• Avec ou sans GPS

     

    Avec ou sans GPS

             J'aime bien essayer de comprendre comment notre cerveau intervient dans nos actes quotidiens.
              J'ai déjà fait des articles où je parlais des "cartes mentales", qui sont des constructions internes que fait notre cerveau, avec l'aide des centre d'interprétation de la vue, opérations d'élaboration à partir d'images de la mémoire qu'il rappelle dans ces centres, comme si elles étaient vues par nos yeux (mais en général avec beaucoup moins de détails).
    Et notre cerveau est capable d'associer de telles cartes pour qu'elles constituent un itinéraire.

              Le plus souvent je n’ai pas besoin de GPS, car je vais à un endroit connu. J’ai alors dans ma tête un itinéraire qui a deux composantes :
                        - d’abord une carte mentale, schéma des routes, un plan mais sur lequel les distances restent approximatives;
                        - ensuite des points de repères qui permettent de pallier cette approximation : un bouquet d’arbres, une maison particulière, un monument, le clocher d’une église, une affiche, les panneaux routiers…
              Si je vais en un lieu que je ne connais pas, j’étudie le trajet sur une carte routière que j’emporte avec moi, pour suppléer à un oubli. C’est l’équivalent de la carte mentale.
              Mais il me manque les souvenirs des points de repère. Maintenant que l’on peut consulter sur internet des cartes satellites, avec vue en 3D, je parcours mon itinéraire à la recherche de points de repères. Je compte aussi les croisements de route, et je relève des distances sur la carte. Cela me permettra de me guider, si je suis attentif et ne vais pas trop vite.

              Que font les personnes que je connais et qui se servent du GPS; Ils obéissent tout simplement « tourner à gauche au prochain carrefour.
              Plus besoin de réfléchir, on peut anticiper et mettre les clignotants très tôt avant de tourner. C’est bien commode. Surtout s’il y a des sens interdits.
              Mais si jamais on se trompe, ou si le GPS n’avait pas un bon plan (cela arrive !), alors là on est complètement paumé et ce d’autant plus qu’on ne sait pas quelle erreur le GPS a faite. Cela m’est arrivé de sortir d’affaire un camarade que j’accompagnais, parce que son GPS avait fait une erreur et que j’avais regardé la carte avant de partir.

             Des études de neurobiologistes ont comparé des personnes ayant utilisé pendant longtemps des stratégies différentes d’orientation sur route, afin de voir quel était leur processus de pensée et dans quelle mesure cela modifiait leurs habitudes..
             Les chercheurs ont constaté que les personnes qui utilisaient toujours leur GPS depuis longtemps avaient une faculté très diminuée d’élaboration des cartes cognitives et des images mentales de repères qui les accompagnent. Après avoir parcouru les lieux et être arrivé au bon endroit, les personnes utilisant le GPS avaient quelques repères visuels, mais très peu de connaissance de l’organisation des lieux et étaient incapables de tracer un plan de leur itinéraire.
              Leur mémoire et leur cortex préfrontal n’étaient pas entraînés à cela. C’est le cortex préfrontal qui réfléchit et organise, et c’est l’hippocampe et le cortex entorhinal proche qui organisent et stockent les cartes mentales, et les envoient au calepin visuo-spatial servant de mémoire de travail entre les deux.

              Nous ne sommes pas les seuls à avoir des cartes mentales : lorsque l’on a habitué des rats à naviguer dans un labyrinthe, ils le parcourent très vite et sans hésitation. Et si l’on barre une voie, ils arrivent assez rapidement à trouver un itinéraire de secours, ce qui prouve qu’ils ont retenu une topologie des lieux.

              Utiliser en permanence un GPS entraîne donc un appauvrissement mental. Et naviguer sans GPS, si on connait un peu les lieux, est une hygiène mentale.
              Les chercheurs ont alors étudié le cas de personnes que la voix de leur GPS agaçait et qui l’utilisait sous forme de l’affichage d’une carte sur laquelle est tracé l’itinéraire et d’un point représentant le véhicule. C’étaient eux qui prenaient les décisions de conduite et de changement de direction.
              Ils ont observé que ces personnes avaient gardé la capacité de retenir des images mentales.
              Ils préconisent donc de ne pas se servir « bêtement » du GPS, mais de garder l’initiative des décisions, le GPS n’étant qu’une carte routière affichée en permanence, avec un repère de position facilitant la consultation en temps réel.
              Cela a quand même un inconvénient : regarder le GPS oblige à abandonner des yeux la route, ce qui n'est pas bon au plan sécurité. Et donc il faut alors rouler doucement.

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