• Dépression fait de société.

     

    Dépression fait de société.

       La dépression touche aujourd'hui 10 à 15 pour cent de la population française.
         J’ai côtoyé des personnes en dépression dans mon travail, et surtout certain(e)s de mes correspondant(e)s de blogs, se sentaient mal, au bord de la dépression.
         C’est toujours délicat, car on ne sait pas bien comment s’y prendre, le raisonnement logique étant tout à fait perturbé et le pessimisme poussé à l’extrême.
         Ce qui m’étonne c’est que je n’ai pas souvenir d’avoir vu en dépression, quand j'étais très jeune, des adultes et surtout des jeunes parmi mes camarades, sauf  quand ils avaient subi une catastrophe, le deuil d’un être très cher notamment. Pourtant on sortait de la guerre et la période n’avait pas été très rose.

        Est ce donc notre époque actuelle qui veut cela?
        Mal conjoncturel, la dépression est interprétée par le sociologue Alain Ehrenberg comme le symptôme d'une société individualiste qui a fragilisé le lien social autrefois fondé sur la famille, la hiérarchie des classes et les conventions.        
        Condamné à improviser, à s'inventer et à faire à chaque instant la preuve de sa valeur personnelle, l'individu s'est de plus en plus centré sur lui-même (notamment sous la pression des discours visant à développer l'initiative personnelle, la consommation, la libre entreprise et le narcissisme des théories à la mode du « développement personnel »).
        Selon A. Ehrenberg, la dépression est la part réservée à tous ceux qui, ayant cherché leur accomplissement personnel, n'ont pas rencontré le succès attendu : isolés, déçus et épuisés par les efforts consentis, ils subissent la violence d'une société sans compassion à laquelle ils ont l’impression d’être inutiles. Ceux qui en sont atteints, souffrent d'une solitude auto-centrée et d'une perte de socialisation.

        Or, la dépression est une maladie, où le fragile équilibre des neuromédiateurs est perturbé. L’activation de certaines zones cérébrales apparaît modifiée lors d’examens IRM du cerveau.
        On sait que la sérotonine est l’un des neurotransmetteurs qui détermine le plus nos humeurs, notre moral.
        Comment expliquer que la concentration cérébrale de sérotonine d'un individu centré sur lui-même baisse et que ses ressources cognitives diminuent ?

        Les animaux ne sont pas à l’abri de telles manifestations :  une souris régulièrement agressée et repoussée par ses semblables se replie sur elle-même, évite tout contact même avec les animaux bienveillants et dépérit, privée de tissu social.
        Le neurobiologiste Olivier Berton et son équipe de neurosciences fondamentales de l'Université du Texas ont découvert qu’une molécule qu’ils ont appelée BDNF (Brain Derived Neurotrophic Factor), pourrait faire le lien entre le cerveau déprimé et l'environnement social:
        Cette substance est libérée dans le cerveau d'animaux qui subissent un rejet social, et si on supprime chimiquement l'action de cette molécule dans le cerveau de souris de laboratoire, on constate que les souris privées de cette molécule ne sont plus sujettes à la dépression lorsqu'elles ont été rejetées par leurs congénères .
        Chez une souris normale, un réseau de neurones  établit des ordres de préférence, que ce soit dans le domaine de la nourriture ou des relations sociales. Chez la souris rejetée par ses congénères, le BDNF est synthétisé en excès, et ce réseau devient incapable de faire ces choix liés aux relations sociales.

        Les généticiens et biochimistes auteurs de cette découverte soulignent son potentiel thérapeutique. Selon eux, en plus des antidépresseurs classiques, de nouvelles molécules enrayant l'action du BDNF éviteraient aux exclus sociaux de se replier sur eux- mêmes et d'accentuer leur isolement. Toutefois, cette étude souligne surtout l'impact déterminant des conditions de socialisation des animaux sur leur fonctionnement cognitif.
        Hélas, la dépression est probablement un produit de notre société moderne, qui devient de moins en moins humaine.

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