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    http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/synapsesaxobis.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/synapse-copie-5.jpg

        J’ai fait à plusieurs reprises des articles sur la formation du cerveau du foetus et des enfants et certains lecteurs s’étonnent de ce que j’ai écrit, et notamment d’une part que les jonctions entre neurones se fassent au hasard, car elles déterminent nos capacités mentales, et d’autre part que chez le jeune enfant, de nombreuses connexions vont être supprimées, ce qui - en apparence seulement -, devrait diminuer nos capacités mentales.
        Je vais donc revenir sur ces questions pour donner quelques précisions
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        Si vous lisez bien ce que j’ai écrit, vous avez dû voir que, au départ, la croissance des neurones et de leurs prolongements se fait de façon très ordonnée et déterministe. Des gènes s’expriment, des hormones de croissances et d’autres protéines interviennent et les neurones apparaissent, se différencient (ils ne sont pas les mêmes selon leurs fonctions), ils se rassemblent en centres ayant une certaine finalité (par exemple interpréter les images que nous voyons), et leurs dendrites et axones qui ont un but donné, sont dirigés vers la cible, c’est à dire le type de neurone auxquels ils doivent être connectés.
        Mais ce n’est qu’à la dernière phase, quand les prolongement sont au voisinage de leur cible, que les connexions se font alors au hasard et donc un cerveau, même d’un jumeau ne ressemblera pas tout à fait à celui de son frère.
        Mais la fonction de chaque type de  neurones est bien déterminée à l’origine.

        C’est un peu comme dans la fécondation : une grand nombre de spermatozoïdes sont guidés chimiquement au voisinage de l’ovule, mais en définitive, un seul pénètrera, au hasard, et donnera naissance à l’embryon.

        En ce qui concerne l’élimination de connexions et de synapses, on pourrait comparer le cerveau à un vaste jardin. Celui du jeune enfant est comparable à des buissons où les branches poussent en toutes directions.
        ll faut un jardinier pour éliminer certains rameaux, afin que des branches maîtresses puissent se développer.
        Certaines cellules semblent jouer le rôle du jardinier: les cellules microgliales.
        La “ taille” des buissons qui a lieu dans le cerveau se nomme “élagage synaptique”.
        Dès l'âge de trois ans, le nombre de connexions entre neurones, les synapses, diminue à un rythme régulier.
        Des équipes de chercheurs de Rome et de Turin ont découvert que les cellules microgliales , 
    éliminent les synapses les moins efficaces pour permettre aux autres de se renforcer et donc de créer des connexions plus solides et plus durables.
        Les cellules microgliales sont très nombreuses, et, même si elles ne participent pas directement au traitement de l'information nerveuse, jouent un rôle nourricier, de soutien, de défense immunitaire, et assurent également l'évacuation des débris cellulaires.
        Rosa Paolicelli et ses collègues ont observé au microscope que ces cellules se referment autour de certaines synapses et les engloutissent dans leur cytoplasme.
        Les synapses sont  détruites, éliminées  et ensuite, les membranes des neurones cicatrisent. Cette destruction profite alors aux autres.
        Les neurobiologistes ont réduit artificiellement par des mutations génétiques, le nombre de cellules microgliales dans le cerveau de souris. lls ont constaté que ces souris ont des synapses plus nombreuses, mais moins efficaces.
        Comment s'effectue le tri entre les “bonnes” et les “mauvaises “ synapses?
         Peut-être les cellules microgliales détruisent elles indistinctement les synapses, et seules les plus actives parviennent-elles à résister à leur action.
        ll est plus probable que les synapses moins actives émettent des signaux chimiques qui attireraient les “ jardiniers cellulaires”.

        Cette élimination des connexions certes en diminue le nombre, mais renforce la qualité des connexions restantes et l’efficacité du cerveau, l’enfant ayant de nombreux enseignements à emmagasiner avant de devenir adulte.
     
         Un autre point important, les connexions de notre système d'apprentissage. Elles sont très sollicités chez le jeune enfant : il faut qu'il apprenne à se servir de ses mains en liaison entre la vision et la commande des muscles, puis à marcher, ensuite parler, puis à lire et écrire. Egalement à découvrir son environnement, puis les réactions des autres personnes qui l'entourent ou de ses camarades de classe.
          Cela va lui prendre 6 à 7 ans.
          Ensuite l'enfant aura encore de nombreuses choses à apprendre, mais moins basiques et moins nombreuses dans une période donnée. Elles feront toujours appel au système d'apprentissage, mais aussi beaucoup plus au cortex préfrontal, au cervelet et à nos mémoires.
           Alors vers 7 ans, le nombre de synapses du système d'apprentissage et de récompense diminue d'un tiers. Mais là encore celles qui restent deviennent plus performantes.

     

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  • Jouer à des jeux "libres" est indispensable pour les enfantsJouer à des jeux "libres" est indispensable pour les enfants 

              Le psychiatre américain Stuart Brown a réalisé une importante étude auprès de 6000 personnes qu’il a interrogées sur leur enfance.
              Il estime, à partir de ces données, que le manque d'occasions de jeu imaginatif, non régi par des règles strictes, empêche les enfants de grandir en adultes équilibrés. Le jeu « libre » est essentiel pour devenir « socialement compétent », (c’est-à-dire pour savoir vivre avec les autres, s'adapter à un environnement changeant), mais aussi pour affronter le stress et être capable de résoudre les problèmes qui nous assaillent tous les jours de notre vie.

              Il ne semble pas que nous satisfaisions ce besoin aujourd’hui.
              Selon une étude de 2005, le temps de jeu libre des enfants aurait diminué d'un quart entre 1981 et 1997 et probablement davantage aujourd’hui.
              J’ai pu moi-même le constater dans ma famille, les parents passent leur temps à emmener les enfants faire des activités diverses , notamment sportives, et, à la maternelle, comme à la maison, les enfants ne font plus de jeux créatifs, laissés à leur initiative.
              Et M. Brown craint que ces enfants, une fois adultes, ne soient anxieux et socialement inadaptés. D’autre part, il pense que le jeux est bénéfique aussi pour les adultes.

               Le jeu libre apprend aux enfants à vivre avec les autres, à faire des efforts pour satisfaire leurs désir, à titre de réciprocité.
              
    Des leçons théoriques de comportement social sont difficiles, surtout pour les expliquer à des enfants. Apprendre par la pratique, par interaction avc les autres est la seule solution efficace. Il apprend ce qui est acceptable pour lui-même et pour autrui. Les enfants alternet les rôles au cours de ces jeux pour en supporter les avantages et les inconvénients.

               On constate d’ailleurs que tous les petits animaux jouent entre eux et simulent ainsi les actes réels de la vie. DEes essais sur des rats ont montré que les jeux favorisaient le développement des neurones de certains centres, notamment le cortex préfrontal, l’hippocampe (mémoire) et les centres amygdaliens (contrôle du stress).
             А travers le jeu, les animaux semblent tester de nouvelles façons de trouver des solutions quand ils sont confrontés а des difficultés ; ils acquièrent ainsi une flexibilité comportementale, utile pour leur vie future d’adultes.

               Des essais en vrai grandeur sur des enfants ont montré que la pratique de ces jeux diminuait le stress et l’anxiété, mais aussi développait leur créativité, leur aptitude à résoudre des problèmes et leur capacité d’action.
              Ces expériences ont aussi montré que les enfants utilisaient un langage plus évolué, à l’image de la difficulté de communiquer pour garder sereine l’ambiance du jeu.
              Un avantage annexe est que ces enfants qui passaient du temps à ces jeux libres, passaient donc moins de temps à des jeux passifs et notamment à regarder la télévision.

              Mais des études ont aussi montré que jouer était utile aux adultes.
              Un biologiste américain explique aux adultes que « si vous ne jouez pas, vous risquez de vous sentir épuisés par le travail, par la vie sociale, sans comprendre pourquoi, notamment à cause de l’agitation perpétuelle dans laquelle nous vivons. ».
              Un sport individuel précis, un quart d’heure de jeu par jour, sont des dérivatifs qui diminuent la fatigue et le stress.

                Cela dit, n’extrapolons pas non plus ces conclusions. Il ne faudrait pas en déduire que tout apprentissage, et notamment les études en doivent être qu’un jeu et que il faut faire jouer les enfants pour qu’ils absorbent l’instruction qu’on leur apporte en classe.
              Apprendre nécessite de travailler et de faire effort. On constate que, compte tenu de l’effort de mixité sociale, qui tend à diminuer le niveau moyen des classes, les élèves doués arrivent à avoir de bonnes notes sans presque travailler, et si leurs professeurs ne leur donnent pas d’occupations supplémentaires, il prennent l’habitude de ne rien faire, et  finissent par échouer dans l’enseignement supérieur, du fait de cette habitude.

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    Pourquoi ne tombe t’on pas du lit la nuit.?Pourquoi ne tombe t’on pas du lit la nuit.?

              On couche souvent les enfants dans des lits possédant des rebords surélevés. En effet un enfant qui dort dans un divan normal peut tomber de son lit sur le sol, heureusement, sans mal la plupart du temps.
             Les adultes, eux, n’ont pas besoin de telles protections : ils ne tombent jamais de leur lit ! Pourquoi ?

             Rappelons d’abord deux éléments dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles :

             Parmi nos mémoires il y a la « mémoire procédurale » qui nous permet de faire de nombreuses actions de façon automatique : nager, faire du vélo, conduire une auto, jouer du piano…. 
             Une fois que l’on a maîtrisé la pratique, on ne l’oublie pas, même après une longue période d’inactivité Au départ c’est le cortex préfrontal et le système d’apprentissage qui entrent en jeu, puis ils passent le relais principalement à des centres du cervelet, qui enregistre l’automatisation et la mettra en œuvre seul, tant qu’il n’y a pas d’élément perturbateur.

            Lorsque nous sommes endormis, d’une part le cortex préfrontal est peu actif et n’est plus tenu au courant de ce qui se passe dans l’environnement. Les centres d’interprétations de nos sens, principalement ceux de la vision, sont occupés à une autre tâche. Le cerveau émotionnel leur renvoie toutes les sensations inutiles ou malfaisantes, que le cerveau veut éliminer, et les divers neurones qui constituent le souvenir, voient leurs liaisons désaffectées ou énormément diminuées, de telle sorte que le souvenir est presque complètement effacé.
            Ce sont ces images en cours d’élimination aléatoire, qui remontent au cortex préfrontal si nous nous réveillons et constituent des rêves, souvent incohérents, puisque l’enchaînement de ces sensations n’ont rien à voir avec la réalité.

             Par ailleurs plus une personne dort profondément, plus son tonus musculaire diminue. Donc nous sommes pratiquement paralysés lors du sommeil profond. En fait les centres de commandes des mouvements ne sont pas inactif, puisque pour mieux mémoriser le morceau de musique qu’il a appris, les centres moteurs du pianiste répètent les mouvements des doigts pendant le sommeil, mais les doigts ne bougent pas, parce que la transmission de l’information n’est pas transmise aux muscles.
             Toutefois chaque nuit, nos muscles font des mouvements de contraction ou d’extension, plus ou moins amples, sans même que nous nous en rendions compte, jusqu’à 60 fois par nuit ! En effet, si nous étions continuellement couchés de façon rigide, nous développerions des escarres. Mais les mouvements des muscles sont limités du fait de la baisse du tonus musculaire.
             En fait, nous nous réveillons en moyenne jusqu’à douze fois pendant la nuit et changeons souvent de position. Ces mouvements ne se produisent pas pendant le sommeil à proprement parler, mais lorsque nous nous réveillons un court instant, par exemple parce que nous avons froid ou nous trouvons dans une position inconfortable. Ces courtes phases de réveil sont visibles à l’électroencéphalogramme mais le dormeur lui-même n’en a pas conscience ; il replonge presque instantanément dans le sommeil, et oublie ce qui s’est passé, mais aura peut être le souvenir d’un rêve correspondant à ce moment trop court de lucidité du cortex préfrontal, mal réveillé.

              Mais alors pourquoi ne tombe t’on pas du lit ?

              C’est que tenir dans un lit s’apprend : certaines séquences de mouvements, une fois assimilées, et répétitives sont mémorisées inconsciemment par notre mémoire procédurale.
              Notre position dans un lit ensuite ne s’oublie plus: les enfants doivent d’abord apprendre, inconsciemment, jusqu’où ils peuvent rouler sur le matelas sans en tomber.
              Donc, quand on dort, notre corps sait où il est sans que nous nous en rendions compte; toutefois, lors de périodes de « demi-sommeil », on reste capable de remarquer lorsque l’on se trouve tout près du bord du lit, ou qu’un bras ou une jambe pend dans le vide !
               Les adultes « scannent » ainsi le contour du lit, presque automatiquement, n’en franchissent pas ses limites, et ont tendance а se repositionner au centre du matelas.

              Cependant, certains adultes signalent de temps en temps qu’ils se réveillent а côté de leur lit. Dans ces cas, une perturbation du contrôle musculaire est en cause. 
               Cela arrive notamment aux somnambules, qui se déplacent en dormant, même durant les phases de sommeil profond. Grâce а l’IRM, on a constaté que, chez ces individus, les aires cérébrales responsables des fonctions motrices sont actives, alors qu’ils ne sont pas éveillés.

              D’autres personnes transforment leurs rêves en mouvements, alors que, normalement, dans la phase de sommeil paradoxal, le cerveau réduit aussi considérablement l’activité musculaire. Mais cela ne fonctionne pas correctement chez les individus souffrant d’un trouble du sommeil paradoxal

              En définitive, les adultes en bonne santé sont en sécurité dans leur lit grâce а un processus d’apprentissage moteur inconscient. Si, endormi(e), vous bougez beaucoup pendant la nuit ou tombez souvent de votre lit, il faut consulter un médecin spécialiste du sommeil.

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  • Errare humanum est, et pour le singe aussi.

        Nous savons (presque) tous qu'il est impossible de prédire l'avenir, mais beaucoup lisent quand même leur horoscope dans le journal et certain(e)s y croient même.
        En ce qui me concerne je m’en tiens au sketch du regretté Raymond Devos, dans lequel il avait lu sur son journal qu’il aurait un accident d’auto, et celui-ci ne s’étant pas produit, il a vérifié, alors qu’il conduisait, en regardant sur son journal s’il s’était trompé de jour, et il était alors rentré dans la voiture arrêtée devant lui ! lool
        Cette constatation de notre tendance à croire aux horoscopes, démontre, outre une profonde incohérence dans nos esprits, que nous sommes probablement programmés pour rechercher la moindre parcelle d'information relative à notre avenir.
        Je ne suis pourtant pas sur que connaître notre avenir serait bénéfique, surtout si nous ne pouvions alors agir dessus! Heureusement la machine à remonter le temps n’est qu’un rêve, peut-être réalisable à condition d’avoir une masse nulle, ce qui n’est jamais le cas, même pour les anorexiques.

        Mais j’ai lu un compte-rendu de recherches intéressant à ce sujet.
        Les coupables auraient été identifiés : il s'agit des neurones dopaminergiques de nos "centres de récompense” dont je vous ai souvent parlé Ils sont généralement actifs lorsque l'on attend une chose agréable, mais on sait maintenant qu'ils sont avides de toute forme d'information au sujet des gratifications que nous pourrions obtenir dans un avenir proche ou lointain.
    Errare humanum est, et pour le singe aussi.    Des expériences ont été menées chez le singe, des macaques rhésus (qui me ressemblent un peu mais n’ont pas de lunettes), qui manifestent le même comportement que l'amateur d'horoscope : lorsqu'il a le choix entre attendre un heureux événement (un petit ou grand verre d'eau sucrée] ou obtenir une information sur l'amplitude de cet événement (une image lui annonçant la taille du verre à venir), le singe est irrésistiblement attiré par l'image. En outre, il cherche à obtenir l'information le plus tôt possible, si on lui laisse le choix entre des renseignements immédiats ou différés.

        Notre cerveau est équipé des mêmes neurones dopaminergiques que le singe, et indépendamment de nos espoirs et de nos craintes, nous voulons savoir ce qui nous attend. Si nous lisons naïvement des horoscopes dont nous savons pourtant  qu’ils ne prédisent rien que nous ne sachions déjà,, c'est peut-être parce que les neurones dopaminergiques échappent en partie au contrôle du raisonnement rationnel et de l’esprit critique de notre cortex préfrontal. Nous ne sommes pas entièrement rationnels, nous avons un cerveau émotionnel, et par ailleurs il nous faut rêve et espoir pour rester heureux.

        Hum, je suis jaloux et mortifié, les petits singes “rhésus” dont je vous montre les photos sont plus mignons que moi, pauvre ouistiti. !

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  •     Je vous ai décrit succinctement ce qu’était le système de récompense de notre cerveau et mon dernier article portait sur l'apprentissage du bébé.. Je n’ai pas toujours été assez clair et j’ai laisssé des points dans l’ombre pour ne pas compliquer, et du coup, j’ai reçu plusieurs mails avec des questions. Je voudrais être plus concret et vous donner quelques exemples de fonctionnement de ce système.
        

        On trouve de nombreux écrits sur l’apprentissage de connaissances par l’homme, les méthodes et les mécanismes. De quoi remplir de nombreux articles.... et vous casser les pieds. Alors je vais me limiter à quelque chose de simple : l’apprentissage de l’utilisation de ses membres par un bébé.
        Puis nous réfléchirons à généraliser un peu cet exemple.

        C’est un enfant de quelques mois. Sa vue est devenue à peu près normale, mais il ne voit pas encore très distinctement au loin, mais jusqu’à quelques mètres, c’est parfait. Son toucher s’est développé et il sent parfaitement  de ses dix doigts les objets avec lesquels il entre en contact.
        Son cerveau est relativement bien formé; il a même trop de neurones et surtout trop de connexions, mais sa mémoire est presque vide et  son cerveau a presque tout à apprendre.

        Et c’est là que vont intervenir les centres de récompense et de punition, en tant que centres d’apprentissage. Leur rôle va être d’aider le cortex et le cervelet à acquérir des automatismes. Cela va commencer par l’usage de nos membres et surtout de nos mains.
        Le cerveau a, au départ, un certain nombre de “cablages” qui ont été réalisés par nos données génétiques : je vous ai décrit très succinctement les centres qui permettent au cerveau de “mesurer” l’état de nos muscles, de leur position, de leur tension, de leur fatigue, et puis les centres moteurs sur le dessus du crâne qui permettent de commander les mouvements.(voir mon article précédent du 27 mai 2019).
        Les ordres qu’ils donnent passent en particulier par un centre du cerveau émotionnel, le striatum, qui est relié aux centres de la récompense.

        Le cortex de bébé sait aussi de façon innée, avoir un minimum de raisonnement et de prise de décision.
        Tous ces mécanismes sont en grande partie inconscients. La partie consciente est partiellement instinctive : bébé a envie d’attraper des boules de couleur qui sont suspendues au dessus de son berceau dans un fil élastique, il lance un processus qui va lui permettre de la faire mais il ne se dit pas :" je vais attraper ces boules, il faut que je bouge ma main"... Ce raisonnement n’est possible qu’avec l’acquisition du langage.

        Alors que fait le cerveau de bébé. : il veut attraper la boule rouge, ses yeux se fixent dessus. Son cortex préfrontal et son thalamus (qui coordonne nos sens et donc la vue) avertissent l’ATV qui émet un peu de dopamine. Les centres connexes sont avertis qu’on est en train de “faire une expérience” et ils attendent la récompense.
        Le cortex préfrontal et les centres moteurs, via le striatum, guident le mouvement de la main vers l’objet.
        Mais les centres du cerveau (à l’arrière du crâne), qui interprètent la vision, savent un peu détecter les mouvements mais pas bien encore la profondeur, la distance (qui est une interprétation par le cerveau des différences  de vision entre les deux yeux). Alors la main de bébé passe devant la boule et ne l’attrape pas.
        L’ATV est mise au courant de l’échec et supprime la dopamine : c’est une punition. Le cortex préfrontal est averti; il relance l’opération et cette fois bébé touche la boule mais n’arrive pas à l’attraper. L’ATV devant ce demi échec, mais qui est aussi une demi réussite, augmente un tout petit peu le taux de dopamine.
        Le cortex préfrontal et le cerveau émotionnel de bébé sont contents de ce fait (la récompense ou le plaisir) et on fait une autre tentative : si cette fois elle réussit, le taux de dopamine augmentera nettement la récompense !.
    Bébé et son cortex seront heureux et il arrêtera son jeu, avec l’idée de la réussite obtenue.
        Mais le cortex préfrontal aura retenu la leçon, l’aura transférée dans des connexions entre neurones (la mémoire) et la prochaine fois il repartira de ces données pour améliorer son processus.
        Puis quand ce processus, d’essai en essai, d’échecs en réussite, se sera amélioré suffisamment, il transfèrera tout le processus dans les neurones du cervelet. Cela deviendra un automatisme (notre “mémoire procédurale”) et le cortex pourra s’intéresser à une autre mise au point.

        Au lieu de bébé, voyons maintenant Ikéa, jeune fille de 18 ans qui apprend à conduire. Elle doit faire un créneau pour garer sa voiture.
        Le processus est le même que pour bébé, sauf qu’à 18 ans, en principe, elle sait parler et son cortex préfrontal a appris à réfléchir consciemment à l’aide du langage.
        Alors au lieu de faire des gestes sur des ordres presque inconscients du cortex, celui ci raisonne : il faut que je tourne mon volant dans tel sens, je suis à telle distance du trottoir....
        Mais si je cogne le trottoir ou horreur!, que je monte dessus, pas de dopamine : pas de récompense mais la punition, et on recommence  le geste ou la manoeuvre ; et en cas de réussite , davantage de dopamine et le sentiment d’avoir réussi.
        Mais là encore, les procédures mises au point, le cortex préfrontal en transfère le maximum au cervelet. Certes il réfléchira encore lors d'une manoeuvre complexe, mais les changements de vitesse, l’utilisation de l’embrayage et du frein, les mouvements de volant pour corriger un peu la trajectoire, seront devenus des automatismes pour lesquels le cervelet se débrouille seul et le cortex préfrontal ne s’en occupe plus.
        C'est d'ailleurs comme cela qu'en conduisant et en parlant dans la voiture à son voisin avec lequel on va au cinéma, on se retrouve inconsciemment sur le chemin du bureau qu'on emprunte tous les matins de la semaine !! Le cervelet est comme un ordinateur : pas intelligent : il applique un programme.

        Alors maintenant, je vais essayer de répondre à une question plus difficile : le plaisir s’apprend il ? Oui certes.
        Si tu manges un plat, tu as les odeurs du met qui chatouillent tes narines. Or le septum est relié aux centres de sensation olfactive et donc il s’attend à avoir un résultat et en liaison avec les autres centres,un peu de dopamine circule.
        Manque de chance, le met a une odeur qui ne te plaît pas. Je suppose que c’est du choux de Bruxelle, odeur que personnellement je n’aime pas. Dès que les centres de récompense savent cela, indignés, ils arrêtent la dopamine.
        C’est au contraire une bonne odeur de lapin à la moutarde. Déjà le taux de dopamine augmente, et quand je mangerai le morceau, les sensations olfactives renforcées et gustatives des papilles de la langue enverront des signaux positifs et le taux de dopamine augmentera encore, renforçant les connexions entre neurones; et via  "l'aiguilleur de la mémoire”, l'hippocampe, l’odeur, la saveur, l’image de ce que tu manges seront mémorisées avec le souvenir de l’intensité de la récompense, de la satisfaction obtenue.
        C’est ainsi que se forme le goût. Associations en mémoire d'odeurs, de saveurs et de plaisir, lié à la récompense.
    Et tu saliveras de plaisir rien qu'à la phrase ou à la vue sur un menu de "lapin à la moutarde" (sauf si comme ma petite fille, tu élèves un lapin !! LOL)
       
        Par contre là où je n’ai pas d’explication, c’est pourquoi tu aimerais un gâteau à la cannelle et moi pas ?
       Nos parents certes nous ont plus ou moins formés le goût. Puis nous avons eu des expériences malheureuses  (indigestion, gastro...) qui nous ont dégoûtés de certains plats, de certaines odeurs en créant des blocages au niveau de notre cerveau émotionnel.
        Il y a ensuite toute notre éducation “personnelle” au cours de notre vie, seul ou avec des amis.
        Mais pourquoi la première fois qu’on connaîtra une saveur, une odeur, pourquoi celles ci plaîront plus à l’un qu’à l’autre.? Probablement une réaction à un mélange d’arômes et de saveurs élémentaires qui plaît davantage à notre mémoire, mais nous n’avons pas conscience de cette analyse.
        Et là encore il s’agit d’un plaisir simple, relativement physiologique.
        Déjà pour la musique, la chose devient plus complexe : paroles, sons, harmonie, mélodie, émotion; mélange dont notre cortex préfrontal, si “intelligent” soit il, ne sait pas faire l’analyse précise. Mais il est certain que notre oreille fait une sorte d’analyse de Fourier des sons et que par exemple nous sommes habitués à une harmonie occidentale et qu'une harmonie orientale, très différente, nous paraît, au prime abord, dissonante et désagréable. 
        La lecture c’est pire encore, car on touche à la pensée !
        Et savons nous vraiment pourquoi l’être aimé nous plaît ?

        Donc je réponds en Normand : l’appentissage du plaisir certes oui cela existe et on peut avoir une grande influence que ce soit en tant qu’éducateur ou sur le plan de nous même, mais pourquoi certaines choses nous plaisent elles, (différemment de l’un à l’autre) je n’ai pas trouvé dans les bouquins de neurologie ou de psychologie d’explication qui me satisfasse.

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