• Contrôler et utiliser nos émotions

    Contrôler et utiliser nos émotions

         J'ai fait plusieurs articles sur le contrôle de nos émotions, mais il m'a été dit que je n'étais pas assez concret. Jevais essayer de l'être davantage dans cet article

         Savoir réguler ses émotions a toujours été une préoccupation des philosophes, aujourd'hui reprise par les psychiatres et les scientifiques de la neuropsychologie. Il existe de nombreuses méthodes pour essayer de contrôler ses émotions, que l’on trouve dans la littérature et je ne parlerai ici que de quelques unes que je connais un peu personnellement.
        Comme je l'ai dit dans mes précédents articles, cela suppose que l'on ait appris à reconnaître ses émotions, à les comprendre à partir de nos besoins et de nos désirs, et à les exprimer clairement pour bien les cerner objectivement et en diminuer l'impart subjectif.

        Comment réduire ses émotions négatives ?

        Essayons d’abord d’être réalistes et d’agir en “spectateur” .
        Il s'agit de comprendre que nos émotions négatives ne sont pas causées par une situation, mais plutôt par l'évaluation que nous en faisons.
        Il est donc possible de modérer l'émotion négative en recherchant une autre évaluation de la situation, une autre façon de l'envisager.

        Cette approche demande souvent qu'une autre personne nous donne son point de vue différent du nôtre, pour nous aider à envisager les diverses possibilités.

        C’est ce que je fais régulièrement avec les personnes qui me parlent de leurs problèmes. l
        Elles sont très concernées par eux, et il s’agit souvent de problèmes où les sentiments et les émotions sont très présents. Elle voient donc cela sous l’influence de ces sentiments et émotions, et elles ne sont donc pas objectives. C’est encore plus vrai si leur préférence de décision est celle des "valeurs et des goûts" et si elles sont aussi "pessimistes", alors que une préférence de décision “logique” tempère cette subjectivité.
        Moi, même si je comprends et suis sensible à leur peine, je ne suis pas directement concerné et donc je peux regarder les situations en “spectateur” et être moins influencé par mes sentiments et mes émotions. De plus ma préférence de décision est “logique”. J’ai donc un point de vue en général plus objectif.
        Nous comparons nos points de vue, nous en discutons et souvent, et ces personnes découvrent alors des aspects de leurs problèmes qu’elles n’avaient jamais envisagés et qui leur apportent des explications et un certain apaisement, et quelquefois des ébauches de solutions.

        Si par exemple, vous avez avez fait un certain travail et que  votre patron ou votre professeur vous critique, vous pouvez ressentir de la colère, de la déception, de l'angoisse, de la tristesse. Mais si vous vous astreignez à une réévaluation de la situation, tout cela peut changer. Vous pouvez vous dire que votre supérieur ou votre professeur n'a que peu de temps à vous consacrer, et qu'il se concentre sur les aspects négatifs par souci de vous améliorer, le reste de votre travail étant supposé bon. En effet, si 10% du travail laissent à désirer, c'est que 90% sont bons. Vous pouvez aussi vous rappeler que les patrons comme les professeurs (comme malheureusement souvent les parents), pensent rarement à insister sur ce qui est satisfaisant.
     
        Normalement, un tel travail de mise en perspective aboutit à un ressenti émotionnel légèrement différent. Une autre façon de réguler ses émotions négatives est la recherche d'un contact social accru. L'isolement est un facteur important d'émotions négatives, d'angoisse ou de tristesse.
        Dès lors, aller à la rencontre des autres pour partager ce que l'on ressent, pour renforcer des liens sociaux un temps négligés, est un bon réflexe. Même si l'on se sent parfois enclin au repliement sur soi lorsqu'on traverse une phase difficile, il vaut mieux tenter d'opérer un redressement émotionnel positif.

        Mais réguler ses émotions négatives, qu'il s'agisse de réévaluer ses points de vue ou de renforcer son lien social, demandent de l'énergie, de la motivation. Il faut donc donner un peu de soi pour en retirer ensuite davantage.
        Il faut se dire, avec l’accent du midi, “il faut que je me bouge !!! ”

    Que faire de nos émotions positives ?

        Dans le domaine des émotions positives, la régulation a aussi son importance. Il s'agit d'accentuer les émotions positives, de les prolonger, ou d'en augmenter la perception.
        Un projet réussi, la venue d'un ami, une fête agréable : ces événements provoquent des émotions positives qui, par définition, sont transitoires.

        Comment en prolonger l'effet, mieux les savourer ?

        Une première méthode est paradoxalement physique : exprimer au maximum, par des gestes, des paroles, des sourires, des intonations, des expressions du visage, la joie ou le bonheur qui vous traversent.

         Cette théorie de la régulation physique repose sur le fait que la perception intime d'un sentiment s'enracine en grande partie dans l'expression corporelle associée. Des chercheurs ont montré que les personnes à qui l'on demande expressément de sourire, expriment ensuite des émotions plus positives que celles qui adoptent une expression neutre.
    Les personnes atteintes d’une maladie très rare, le syndrome de Moebius, ont une inertie des muscles du visage, et gardent en permanence une expression neutre. Elles ne se sentent jamais réellement ni tristes ni joyeuses ; tout au plus affirment-elles « penser de façon triste », ou « penser de façon joyeuse ».
        Ainsi, se comporter comme si l'on était animé de sentiments positifs peut engendrer une émotion positive. Sans compter qu'à force de sourire, vous serez l'objet de l'attention d'autrui et susciterez des réactions positives.

        Une autre méthode d’activation des émotions positives consiste à en prendre totalement conscience et de repérer les moments de bien-être, pour s'y attarder.
        Le psychologue américain Fred Bryant, de l'Université de Chicago, a ainsi interrogé des personnes sur leur capacité à prolonger la joie du moment présent, et a constaté que les personnes qui possédaient cette capacité, étaient moins susceptibles de traverser des épisodes dépressifs ou d'être gagnées par le stress, la culpabilité ou la honte.
        C’est pour cela que je vous répète souvent que le bonheur, c’est profiter à chaque instant des joies qui se présentent. "Carpe diem" disaient les Romains.
        Comment s'y prendre ? Les bouddhistes, lorsqu’ils méditent dirigent leur attention sur le moment présent et sur leurs sensations corporelles, et finalement ils neutralisent leurs tracas, à la recherche de l’ataraxie des épicuriens. (Pour ceux et celles qui n’ont pas vu en philo ce qu’était l’ataraxie, cela veut dire “l’absence de troubles” et désigne la tranquillité de l’âme résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence. L’ataraxie est le principe du bonheur dans le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme, en étant un état de profonde quiétude, découlant de l’absence de tout trouble ou douleur.)
        En définitive, il s'agit de saisir le bonheur au vol : rester attentif à ce qui se passe en soi, cueillir les bonnes sensations et les savourer lentement comme un plat réussi.


        Comment utiliser ses émotions, pour ne pas se laisser piéger par elles  

        Lorsqu'on est « intelligent émotionnellement », on a reconnu ses émotions, leurs causes et leurs conséquences, on sait les exprimer, et les contrôler, bref  on dispose a priori de toutes les armes nécessaires pour faire de ses émotions des alliées, afin de mieux réussir sur le plan personnel, et dans ses relations sociales.
        Mais il ne suffit pas de savoir susciter ou prolonger ses émotions positives pour en tirer bénéfices. Elles peuvent en effet nous leurrer en nous faisant envisager la vie trop positivement, faussant ainsi notre jugement..
        Beaucoup de personnes voient la vie tantôt en rose, tantôt en noir et rarement en demi teintes. Tout est alors ou bonheur ou catastrophes et ces alternances excessives les stressent.
        Certains des chagrins d’amour sont dus au fait que l'on ne voit que les qualités de son petit ami et pas ses défauts et ne se rend pas compte d'un enlisement des sentiments. “L'amour est “aveugle “ dit le proverbe !

        Il importe de savoir faire la part des choses, d'être conscient de ces biais possibles, de distinguer ce qui relève d'un jugement objectif et ce qui est influencé par nos émotions.
        Avertis de ces effets trompeurs, nous sommes plus à même de minimiser les erreurs que les émotions peuvent nous faire commettre, et à retenir plutôt leurs bons côtés.

        Je vous livre ci après une conclusion de Moïra Mikolajczak, qui évoque enfin la "santé du corps".
        “Non seulement contrôler ses émotions est un atout dans le domaine des relations humaines, mais cette capacité est une protection contre les maladies, comme l'ont montré de nombreuses études dont celles du psychiatre James Blumenthal, de l'Université de Durham aux États- Unis.
        Les personnes disposant de bonnes capacités de régulation et de compréhension de leurs émotions sont moins vulnérables au stress, aux maladies cardio-vasculaires, à des maladies telles que l'asthme, le diabète, les maladies gastro-intestinales, voire certains cancers. En effet, les émotions négatives entraînent une libération d'hormones, tels le cortisol ou l’adrénaline, dont la présence prolongée a des effets négatifs sur le fonctionnement de l'organisme. Il n'est pas étonnant que les chercheurs aient trouvé que les compétences émotionnelles favorisaient la longévité.
        Identifier, comprendre, exprimer, réguler et utiliser ses émotions est possible et présente de multiples avantages. “

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :