vis de l'enseignement, de ses programmes et du corps enseignant, ainsi que l'influence catastrophique des moyens audiovisuels dont abusent les enfants.

              Je pense que les parents ne savent plus donner à leurs enfants le goût du travail, et ne s’occupent pas suffisamment pour la plupart de leurs études, sans doute trop occupés eux mêmes par leur métier, mais aussi souvent obnubilés par la peur de déplaire à leur enfant et que celui-ci “ne les aime plus”.
              Les tentations sont fortes pour les enfants de faire autre chose que travailler, avec tous les moyens multimédias dont ils disposent.. Or les parents ont tendance à s’en débarrasser tout jeunes, en les mettant devant la télé à regarder des dessins animés, puis devant un micro-ordinateur à jouer, et leur donner bien trop tôt un téléphone portable, sous prétexte de sécurité, mais en fait parce qu'il ne savent pas refuser puisque les autres parents en donnent à leur progéniture. 
              Leur ayant inculqué le virus, ils n’ont ensuite aucune autorité pour en limiter l’emploi, les conversations sur Messenger, Facebook , Snapchat, Instagram.... La plupart des jeunes ados que je connais se servent de leur portable jusqu'à des heures indues pour discuter de banalités avec leurs copains, ont un ordinateur dans leur chambre donc sans aucun contrôle, quand ce n'est pas une télé pour jouer. (tout cela au lieu de dormir).
              Même s’ils arrivent à limiter le temps passé sur des activités autres que le travail scolaire, peu de parents contrôlent celui-ci. A leur décharge, le travail à faire à la maison est souvent assez faible et par ailleurs les nouvelles méthodes d’enseignement ont tellement bouleversé aussi bien l’enseignement que le vocabulaire, que le parents ne comprennent plus grand chose à ce qu’étudient leurs enfants.
              Toujours est il que leurs enfants ne consacrent plus un temps suffisant aux études et ce d’autant plus qu’ils sont intelligents et arrivent donc à suivre à peu près convenablement leur classe en restant dans la première moitié, sans aucun effort, vu la baisse du niveau général.
              Mais je constate qu’ils ont à peu près oublié ce qu’ils ont appris deux ou trois ans avant, et que le plus souvent ils se contentent de relire le cours et les exercices faits en classe, mais, ne faisant pas d’exercices nouveaux, sont incapables d’imaginer la solution d’un problème ou d’une dissertation, qui ne ressemble pas à ceux faits en classe.
              Et je ne parle pas de la mauvaise éducation générale des enfants, qui chahutent, parlent en classe, se montrent insolents, voire agressifs, ou se servent de leur téléphone. Cela ne favorise pas la tâche des professeurs, obligés de passer beaucoup de temps à maintenir tant bien que mal la discipline, autant de temps qui était autrefois consacré aux cours, car les professeurs étaient respectés et on venait en classe pour apprendre.
              Mais maintenant ce sont les parents eux mêmes qui ne respectent plus les professeurs, en contestant leurs méthodes d'enseignement et les remarques qu'ils peuvent faire à leurs enfants, tant sur leur travail que sur la discipline.

             Les programmes et les méthodes d'enseignement ont beaucoup changé, du fait des décisions aberrantes de ministres précédents.
             
     Mes enfants en sortant de l'école primaire, savait lire, écrire sans fautes d'orthographe, compter et faire un certain nombre d'exercices d'arithmétique et de géométrie. 
      (et à réfléchir sur ce que voulait dire l'auteur) et j'ai dû leurs faire faire de nombreuses opérations et leur apprendre surface , volume, poids de diverses formes géométriques, et leur apprendre à raisonner sur quelques problèmes simples d'arithmétique. Ils n'avaient pratiquement pas d'exercices à faire, le directives étant de ne pas fatiguer ces pauvres petits, alors que, si on veut savoir faire une division avec décimale, il faut en avoir fait une centaine pour que le mécanisme soit automatique (l'apprentissage se fait par la répétition et le travail) : résultat, mes petits enfants sont incapables maintenant de faire une telle division "à la main'", car ils ont tout oublié à force de se servir de calculettes.
              J’ai dû me mettre aux “maths modernes” lors des études de mes enfants et pratiquement leur apprendre d’une autre façon plus simple et terre à terre tout ce qu’ils ne comprenaient pas (je ne sais pas si certains d’entre vous traitent encore les vecteurs à partir de notions de “bipoints”, mais il faut vraiment avoir l’esprit tordu pour imaginer cela et comprendre, alors qu'on peut tout expliquer avec quelques figures simples !!). Ma dernière fille qui a fait des maths modernes du primaire à la terminale, n’aurait pas été capable, si je ne lui avais pas appris, de faire une règle de trois pour faire ses achats, ou un petit calcul de triangles semblables, pour poser un papier peint, faire un patron de couture, ou à fortiori faire des plans d’architecture.
              Quelle idée bizarre pousse à traiter les fonctions trigonométriques sans jamais faire de figure sur le cercle trigonométrique. Sans cette référence géométrique, la notion de radian est incompréhensible, parce que purement abstraite. De même on passait facilement autrefois de la proportionnalité entre nombre à la représentation par une droite passant par l'origine, puis on la décalait et on appelait cela la fonction linéaire. Passer aujourd'hui par les transformations affines pour expliquer cette fonction est vraiment un défi à la simplicité et au concret.
              Je suis assez effaré de la complication actuelle du vocabulaire de grammaire, (par exemple sur la nature des compléments), qui n’a d’autre utilité que de rebuter les enfants et de les empêcher d’appliquer simplement les règles d’accord. Le nombre de fautes d’orthographe faites, même par des post-bac est assez ahurissante.
              Le pire est certainement de ne plus rien apprendre par coeur (il était plus facile d’appliquer une formule que l’on avait apprise et comprise que de perdre du temps à la retrouver) et surtout l’idée que l’on ne doit pas imposer de règles et schémas aux élèves, mais qu’ils doivent librement les trouver eux mêmes et les inventer, est une aberration qui est totalement contraire au fonctionnement du cerveau humain et à la formation de l’intelligence chez l’enfant. On n'invente pas ce qu'on n'a jamais appris ; l'invention (même artistique), résulte de rapprochements originaux de ce qu'on connaît déjà et que l'on va chercher dans sa mémoire.

              Je n’ai pas encore traité le problème de l’égalité des chances. Je pense que dans ce domaine, la politique menée a été aberrante et qu’on confond la mixité sociale et la répartition des aptitudes des élèves.
              La mixité sociale est souhaitable. C’est mélanger dans un même établissement des élèves provenant de milieux sociaux différents.
              Mais les aptitudes peuvent, selon les personnes et aussi letravail qu'elles fournissent, être bonnes ou mauvaises chez des élèves de tous les milieux, même si un enfant d’un milieu favorisé a plus de chance d’être aidé par sa famille (mais il a au moins autant de chances de ne pas travailler !).
              Je ne pense pas que mélanger des élèves de niveaux très différents au sein d’une même classe favorise la mixité sociale (au contraire) et par contre, cela incite les meilleurs à ne rien faire et les moins bons ne peuvent être aidés suffisamment et abandonnent.
              Il vaudrait mieux, à mon sens, rassembler les meilleurs dans une même classe et les faire travailler à un niveau qui les intéresserait, créerait la compétition et obligerait à travailler pour suivre, et en rassemblant ceux de niveaux moindre dans d’autre classes, d’adapter le rythme et les méthodes d’enseignement et au besoin de les aider davantage pour atteindre un niveau suffisant.
              L’égalité des chances n’existe pas à l’origine : elle ne peut être qu’essayer de donner à chacun le niveau maximum en fonction de ses capacités et de son travail.
              Je pense également que si on avait cessé de dévaloriser dans l’esprit des parents et des élèves le travail manuel, alors qu’un bon ouvrier professionnel ou artisan a le plus souvent, un métier pus rémunérateur que quelqu’un qui a seulement un niveau bac, un grand nombre des élèves qui échouent dans le secondaire ou au début du supérieur, auraient trouvé un débouché correct et probablement plus motivant.

     .     Et évidemment, si on payait mieux les professeurs, si on faisait valoir leur travail, si on les aidait plus à se faire respecter en classe, si on les formait mieux, en exigeant seulement une licence et en leur faisant passer le master en école, en même temps que l'enseignement de la pédagogie, si on les défendait vis à vis des parents, l'Educations Nationale se porterait mieux.

     

     

      

     

     

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  •   La parole, le langage, la lecture et l’écriture sont des capacités extraordinaire de l’homme. A nous de ne pas les gâcher.
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        J’ai quelques souvenirs de mon apprentissage de la lecture. C’est ma grand-mère, ancienne institutrice, qui m’a appris par la méthode syllabique, vieille mais très efficace, dans des livres du « Père Castor », qui racontaient des histoires de bêtes : ours, canard, hérisson, … Une séance de lecture tous les matins.
        J’avais 4 ans et ces histoires qu’on m’avait lues me passionnaient et je voulais pouvoir les lire moi-même et donc au bout de quelques mois je lisais couramment, en comprenant ce que je lisais, avec toutefois un vocabulaire encore peu étendu.
        En même temps ma grand-mère m’a appris à écrire et bientôt, tous les matins j’avais aussi droit à une petite dictée, avec explication des mots nouveaux.
        J’ai lu ensuite des livres de la « bibliothèque rose » et je me souviens encore du premier livre que j’ai lu, une histoire de chenapans, un peu comme la « guerre des boutons », en plus simple : « bleus contre verts », et d’un livre adorable, plein d’humour qui racontait l’histoire d’un petit garçon et une petite fille : « Tap-tap et Bilili. »
        Puis à partir de 6 ans, je me suis passionné pour les Jules Vernes, que j’ai, peu à peu, tous lus, et je demandais à mon grand-père des explications sur les aspects un peu techniques des récits.
        Etant adulte, j’ai observé ma belle-mère, directrice d’école, qui apprenait à lire à mes quatre enfants, qui lisaient couramment lorsqu’ils sont rentrés à l’école à six ans.
        Puis j’ai pu constater sur mes petits enfants, les catastrophes de la méthode globale et s’ils savaient déchiffrer, c’était péniblement, avec beaucoup d’erreurs, et ils ont été longs à comprendre parfaitement ce qu’ils lisaient.
        Cette méthode globale  d’apprentissage est pratiquement abandonnée aujourd’hui et pourtant, d’après une très sérieuse enquête internationale baptisée Pirls (Progress in International Reading Literacy Study, Programme international de recherche en lecture scolaire), publiée en 2017, les élèves français se classent bons derniers de la classe européenne en lecture.
        Quelle en est la raison, je ne sais pas. Peut être les élèves sont ils moins attentifs et intéressés car la télévision et l’ordinateur leur offrent maintes images et ils n’ont pas, comme par le passé, envie de lire.
        Surtout je pense que les parents n’ont plus le temps (ni l’envie) d’apprendre à lire à leurs enfants, que cette charge est uniquement assumée par les professeurs des écoles, mais qui n’ont pas un seul élève, mais souvent 25 ou 30. J’espère que le dédoublement récent des CP leur donnera plus de temps pour s’occuper de chacun.
        Peut être aussi n’y avait il pas assez d’heures consacrées à la lecture, à l’écriture et aux dictées.
       Pourtant cette aptitude de l’homme à l’écriture est extraordinaire et je voudrais dire deux mots de ce qui se passe dans son cerveau.

        La lecture, c’est une « parole écrite » et donc pour apprendre à lire, il faut déjà parler et manier la langue avec un minimum d’habitude et de facilité.
        Ensuite il va falloir apprendre à traduire la langue, c’est à dire les mots parlés, sous forme de lettres (ou d’idéogrammes comme en chinois), en associant ces signes à des phonèmes (un son), puis à des syllabes (ou des sous-ensembles de mots), puis au mot complet et à sa prononciation. Mais ces syllabes ou sous-ensemble constituent un mécanisme qui va constituer les briques élémentaires qui permettent de remonter jusqu’à tous les mots, par construction logique.
        Et, bien sûr comme il va falloir déchiffrer ces lettres ou idéogrammes, ce sont les zones d’interprétation de la vison situées à l’arrière du cerveau qui vont intervenir en premier, et comme il s’agit de mots liés à la langue, tous les centres d’interprétation de la parole et de la mémoire des mots.
       Une première constatation, le centres qui interviennent dans la lecture sont presque les mêmes quelle que soit la langue, comme le montre le schéma ci dessous (extrait du magazine « cerveau et Psycho »).


        En particulier la zone du cerveau qui va reconnaître les signes est la même, et est située dans la occipito-temporale, près des centres d’interprétation visuelle, représentée en rouge sur le schéma ci-dessous.

         Dans les langues alphabétiques elle permet d’abord la reconnaissance des lettres, puis des syllabes.
        Cette zone au début de notre vie, ne connaît évidemment pas l’alphabet et n’a pour rôle que la reconnaissance des visages d’abord (il faut reconnaitre sa mère et sa famille; en jaune sur le schéma), puis la reconnaissance des objets familiers (son biberon, ses jouets; en bleu sur le schéma). La mémoire correspondante est l’homologue de la zone de Geschwind, mais dans l’hémisphère droit.
        
         Puis quand le bébé va marcher et donc se déplacer, une partie de cette zone et des zones de mémoire, vont se consacrer à la reconnaissance et au stockage des images et des « cartes » de notre environnement. (en vert sur le schéma).
         Et lorsque l’enfant apprend à lire et à écrire une chose extraordinaire se produit : une partie de la zone destinée à la reconnaissance des visage et des animaux se transforme en une zone de reconnaissance des lettres et des mots écrits (en rouge sur le schéma).


              Un autre phénomène extraordinaire va alors se passer.         

         Pour pouvoir identifier des visages ou des objets vus sous divers angles, ces centres ont l'habitude de considérer que deux images symétriques "en miroir" correspondent à un même objet. Par exemple sur l'image ci-contre le vélo et le triangle

       Il y a donc un petit problème, car ce n'est pas vrai pour les lettres (b et d) et les mots (ioup et quoi), par exemple.
       Il faut donc que l'enfant inhibe la réaction automatique de ces centres pour leur faire acquérir l'apprentissage de reconnaissance des lettres.
       Son cerveau frontal apprend à envoyer un signal qui bloque la fonction de miroir quand il décide de vouloir lire.       
        Et il est possible que chez les enfants dyslexiques, qui ont du mal à différencier les lettres symétriques, cette fonction de blocage soit partiellement déficiente.

        Les centres qui vont ensuite intervenir sont les mêmes que pour la parole :
    Wernicke va reconnaitre les mots, Geschwind les mémoriser, Broca permettre de les prononcer, réellement ou mentalement sans usage de la parole. (voir mon article du 25/09/2016 sur le langage).
       
        La compréhension de ce qu’on lit se fait évidemment au niveau du cortex préfrontal qui réfléchit, organise, émet les idées…
        Mais il n’est pas le seul tout le cerveau émotionnel participe : si nous lisons « crème à la vanille », notre sens olfactif nous donne la sensation de l’odeur et le centre du goût réagit comme si nous avions dans la bouche un peu de crème. Proust a immortalisé ce fait avec ses madeleines. Si au contraire nous lisons le mot « dégoût », l’insula qui intervient lors de nausées, est activée.

        Tout ce mécanisme est laborieux au départ et demande du temps et de nombreuses répétitions.
        Il doit faire correspondre lettres et syllabes, syllabes et phonèmes, puis syllabes et mots et prononciation du mot.
        Comme en général on mène en parallèle apprentissage de la lecture et de l’écriture il faut aussi associer l’orthographe du mot et les ordres aux centres de commande motrice de la main pour écrire.
        Ce n’est que lorsque tout ce mécanisme est automatisé au point d’être presque inconscient, (il faut 30 à 40 heures d’apprentissage assidu), que le cerveau, dégagé de l’attention sur la reconnaissance des mots, pourra alors consacrer son effort à la compréhension des phrases.
        Lorsque le mécanisme de décodage est acquis, le cerveau reconnait un mot d’un seul coup d’oeil et dès lors la méthode globale se met en place naturellement pour acquérir du vocabulaire, mais uniquement lorsque le décodage syllabique est devenu automatique et inconscient, grâce à la méthode syllabique.

        Disons enfin que l’apprentissage initial de l’écriture au clavier est nocive, car elle oblige le cerveau à épeler lettre par lettre, qu’il faut taper successivement, et cela va à l’encontre de la méthode syllabique.
        L’usage du clavier pour l’écriture ne doit être appris que lorsque l’enfant maîtrise parfaitement la lecture et sa compréhension et a de bonnes notions d’orthographe.
        D’ailleurs la mémoire des mots est à la fois visuelle, sonore et manuelle et pour cela il faut avoir écrit les syllabes (donc les phonèmes), à la main.

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  • Bac 2018, philosophie : désir, injustice.

    Dans ce dernier article, je donnerai mes réflexions sur les deux derniers sujets de philo du bac, ceux de S :
                    Le désir est-il la marque de notre imperfection?
                               Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

        Là encore une précision de vocabulaire est nécessaire, car des mots divers sont utilisés dans des circonstances voisines :le besoinqui est celui essentiel de base de l’organisme; l’envie de, qui a un caractère de jalousie, de comparaison au voisin; aspirer à et le désir; et en allant au delà,la passion, les pulsions, les addictions.

        Desiderare, en latin, c’est regretter l’absence de. C’est donc une tendance, un effort, une inclination vers quelque chose, que l’on n’a pas encore acquis, et qui n’est pas facilement accessible : le désir peut concerner un objet, une action, une personne, une chose abstraite. C’est en outre un moteur important vers l’action, mais ce n’est pas une volonté raisonnée.
        Le désir peut avoir un but noble, une aspiration généreuse. Il peut au contraire concerner des aspirations nuisibles, soit à nous mêmes (allant jusqu’à l’addiction), soit à autrui, sous l’effet de pulsions;
        Il peut engendrer un manque et donc frustration et souffrance.

        Mais l’expression « une marque d’imperfection » me fait sourire : comme si nous devions être parfaits.
        Je dirais bien ce que Bergson disait du rire : le désir est le propre de l’homme, ce qui nous différencie des animaux et du simple besoin. Il peut être une source de dégradation comme de perfectionnement. Renoncer au désir ne nous rendra pas forcement meilleurs et surtout parfait.
        Par ailleurs, si je me réfère à la pyramide de Maslow, dont j’ai parlé plusieurs fois dans ce blog, le besoin constitue les deux premiers étages; le désir se situe aux autres étages, et il participe aux derniers : le besoin de reconnaissance et la réalisation de soi.

        J’ai trouvé le second sujet intéressant mais curieux pour la série S, car il relève plutôt de la psycho que de la morale.

        En fait la question est curieuse car « éprouver l’injustice » est un sentiment, une impression, une émotion. et « savoir ce qui est juste » est au contraire une reconnaissance, une réflexion sur des règles, en vue de l’action (ce qu’il faut et ne faut pas faire).
        L’injustice n’est pas le contraire de ce qui est juste, c’est une situation dans laquelle un acteur a commis quelque chose qui n’est pas juste et cela est ressenti négativement par celui qui en pâtit ainsi que par des témoins.
        « Savoir » ce qui est juste est une connaissance rationnelle , morale, juridique, politique, avec une référence à la loi.
        Quand j’étais enfant, il m’est arrivé de ressentir l’injustice d’une punition pour une bêtise que je n’avais pas commise. Bien sûr je savais ce qu’était une bêtise, mais je ne connaissais pas ce qui était juste. Ressentir l’injustice est une émotion presque innée.
        Evidemment la connaissance de ce qui est juste peut renforcer l’impression d’injustice.

        Je ne pense donc pas qu’il faille savoir ce qui est juste pour ressentir l’injustice, mais la réciproque est elle vraie, comme le suggère la question du sujet?
        Je crois qu’à ce niveau, il faut séparer ce qui est individuel du collectif.
        Au niveau de l’individu qui réfléchit rationnellement sur une situation et se demande si elle et juste ou injuste, il se réfère effectivement à ce qu’il a éprouvé en matière d’injustice pour juger de la situation. Le sentiment d'injustice le conduit à ce qui est juste, d'après lui.
        Par contre au niveau du législateur qui va coder ce qui est juste, c’est à dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, la notion d’injustice n’est pas la seule en cause : les problèmes d’ordre, de vie en société, de nuisance, de punition, de dissuasion sont aussi présents.

        Je pense donc qu’on peut ressentir qu’une action ou une situation est juste ou injuste; c’est lié au fait que l’on est responsable ou non de l’action, et qu’on estime qu’on la mérite ou non.
        Par contre savoir ce qui est juste est une réflexion sur ce qu’il faut faire, sur le comportement à avoir face à des événements, et cela implique une réflexion rationnelle sur les conséquences des actions au plan pratique et moral, et notamment de leurs effets nocifs sur autrui.
        Certes les deux sont en partie liés, mais ce sont deux comportements de natures différentes.

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  • Bac 2018 : philosophie : expériences, développement technologique

         Les deux sujets de la série technologique me plaisaient évidemment, car ils sont plus proches de ma formation scientifique :
                  L’expérience peut-elle être trompeuse? 
                            Peut-on maîtriser le développement technique?


        Là encore des questions de vocabulaire se posent.
        Quelle signification donner à « l’expérience » ?
        On peut penser à trois notions différentes : les expérience de tous les jours de la vie courante, les expériences scientifiques et techniques et l’expérience acquise par quelqu’un tout au long de sa vie.
        Pour les deux premières, il s’agit d’essais conduisant à des constatations qui mènent ensuite à une connaissance ou à la maîtrise d’actions.

        L’expérience courante de tous les jours est basée sur nos perceptions ou sur nos sentiments. La plupart résultent de ce que nous voyons et entendons, mais une expérience amoureuse résulte surtout de sentiments et d’émotions.
        Evidemment nos sens sont souvent trompeurs (on connaît le peu de fiabilité d’un témoin), et notre inconscient guide sentiments et émotions; c’est le contraire du rationnel et donc, par réaction, on doute que ces expériences courantes soient fiables.
        Mais en fait la raison, quand nous réfléchissons, se base sur ces expériences, sur des données initiales pratiques, sans lesquelles, et sans l’imagination et la mémoire, tout raisonnement serait impossible, ne reposant sur rien.
        Même trompeuse l’expérience fournit la matière au rationnel

        Le problème des expériences scientifiques est différent. Préalablement le chercheur a fait une hypothèse; Il en en déduit des conséquences, a imaginé soigneusement des faits qui en résultent et des méthodes pour les mettre en lumière.
    Il chiffre ses résultats, fait un calcul d’erreurs et de confiance à leur accorder.
        Bien entendu des artéfacts peuvent se glisser dans le processus, des erreurs de mesure peuvent intervenir, l’hypothèse de départ pouvait être fausse, ou les déduction erronées. Mais toutes ces conjonctures négatives sont beaucoup moins probables et surtout elles sont presque toujours décelées. De plus la même expérience est souvent faite par plusieurs équipes. L’expérience scientifique est rarement trompeuse, car, les quelque fois où elle n’est pas satisfaisante, on s’en aperçoit.
        Les expériences scientifiques ont d’ailleurs diminué de volume avec le développement des simulations sur ordinateur, qui permettent de prévoir le comportement des objets expérimentés, mais ces modèles mathématiques et physiques ne peuvent donner des résultats corrects que s’ils sont « recalés » sur des expériences, qui vérifient qu’ils sont conformes à la réalité. C’est l’expérimentation qui vérifie alors le rationnel.

        Quant à l’expérience d’une vie, elle repose sur de multiples expériences mais aussi sur leur analyse ultérieure et sur une sélection des causes et des résultats. Certes certaines des conclusions peuvent être erronées, mais par définition, l’expérience d’une vie est orientée vers justement un effort pour réduire les erreurs.


        Maîtriser le développement technologique, un but poursuivi sans cesse, mais jamais atteint réellement..

        Notre monde actuel est très dépendant du « progrès » technologique (et scientifique), nous nous en apercevons tous les jours et la société de consommation et les médias nous le rappellent sans cesse. C’est d’ailleurs le moteur de l’industrie et en partie des finances et de l’économie.
        Les inventions sérieuses et utiles voient le jour, mais les gadgets pullulent; on ne maîtrise pas cette situation car elle est d’ordre économique.
        La technique a été mise en place par l’homme, et à l’origine dans un but de progrès et de maîtrise de la nature. Il est certain qu’actuellement la motivation financière est prépondérante dans les entreprises et qu’elle ne correspond pas forcément à un progrès « utile », mais à une motivation d’optimiser les gains financiers ou à des fins d’image de marque. D’où certains développements qui certes font l’objet de beaucoup de publicité, mais dont on peut se demander s’il n’y aurait pas mieux à faire. C’est le cas par exemple de nombreux logiciels gadgets sur smartphone, ou de l’avion solaire, (jamais cette technique ne pouvant un jour permettre d’alimenter un avion commercial de plusieurs centaines de tonnes).
        Le développement technique demande des moyens financiers importants, et il dépend donc soit des moyens de certaines sociétés, mais qui ont des compétences dans des domaines particuliers et des motivations financières et commerciales, soit de fonds public, mais décidés en général par des personnes n’ayant pas les connaissances techniques et la vision à long terme suffisantes. D’où un contrôle insuffisant.
        Certains produits issus de ce développement peuvent s’avérer dangereux, mais les intérêts commerciaux font tarder leur suppression et engendrent des dommages importants pour l’homme ou la nature (médicaments amiante, pesticides….).
L’exemple le plus inquiétant est le changement climatique dû aux gaz à effet de serre.
        On peut aussi dire que tout développement scientifique et technique peut être utilisé à des fins maléfiques et, même avec un contrôle strict, cette éventualité ne peut être exclue et survient régulièrement.

        Le point le plus néfaste est que l’évolution de l’homme ne suit pas ce développement technologique.
        D’une part au plan du travail : le 19 et le 20ème siècles ont connu des conditions de travail à la production pénibles, voire dangereuses. Le 20ème et le 21ème siècles connaissent le chômage.
        Le développement des techniques numériques de communication et de l’informatique est un exemple flagrant. On veut actuellement imposer le recours à internet alors qu’un partie de la population ne sait pas s’en servir. Les jeunes, certes eux, savent l’utiliser, mais l’addiction aux réseaux sociaux et aux jeux les empêche d’étudier et bon nombre d’entre eux ne savent plus dormir ou manger sans leur smartphone dans la main : pire que leur doudou lorsqu’ils étaient bébés !
        En fait ce n’est pas le développement de la technique que l’on ne sait pas alors maîtriser, mais c’est l’usage qu’on en fait. Toute nouvelle technique, si on veut qu’elle soit bien utilisé, doit faire l’objet d’une formation et d’un long apprentissage, et là on veut brûler les étapes.

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  • Bac 2018, philosophie : art et culture

        Je réfléchirai aujourd’hui aux deux sujets du bac 2018 suivants :
                   Peut-on être insensible à l’art?
                                La culture nous rend-elle plus humains?

        Remarquons tout d’abord qu’il n’est pas interdit, ni moralement, ni juridiquement d’être insensible à l’art. Mais le fait de poser la question dans un sujet de philo, implique la deuxième question : est ce courant, est ce normal, est ce regrettable ?.
        Disons aussi que la notion d’art est assez vague et qu’il en existe bien des facettes.
    Je crois que si l’on posait à de nombreuses personnes la question « qu’est ce que l’art, à votre avis? » nous aurions des réponses très nombreuses et très différentes.

        A premier abord la notion d’art est simple, c’est le dessin, la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, la danse, la poésie, le théâtre : les « beaux arts ». Mais on peut y rajouter aujourd’hui le cinéma, la télévision, l’art numérique, la photographie, la mode etc.. Faut il y rajouter la littérature et la bande dessinée, la décoration, le paysagisme, le grand chef cuisinier, le créateur de parfums… ?
        Qu’est ce qu’un artiste ? On peut se poser la question autrement : l’architecte qui conçoit une usine est il un artiste. Pourquoi le peintre qui fait des tableaux en est un et pas le peintre en bâtiments ?
        Qu’est ce qu’un objet d’art ? Je ne suis pas sûr que les diverses civilisations dans le temps et dans l’espace reconnaissent comme tels les mêmes objets.
        Le latin « ars - artis » désigne l’habileté, le métier, le talent.
        En général la notion d’art est associée à le création d’oeuvres d’arts, à une certaine créativité, et à la notion de « beau », mais qui est tout aussi difficile à définir. On considère aussi souvent qu’un oeuvre d’art faut « passer un message ».
        Si on se demande « qu’est ce qui n’est pas de l’art, on n’est guère plus avancé.
        Mais à une époque la science était considérée comme un art et on parlait de l’art du médecin !
        La seule chose sur laquelle il n’y a pas de doute, c’est que c’est « une activité humaine », et en général on la rattache à la « culture ». (terme vague lui aussi).

        Posons nous la question autrement : quelles sont les réactions face à l’art ?
        On trouve dans les livres de philosophie le texte suivant : L'art est l’activité humaine visant à exprimer les préoccupations, les croyances, les questions sous une forme telle qu'elle traduise les émotions et les sentiments que les hommes éprouvent en y pensant ou en éprouvant une sensation (vision, écoute, toucher, odeur, goût), face à l’œuvre d’art.
        Mais comment l'art parvient-il à nous toucher ? Quelle est la forme d'expression qui serait le propre de l'art ?
        L’art est certainement très technique et demande un grand savoir-faire, mais si nous en tenons parfois compte, ce n’est pas ce qui nous touche. ce n’est pas non plus forcément l’intention de l’artiste, pas forcément connue. Nous pouvons voir dans une œuvre des choses bien différentes et chacun n’y voit pas forcément la même chose.
        L’art est sensé faire appel à notre sensibilité, nous émouvoir, apporter quelque chose de créatif et de beau.
        Cela dit il est tout aussi difficile de définir la beauté, associée à une émotion spontanée et à un sentiment de plaisir, et d’admiration (parfois aussi de regret de ne pas savoir faire la même chose), mais que l’on a bien du mal à expliquer.
        Je crois d ‘ailleurs que chacun d’entre nous a une définition personnelle du beau, basée sur ses réactions.

       Peut on être insensible à l’art?

        Le problème est que chacun a face à l’art des émotions différentes et qui ne sont d’ailleurs pas les mêmes selon les œuvres d’art. Une partie de ces émotions qui sont immédiates et presque inconscientes, dépendent de notre sensibilité émotionnelle immédiate, une préférence cérébrale (voir mes articles à ce sujet).
        On peut être sensible à la peinture figurative et ne pas l’être à la peinture abstraite, avoir des sensibilité très différentes à la musique classique et à la musique moderne.
        Personnellement je suis en admiration devant les cathédrales gothiques, les petites églises bretonnes et du Périgord, et sensible à l’atmosphère qui y règne, mais assez insensible aux statues de nos villes.
        Il est certain par ailleurs que la sensibilité à l’art s’apprend : les enfants d’artistes y sont en général plus sensibles.
        Peut on être insensible à toute forme d’art.?
        Il est rare qu’une personne n’ait jamais chantonné ou siffloté une chanson; n’est ce pas déjà une forme de sensibilité à l’art ?
        Etre insensible à l’art ne serait ce pas, être dénué de toute sensibilité et donc proche du robot ?
        Un enfant très jeune qui n’a pas encore reçu d’éducation artistique et qu’on emmène dans un musée, est curieux et sensible à l’art. Alors qu’est ce qui pourrait tuer cette tendance innée.?
        Effectivement on constate cette insensibilité chez les fanatiques musulmans qui détruisent les cités antiques et interdisent l’écoute de toute musique. Ils mettent en avant leur fanatisme religieux, mais en fait, ils font preuve d’une immense inhumanité.

       La culture nous rend elle plus humains?

        Je crois qu’il faudrait d’abord définir ce qu’on entend par « culture » et par « humain » et le terme "rendre" évoque un passage de cause à effet.
        Remarquons d’abord que la culture est humaine puisqu’elle n’existe pas naturellement : c’est nous qui la créons.
        Ce qu’on appelle habituellement la culture, c’est un ensemble de connaissances principalement dans le domaine littéraire, philosophique, religieux ou des arts, mais en fait les sciences, l’histoire, la géographie, la technique en font aussi partie.
        De plus la culture ce sont aussi des savoir-faire : maitriser la langue, écrite et orale, savoir raisonner, convaincre et négocier, bref avoir une certaine expérience.
        Elle nous différencie de l’animal et nous apporte un plus par rapport à la nature.
    A titre individuel, elle développe notre esprit, notre intelligence. Elle nous donne une individualité.
        C’est pour cela que nous la créons et donc elle nous rend à priori plus humains, plus complets; c’est en fait le propre de l’homme, comme le langage et  elle nous rends aussi plus humains vis à vis de l’environnement.

        Toutefois nous n’avons pas tous accès de la même façon à la culture et cela introduit des différences, des inégalités qui peuvent être source de différences notables de conditions de vie, de mépris, d’isolement et de harcèlement, de pouvoir, de conflits, bref de comportements inhumains
    .
        Mais culture n’est pas seulement instruction et expérience. On peut l’interpréter au sens de civilisation, de société, de l’ensemble des règles, des habitudes, des archétypes.
        La culture, à ce titre n’est pas inhumaine, mais les différences de culture entre groupes, ethnies, sociétés peuvent être à la source d’incompréhension, de racisme, d’hégémonie, de conflits, voire de persécutions comme au moment du nazisme.
        On peut même évoquer la différence de culture entre anciens et jeunes, qui est souvent une difficulté majeure car source d’incompréhension.

        Ce ne sont donc pas les cultures qui nous rendent inhumains, mais les différences de cultures entre hommes, groupes, sociétés, générations.

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