• Les ennuis de certains enfants surdoués.

         Une des caractéristiques dominantes des enfants surdoués est leur lucidité, laquelle se manifeste - je l’ai dit dans l’article précédent - par leur faculté de comprendre, dès leur plus jeune âge, les concepts des adultes.
         Face à toute situation, ces enfants envisagent immédiatement les risques, les possibilités d'échec et de défaite. Cette conscience de tous les instants peut les paralyser. Leur esprit porté vers l'abstraction est également souvent fasciné par la mort, ce qui est une source d’inquiétude et de stress.
        Certes, de nombreux enfants surdoués dominent cette angoisse et obtiennent des résultats brillants dans leurs études. Mais parfois aussi, l'enfant s'engage dans un dangereux repli sur soi et ne réussit plus en classe.
        La peur de mal faire est sans doute la source des résultats médiocres à l'école. L’attitude de retrait résulte vraisemblablement de la peur d'être jugé par les autres enfants.
        Avec un surdoué encore plus qu’avec d’autres enfants, les écarts entre l'attente de l'enfant et ses résultats, risquent de le conduire dans une impasse dont il ne sortira que très difficilement. Cela exiplique le grand nombre d'enfants très intelligents que l’on trouve en situation d'échec scolaire.
        Mais si on ne leur avait pas mis dans la tête qu’ils étaient surdoués, je ne suis pas sûr que l’on se trouverait dans pareille situation.
        Les jeunes surdoués que j’ai connus depuis 5 ans, qu’ils aient des problèmes ou non, m’ont souvent dit qu’ils avaient l’impression, pour leur entourage, d’être des “bêtes de cirque”. C'est complètement aberrant de les traiter ainsi
       
        Un autre risque guette les enfants surdoués ou précoces: celui de développer une fausse personnalité.
         Lorsque l'enfant tient trop à l’estime  de ses parents, il déploie parfois des efforts démesurés pour leur offrir une image qu'il croit être celle qu'ils attendent de lui. Dès lors, il ne se montre pas sous son vrai jour, mais sous le jour qu'il croit apprécié de ses parents.
        C’est en quelque sorte une “persona” beaucoup trop développée et, si une telle distorsion de la personnalité peut arriver chez n'importe quel enfant, mais le bouleversement de la personnalité est plus profond chez les enfants surdoués en raison de leur empathie surdimensionnée, cette faculté de ressentir très profondément les émotions et les réactions intimes de leurs proches.
        Si l'enfant discerne le moindre signe de mécontentement chez l'un de ses parents, il ressent ce mécontentement de façon intense et fera tout pour ne plus le faire réapparaître.

        Ces problèmes de la précocité ne doivent pas laisser croire que les enfants surdoués sont tous des victimes de leur intelligence supérieure.
        De nombreux enfants surdoués ou précoces connaissent un développement moteur et psychologique harmonieux. Ils peuvent apporter énormément aux autres sur le plan affectif, technique, artistique, sportif ou scientifique.
        Le principal risque est qu'ils s'ennuient en classe, dès le cours préparatoire. Face à un problème de mathématiques, la solution peut leur apparaître si évidente qu'ils rechignent à en fournir la démonstration.
        Pour éviter l’ennui, le plus important est de soutenir leur motivation et leur sens de l'effort, en leur proposant de bonnes méthodes de travail ou des activités supplémentaires pour qu'ils occupent leurs facultés intellectuelles généralement plus vives : activités ludiques, sportives ou artistiques..
        Autrefois on prenait les élèves dans une classe correspondant à leur capacité réelle et il était courant de voir un enfant de six ans sachant lire, écrire et faire les 4 opérations débuter en CE2, s’il était capable de suivre cette classe, mais par contre on lui disait que c’était normal et qu’il n’avait rien d'un surdoué. C'est parce que ses parents s'étaient beaucoup occupé de lui.
        Aujourd’hui, sous un prétexte aberrant d’égalité des chances, on rechigne à faire sauter une ou deux classes aux enfants doués et auxquels on a appris des méthodes de travail et des connaissances, alors qu’on leur dit qu’ils sont “exceptionnels”. Rien d’étonnant à ce qu’ils s’ennuient et ne se sentent pas bien dans leur peau.

        Je donne parfois l'impression de critiquer les tests de QI. En fait c’est l’utilisation qu’on en fait que je critique.
        Je prends un exemple : ces tests sont faits de questions de logique, de calculs, d’orientation spatiale et de connaissance de la langue.
        En général un scientifique a un meilleur QI qu’un littéraire. C’est normal car s’il a peut être un moins bon score en vocabulaire, il est en général plus exercé en logique et en mathématiques et même souvent en orientation spatiale.
        Est ce à dire que les scientifiques sont plus intelligents que les littéraires : non c’est absurde.
        C’est la raison pour laquelle j’ai fait des articles sur les “diverses sortes d’intelligences”, pour vous montrer que le QI n'était pas tout.

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  • Enfants précoces ou surdoués ?

         J’ai fait plusieurs articles sur les diverses facettes de l’intelligence, et j’ai parlé notamment du QI. Mais je n’ai pas parlé des enfants précoces ou surdoués et des problèmes que cela soulève.
        J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer des “enfants surdoués”.
        J’en ai connus aussi quand j’étais enfant, mais on ne les appelait pas ainsi. On disait simplement qu’ils étaient un peu plus doués que les autres (et encore !) et on parlait d’enfant précoces ou “en avance”.
        Alors j’ai cherché un peu de la doc dans mes bouquins et sur internet, et cela m’inspire quelques articles que je vais publier.

        Qu’est ce qu’un enfant précoce et qu’un enfant surdoué pour les psychologue ?
        La définition qu’on donne souvent est liée au QI et cela me paraît bien léger car, comme je vous l’ai montré le QI ne teste qu’une partie de l’intelligence et si on fait plusieurs tests à divers intervalles, les scores varient de quelques points. A mon avis, le QI n’est pas une référence suffisante pour classer un individu dans une catégorie s’il n’est pas accompagné d’un bilan psychologique plus important.
        Il s’agit toutefois de tests de QI rigoureux par rapport à ceux des magazines, et destinés aux enfants, issus des tests initiaux de Binet et ils sont surtout valables vers 10/12 ans
        Un enfant doué a un QI entre 110 et 120, un enfant précoce un QI supérieur à 120 et un enfant surdoué un QI supérieur à 130.
        En France les enfants de QI supérieur à 130 sont environ 2 % de la population d’enfants, soit 1 sur 50 environ, ce qui n’est pas négligeable.

        En fait cette dénomination de “surdoué” date de 1970 et le docteur Ajuriaguerra, définissait alors ce néologisme comme “un enfant qui possède des aptitudes supérieures qui dépassent nettement la moyenne des capacités des enfants de son âge. "
        Il ne faut pas croire qu’un enfant surdoué est un “prodige” comme Mozart, la plupart d’entre eux ne réalisent pas des choses exceptionnelles. Autrefois on disait  simplement qu’ils avaient de grandes “facilités” et probablement un certain “potentiel” et les professeurs les suivaient particulièrement afin de les encourager et de veiller à ce qu’ils se servent de cette capacité favorable et qu'ils travaillent suffisamment pour la développer.
        En effet autour des années 40, dans la lointaine province ou je vivais (les Pyrénées), tous les enfants passaient en classe vers 10/12 ans un QI type Binet, qui ensuite servait aux professeurs à adapter leur enseignement et à soutenir aussi bien les meilleurs que les moins bons résultats.
        Par ailleurs il est intéressant de voir si un tel enfant est introverti ou extraverti et à quel degré.

        Les bases biologiques de ces intelligences sont méconnues. On avance deux raisons que j’ai déjà développées : un nombre de centres de mémoires tampons plus important et une meilleures myélinisation entraînant une vitesse plus grande de propagation de l’influx nerveux, mais ce sont des hypothèses. D’autres constatations sont faites .
        À l'Université de Lille, Jean-Claude Grubar a montré que le sommeil des enfants précoces comporte des phases de sommeil paradoxal (le sommeil des rêves), plus longues que chez les autres enfants du même âge.
        De plus, on constate que les mouvements de leurs yeux dans les phases de sommeil paradoxal, sont presque deux fois plus fréquents chez les surdoués que chez les enfants du même âge, ce qui est, au contraire. caractéristique de l'adulte.    
        La longueur des phases de sommeil paradoxal et la fréquence élevée mouvements oculaires refléteraient une capacité inconsciente à organiser, pendant ces phases de sommeil, les informations emmagasinées durant l'éveil.
        On constate aussi que ces enfants évaluent mieux que d'autres les conséquences de leurs actes et les risques qu'ils prennent. C'est une question d'entraînement au contact des adultes, et il est probable donc que leur cerveau préfrontal est mature plus précocement.

        Dans la vie quotidienne, les enfants précoce ou surdoués  peuvent être repérés, bien avant qu’on puisse leur faire passer un test de QI.
        Jeunes enfants, ils sont très éveillés, attentifs, émotifs. Certains ont un développement moteur avancé: ils apprennent à marcher tôt, leur coordination se met en place très vite. Leurs repères spatiaux et temporels sont affûtés: ils perçoivent mieux que les autres la signification d'une heure ou d'un kilomètre   
        En grandissant, ils développent une grande sensibilité, s'imprégnant de tout ce qui se produit autour d'eux. Ils sont très vigilants, lucides, empathiques (perméables aux sentiments d'autrui, ils ressentent la joie et la tristesse avec davantage d'intensité). Ils analysent les conversations des adultes et conversant avec eux, peuvent comprendre des concepts difficiles et acquérir un vocabulaire étendu.
        Un enfant précoce ou surdoué lit beaucoup, sa mémoire, sa créativité ou son imagination sont souvent très développées, de même que la flexibilité de la pensée ou l'élaboration de la réflexion. Ces enfants sont généralement attirés par les adultes ou par les enfants plus âgés qu'eux. Enfin, ils posent souvent de nombreuses questions et ont une grande curiosité intellectuelle.
        Une autre caractéristique est souvent présente chez les enfants surdoués. Leur pensée ne raisonne pas pas à pas mais les idées foisonnent en étoile, en feu d'artifice. Une idée en sur-ggère une autre très différente, qui en déclenche d'autres et ainsi de suite. C'est de là que vient leur créativité et le fait que souvent ils trouvent plus vite la solution à un problème;


        Je pense qu’un enfant précoce ou surdoué a certainement certaines prédispositions génétiques ou du moins innées.
        Mais je reste persuadé que le rôle des parents et de l’éducation et de l’instruction est fondamental.

        J'ai connus des cas précis que je ne citerai évidemment pas.
        Si les parents et les grands parents s’occupent beaucoup de cet enfant, lui apprennent à parler relativement tôt, conversent avec lui, répondent à ses questions, ses facultés se développent tout jeune.
        Si à partir de 4 ans on lui apprend rapidement à lire et à écrire puis à compter et à effectuer les quatre opérations, qu’on le fait dessiner et acquérir des repères spatiaux, il va lire beaucoup et acquérir du vocabulaire et des facultés logiques et de calcul, souhaiter développer ces notions par curiosité et donc se perfectionner en mathématiques très élémentaires et en vision spatiale.
        Rien d’étonnant qu’à 8 ou 10 ans, si on lui fait passer un test de QI, basé sur la logique, le calcul, la représentation spatiale et la connaissance de la langue, qu’il ait un score très élevé. Il n'est pas super-intelligent, il est simplement entraîné et a eu une" éducation précoce".
        C’est un enfant qui avait certes des facilités, mais qu’on a formé avec temps, attention et amour, et qui a développé son esprit et son intelligence par l’exercice, et à qui en plus, cela plaît de le faire, et qui donc, a pris l'habitude de travailler, sans que cela lui en coûte.
        Mais c’est un enfant tout à fait normal et pas une bête de cirque, comme l’on voudrait nous le faire croire aujourd’hui (les médias et les psys, mais aussi quelques parents!).

        À en croire ces descriptions, on serait tenté de penser que les enfants surdoués n'éprouvent aucune difficulté. Toutefois, quelques uns se retrouvent parfois, à l'école ou en famille, dans des situations où on les juge médiocres et peu sociables, n'obtenant que des résultats passables, quand ils ne sombrent pas dans le mutisme, voire la marginalité ou la délinquance.
        Cela procède de mécanismes psychologiques dont je parlerai dans mon prochain article.
     

     

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  •           La science formule des hypothèses, les vérifie en partie, mais ensuite les connaissances progressent et on remet en cause ce qui a été dit, sans forcément le renier, mais en le complétant, en le précisant.
              Le psychologue suisse Jean Piaget (1896-1980)  a observé et enseigné la psychologie des enfants et a défini 4 stades dans le développement de leur mental.

     Le stade sensori-moteur (de la naissance à environ 2 ans)

               Il correspond au développement et à la coordination des capacités sensorielles et motrices du bébé.
               L’intelligence du bébé est pratique et liée à l’action, à ses gestes, à faire la différence entre son corps et les objets externes.
               Il finit par avoir des représentations mentales, c’est à dire pouvoir se représenter une personne, un objet, en son absence.
                Sa famille est là pour le servir, notamment sa mère. Marcher lui donne une certaine indépendance.

    Le stade pré-opératoire (de 2 à 7 ans)

               A ce stade, les acquisitions de l’enfant au niveau de la fonction symbolique sont nombreuses (notamment l’acquisition du langage).
              L’enfant peut penser à ses actions sans les réaliser et il devient peu à peu indépendant dans ses actions.

              Il apprend à définir sa pensée par le langage.
              L’enfant est encore décrit comme « égocentrique ». Il a du mal à comprendre que d’autres puissent ne pas avoir les mêmes pensées que lui.
              Il va peu à peu acquérir ce que l’on appelle la  "théorie de l’esprit", c’est à dire avoir une idée de ce que l’autre pense. Des comportements comme garder un secret, mentir, dissimuler vont peu à peu apparaître.

    Le stade opératoire concret (7 – 12 ans)

              A ce stade, l’enfant acquiert une « mobilité croissante au niveau de ses structures mentales » et de ses réflexions. Ses théories de l’esprit deviennent plus subtiles, plus concrètes et plus prédictives.  iI peut envisager d’autres points de vue que les siens.
              
    Peu à peu il peut avoir des représentations mentales, c’est à dire faire certaines actions dans sa tête sans forcément un support concret.

    Le stade formel (12 – 16 ans)

               Il s’agit pour Piaget, du dernier stade. Par la suite, l'adolescent ou l’adulte pourra continuer à acquérir des connaissances mais il ne changera plus radicalement de vision du monde.
              L’adolescent manie des opérations mentales de plus en plus complexes, parce qu’il commence à raisonner sur de l’abstrait, sans être obligé de passer par le concret. Il peut réfléchir sur des notions existentielles : (le bien et le mal, l’infini, la mort etc.).

              Cette théorie reste en partie admise, mais elle est aujourd’hui complété par les neuropsychologues.

              D’abord il semble que chez le bébé, certaines aptitudes sont déjà programmées : par exemple le sens des nombres, le bébé évaluant visuellement une quantité approximative, ou la longueur d’une série d’objets (qu’il confond d’ailleurs avec le nombre jusqu’à ce qu’il apprenne à compter).
              L’adulte, bien que parvenu au stade formel, commet des erreurs de logique et de raisonnement. En fait notre inconscient est sollicité sur toute résolution de problème, avec le concours de la mémoire, et il suggère des solutions rapidement, mais qui sont en quelque sorte des intuitions, basées sur des analogies et comparaisons. Certaines de ces solutions peuvent être satisfaisantes, d’autres erronées.

              Certains psychologues, comme Olivier Houdé, estiment que si l’on veut ne pas céder top facilement à ces suggestions et intuitions, et parvenir à une étude logique, il faut que le cerveau ait une capacité d’inhibition, qui empêche de retenir trop hâtivement une solution basée sur des intuitions notamment à partir de perceptions visuelles, auditives iou tactiles.
              Ce processus demande évidemment un certain temps (quelques dizaines de millisecondes).

              L’IRM permet de voir que pendant ce délai c’est le cortex préfrontal qui est sollicité, et c’est une zone dont les neurones ont pour action d’inhiber une première réponse, qui est celle délivrée par l’automatisme, l’habitude et l’intuition, et d' obliger le cortex préfrontal à reconsidérer la question, à réfléchir et à appliquer une autre stratégie.
              L’enfant naît avec un cortex préfrontal capable de remplir cette mission, mais qui n’est pas mature, et qui doit apprendre ce processus d’inhibition du réflexe initial de ne pas faire confiance absolue aux sensations, et de reconsidérer le problème.
              Cette capacité d’inhibition peut être mise en lumière par des exercices ou des jeux, (par exemple « Jacques a dit » ou le « jeu du balai »). Elle se manifeste aussi lors de l’apprentissage de la lecture, car le cerveau ne différencie pas l’orientation droite ou gauche pour la reconnaissance des visages et objets, alors qu’il devra le faire pour des lettres telles que b et d.
               De nombreux exercices permettent de jauger la capacité d’inhibition des sujets, qui est une forme d'intelligence.

              En définitive, se développer c’est non seulement construire et activer des stratégies cognitives, comme le pensait Piaget, mais c’est aussi apprendre à inhiber des stratégies qui entrent en compétition dans le cerveau, et dont certaines peuvent être erronées;
              
    Le développement de l’enfant passe d’abord par celui de ses sens, d’abord apprendre à manipuler des objets et ensuite faire des opérations plus abstraites, à partir des perceptions, et les mécanismes mis en place par l’apprentissage sont très puissants, de telle sorte qu’ils peuvent induire en erreur le cerveau.

              Il faut donc que le cortex préfrontal apprenne à inhiber ces réflexes intuitifs pour se demander s’ils sont corrects et éventuellement rechercher une autre stratégie. Notre cortex préfrontal va ainsi mettre, peu à peu, depuis la naissance, de l’ordre de 20 ans à devenir mature.

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  •             J'ai montré hier que les singes supérieurs pouvaient par apprentissage, apprendre à utiliser des mots, posséder u vocabulaire entre 1500 et 3ààà mots et faire des phrases avec sujet (pas d'article), verbe (à l'infinitif) et complément, voire adjectif.
               Mais pourquoi ne parlent ils pas ?
               Pour répondre il faut d'abord que je décrive succinctement comment fonctionne la parole humaine.

               La parole humaine est un mécanisme très compliqué, qui met en jeu des organes complexes et c’est pour cela que les animaux, même s’il comprennent en partie le langage et pourraient imaginer les mots appropriés, (comme les chimpanzés), ne sont pas capable de parler, mais peuvent s’exprimer si on leur enseigne le langage des sourds-muets.
              Je me servirai pour vous l’expliquer de schémas parus dans des articles de Stéphanie Borel, médecin orthophoniste à l’hôpital Beaujon de Clichy.

    Pourquoi les singes ne parlent ils pas ?           Pour parler, il faut avoir de l’air dans nos poumons car ils servent alors de soufflerie, comme dans un orgue. On parle en expirant de l’air.
              Dans le larynx, l'air expiré fait vibrer la muqueuse des « plis vocaux », encore nommés cordes vocales (par analogie avec un instrument à corde, mais ces plis ne ressemblent pas à des cordes !). La fréquence moyenne de vibration des plis vocaux dépend de leur masse, laquelle est liée à l'âge et au sexe. (voir la photo ci contre à gauche).  
              Les pl[s vocaux sont ouverts lors de la respiration, laissant passer I'air librement.Lors de la phonation, les plis se rapprochent. La pression de I'air sous la glotte fermée augmente, les plis vocaux sont repoussés vers le haut, ils finissent par s'écarter et I'air s'échappe, ce qui crée une dépression entre les deux plis qui se rapprochent brusquement. La pression sous les plis augmente, de sorte qu'ils finissent par se séparer et le cycle recommence.
    Pourquoi les singes ne parlent ils pas ? 
             L’articulation de la parole met en jeu ensuite la langue, les lèvres, le voile du palais, et même les dents en tant qu’obstacle, et le passage de l’air (ou non) par les fosses nasales (voir la figure ci contre à droite).

               Les ondes de pression acoustiques ainsi créées sont amplifiées par le conduit vocal et les différentes cavités de résonance. Les parties fixes (dents, palais) et mobiles (langue, lèvres, voile du palais, luette) modulent les sons émis en phonèmes.   
               Par ailleurs la parole normale utilise la contraction pulmonaire au niveau du diaphragme, mais l’utilisation de la partie supérieure des poumons modifie considérablement la pureté de la voix.

               L'ensemble des sons de la parole, (ou phonèmes), est propre à chaque langue.   
              En français, les voyelles se distinguent par le degré d'ouverture de la mâchoire, la position de la langue, l'arrondissement ou l'étirement des lèvres et le passage ou non de l'air par les fosses nasales.            Les consonnes sont caractérisées par le flux continu ou discontinu de l'air, le passage (ou l'absence de passage) de l'air par les fosses nasales, l'articulation de la mâchoire, la vibration ou non des plis vocaux.    
             Pour imager cela, ci dessous, les schémas correspondant à 3 sons particuliers :

    Pourquoi les singes ne parlent ils pas ?

               
             Le cerveau intervient évidemment de façon importante, surtout au moment de l’apprentissage de la parole. Lorsqu'un son est émis, il est contrôlé, voire corrigé, écouté d’abord par le système auditif, interprété par le centre de Wernicke, reprogrammé éventuellement par le centre de Broca, qui commande ensuite des centres particuliers des « mouvements précis », qui coordonnent ensuite les ordres émis aux divers muscles

             La parole produite est modulée par la « prosodie », caractérisée, notamment, par l'accentuation, l'intonation, le rythme et la qualité de la voix (force, fréquence…). La prosodie permet d’exprimer des expressions et des émotions. (interrogation ou affirmation, la joie, la peur, l’ironie, la colère….).    
             Chaque individu a son propre timbre vocal que l'on reconnaît , comme on reconnaît un visage, si on l'a déjà entendu. Par ailleurs, on devine au timbre d'une voix les émotions éprouvées par la personne qui parle.

             Pourquoi les singes ne parlent ils pas ?
             Les babouins peuvent articuler certains sons voisins de ceux prononcés par l'homme, principalement 5 voyelles.
             Mais la configuration de leur appareil vocal est différent de celui de l'homme. Chez les primates, certes le dispositif qui produit la parole est bien complet, mais le larynx, principal élément de l’appareil phonatoire, se retrouve légèrement décalé, situé trop haut.
             Chez l'humain par exemple, il est en position haute chez le bébé, et descend progressivement à partir de 4 mois et jusqu'à l'âge adulte. Grâce à cet abaissement apparaît une cavité : la cavité pharyngée, délimitée par le dos de la langue.
             Chez les grands singes,  le larynx ne connaît que la position haute, même à l'âge adulte : il est situé presque au même niveau que la langue, et débouche immédiatement dans les cavités nasales. Par conséquent, leur cavité pharyngée n'est pas assez volumineuse. La gorge des singes ne peut donc pas donner toute leurs amplitudes et leurs contrastes aux sons émis par les cordes vocales. Bref, les possibilités vocales des singes sont inférieures à celles d'un bébé de 3 mois !
             Par ailleurs, si les singes supérieurs possèdent un centre de Wernicke et un centre de Broca, ce qui leur permet de "parler" le langage des signe, il n'est pas sûr que leur centre de Broca soit capable de commander les centres des mouvements complexes qui sont le siège des ordres pour les divers muscles qui permettent de produire la parole.
            Mais on n'a pas encore des informations pertinentes à ce sujet.

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  • L'homme est il le seul animal à parler ?

               J'ai fait les 23 et 25 septembre 2016 des articles sur le langage et en particulier les centres qui le produisent.
               Un correndant me demande dans un mail : "L'homme et il le seul à pouvoir parler. Qu'en est il du langage des animaux"
               C'est un vaste sujet; je vais essayer d'en aborder une partie.
               Mais il faut bien séparer l communication par des sons, le langage conceptuel sous forme de mots, la parole qui permet de vocaliser ce langage, et enfin la pensée qui utilise le langage.
               Aujourd'hui je vais parler du langage des animaux. Je me limiterai aux sons (ce qui n'est pas le moyen de communication le plus courant).

               Certains oiseaux ont un chant complexe, avec des "phrases" qui ne se répètent pas mais semblent évoluer en fonction des événements, et ils se répondent entre eux.
               Le petit pingouin que sa mère a laissé pour aller pêcher reconnait ses appels et la mère retrouve son petit au milieu de centaines de petits pingouins qui crient.
               Les éléphants communiquent par des cris dans des domaines où l'oreille de l'homme ne perçoit rien. Ils sont aussi sensible à des vibrations émises par leurs pieds sur le sol. Ils peuvent mémoriser les voix de plus d'une centaine de congénères de leurs groupes.
               Certains petits singes émettent des messages d'alerte qui ressemblent à des mots, et qui désignent de façon différente des prédateurs différents. Les femelles, en charge de gérer les déplacements du groupe, ont des systèmes de tours de parole et laissent les aînés s’exprimer les premiers.
               Les baleines communiquent entre elles par un "chant". Des chercheur ont montré que des baleines rencontrant un autre groupe de baleines, avaient pris leur façon de chanter pour pouvoir communiquer.
               Les dauphins ont un système de communication élaboré, par sifflements et clics. Ils se nomment les uns des autres, transmettent des connaissances aux petits, donner des messages d'alerte. Mais ces information ne sont pas regroupées et elles ne forment pas, au bout de générations, une culture.
               Certains oiseaux ont un chant inné, chez d'autre il est acquis. Si on transfère un très jeune perroquet dans un nid d'autres perroquets que parents, il apprendra le chant de ses nouveau parents.
               Les perroquets peuvent prononcer des mots de notre langage et faire des phrases, mais par imitation des sons. Ils peuvent même proférer certaines phrases dans des circonstances appropriées, mais là encore c'est par apprentissage. Ils ne comprennent pas réellement le sens des mots la plupart du temps, mais on peut les habituer à certains ordres.

              Les animaux domestiques s'intéressent à l'homme dont ils dépendent, et on peut leur apprendre à obéir certains mots, certaines phrases. Ils arrivent même à comprendre le sens non seulement de mots, mais aussi de phrases simples.
              Je donnerai l'exemple de mon chien t Truffe, un yorkshire, qui est resté 18 ans avec nous et avec lequel on communiquait souvent, ainsi que mes enfants. Il connaissait plus de 300 mots.                                      
              Pour certains mots on ne savait pas exactement ce qu'il comprenait : par exemple "promener", "dehors", "faire les courses", "on sort", on y va"  ..., c'était synonyme de sortir de l'appartement.
    Et bien sûr si on parlait de "laisse" il allait chercher son harnais et sa laisse. Et si on parlait d'auto, on le retrouvait devant la porte de la voiture, des fois qu'on l'oublierait !
              D'autres mots étaient précis : il nous connaissait tous par nos noms, et connaissait certains emplacements : les lits, les chaises, les fauteuils, le canapé, le coussin à Truffe...
              "Manger" et il allait près de sa gamelle. "boire" de son verre en plastique. Il adorait la crème de marron et le chocolat. Si l'on disait "marron-marron", il allait attendre devant le frigidaire, "chocolat, devant un placard, et si on lui donnait un biscuit, il commençait par le refuser.
              Plus compliqué, des mots et un complément : si ma femme lui disait la "toilette à truffe", il allait chercher sa brosse, mais si elle parlait de "toilette à Maman", il allait l'attendre devant la salle de bain.
              Bref il avait à peu près la compréhension d'un enfant de 18 mois, qui ne sait pas encore parler mais comprend beaucoup. Et on était parfois obligé de parler par périphrases pour qu'il ne comprenne pas. (par exemple si on voulait sortir sans lui !).

              Parlons maintenant de nos cousins les singes supérieurs.
              Dans les labos dont j'étais responsable, des vétérinaires, médecins et pharmaciens faisaient des études sur des animaux, surtout des souris, des cobayes ou des hamsters et des lapins. Mais quand il fallait voir les effets de médicaments sur le comportement sensé, on utilisait deux guenons chimpanzé. Mais il fallait leur appendre des comportements réfléchis humain et des chercheurs américains nous avaient conseillé de leur apprendre le langage des signes des sourds-muets.
             En rois ans ces jeunes guenons ont appris 1 500 à 3 000 mots dont des verbes (à l'infinitif sans la conjugaison) des adjectifs et quelques pronoms (je , tu il notamment)  
              Elles arrivaient à faire des phrases simples : sujet, verbe, complément et éventuellement adjectif, pour des actions pratiques de la vie de tous les jours.
    Elles "parlaient" donc avec leur mains, un langage simplifié humain.
    Et le plus extraordinaire est que 2 ans plus tard, l'une des guenons, devenue mère, apprenait le langage des signes à son petit babouin. Elle ne pouvait parler car le singe ne peut dire des mots.

              Je ferai d'ailleurs mon prochain article sur la parole humaine et son mécanisme.

              Voici donc quelques données sur le "langage des animaux". Je pense faire prochainement un article sur un sujet qu'on connaît mal : "Comment le langage est il né chez l'homme ?

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