• C'est aux parents d'apprendre la politesse à leurs enfants !

     

     

     

     

     

     

     

                   
          Je suis toujours un peu surpris quand je vois des automobilistes ou des personnes au supermarché, qui se disent tout le mal qu'elles pensent l'une de l'autre, dans un langage en général peu châtié que n'oserait même pas utiliser un charretier.

          Un vieux monsieur (comme moi !) devant moi regardait aussi, et se tournant vers moi m'a fait cette réflexion, parodiant ainsi Madame du Barry : "La France, la politesse fout le camp !" Et il a ajouté "mais qu'est ce qu'on leur a donc appris à l'école"?

          Est ce vraiment à l'Education Nationale de nous apprendre la politesse ?

         Cela m'a donné à réfléchir : d'abord qu'est ce que la politesse ?

         La politesse c'est un ensemble de règles destinées à rendre meilleurs nos rapports entre personnes à l'intérieur de notre société et cela dans la vie de tous les jours. C'est un régulateur de la vie sociale.
         Ma grand mère, lorsqu'elle m'enseignait la politesse, appelait cela du “savoir vivre” !
         Ces règles peuvent avoir des origines diverses, certaines anciennes correspondant à la culture “ethnique”, à l'appartenance culturelle à une communauté et diffèrent donc suivant nos origines. Chaque groupe culturel a ses propres règles, reliées à son système de valeurs. Dans un pays où l'on concsidère que chacun est maître de son temps, être bref est une marque de respect; mais au contraire là ou le degré de respect et d'attention que l'on vous porte, se mesure au temps passé avec vous, ce serait au contraire une impolitesse et il faut donc “être long”.
         Dans le même esprit certaines règles sont très traditionnelles, comme la façon de saluer ou de dire bonjour, de manifester sa déférence, qui varie beaucoup d'un pays à l'autre.
         Comparez nos traditions à celles des japonais ou de la Corée du Sud. Dans ce pays par exemple, on doit être déférent vis à vis de toute personne plus âgée que vous, ne serait ce que de quelques mois, et un jeune ne peut s'adresser aux adultes comme à des personnes de son âge et il ne peut parler à des parents ou grands parents comme on le fait chez nous, respect oblige. C'est eux qui parlent et on répond.   
         Ces coutumes se sont forgées au cours du temps et évoluent lentement.

         Pratiquer les règles en vigueur revient à reconnaître que l'on appartient à un groupe dans lequel elles ont cours, que l'on adhère à ses valeurs et que l'on désire s'y faire accepter. Elles sont un facteur d'intégration et un lien social.
         D'autres règles sont plutôt l'apanage d'une catégorie sociale, car elles correspondent à des modes de vie, des habitudes différentes, mais ces différences, très fortes autrefois, tendent aujourd'hui à s'estomper.
         En effet elles peuvent aussi créer un clivage entre ceux qui les connaissent et ceux qui ne les connaissent pas et contribuer à une ségrégation sociale entre les riches et les pauvres, les autochtones et les immigrés, les gens des villes et ceux de la campagne, dans l'entreprise entre les cadres et les employés..... Il fut essayer d'atténuer ces différences.
         Auxiliaire du lien social, mais aussi vecteur de ségrégation et d'hypocrisie, la politesse, tel le dieu Janus, a un double visage et les philosophes se sont toujours demandé s'il fallait la considérer comme une vertu ou en dénoncer le formalisme. Je crois que tout dépend de l'usage que nous en faisons.
         Enfin je pense qu'il faut, pour être complet, citer certains détails de cette politesse, propres à une communauté ou à une famille, habitudes qui sont issues de circonstances historiques particulières, d'un environnement géographique ou culturel ou de personnes marquantes qui la composent.
       
         Enseigner la politesse, c'est donc enseigner d'abord des règles et je me souviens avoir lu - quelquefois en riant quand celles-ci avaient beaucoup changé, de petits livres qui donnaient des conseils pour bien “se tenir” en société, pour savoir quoi dire dans certaines circonstances (éviter par exemple de dire à une dame qui vous remercie d'avoir assisté à l'enterrement de son mari “mais pensez donc c'était avec plaisir” !), ou pour savoir les coutumes pour mettre les verres et couverts et bien se tenir à table.
         Il me semble tout d'abord qu'une partie de cette politesse s'apprend très tôt, avant quatre ans et c'est aux parents de faire l'éducation des jeunes enfants, par l'exemple qu'eux mêmes donnent et que l'enfant essaie d'imiter, en recevant des conseils, voire quelques remontrances. C'est le cas notamment de ce qui devrait devenir un réflexe tel que “bonjour”, “s'il vous plaît”, “merci” ou s'excuser quand on gêne.
         La presque totalité de ces “coutumes” s'apprend avant dix ans. Si l'école devait donner un complément de formation par rapport à celle des parents, c'est plutôt d'abord à la maternelle, puis à la communale.
         Cela s'est d'ailleurs toujours fait. Quand j'étais gosse, si en arrivant en classe nous n'enlevions pas notre casquette, si nous ne disions pas “bonjour Monsieur”  à l'instituteur, nous avions droit à des remarques et nous trouvions cela normal et lorsque nous étions ainsi impolis, c'était un oubli, très rarement volontaire.
         Il existe même des stages de “savoir vivre”, mais ceux ci sont perçus comme des moteurs d'ascension sociale, ce qui ne serait sûrement pas le cas pour des élèves des collèges et lycées qui y verront une “matière scolaire” comme une autre et surtout son coté contraignant et moraliste, qui risque de leur déplaire.
         En outre la force de notre école, c'est son coté universel pluraliste, laïque, qui lui fait un devoir d'accueillir tous les élèves quelle que soit leur origine, leur nationalité, leurs opinions ou leur religion.
         Or si on regarde les règles de politesse dans leur détail, elles peuvent être différentes selon ces critères, et alors que faut il enseigner qui soit réellement utile et qui ne choque personne ?
       
         Je ne pense donc pas que l'école soit à même d'enseigner la politesse comme devraient le faire les parents. Ce n'est pas son rôle.
         Alors comment ferais je personnellement si on me demandait de le faire en classe ?
        Je crois que j'essaierai d'en expliquer non pas les règles, mais les principes, éventuellement  avec des exemples.

        Dominique Picard, professeur de Psychologie sociale à l'université de Paris, estime que la politesse a quatre grands piliers :

        La “sociabilité” : c'est :
            - la “convivialité” dire bonjour, merci, respecter des règles simples.
            - les “marques d'intérêt”  vis à vis des autres.
            - la “bienveillance” : proposer ses services.

        Le “respect d'autrui” :
            - la “considération” : ne pas gêner les autres.
            - “le tact, la discrétion”, éviter les propos désobligeants.
            - la “retenue”  être modéré dans ses propos, exprimer son désaccord sans blesser.

        Le respect de soi même :
            - avoir une tenue correcte
            - garder un langage châtié et si possible clair.
            - éviter les attitudes gênantes ou provocantes.

        Un équilibre dans ses attitudes :
            - la “bonne distance”, éviter les excès de froideur ou de familiarité;
            - la “modération”, ne pas abuser du temps d'autrui, ne pas s'imposer
            - la “réciprocité” , être avec une personne comme elle a été avec vous lorsque elle a été elle même polie.

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :