• Le cerveau d'un cancre et celui d'un bon élève, face à des erreurs.     Quand mes grands parents étaient à l’école et qu’ils n’avaient pas satisfait l’instituteur, on leur tapait sur les doigts avec une règle et cela faisait mal.
        Du temps de mes parents, il arrivait qu’on mette au coin l’élève qui avait mal travaillé, avec un bonnet d’âne sur la tête : c’était humiliant et peu efficace.
        Je n’ai pas connu ces punitions, mais nos professeurs appelaient un mauvais éleve au tableau pour lui faire réciter sa leçon devant tous ses camarades, exercice censé apprendre aux autres à bien faire et à ne pas commettre les erreurs du cancre.....
        Est ce efficace?

         Des chercheurs de l'université de Nimègue, aux PaysBas,ont analysé I'activité du cerveau d'une personne quand elle constate ses propres erreurs et quand elle observe celles des autres. lis sont arrivés a la conclusion que les activités cérébrales sont presque identiques dans un cas comme dans I'autre !
         Le mauvais éleve rendrait-iI ainsi quelques services a ses camarades ?


    Le cerveau d'un cancre et celui d'un bon élève, face à des erreurs.       De nombreux chercheurs ont étudié la réponse du cerveau lorsqu'il a un problème à résoudre et qu'il va émettre une solution. Ces études se font en général en projetant undes signaux sur un ordinateur et en demandant au cobaye d'appuyer sur un bouton quand ces signaux ont une configuration donnée. On enregistre en même temps les signaux sur des électroencéphalogrammes, produits par divers centres du cerveau.
         Ils ont noté trois signaux différents provenant du cortex cingulaire antérieur, une zone du cerveau située sous le cortex externe et faisant partie du cerveau émotionnel (cf. schéma), cette zone servant de passerelle entre les centres émotionnels et les zones de préparation mentale des actions du cortex préfrontal . :
                - une première onde négative avant que l'on ne fournisse une réponse erronée.
                - une deuxième onde négative moins élevée si on a donné une réponse erronée.
                - une troisième onde encore plus faible si le cerveau pense que la réponse est exacte.
        Les chercheurs ne savent pas comment le cerveau conclut que la réponse doit être bonne ou mauvaise; probablement par une réflexion inconsciente au niveau du cerveau émotionnel, qui compare la solution avec des données antérieures mémorisées.
        La première onde est un signal d'alerte, qui signale le risque que la solution élaborée par le cortex préfrontal soit une mauvaise réponse.
         Si la personne díspose d'assez de temps pour réfléchir, elle peut percevoir ce conflit interne et se réorienter vers la bonne réponse, mais, si le temps est Iimité, elle donne une mauvaise réponse, emportée par son élan, malgré la petite voix qui lui murmure: « Attention, c'est faux! » 
        Si une mauvaise réponse est malencontreusement fournie, le cortex cingulaire antérieur est surpris, et déclenche un signal d'alarme : c'est la deuxième impulsion.
        La troisième onde est transmise d'une part au conrtex préfrontal qui a élaboré la réponse et d'autre part aux centres du système de récompense, qui émet alors de la dopamine. Les centres qui ont élaboré la réponse sont ainsi récompensés de leur bon travail.
     
         Voyons maintenant ce qu'il se passe chez l'élève observateur, qui voit le cancre au tableau faire une erreur. 
         Les neurologues néerlandais ont découvert que ce signal d'alarme est actionné de la même façon lorsque nous voyons un autre se tromper.
         Pour mettre en évidence cette « empathie de I'erreur », ils ont placé deux personnes devant une table. La première devait actionner un levier lorsqu'elle voyait sur un écran une combinaison de symboles apprise préalablement, et ne pas I'actionner si une autre combinaison apparaíssait. La seconde personne observait cet opérateur.
         Les neurologues enregistraient, au moyen d'électrodes, les signaux engendrés dans le cerveau des deux sujets, au niveau du cortex frontal, du cortex cingulaire et des centres promoteurs qui préparent le mouvement de la main  qui appuie sur le levier..   
         Le cortex temporal (notamment les centres de la parole), et le cortex préfrontal préparent ensemble la réponse, bonne ou mauvaise.
         Le cancre a reçu un signal d'erreur d'une première zone de son cortex cingulaire, quelques millisecondes avant qu'iI ne donne la mauvaise réponse, mais n'en a pas tenu compte.
        Cette zone s'active aussi chez I'observateur, mais seulement quelques millisecondes après qu'iI ait vu le mauvais élève se tromper.
        Ainsi, l'observateur fait l' expérience interne de l' erreur, comme s'iI était à la place du mauvais élève, mais se distingue pourtant du cancre par un détail subtil; les enregistrements des centres promoteurs montre qu'ils se sont activés comme s'iI allait donner la bonne réponse, mais I'activation cesse quand iI voit l'erreur du mauvais élève, et donc si ses centres de la récompense auraient été activés puisqu'il voulait donner la bonne réponse, cette activation a été annulée par la constatation de l'erreur du cancre.
        Lorsqu'ensuite  le cancre a fait une erreur, son cortex cingulaire antérieur s'est activé intensément  c'est la sonnette d'alarme. Celui de I'observateur s'est activé, lui aussi, avec un petit retard de 150 millisecondes. 
        Paradoxalement l’observateur d’une mauvaise réponse donnée par le cancre, et dont il n'est pas responsable, est aussi sanctionné car il en résulte un sentiment de frustration : en effet I'observateur a anticipé la bonne réponse. ce qui amorcerait le circuit de la récompense, mais le plaisir lui est refusé au dernier moment à cause de I'erreurdu cancre.
        De quoi lui donner envie d'aller au tableau à la place du cancre et de donner la bonne réponse !  il aurait alors le plaisir de la réussite ! 

        Un dernier point intéressant, si le cerveau est amené à résoudre un problème après avoir connu plusieurs réponses inexactes, on constate que l'activité du cortex cingulaire antérieur est  beaucoup plus importante. En effet ces centres ont aussi une responsabilité importante dans le maintien de l'attention et il est normal que, craignant une nouvelle erreur, le cerveau augmente sa capacité d'attention, afin d'augmenter les chances d'une bonne réponse.
     
     
     

     

     

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  • Cortex préfrontal (7) La régulation de nos émotions.

       Dernière caractéristique essentielle dodu cortex préfrontal : il est étroitement connecté aux structures nerveuses associées à la genèse des émotions qui se trouvent essentiellement dans le cerveau “émotionnel”.
        Mais il s'agit d'une double commande, car si les lobes frontaux peuvent inhiber le fonctionnement du cerveau affectif et émotionnel, l'inverse est également vrai et en général il existe un équilibre entre les deux entités, avec probablement, une prédominence du cerveau émotionnel et altruiste pour les extravertis et décideurs selons leurs goûts et valeurs, et du cortex frontal pour ceux de préférences introverti ou décision logique.
        Notre liberté d'action et de pensée réside dans la possibilité de ne pas obéir à l'impulsivité. Cela suppose d'avoir le choix entre se laisser aller à un débordement émotionnel ou, au contraire, le moduler ou même l'inhiber selon nos projets.

        Quand le « pilote » cortex préfrontaldonne son accord au cerveau émotionnel et autorise le débordement émotionnel, agréable ou désagréable, à s'installer, ce dernier entraîne en retour une inhibition fonctionnelle temporaire des lobes frontaux et donc la perte de contrôle sur le temps et sur l'espace. C’est ce qui explique par exemple les  “crises de larmes”. Cela explique aussi certaines colères et actions violente ou lorsque l'on perd le contrôle de soi (on dit vulgairement qu'on a pété un plomb)
        Dans la cabine de pilotage, le pilote qui veut conserver ce statut doit rester en contact avec ses émotions, ses sources de motivations et ses sentiments, bref avec ce qui le motive, lui donne de l'énergie ou l'en prive. Être vivant, c'est être traversé par toutes sortes d'émotions généralement peu durables allant de la détresse aux sommets de l'euphorie et du plaisir, et du contrôle de soi à la pulsion.
        La « bonne santé psychologique » consiste à pouvoir rester conscient des mouvements s'opérant entre ces extrêmes.
        En outre, il est d'autant plus important d'être en contact avec ses émotions que de leur intensité dépend notre perception du monde. En effet, dès lors que l'intensité des émotions (agréables ou désagréables) augmente, le cortex préfrontal commence à être inhibé, suscitant un sentiment de perte de contrôle.
        Le monde intérieur et la réalité extérieure se mélangent et, comme au cinéma lorsqu'on est "pris par le film", le sujet a tendance à projeter ses émotions et ses sentiments sur le monde extérieur. Ce sont des émotions réelles, mais qui ne sont pas forcément en relation avec la réalité.
        C’est quelque chose que je rencontre tous les jours avec les jeunes qui m’écrivent et se sentent malheureux.
        En revanche, les émotions moins intenses n'inhibent pas le cortex préfrontal. Celui-ci, associé à d'autres structures cérébrales comme le cortex prémoteur où siègent les neurones miroirs, (voir mon article à ce sujet), ont la capacité de réfléchir la réalité extérieure. Il en résulte une sensibilité à autrui, à ses émotions et ses modes de pensée (en prenant garde de ne pas les confondre avec les siens propres).
       Cela suppose de vérifier que l'on n'est pas soi-même dans un état de débordement émotionnel.

        Je discute assez souvent avec des personnes qui, pour des raisons diverses (dysfonctionnement familial, violence ou déception affective), sont en situation de souffrance. Cette souffrance, qu'elle se manifeste par un repli sur soi ou une hyperactivité, correspond à un bouillonnement émotionnel se traduisant par une inhibition plus ou moins chronique du cortex frontal. 
        Dans ce cas, cette personne peut avoir du mal à se représenter ce qu'on lui demande, à changer de représentation ou de comportement, à raisonner logiquement, à esquisser des projets, à se prendre en main, rester attentive et contrôler ses émotions dans la mesure où elle tolère mal la frustration.
        On peut reconnaître dans ces symptômes le déficit, heureusement réversible, du cortex préfrontal, correspondant aux six fonctions que nous avons vues ensemble.
         Il ne servirait donc à rien de lui en vouloir (ou de s'en vouloir) : cet élève par exemple, n'est pas en état d'apprendre et les enseignants ne sont pas des psychologues mandatés pour conduire des psychothérapies. Il faut alors essayer de rassurer la personne, qu’elle se sente écoutée, comprise et non jugée, en sécurité et accepté
        Il devient alors possible dans la discussion de repérer des moments ou des sujets pour lesquels son préfrontal est en quelque sorte débloqué et il est alors possible de lui redonner le commandement sur le cerveau émotionnel.

        Pour conclure, gardons du cortex préfrontal  l'image d'une cabine de pilotage qui permet au pilote d'établir le plan de vol de l'apprentissage, d'éviter les changements de direction intempestifs, et de fixer des objectifs et notre attention sur les actions à mener, tout en maîtrisant nos émotions et nos pulsions.

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  • Le cortex préfrontal (6) : l'attention sélective.

          Nous avons vu que notre cerveau frontal était capable de planifier un projet en accédant à un espace de représentation et de simulation mentale où sont amenées d'anciennes perceptions sensorielles, de ce qui a été une solution pertinente, mais dans un autre contexte; enfin, en se représentant l'écoulement du temps à venir et les événements qui risquent de se produire.
        Puis il peut ensuite prendre décisions et initiatives pour le réaliser.
        Encore faut il que la personne soit capable de diriger et de maintenir durablement son attention lors de la formation et de la réalisation du projet.
        Cette quatrième capacité du cortex préfrontal est nécessaire pour la réalisation de nos décisions et de nos actes en conformité avec les intentions et la programmation qui a été faite.

        Pour qu’il y ait attention, il faut d’abord qu’il y ait conscience. Il est évident que quelqu’un endormi ne peut faire attention à un problème à résoudre.
        Les centres cérébraux impliqués dans la conscience, centres du tronc cérébral, du cerveau central, le thalamus, l’hippocampe, le cortex cingulaire, sont donc impliqués aussi dans l’attention. Le cortex cingulaire antérieur, joue un rôle important dans le contrôle cognitif et notamment la capacité de la personne à prendre conscience de ses opérations mentales, à les mobiliser ou à les bloquer, à changer de stratégie quand c'est nécessaire. Il influence donc la motivation et l'attention.
         Pour qu'il y ait conscience, il faut notamment que le cortex cingulaire soit activé, que le thalamus transmette au cortepréfrontal, les informations des centres d'interprétation de nos perceptions, et que l'hippocampe mette en liaison le cortex préfrontal avec les zones de mémoire qu'il veut consulter.
        Mais cela ne suffit pas, l’attention suppose la concentration et cela dans la durée.
        L'attention est une fonction cognitive complexe.
        Elle correspond à un processus de sélection d'un événement extérieur (son, image, odeur, toucher...) ou intérieur (pensée) et du maintien de ce dernier à un certain niveau de conscience, ceci se traduisant à la fois par des images et des mots, et en conservant certaines données nécessaires à la réflexion dans deux mémoires intermédiaires à court terme, spécialisées dans ces deux domaines.

        Notre degré d'attention est fortement conditionné par les changements survenant dans notre environnement :
    un coup de feu ou de tonnerre captera toute notre attention automatiquement. On parle d'état d'alerte et cette alerte nous permet de maintenir un certain niveau de “vigilance”. .

        Le cortex préfrontal est alors peu concerné. Ce sont les centres amygdaliens qui d’éclencheront l’alerte et provoqueont les premières réactions instantannées de défense. Le cortex préfrontal sera alerté ensuite pour réfléchir aux solutions.

        Le cortex frontal intervient lorsque l’attention est volontaire.
        Cette attention sélective intervient lorsque nous voulons traiter une question et qu'il nous est impossible de traiter simultanément toute l'information qui se présente à nous : une analyse successive des informations est donc nécessaire.
        Ce type d'attention opère dès lors que nous avons un choix à effectuer pour la sélection d'une information répondant à nos attentes dans des circonstances données.
        Seule l'information sélectionnée est examinée. L'attention sélective permet donc de se focaliser sur un point en se coupant mentalement de l'environnement, sans devoir pour autant s'isoler physiquement.
        Si l'on est à la recherche de champignons en forêt, l'attention sélective se focalise sur le sol, et sur des formes ressemblant à des champignons, les autres informations de la scène étant ignorées.
       
        L'attention peut également être partagée :
        Dans notre quotidien, où nous avons souvent à réaliser plusieurs choses simultanément, comme lorsque nous tenons une conversation tout en conduisant.
        L'attention, ainsi partagée entre de nombreuses informations, requiert plus de ressources.
        Mais si l’un des problèmes devient prépondérant l’attention se focalise sur lui et abandonne l’autre : toute la mémoire à court terme de transfert lui est consacrée.
        L'interaction entre les deux fonctions cognitives “attention” et “mémoire” est trés grande. L'attention est particulièrement mobilisée lorsque l'information à traiter est nouvelle, c'est-à-dire qu'elle n'a pas encore d'équivalent en mémoire.
        Effectivement, une information connue ou familière (comme par exemple l'emplacement des meubles dans notre maison), n'attire plus l'oeil.
        L'attention se portera sur une information familière  seulement si elle diffère du contexte habituel (dans notre exemple, un élément aurait été déplacé) ou si nous recherchons volontairement un objet dans l'environnement.
        Notons que notre (pré)nom, entendu dans des contextes divers (dans la rue, au restaurant...) captera aussi immédiatement notre attention, même si cette information nous est extrêmement familière. Depuis le plus jeune âge, nous sommes en effet conditionnés à réagir à notre (pré)nom.

         L’attention est par nature instable, car elle résulte d’un équilibre en plusieurs centres du cerveau. Elle est donc difficile à maintenir.
        Les mécanismes de l’attention sont mal connus. Ils mettent en jeu de nombreux centres du cerveau.

        Il semble que le cortex préfrontal soit le chef d’orchestre qui demande l’attention pour travailler.
        Et si nous faisons preuve de l’inverse, la distraction, c’est que nous n’avons pas voulu nous concentrer sur le sujet.
        Pour une raison donnée (peut être influencé par un désir du cerveau émotionnel), notre cortex frontal n’a pas eu la volonté de dire qu’il fallait faire attention.
        Si beaucoup d’entre nous n’arrivent plus à fixer leur attention, ce n’est pas uniquement par manque de volonté, mais parce que, submergés par une multitude d’informations, nous subissons ce flot passivement, au gré de nos sensations et de nos envies, et que nous ne savons plus couper les liens pendant un certain temps, pour prendre un peu de repos et de recul, pour se concentrer et réfléchir.
        Il faut réapprendre à faire le tri dans nos occupations, à éviter les distractions, et devenir conscients que nous ne pouvons faire qu’une chose à la fois.

        Des chercheurs pensent actuellement que le mécanisme principal de l’attention est la communication entre le cortex frontal, le thalamus pour les sensations et l’hippocampe pour la mémoire et le cortex cingulaire pour un certain contrôle de nos opérations mentales. L’attention serait un déclencheur de l’action et se déplacerait ainsi d’une action à la suivante.

        La capacité d'autodétermination et celle d'endurance attentionnelle, toutes deux reposant en partie sur l’action du cortex préfrontal, confèrent à l’homme une emprise sur l'espace extérieur : la première permet de déclencher des actions selon des intentions, et la seconde de se repérer dans l'espace en identifiant parmi les innombrables informations qui nous parviennent de nos sens ou que le cortex frontal demande à notre mémoire, celles qui sont pertinentes.


        Demain nous verrons la dernière mission du cortex frontal : la régulation émotionnelle.

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  • Le cortex préfrontal (5) Décider et agir

        J'ai fait déjà quatre articles sur le cortex préfrontal et ses fonctions générales.
        Je voudrais maintenant aborder les fonctions particulières d'actions "intelligentes"
        Aujourd'hui : comment décider et agir.

        Les deux fonctions suivantes des lobes frontaux, la capacité d'initiative et d’autonomie, et I’attention, concernent la relation de l'homme avec l'espace.
        La première lui confère la capacité de déclencher une suite de gestes pour faire une tâche donnée, pour mener aune action.


        Pensons d’abord à des gestes et des décisions simples.
        Les neurobiologistes distinguent deux sortes de mouvements à cet égard: d'une part, ceux qui sont hétéro-déterminés (c'est la réaction d'un sujet qui obéit à une consigne telle que « lorsque la lampe rouge s'allumera, vous prendrez avec votre main droite, le cube qui est posé sur la table devant vous ! ») et, d'autre part, les mouvements auto-déterminés (« quand vous le déciderez, prenez le cube ! »).
        Dans le premier cas, le cortex préfrontal est inactif. Les personnes aux lobes préfrontaux lésés restent capables de produire de tels mouvements en réaction à des injonctions. Ce sont les centres de commande des mouvements du cortex frontal sur le dessus de la tête, après le front, qui agissent après détection des signaux par les centres d'interprétation de la vue.
        Au contraire, dans le second cas, les lobes préfrontaux sont les premières zones du cerveau à devenir actives ; ce sont eux qui déclenchent le mouvement. Tout se passe comme si, dans cette partie de notre cerveau, existait une interface entre l'espace psychique de représentation (le fait de se représenter un cube, une décision, un mouvement), et les neurones qui commandent la longue chaîne de centres nerveux, permettant de saisir l'objet en question, (allant des aires motrices corticales aux moto- neurones de la moelle épinière responsables de la contraction des différents muscles).

        La réflexion sur nous mêmes après la planification et avant l’action :
    Une équipe de chercheurs dirigée par le Pr. Geraint Rees de l'University College London suggère que le cortex préfrontal est le meneur dans les réflexios que nous pouvons faire sur nous mêmes : l’introspection et la confiance en soi.
        Les chercheurs ont posé à des sujets des questions difficiles de sorte que les participants n'étaient jamais complètement sûrs de donner la bonne réponse et ils leur ont demandé ensuite d’évaluer leur réponse. Ils supposaient que les personnes meilleures pour l'introspection seraient plus sûres d'elles après avoir fait le choix correct et moins sûres lorsque leur choix n'était pas le bon.    
        Effectivement, l'expérience a montré que la capacité à prendre des décisions était la même pour tous les participants mais que la différence semblait se situer dans la connaissance des participants de leurs capacités à prendre des décisions.
        Les chercheurs ont confirmé que leur capacité introspective peut énormément varier d’une personne à l’autre. En comparant les images IRM du cerveau de chaque participant, ils ont pu repérer une corrélation entre la capacité d'introspection et la structure d'une petite zone du cortex préfrontal antérieur droit.

        Les malades qui ont des troubles du cortex préfrontal ont souvent une incapacité de décision
    . En fait ils ont le plus souvent également une incapacité de planification qui entraînerait l’impossibilité de prendre des décisions dont on n’a pas les éléments.

        L’initiative est intimement liée à la préparation des décisions d’une part et à la motivation d’autre part.
        Les études actuelles semblent montrer que la motivation de même que la conscience sont régulées par le cerveau émotionnel et en particulier le cortex cingulaire. Mais celui-ci est en liaison étroite avec le cortex préfrontal et  la motivation ne pourra se trduire en initaitives d’actions que par son intermédiaire.
        Le problème de l’acquisition de l’autonomie, essentiel pour le passage de l’adolescence à l’âge adulte, est donc un problème complexe relevant à la fois du cerveau émotionnel et du cortex frontal, et bien entendu de l’éducation et de l’instruction.

        Je vous ai parlé plusieurs fois des préférences cérébrales de décision, qui privilégiaient soit des critères de choix logiques objectifs, soit des critères de valeurs et de goûts, plus subjectifs mais plus altruistes.
        Malheureusement il n’y a guère de liaison entre psychologues et neurobiologistes dans ce domaine, et si nos connaissances sur le cerveau permettent d’expliquer des processus élémentaires, elles ne permettent pas d’expliquer des comportements.
        Je pense simplement qu’il doit exister un certain équilibre dans le rôle du cortex préfrontal qui raisonne et décide, et celui du cerveau émotionnel, qui l’influence au niveau des émotions et de la motivation (notamment les centres amygdaliens), et qui peut aussi entraîner certaines modification voire des blocages lors de la “redescente des ordres”.
        Les liaisons de ces domaines sont principalement faites par des circuits neuronaux utilisant la dopamine comme neurotransmetteur.
        Il est probable que les personnes de préférence cérébrale L ont plutôt une prédominance du cortex préfrontal alors que celles de préférence V ont une prédominence du cerveau émotionnel et notamment des centres amygdales, qui font que les décisions sont moins logiques et plus liées aux émotions et sentiments, donc aux goûts et valeurs..

     

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  • Le cortex préfrontal (4) : prévision et planification

        Une troisième fonction d’action du cortex préfrontal sur le déroulement du temps donne à notre cerveau la capacité de se représenter l’avenir, de former un projet ou de construire un programme d'action et de vérifier son exécution.
        Avec l’aide de la flexibilité mentale, il s’agit de sortir des sensations du présent, de l’impulsivité, de la logique de l’immédiat et de l’urgence, et de se projeter dans l’avenir..
        Il semble toutefois que cette faculté ne vienne pas de la taille de notre cortex frontal, mais proviendraient davantage, de la qualité de la coopération avec d'autres régions particulières du cortex et d'une inter-connectivité très riche entre le cortex préfrontal et le reste du cerveau.
        Il est probable que la quantité de connexions et la vitesse de transmission due à une bonne myélinisation, interviennent dans ce processus.

        Le cortex frontal intervient très tôt dans notre vie pour organiser et planifier nos actions.
        Lorsque nous apprenons à marcher, ou lorsque nous avons à exécuter un mouvement inhabituel, la partie avant du lobe frontal intervient.
        Elle est informée par plusieurs autres régions du cortex de la situation dans laquelle se trouve l’individu et notamment de la position de ses membres et de l’état de ses muscles. Ce «capitaine» transmet ensuite ses ordres à l’aire motrice qui se trouve sur le haut du crâne  où se fait le choix d’un ensemble de muscles à contracter pour réaliser le mouvement. Ces «lieutenants» transmettent ensuite leurs ordres aux «exécutants» du cortex moteur primaire qui vont activer des muscles ou des groupes de muscles précis par l’entremise de centres nerveux du tronc cérébral et des motoneurones de la moelle épinière.
         En outre le système de récompense va évaluer le taux de réussite de l'essai et si celui-ci est mieux réussi que le précédent délivrer de la dopamine. Si au contraire l'essai est négatif, l'absence de dopamine incitera le cortex préfrontal à diriger un nouvel essai plus performant. C'est comme cela que le bébé apprend à saisir un objet ou à marcher.
         Mais le cervelet est informé de ces ordres et peu à peu il prendra le relais pour coordonner les mouvements habituels, qui deviennent alors des automatismes. Le cortex préfrontal a joué le rôle de professeur. Le cervelet a appris les gestes à faire exécuter.


         Mais l’intervention de notre cortex frontal est de tous les instants quand il s’agit de prévoir une action+

        Comme dans toute bonne planification, il faut d’abord savoir ce que l’on veut obtenir, c’est à dire le but  ou les objectifs de l’opération.
        Le cortex préfrontal va disposer des mémoires de travail qui servent à court terme à conserver des informations le temps nécessaire à leur utilisation.  Cette mémoire relais, composée de deux zones, l’une pour les éléments syntaxiques à base de mots, l’autre pour les images et les représentations, permet alors de conserver en mémoire les divers objectifs pendant qu’on examine l’un d’entre eux.
         Elle permet ainsi, comme dans un ordinateur, un processus multitâches, par examen successif des opérations à exécuter.

        Le deuxième type d’opération est de lister les actions ou les éléments qui y contribuent, de définir leur enchaînement et d’établir les priorités.
        Le cortex préfrontal organise notre pensée, dans un processus qui est partiellement inconscient, seuls les éléments principaux venant à notre conscience.
        En fait il va travailler exactement comme on a dû vous apprendre à concevoir une dissertation.
        Il se centre sur un sujet, va rechercher en mémoire des idées en vrac, les classe et les organise, puis il fait un plan (d’action), fait des choix et organise ensuite le détail de la solution retenue.
        Et pour faire ses choix il va essayer de mesurer leurs conséquences.
        Pour cela il se fait aider d’une part en cherchant en mémoire toutes les circonstances qui ressemblent à celle étudiée, mais d’autre part en demandant l’aide du cerveau émotionnel. En quelque sorte, il lui envoie successivement les diverses hypothèses d’actions et il demande l’avis de divers centres, dont notamment les centres amygdaliens, qui sont à l’origine des craintes, du stress et de la peur. Le circuit de récompense est également sollicité.
        Il va ainsi se faire une idée des répercussions heureuses ou malheureuses de ses propositions d’actions.

        Notre cerveau préfrontal agit donc en matière de planifiaction comme le chef d’une équipe : il sélectionne des objectifs, émet des hypothèses d’actions qu’il essaie d’analyser, puis consulte les membres de son équipe et ayant fait la synthèse des avis et des risques, il décide ce qu’il juge être la meilleure solution;
        Puis il contrôle l’exécution des actions et rectifie éventuellement les dérives.

       
    Les trois fonctions temporelles des lobes frontaux agissent en synergie.    
    Par exemple, la réalisation d'un projet nécessite tout à la fois d'accéder à un espace de représentation et de simulation mentale où sont amenées d'anciennes perceptions sensorielles ; de pouvoir se dégager de la répétition et de ce qui a été une solution pertinente, mais dans un autre contexte; enfin, de se représenter l'écoulement du temps à venir.
        Par la mobilisation de ces trois fonctionnalités, il devient possible à l’homme de cesser de subir le temps et d'obtenir un peu (mais un peu seulement) de prise sur lui.


        
    Demain je ferai une petite pause en intermède, et après quelques articles sur d'autres sujets, pour ne pas vous lasser, je reprendrai la suite de l'examen des tâches de notre cortex préfrontal.

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