• Bac 2018, philosophie : désir, injustice.

    Dans ce dernier article, je donnerai mes réflexions sur les deux derniers sujets de philo du bac, ceux de S :
                    Le désir est-il la marque de notre imperfection?
                               Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

        Là encore une précision de vocabulaire est nécessaire, car des mots divers sont utilisés dans des circonstances voisines :le besoinqui est celui essentiel de base de l’organisme; l’envie de, qui a un caractère de jalousie, de comparaison au voisin; aspirer à et le désir; et en allant au delà,la passion, les pulsions, les addictions.

        Desiderare, en latin, c’est regretter l’absence de. C’est donc une tendance, un effort, une inclination vers quelque chose, que l’on n’a pas encore acquis, et qui n’est pas facilement accessible : le désir peut concerner un objet, une action, une personne, une chose abstraite. C’est en outre un moteur important vers l’action, mais ce n’est pas une volonté raisonnée.
        Le désir peut avoir un but noble, une aspiration généreuse. Il peut au contraire concerner des aspirations nuisibles, soit à nous mêmes (allant jusqu’à l’addiction), soit à autrui, sous l’effet de pulsions;
        Il peut engendrer un manque et donc frustration et souffrance.

        Mais l’expression « une marque d’imperfection » me fait sourire : comme si nous devions être parfaits.
        Je dirais bien ce que Bergson disait du rire : le désir est le propre de l’homme, ce qui nous différencie des animaux et du simple besoin. Il peut être une source de dégradation comme de perfectionnement. Renoncer au désir ne nous rendra pas forcement meilleurs et surtout parfait.
        Par ailleurs, si je me réfère à la pyramide de Maslow, dont j’ai parlé plusieurs fois dans ce blog, le besoin constitue les deux premiers étages; le désir se situe aux autres étages, et il participe aux derniers : le besoin de reconnaissance et la réalisation de soi.

        J’ai trouvé le second sujet intéressant mais curieux pour la série S, car il relève plutôt de la psycho que de la morale.

        En fait la question est curieuse car « éprouver l’injustice » est un sentiment, une impression, une émotion. et « savoir ce qui est juste » est au contraire une reconnaissance, une réflexion sur des règles, en vue de l’action (ce qu’il faut et ne faut pas faire).
        L’injustice n’est pas le contraire de ce qui est juste, c’est une situation dans laquelle un acteur a commis quelque chose qui n’est pas juste et cela est ressenti négativement par celui qui en pâtit ainsi que par des témoins.
        « Savoir » ce qui est juste est une connaissance rationnelle , morale, juridique, politique, avec une référence à la loi.
        Quand j’étais enfant, il m’est arrivé de ressentir l’injustice d’une punition pour une bêtise que je n’avais pas commise. Bien sûr je savais ce qu’était une bêtise, mais je ne connaissais pas ce qui était juste. Ressentir l’injustice est une émotion presque innée.
        Evidemment la connaissance de ce qui est juste peut renforcer l’impression d’injustice.

        Je ne pense donc pas qu’il faille savoir ce qui est juste pour ressentir l’injustice, mais la réciproque est elle vraie, comme le suggère la question du sujet?
        Je crois qu’à ce niveau, il faut séparer ce qui est individuel du collectif.
        Au niveau de l’individu qui réfléchit rationnellement sur une situation et se demande si elle et juste ou injuste, il se réfère effectivement à ce qu’il a éprouvé en matière d’injustice pour juger de la situation. Le sentiment d'injustice le conduit à ce qui est juste, d'après lui.
        Par contre au niveau du législateur qui va coder ce qui est juste, c’est à dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, la notion d’injustice n’est pas la seule en cause : les problèmes d’ordre, de vie en société, de nuisance, de punition, de dissuasion sont aussi présents.

        Je pense donc qu’on peut ressentir qu’une action ou une situation est juste ou injuste; c’est lié au fait que l’on est responsable ou non de l’action, et qu’on estime qu’on la mérite ou non.
        Par contre savoir ce qui est juste est une réflexion sur ce qu’il faut faire, sur le comportement à avoir face à des événements, et cela implique une réflexion rationnelle sur les conséquences des actions au plan pratique et moral, et notamment de leurs effets nocifs sur autrui.
        Certes les deux sont en partie liés, mais ce sont deux comportements de natures différentes.

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  • Bac 2018 : philosophie : expériences, développement technologique

         Les deux sujets de la série technologique me plaisaient évidemment, car ils sont plus proches de ma formation scientifique :
                  L’expérience peut-elle être trompeuse? 
                            Peut-on maîtriser le développement technique?


        Là encore des questions de vocabulaire se posent.
        Quelle signification donner à « l’expérience » ?
        On peut penser à trois notions différentes : les expérience de tous les jours de la vie courante, les expériences scientifiques et techniques et l’expérience acquise par quelqu’un tout au long de sa vie.
        Pour les deux premières, il s’agit d’essais conduisant à des constatations qui mènent ensuite à une connaissance ou à la maîtrise d’actions.

        L’expérience courante de tous les jours est basée sur nos perceptions ou sur nos sentiments. La plupart résultent de ce que nous voyons et entendons, mais une expérience amoureuse résulte surtout de sentiments et d’émotions.
        Evidemment nos sens sont souvent trompeurs (on connaît le peu de fiabilité d’un témoin), et notre inconscient guide sentiments et émotions; c’est le contraire du rationnel et donc, par réaction, on doute que ces expériences courantes soient fiables.
        Mais en fait la raison, quand nous réfléchissons, se base sur ces expériences, sur des données initiales pratiques, sans lesquelles, et sans l’imagination et la mémoire, tout raisonnement serait impossible, ne reposant sur rien.
        Même trompeuse l’expérience fournit la matière au rationnel

        Le problème des expériences scientifiques est différent. Préalablement le chercheur a fait une hypothèse; Il en en déduit des conséquences, a imaginé soigneusement des faits qui en résultent et des méthodes pour les mettre en lumière.
    Il chiffre ses résultats, fait un calcul d’erreurs et de confiance à leur accorder.
        Bien entendu des artéfacts peuvent se glisser dans le processus, des erreurs de mesure peuvent intervenir, l’hypothèse de départ pouvait être fausse, ou les déduction erronées. Mais toutes ces conjonctures négatives sont beaucoup moins probables et surtout elles sont presque toujours décelées. De plus la même expérience est souvent faite par plusieurs équipes. L’expérience scientifique est rarement trompeuse, car, les quelque fois où elle n’est pas satisfaisante, on s’en aperçoit.
        Les expériences scientifiques ont d’ailleurs diminué de volume avec le développement des simulations sur ordinateur, qui permettent de prévoir le comportement des objets expérimentés, mais ces modèles mathématiques et physiques ne peuvent donner des résultats corrects que s’ils sont « recalés » sur des expériences, qui vérifient qu’ils sont conformes à la réalité. C’est l’expérimentation qui vérifie alors le rationnel.

        Quant à l’expérience d’une vie, elle repose sur de multiples expériences mais aussi sur leur analyse ultérieure et sur une sélection des causes et des résultats. Certes certaines des conclusions peuvent être erronées, mais par définition, l’expérience d’une vie est orientée vers justement un effort pour réduire les erreurs.


        Maîtriser le développement technologique, un but poursuivi sans cesse, mais jamais atteint réellement..

        Notre monde actuel est très dépendant du « progrès » technologique (et scientifique), nous nous en apercevons tous les jours et la société de consommation et les médias nous le rappellent sans cesse. C’est d’ailleurs le moteur de l’industrie et en partie des finances et de l’économie.
        Les inventions sérieuses et utiles voient le jour, mais les gadgets pullulent; on ne maîtrise pas cette situation car elle est d’ordre économique.
        La technique a été mise en place par l’homme, et à l’origine dans un but de progrès et de maîtrise de la nature. Il est certain qu’actuellement la motivation financière est prépondérante dans les entreprises et qu’elle ne correspond pas forcément à un progrès « utile », mais à une motivation d’optimiser les gains financiers ou à des fins d’image de marque. D’où certains développements qui certes font l’objet de beaucoup de publicité, mais dont on peut se demander s’il n’y aurait pas mieux à faire. C’est le cas par exemple de nombreux logiciels gadgets sur smartphone, ou de l’avion solaire, (jamais cette technique ne pouvant un jour permettre d’alimenter un avion commercial de plusieurs centaines de tonnes).
        Le développement technique demande des moyens financiers importants, et il dépend donc soit des moyens de certaines sociétés, mais qui ont des compétences dans des domaines particuliers et des motivations financières et commerciales, soit de fonds public, mais décidés en général par des personnes n’ayant pas les connaissances techniques et la vision à long terme suffisantes. D’où un contrôle insuffisant.
        Certains produits issus de ce développement peuvent s’avérer dangereux, mais les intérêts commerciaux font tarder leur suppression et engendrent des dommages importants pour l’homme ou la nature (médicaments amiante, pesticides….).
L’exemple le plus inquiétant est le changement climatique dû aux gaz à effet de serre.
        On peut aussi dire que tout développement scientifique et technique peut être utilisé à des fins maléfiques et, même avec un contrôle strict, cette éventualité ne peut être exclue et survient régulièrement.

        Le point le plus néfaste est que l’évolution de l’homme ne suit pas ce développement technologique.
        D’une part au plan du travail : le 19 et le 20ème siècles ont connu des conditions de travail à la production pénibles, voire dangereuses. Le 20ème et le 21ème siècles connaissent le chômage.
        Le développement des techniques numériques de communication et de l’informatique est un exemple flagrant. On veut actuellement imposer le recours à internet alors qu’un partie de la population ne sait pas s’en servir. Les jeunes, certes eux, savent l’utiliser, mais l’addiction aux réseaux sociaux et aux jeux les empêche d’étudier et bon nombre d’entre eux ne savent plus dormir ou manger sans leur smartphone dans la main : pire que leur doudou lorsqu’ils étaient bébés !
        En fait ce n’est pas le développement de la technique que l’on ne sait pas alors maîtriser, mais c’est l’usage qu’on en fait. Toute nouvelle technique, si on veut qu’elle soit bien utilisé, doit faire l’objet d’une formation et d’un long apprentissage, et là on veut brûler les étapes.

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  • Bac 2018, philosophie : art et culture

        Je réfléchirai aujourd’hui aux deux sujets du bac 2018 suivants :
                   Peut-on être insensible à l’art?
                                La culture nous rend-elle plus humains?

        Remarquons tout d’abord qu’il n’est pas interdit, ni moralement, ni juridiquement d’être insensible à l’art. Mais le fait de poser la question dans un sujet de philo, implique la deuxième question : est ce courant, est ce normal, est ce regrettable ?.
        Disons aussi que la notion d’art est assez vague et qu’il en existe bien des facettes.
    Je crois que si l’on posait à de nombreuses personnes la question « qu’est ce que l’art, à votre avis? » nous aurions des réponses très nombreuses et très différentes.

        A premier abord la notion d’art est simple, c’est le dessin, la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, la danse, la poésie, le théâtre : les « beaux arts ». Mais on peut y rajouter aujourd’hui le cinéma, la télévision, l’art numérique, la photographie, la mode etc.. Faut il y rajouter la littérature et la bande dessinée, la décoration, le paysagisme, le grand chef cuisinier, le créateur de parfums… ?
        Qu’est ce qu’un artiste ? On peut se poser la question autrement : l’architecte qui conçoit une usine est il un artiste. Pourquoi le peintre qui fait des tableaux en est un et pas le peintre en bâtiments ?
        Qu’est ce qu’un objet d’art ? Je ne suis pas sûr que les diverses civilisations dans le temps et dans l’espace reconnaissent comme tels les mêmes objets.
        Le latin « ars - artis » désigne l’habileté, le métier, le talent.
        En général la notion d’art est associée à le création d’oeuvres d’arts, à une certaine créativité, et à la notion de « beau », mais qui est tout aussi difficile à définir. On considère aussi souvent qu’un oeuvre d’art faut « passer un message ».
        Si on se demande « qu’est ce qui n’est pas de l’art, on n’est guère plus avancé.
        Mais à une époque la science était considérée comme un art et on parlait de l’art du médecin !
        La seule chose sur laquelle il n’y a pas de doute, c’est que c’est « une activité humaine », et en général on la rattache à la « culture ». (terme vague lui aussi).

        Posons nous la question autrement : quelles sont les réactions face à l’art ?
        On trouve dans les livres de philosophie le texte suivant : L'art est l’activité humaine visant à exprimer les préoccupations, les croyances, les questions sous une forme telle qu'elle traduise les émotions et les sentiments que les hommes éprouvent en y pensant ou en éprouvant une sensation (vision, écoute, toucher, odeur, goût), face à l’œuvre d’art.
        Mais comment l'art parvient-il à nous toucher ? Quelle est la forme d'expression qui serait le propre de l'art ?
        L’art est certainement très technique et demande un grand savoir-faire, mais si nous en tenons parfois compte, ce n’est pas ce qui nous touche. ce n’est pas non plus forcément l’intention de l’artiste, pas forcément connue. Nous pouvons voir dans une œuvre des choses bien différentes et chacun n’y voit pas forcément la même chose.
        L’art est sensé faire appel à notre sensibilité, nous émouvoir, apporter quelque chose de créatif et de beau.
        Cela dit il est tout aussi difficile de définir la beauté, associée à une émotion spontanée et à un sentiment de plaisir, et d’admiration (parfois aussi de regret de ne pas savoir faire la même chose), mais que l’on a bien du mal à expliquer.
        Je crois d ‘ailleurs que chacun d’entre nous a une définition personnelle du beau, basée sur ses réactions.

       Peut on être insensible à l’art?

        Le problème est que chacun a face à l’art des émotions différentes et qui ne sont d’ailleurs pas les mêmes selon les œuvres d’art. Une partie de ces émotions qui sont immédiates et presque inconscientes, dépendent de notre sensibilité émotionnelle immédiate, une préférence cérébrale (voir mes articles à ce sujet).
        On peut être sensible à la peinture figurative et ne pas l’être à la peinture abstraite, avoir des sensibilité très différentes à la musique classique et à la musique moderne.
        Personnellement je suis en admiration devant les cathédrales gothiques, les petites églises bretonnes et du Périgord, et sensible à l’atmosphère qui y règne, mais assez insensible aux statues de nos villes.
        Il est certain par ailleurs que la sensibilité à l’art s’apprend : les enfants d’artistes y sont en général plus sensibles.
        Peut on être insensible à toute forme d’art.?
        Il est rare qu’une personne n’ait jamais chantonné ou siffloté une chanson; n’est ce pas déjà une forme de sensibilité à l’art ?
        Etre insensible à l’art ne serait ce pas, être dénué de toute sensibilité et donc proche du robot ?
        Un enfant très jeune qui n’a pas encore reçu d’éducation artistique et qu’on emmène dans un musée, est curieux et sensible à l’art. Alors qu’est ce qui pourrait tuer cette tendance innée.?
        Effectivement on constate cette insensibilité chez les fanatiques musulmans qui détruisent les cités antiques et interdisent l’écoute de toute musique. Ils mettent en avant leur fanatisme religieux, mais en fait, ils font preuve d’une immense inhumanité.

       La culture nous rend elle plus humains?

        Je crois qu’il faudrait d’abord définir ce qu’on entend par « culture » et par « humain » et le terme "rendre" évoque un passage de cause à effet.
        Remarquons d’abord que la culture est humaine puisqu’elle n’existe pas naturellement : c’est nous qui la créons.
        Ce qu’on appelle habituellement la culture, c’est un ensemble de connaissances principalement dans le domaine littéraire, philosophique, religieux ou des arts, mais en fait les sciences, l’histoire, la géographie, la technique en font aussi partie.
        De plus la culture ce sont aussi des savoir-faire : maitriser la langue, écrite et orale, savoir raisonner, convaincre et négocier, bref avoir une certaine expérience.
        Elle nous différencie de l’animal et nous apporte un plus par rapport à la nature.
    A titre individuel, elle développe notre esprit, notre intelligence. Elle nous donne une individualité.
        C’est pour cela que nous la créons et donc elle nous rend à priori plus humains, plus complets; c’est en fait le propre de l’homme, comme le langage et  elle nous rends aussi plus humains vis à vis de l’environnement.

        Toutefois nous n’avons pas tous accès de la même façon à la culture et cela introduit des différences, des inégalités qui peuvent être source de différences notables de conditions de vie, de mépris, d’isolement et de harcèlement, de pouvoir, de conflits, bref de comportements inhumains
    .
        Mais culture n’est pas seulement instruction et expérience. On peut l’interpréter au sens de civilisation, de société, de l’ensemble des règles, des habitudes, des archétypes.
        La culture, à ce titre n’est pas inhumaine, mais les différences de culture entre groupes, ethnies, sociétés peuvent être à la source d’incompréhension, de racisme, d’hégémonie, de conflits, voire de persécutions comme au moment du nazisme.
        On peut même évoquer la différence de culture entre anciens et jeunes, qui est souvent une difficulté majeure car source d’incompréhension.

        Ce ne sont donc pas les cultures qui nous rendent inhumains, mais les différences de cultures entre hommes, groupes, sociétés, générations.

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  • Bac 2018, philosophie :  la vérité.

               Tous les ans, quand arrive le Bac, j'ai l'habitude de lire les divers sujets et d'y réfléchir.
               Je n'ai en général pas de difficulté à résoudre les problèmes de maths et de physique-chimie, mais les sujets de philo me demandent plus de réflexion.
              Je vais essayer de vous faire part, en plusieurs articles, de ce que m'inspirent les sujets de 2016 
          Ce ne sont, en aucun cas des corrigés. J'ai oublié beaucoup de ce que j'ai appris au lycée sur les pansées des philosophes, et par contre j'ai acquis une certaine expérience de la vie. Mes propos n'ont donc aucune prétention scolaire.
               Cette année, les sujets de philosophie du bac étaient les suivants :

                         Sujet de la filière S :
               Le désir est-il la marque de notre imperfection?
               Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

                         Sujet de la filière ES :
               Toute vérité est-elle définitive?
               Peut-on être insensible à l’art?


                          Sujet de la filière L :
               La culture nous rend-elle plus humains?
               Peut-on renoncer à la vérité?


                          Sujet de la série technologique :
              L’expérience peut-elle être trompeuse?
               Peut-on maîtriser le développement technique?

               Je regrouperai mes réflexions par genre de sujet et non par filière des études secondaires (qui vont d’ailleurs disparaître).

               Je traiterai dans ce premier article :
    Peut-on renoncer à la vérité?  Toute vérité est-elle définitive?

               Je pense qu’il faut se demander d’abord ce qu’on entend par « vérité ».
               A l’origine ce qui est vrai est ce qui n’est pas faux. Donc par principe elle devrait être définitive. Mais en fait, c’est ce que nous croyons avéré à un instant donné, et cela, dans maints domaines de natures différentes, et pour lesquels les degrés de certitude peuvent être très variables.

               Il y a d’abord les « faits », les choses que nous avons vues, dont nous avons été témoins.Pour celles que d’autres ont vues et relatent - notamment les médias -, il y a l’incertitude de la communication, plus ou moins déformée selon les buts poursuivis par le narrateur.
               Mais même ce que nous avons vu n’est pas sûr. Nous n’avons vu souvent qu’une partie des faits, nous les avons interprétés, certes avec la raison, mais aussi avec l’inconscient et avec nos à-priori. L’apparente vérité des faits est donc déformée.
               Plus discutables encore nos opinions et convictions, et encore plus nos croyances.
               Si nous sommes raisonnables, elles sont fondées sur des raisons logiques, mais bien souvent elles ne sont pas aussi rigoureuses que cela. Et la preuve est que d’autres personnes peuvent avoir les idées opposées, tout aussi valables.
               Ce ne sont pas des vérités, même si nous les tenons pour telles, mais des « construction de l’esprit », fondées sur des faits, mais aussi nos valeurs, nos préjugés et l’influence d’autrui et de l’environnement. La construction peut être valable, mais elle dépend des prémices dont nous ne sommes pas entièrement maîtres et surtout qui n’ont aucun caractère définitif et universel.

               Sans doute peut on être plus confiant dansla « vérité scientifique ».
               Elle repose sur des constatations, des faits et une logique en vérifiant les hypothèses faites à l’origine, par des expériences ou des démonstrations (voire des simulations aujourd’hui).
               Mais on ne peut faire toutes les expériences possibles et l’on n’est jamais certain qu’il n’existe pas des exceptions, ou qu’une découverte arrive, qui remette en cause la construction initiale, souvent en faisant avancer les connaissances, en montrant qu’une partie de la construction est différente, quand on peut la connaître avec plus de détails, au fur et à mesure que nos outils d’analyse et de mesure deviennent plus performants et plus précis. C’est ce qui est arrivé souvent depuis 50 ans pour la constitution de la matière et la mécanique quantique.

               Reste un secteur où pourrait régner des vérités : les mathématiques. Mais les règles et résultats mathématiques, s’ils sont vrais, ne le sont que dans certaines hypothèses, certes connues. Les règles valable dans un plan ne le sont plus sur une surface sphérique, celles valables dans notre monde géométrique euclidien, ne le sont plus dans un monde où les dimensions obéissent à des hypothèses différentes, notamment quand les dimensions sont supérieures à 3.
               Il y a même des domaines des mathématiques où l’on ne parle plus de faits bien définis, mais seulement de faits assortis d’une certaine probabilité d’existence.
               Finalement aucune vérité n’est définitive, car elle n’est jamais complète et nous pouvons toujours en découvrir des éléments nouveaux.
               C’est le cas notamment en sciences où toute nouvelle découverte répond à des questions que nous nous posions, et explique certains phénomènes, mais suscite plusieurs nouvelles questions dont nous ne connaissons pas la réponse.

                         Peut on renoncer à la vérité ?

               On peut prendre la question de deux façons assez différentes :
                           - en prolongement du sujet précédent et de ce qu’on vient de dire, faut il ne pas rechercher la vérité sous prétexte qu’elle ne peut être atteinte
                          - dans un domaine tout autre, des valeurs et de la moralité, au sens de la règle juridique imposée aux témoins : « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ».

               De façon générale on ne peut renoncer à rechercher la « vérité », c’est à dire la « réalité », notamment au plan scientifique. Ce serait renoncer à tout progrès, à accroître nos connaissances. Cela implique non seulement des réflexions de personnes compétentes, mais aussi des possibilités et des instruments de mesure de plus en plus précis (penser aux progrès possibles en médecine dus aux nouvelles déterminations d’ADN), et des efforts financiers et humains importants.

               Il est cependant des cas où l’on peut se poser la question : faut il connaître toute la vérité sur une affaire ?  Faut il dire la vérité à un malade qui a une grave maladie et est très impressionnable et pessimiste? Un enfant abandonné sous X doit il connaître ses vrais parents ? La divulgation de certains éléments confidentiels à des personnes non habilitées ou trop concernées, peut créer des affrontements regrettables, ou mettre en danger la vie d’autrui (ou permettre à un criminel d’échapper à la police et la justice.)

               Si maintenant on veut aborder l’aspect moral, cela peut être à titre collectif ou personnel et là on suppose qu’il y a une vérité  au moins des faits.
               Au plan collectif le problème se pose dans bien des domaines : à l’historien le devoir de mémoire, au policier et au juge la recherche de la justice et du respect des règles, au politique une certaine transparence entre ses intentions et ses réalisations….
               Au plan personnel, la morale demande en général de ne pas mentir. Mais si cela semble préférable dans beaucoup de cas, il y a des vérités qu’il vaut mieux ne pas dire pour préserver une bonne entente entre personnes. Mais le plus souvent de sont des opinions, des convictions que nous prenons pour vraies, qui ne le sont pas forcément pour tous, et qui seraient désagréables ou préjudiciables pour la personnes à laquelle nous en ferions part.

               En définitive, renoncer à dire la vérité, ce serait renoncer à dire ce qui s’est réellement passé - (si on le connaît vraiment !). il est certain que si on y renonce, il faut avoir alors une raison et pouvoir en expliquer le bien-fondé.

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  • La réforme du bac et des lycées

      Dans mon dernier article j’ai parlé de la réforme de l’entrée en faculté et de la grève correspondante, mais je n’ai pas examiné la réforme elle même du bac et du lycée, qui est considérable. Je vais le faire maintenant.

        Il s’agit essentiellement d’une réforme de la filière générale, l’enseignement technologique étant peu modifié. Les filières S, ES et L sont supprimées.
        En fait on pourrait dire que l’enseignement général se termine maintenant en fin de seconde, et que à partir de la première on commence à apprendre ce qui vous servira dans votre futur métier.
        Les grandes lignes présentées par le ministre et relayées par les médias sont les suivantes (les textes en « gras-italique » proviennent des sites de l’Education Nationale) :
       
    L’enseignement en seconde sera proche de l’enseignement actuel. Mais en début d’année des tests seront effectués pour connaitre le niveau de chacun en français et en mathématiques. Un certain nombre d’heures seront consacrées à l'orientation et à l'accompagnement pour préparer dès la seconde les choix de parcours en première terminale puis le choix des études supérieures.

        C’est évidemment essentiel vu la suite des programmes. mais les élèves sont ils capables de choisir, avec l’aide des profs (et des parents ?) des orientations qui engagent leur carrière future. Je me souviens personnellement, j’avais 13 ans en seconde et aucune idée de ce qu’étaient les métiers à venir et ce que j’avais envie de faire -et encore moins ce que j’étais capable de faire).

    Le futur bac comportera un contrôle continu qui comptera pour 40% de la note (dont 30% acquis lors de bacs blancs et 10% fonction des appréciations des professeurs)
    Les 60% restant des notes seront répartis entre des épreuves de français (écrit et oral) à la fin de la première, et, en terminale, quatre épreuves : écrit de philosophie, deux épreuves écrites de spécialités et un oral de soutenance d’un projet.
    Quatre principes sont inchangés
        Le bac est obtenu à partir d'une moyenne générale de 10/20
        Il n'existe pas de note éliminatoire ou de note de plancher
        Le système actuel de compensation et de mentions est maintenu
        L'oral de rattrapage est maintenu en tant que seconde chance.
    Comme actuellement il y aura, pour garantir l’égalité entre candidats et établissements, une banque nationale numérique de sujets, des copies anonymes corrigées par d’autres professeurs que les enseignants de l’élève, et une harmonisation des notes des correcteurs.


        Le contrôle continu me paraît une bonne chose : il obligera les élèves à travailler toute l’année au lieu, pour certains, de ne rien faire puis de bachoter à outrance avant l’examen.
        La soutenance orale d’un  projet est aussi une bonne préparation à la vie future, car quelque soit le métier pour quelqu’un issu de l’enseignement supérieur, il y a toujours une grande part de communication orale. L’enseignement secondaire aujourd’hui préparait peu à cela.
        En outre cela donnera plus de confiance à des élèves qui sont à l’aise pour parler, mais rédigent plus difficilement devant une feuille de papier.

    Il y aura un socle commun d’enseignement en première - terminale : français en première, philo en terminale, langues vivantes, histoire et géographie, éducation sportive, enseignement moral et civique, orientation vers l’avenir.
    En première l’élève choisira trois spécialité et deux d’entre elles seront poursuivies en terminale. Ces spécialité seraient : mathématiques, physique-chimie, sciences de l'ingénieur, numérique et sciences informatiques, sciences de la vie et de la Terre, histoire-géographie et géopolitique, sciences économiques et sociales, humanité-littérature-philosophie, langues et littérature étrangère, écologie-agronomie-et-territoires, arts.


        Certes ces spécialités me paraissent intéressantes et préparent à l’entrée dans le supérieur. Cela me paraît toutefois faible en biologie.
        Mais cela veut dire qu’au lieu de faire le choix lorsqu’on a réussi le bac, il faudra le faire à la fin de la seconde : les élèves seront encore moins murs.
        Par ailleurs je suis inquiet au niveau des professeurs : ceux actuels sont ils capables d’enseigner les « sciences de l’ingénieur », « l’écologie et l’agronomie » et même le « numérique et sciences informatiques » ? C’est une révolution, car c’étaient jusqu’à présent des spécialités de l’enseignement supérieurtenu des programmes futurs.   
        D’autre part certaines connaissances en mathématiques sont nécessaires pour la physique chimie, les sciences de l’ingénieur, la biologie, le SVT, l’écologie… Où seront elles enseignées ? Faudra t’il prendre lla spécialité mathématique?

    Les options actuelles sont supprimées mais les élèves pourront toujours se consacrer à une option facultative en première puis deux options en terminale, comme arts, langue vivante renforcée, latin ou grec, ou encore sport, par exemple.

        Pas de commentaire, mais avec les trois spécialités, cela fera beaucoup de travail.

    Le déroulement des épreuves du bac 2020 :
    Le contrôle continu sera fait lors d’épreuves de « bac blanc », en cours d’année.
    L’épreuve de français en première se déroulera en, avec un écrit et un oral « revisités »
    Il y aura quatre épreuves finales en terminale :
    Deux épreuves écrites porteront sur les enseignements de spécialité choisis par le candidat et auront lieu au retour des vacances de porintemps.
    Une épreuve écrite de philosophie fin juin : pour tous, ce choix correspond à une tradition française et à la nécessité de conforter l'esprit critique dans la formation des jeunes générations.
    Un oral fin juin, d’une durée de 20 minutes, préparé tout au long du cycle terminal : savoir s'exprimer dans un français correct est essentiel pour les études, pour la vie personnelle et professionnelle. Parce que l'aisance à l'oral constitue un marqueur social, il convient justement d'offrir à tous les élèves l'acquisition de cette compétence. L'épreuve orale repose sur la présentation d'un projet préparé dès la classe de première par l'élève.
        Cet oral se déroulera en deux parties : la présentation du projet, adossé à un         ou deux enseignements de spécialité choisis par l'élève et un échange à             partir de ce projet permettant d'évaluer la capacité de l'élève à analyser en             mobilisant les connaissances acquises au cours de sa scolarité, notamment         scientifiques et historiques.
        Le jury sera composé de deux professeurs.


        La grande nouveauté est cet oral, qui toutefois me parait très court, car se présenter, présenter un projet, et répondre à des questions n’est à mon avis pas possible en 20 minutes.
        C’est une excellente préparation à la vie active, car pour savoir s'exprimer à l'oral, réussir à informer, intéresser et convaincre, il faut apprendre à se présenter, poser une problématique, énoncer un plan, le respecter avec ordre, savoir construire un paragraphe, puis passer d'un paragraphe à l'autre... toute une série de choses qui aujourd'hui font gravement défaut dans l'enseignement en France.
        Certes il faut aussi le faire à l’écrit, mais c’est beaucoup plus facile car on a un texte en permanence sous les yeux, que l’on peut modifier à tout instant.
        Mais l'aisance à l'oral n'est pas une compétence inée, mais qui s'apprend et face à laquelle tous ne sont pas égaux. Il sera indispensable de préparer les élèves de façon à compenser les différences de niveaux entre les élèves, les timides et ceux qui sont assurés, les plus défavorisés et ceux des milieux où on parle correctement le français, et où la lecture vous a donné du vocabulaire et le sens de son utilisation.

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