•           J'ai fait le 5 juin 2019, un article sur les amphétamines et l'addiction correspondante. Aujourd'hui, je voudrais parler des opiacés (morphine, héroïne) et de la cocaïne.

    Les opiacés (héroïne, morphine)

              L'héroïne ou diacétylmorphine est obtenue par acétylation de la morphine, le principal alcaloïde issu du latex du pavot (l’opium).
              L'héroïne pure est de couleur blanche, mais la drogue produite dans les laboratoires clandestins est de couleur plus ou moins brunâtre selon le degré de pureté, souvent coupée  avec d'autres produits psychoactifs (cocaïne par exemple) ou non,  (caféine  paracétamol) voire toxiques.
              Les pays producteurs sont essentiellement l’Asie (notamment Afganistan, Pakistan et Inde) et le Mexique
              Dans l'organisme, elle est métabolisée en monoacétylmorphine puis en morphine par le foie.
              L'héroïne peut se consommer par :injection intraveineuse, l'effet apparaît en moins d'une minute et s'estompe au bout de 3 à 5 heures; ou par inhalation (fumée ou prisée), entraînant un effet analgésique, puis un effet apaisant.
              Les effets psychologiques recherchés par ceux qui consomment cette drogue sont la relaxation, l’apaisement, une certaine euphorie voire une extase, suivis de somnolence.
              Les effets physiologiques des opiacées à court terme sont un ralentissement du rythme cardiaque et de la respiration, une hypothermie et une contraction de la pupille, mais aussi des problèmes gastro-intestinaux  et des démangeaisons, des nausées et des vertiges.
              A terme on constate des insomnies, des perturbations hormonales, des carences alimentaires dues à une perte d’appétit, des infections, un affaiblissement général, des problèmes cutanés, et sur le plan psychique, une apathie générale, des troubles de l’humeur et des angoisses.

    Addiction aux drogues dures : héroïne, morphine, cocaïne.          Notre organisme utilise naturellement des substances similaires aux opiacés comme neurotransmetteurs. Il s’agit des endorphines, des enképhalines et de la dynorpine, que l’on désigne souvent sous l’appellation d’opioïdes endogènes. Ces molécules modulent les réactions aux stimuli douloureux, régulent les fonctions vitales comme la faim ou la soif, interviennent dans le contrôle de l’humeur, de la réponse immunitaire, etc.
              Les effets très puissants des opiacés comme l’héroïne ou la morphine s’expliquent par le fait que ces substances exogènes vont se fixer , dans les synapses nerveuses, sur les mêmes récepteurs que nos neurotransmetteurs opioïdes endogènes naturels de notre organisme (en vert sur le schéma).

             En absence d'héroïne, pour empêcher un excès de dopamine, l'hypothalamus fait intervenir in neurotransmetteur inhibiteur, le GABA, qui libère des ions chlore, lesquels bloquent l'influx nerveux du neurone dopaminergique.
              L'héroïne se fixe sur les récepteurs des opiacés naturels et diminue cette émission de GABA. Le neurone dopaminergique n'est plus bloqué et il y a émission d'excès de dopamine  relâchée dans l’ATV et le noyau accumbens qui sont donc sont moins ralentis dans leur action ce qui produit un renforcement du processus de satisfaction.
             L’addiction est rapide (quelques semaines) au bout desquelles les sensations agréables diminuent et obligent à augmenter les doses. De plus s’installent rapidement l’anorexie et l’insomnie, entraînant une fatigue générale croissante.

             En 2017, 0,6 % des filles et 0,7 % des garçons âgés de 17 ans ont expérimenté l’héroïne. Après une période d’évolution stable entre 2000 et 2005, le niveau d’usage de l’héroïne a augmenté jusqu’en 2008 et se trouve actuellement dans une phase de lente décrue, notamment chez les garçons (1,0% en 2014).

             Le niveau d'expérimentation (usage au moins une fois dans la vie) de l'héroïne en population générale en France est faible, à 1,5 % (légère hausse par rapport à 2010 : 1,3%) parmi les 18-64 ans (2,5 % parmi les hommes et 0,6 % parmi les femmes) et l’usage régulier actuel apparaît très rare (0,2 % des personnes interrogées). Le nombre d'expérimentateurs d'héroïne en France parmi les 11-75 ans est estimé à 600 000 personnes 

    La cocaïne :

             La coca est une plante d'Amérique du Sud qui joue un rôle important dans la culture locale et ancestrale, à travers ses utilisations rituelles ou médicinales.
             La cocaïne est extraite de ses feuilles. C’est un alcaloïde classé en occident comme stupéfiant.
             Environ 1 000 tonnes de cocaïne sont produites chaque année. La Colombie est le premier pays producteur
             La cocaïne se présente le plus souvent sous la forme d'une poudre blanche et floconneuse, plus rarement sous forme de cristaux. La cocaïne (ou chlorhydrate de cocaïne de son nom scientifique) qui alimente le trafic clandestin, est la plupart du temps coupée - « allongée » - dans le but d'en augmenter le volume, avec des substances diverses telles que le bicarbonate de soude, le sucre, le lactose ou divers autres produits pharmaceutiques.
       
    Addiction aux drogues dures : héroïne, morphine, cocaïne.         La dépendance à la cocaïne est intimement lié à son action sur les neurones du circuit de la récompense.
             La cocaïne agit en bloquant la recapture de certains neurotransmetteurs comme la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. En se fixant sur les transporteurs chargés d’éliminer l’excès de ces neurotransmetteurs de la fente synaptique, la cocaïne empêche ceux-ci d’être recaptés par le neurone émetteur et fait ainsi augmenter leur concentration dans la synapse
             Ceci va donc amplifier l’effet naturel notamment de la dopamine sur le neurone post-synaptique.
             L’ensemble des neurones ainsi modifiés produit l’euphorie (dopamine), le sentiment de confiance (sérotonine) et d’énergie (noradrénaline) typiques de la prise de cocaïne.
             Avec la prise chronique de cocaïne, le cerveau va compter sur à cette drogue exogène pour maintenir un niveau élevé de plaisir associé à l’élévation artificiel du taux de dopamine dans ses circuits de la récompense. La membrane post-synaptique va même aller jusqu’à s’adapter à ce haut taux de dopamine en synthétisant de nouveaux récepteurs de dopamine dans la partie synaptique des neurones récepteurs..
             Cette sensibilité accrue provoquera la dépression et le sentiment de manque quand cessera l’apport extérieur de la cocaïne et le retour à la normale du taux de dopamine.

             Au plan physiologique, la prise de cocaÎne provoque sur le moment une sécheresse de la bouche et de la gorge, une augmentation du rythme cardiaque et de la pression sanguine, de la fièvre, des spasmes, crampes, tremblements, et éventuellement des hémorragies, notamment des saignements de nez et des troubles de l’odorat, des insomnies, une perte d’appétit..
             Au plan psychologique, elle engendre une forte euphorie, un sentiment de puissance intellectuelle (illusion de tout comprendre et d'avoir une intelligence inconcevable) et physique (voire sexuelle) qui provoque une desinhibition, une indifférence à la douleur, à la fatigue et à la faim, éventuellement des difficultés à respirer..
             Ces effets vont laisser place ensuite à un état dépressif et à une anxiété que certains apaiseront par une prise d'héroïne ou d’anxiolytiques.
             La levée des inhibitions peut provoquer une perte de jugement entrainant parfois des actes inconsidérés, tels que la violence, des comportement très agressifs, accidents voire suicides, crimes ou viols.
              A long terme la consommation régulière de cocaïne, outre la dépendance, nécrose les vaisseaux sanguins, dérègle le rythme cardiaque et la tension artérielle et peut donc provoquer accidents vasculaires et cardiaques, ainsi que des insomnies et amnésies, des difficultés de concentration et des tics nerveux. Un usage intensif de la cocaïne par voie nasale, provoque la gerçure des narines par la suite une atrophie de la cloison nasale avec perte d'olfaction, pouvant mener à une perforation de la paroi séparant les narines.
              Au plan psychique, elle entraîne des troubles chroniques de l'humeur : irritabilité, nervosité, panique, anxiété, sentiments de persécution, actes violents crises de paranoïa et hallucinations.
              Un dosage trop élevé peut entraîner la mort par overdose, notamment quand on consomme d’autres substances (alcool, tabac, amphétamines....), qui en aggravent les effets
        S'ils sont partagés entre plusieurs usagers, les matériels utilisés pour "sniffer" peuvent transmettre les virus des hépatites A, B et C, et le matériel d'injection, le virus du sida.

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    Les dangers de l'ecstasy.

         Je souhaitais faire des articles sur l'action des drogues.
         Certes les plus connues sont la cocaïne et l'héroïne, sans doute à cause du cinéma.
         Mais celles qui sont le plus utilisées et donc font le plus de ravages sont le cannabis et l'ecstasy.
         Commençons par l'ecstasy, qui est une amphétamine.

                Les amphétamines :

          Les amphétamines sont des drogues utilisées pour lutter contre la fatigue.
    Ce sont des produits de synthèse, apparus à la fin du 19ème siècle et connus à l’époque sous le nom d’éphédrine (qui était extraite d’une plante) puis de  “benzédrine” (synthétique)
          A l’origine elles étaient destinées à remplacer comme médicament l’adrénaline qui ne peut être ingérée par voie orale.
          Puis elles furent utilisées pendant la guerre par les combattants (pour rester éveillés)  puis par des étudiants qui appréciaient de pouvoir se passer de sommeil en période d'examens (le célèbre maxiton) ou comme produit de dopage par des sportifs (donc certains ont trouvé la mort !).
          Enfin elles ont été utilisées comme substances psychotropes pour leurs effets hallucinogènes et stimulants.
          Généralement, elles sont ingérées, mais aussi injectées par voie intraveineuse, sniffées ou fumées (parfois mélangées à un autre produit, voire un stupéfiant).
          L’Ecstasy, produit très utilisé en milieu festif, est un dérivé des amphétamines, particulièrement efficace et très dangereux.

        Les amphétamines entraînent  assez rapidement (une heure) :
              • la diminution, et parfois la suppression totale de la fatigue et de l'envie de dormir ;
              • la disparition de la faim ;
              • l'euphorie, la confiance en soi exagérée qui conduit à largement surestimer ses capacités et sous-estimer les obstacles (et est donc la cause d'accidents);
              • une impression de capacités intellectuelles accrues : jugement plus sûr, mémoire meilleure, compréhension plus rapide. En fait, ces sensations sont simplement un effet de l'euphorie : on ne doute plus de sa mémoire, on s'arrête au premier degré de compréhension.
        Mais par la suite les effets inverses apparaissent dûs au manque : l'euphorie est remplacée par le découragement, la sensation que tout effort de réflexion est démesuré, et la lassitude face à toute activité, ce qui incite à une nouvelle prise.
        A terme, on voit apparaître hypertension, palpitation et fièvre, d’où migraines tremblements, crampes, troubles digestifs et insomnies, et incapacité à se concentrer, voire dépression.

        L’ecstasy (appelée aussi MDMA) est utilisée surtout lors de fêtes par les jeunes, et elle donne les mêmes sensations que les emphétamines, plus une grande impression d’empathie qui facilite les relations et la communication (“tout le monde m’aime” d’où son nom de “pilule d’amour”).
        C’est une des amphétamines les plus dangereuses qui peut entraîner la mort à partir de 150 mg, (4 décès par an environ), et conduit à l’anxiété, la dépendance, la dépression et à des troubles de la personnalité
         C’est donc une drogue à part entière.

     Les dangers de l'ecstasy.   Voyons maintenant leur mode d’action sur le cerveau 
        Comme la cocaïne, les amphétamines augmentent la concentration de dopamine dans les synapses mais par un mécanisme différent.
        Les amphétamines, (grâce à leur structure qui ressemble à celle de la dopamine), entrent dans le bouton pré-synaptique par des protéines appelées “transporteurs de dopamine”  ainsi qu’en diffusant directement à travers la membrane. 
        Une fois à l’intérieur du neurone pré-synaptique, les amphétamines chassent les molécules de dopamine hors de leurs vésicules de stockage, et les expulsent dans la fente synaptique en faisant fonctionner en sens inverse les transporteurs de dopamine. Le taux de dopamine présente dans la synapse est ainsi augmenté;

     Les dangers de l'ecstasy.   Les amphétamines agissent aussi par plusieurs autres mécanismes.
        Par exemple, elles diminuent la recapture de la dopamine qui permet aux molécules de dopamine, de regagner les capsules de stockage après avoir fait leur effet sur les récepteurs du neurone cible.et avoir ainsi déclenché son influx nerveux.
        Les amphétamines peuvent aussi exciter les neurones dopaminergiques par l’entremise des neurones utilisant comme neurotransmetteur le glutamate. Les amphétamines lèvent  un effet inhibiteur dû aux récepteurs du glutamate et en enlevant ainsi ce frein naturel, les amphétamines rendent ainsi les neurones dopaminergiques plus facilement excitables.

        L’effet à la fois stimulant et hallucinogène de l’ecstasy provient de sa structure moléculaire proche des amphétamines et du LSD.
        Comme les amphétamines ou la cocaïne, l’ecstasy bloque les protéines de recapture de certains neurotransmetteurs, augmentant ainsi leur présence dans la fente synaptique et leur effet sur les récepteurs des neurones post-synaptiques.
        L’ecstasy augmente donc les effets de la dopamine ce qui donne l’impression de bien être, mais également ceux de la noradrénaline comme d’autres drogues psychostimulants
       
    Les dangers de l'ecstasy.     Elle se distingue de ces drogues par sa forte affinité avec les transporteurs de la sérotonine, un autre neurotransmetteur chimique, entraînant une libération accrue de sérotonine par les neurones sérotoninergiques. L’individu peut alors ressentir un regain d’énergie, une euphorie et la suppression de certains blocages ou interdits dans les relations avec les autres.
        Quelques heures après, on assiste à une diminution de la sérotonine qui est amplifiée par la baisse d'activité d’un enzyme responsable de la synthèse de sérotonine, réduction qui peut être beaucoup plus prolongée que celle de l’augmentation initiale de sérotonine.
        Comme très souvent dans les effets des drogues, on constate que l’augmentation artificielle d’un neuro-transmetteur exerce une rétroaction négative sur l’enzyme chargée de le fabriquer : quand cesse l’apport extérieur de la drogue, l’excès se transforme en manque.
        La toxicité de l’ecstasy est en partie due à une destruction sélective des terminaisons sérotoninergiques.

        Ce que je voudrais que vous reteniez c’est que l’ecstasy, qui a trop souvent la réputation d’un excitant anodin est en fait presque aussi dangereuse que les drogues dures comme l’héroïne ou la cocaïne.

     

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  •  Mécanisme des addictions (2)Mécanisme des addictions (2)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

         Avec les drogues, il faut bien séparer deux choses : l’addiction qui est un trouble psycho-physiologique, qui nous empêche de ne pas succomber à un désir donné, et la dépendance qui est le trouble physiologique (et parfois le stress psychique) qui survient quand nous manquons d’une substance, correspondant à cette addiction.

        L’addiction est une perte de contrôle du fonctionnement de notre cerveau et principalement du système de récompense que nous avons décrite hier.
        L’addiction peut concerner des substances (drogues diverses), ou des comportement : le jeux, le sexe, l’usage extrême d’internet  ou du téléphone portable.
        Je connais même quelques personnes qui ont presque une addiction à la nutella, mais je pense qu’on peut plus facilement en guérir lol.
        A la limite, l’anorexie et la boulimie sont des phénomènes addictifs, car le système de récompense est aussi en cause, mais il existe en général des causes psychologiques plus profondes.

        Nous ne sommes pas tous égaux devant les addictions, car l’hérédité et l’environnement d’éducation interviennent beaucoup. L’âge auquel on commence à succomber à l’addiction est très important dans le cas de substances chimiques, car le cerveau d’adolescent est beaucoup plus sensible, le cortex frontal notamment n’est pas totalement mature, et de jeunes adolescents qui ont pris l’habitude de fumer du tabac ou du cannabis, risquent fort d’avoir ensuite des séquelles et d’avoir par la suite, une addiction beaucoup plus sévère.

        On n’a pas isolé des «gênes des addictions», même si pour celle à l’alcool, on connait de nombreux gènes en cause.
        Mais il est incontestable que une prédisposition génétique existe et l’on peut constater que la difficulté à surmonter ses désirs et bloquer ses pulsions, se retrouve d’un parent à certains de ses enfants. Il est probable que c’est un phénomène épigénétique, des gènes prédisposant au phénomène ne se manifestant qu’à la suite de phénomènes environnementaux.
        On peut d’ailleurs expliquer en partie la différence entre individus plus ou moins prédisposés aux addictions : c’est une question de plasticité du cerveau.
        Des chercheurs l’ont montré en étudiant les récepteurs du noyau accumbens au glutamate, un neurotransmetteur particulier. On a vu avant hier le rôle du noyau accumbens dans le circuit de récompense, où il entraînait la présence de dopamine. L’action du glutamate peut provoquer cette réaction dopaminergique.
        Ces chercheurs ont montré que le glutamate (en vert sur le schéma), agissait sur deux types de récepteurs, dénommés AMPA en vert et NMDA en bleu. (ces initiales sont celles des produits chimiques auxquels sont sensibles ces récepteurs, je vous fais grâce de ces appellations barbares; les curieux pourront les trouver sur internet.)

    Mécanisme des addictions (2)

    Mécanisme des addictions (2)

        Les deux schémas ci-dessous montrent les réactions d’un consommateur sans addiction et celui qui est soumis à l’addiction.
        La première image montre les molécules de glutamate agissant sur le récepteur AMPA.
    Si la synapse subit une certaine stimulation «LTD», le glutamate est aussi absorbé par les récepteurs NMDA et cette absorption entraîne un recul vers l’intérieur des récepteurs AMPA, de telle sorte que la synapse devient moins sensible au glutamate.
        Au contraire, chez le rat qui est en addiction, cette stimulation LTD est inefficace et si le niveau de glutamate augmente, il n’y a pas régulation de la stimulation, qui augmente aussi.
        Les synapses de la personne en addiction ont perdu de leur plasticité et de leur pouvoir de régulation.

        On pense que face à une drogue, une personne non prédisposée génétiquement, réagit comme dans la première colonne ci dessus et la drogue entraîne une régulation de ses propres effets. La personne a moins de chances de devenir addicte.
        Au contraire, chez une personne prédisposée, la réaction est du deuxième type : les synapses peu plastiques n’ont pas suffisamment de pouvoir de régulation. La personne  a donc des réactions plus importantes et s’habitue à la production de dopamine qui lui procure une certaine satisfaction. Mais il lui faut peu à peu davantage de produit et davantage de dopamine pour produire la même satisfaction et l’addiction s’installe.

        Finalement l’addiction s’installe quand le sujet ne peut s’empêcher de recourir à l’action correspondante, que la consommation devient régulière, et que l’organisation et le déroulement de la vie du sujet finit par dépendre de cette consommation, qui également, éloigne le sujet des occupations qui l’intéressaient et des désirs correspondants.
        A ce stade, il y a dérèglement (physiologique) du système de récompense et une certaine dépendance psychologique (s’abstenir est stressant, donc on ne s’abstient pas).
        Ce stress peut entraîner des réaction physiologiques, mais ce n’est pas une dépendance physique.
        Certains produits comme l’alcool, la nicotine du tabac, les opiacés (opium, héroïne), mais aussi les barbituriques et des tranquillisants comme les benzodiazépines, provoquent une dépendance physique qui s’ajoute à la dépendance psychologique : en l’absence du produit, des manifestation physiques de manque apparaissent, parfois très violentes. Ces manifestations proviennet en général du fait que la présence presque permanente d’une certaine concentration de produit actif, perturbe la production de produits régulateurs que notre corps sécrète naturellement. (par exemple les endorphines ou la sérotonine). Lors qu’on arrête la drogue, ces produits régulateurs ne sont plus produits et il faut plusieurs jours pour les voir réapparaître. D’où des réactions violentes physiologiques.

        On parle souvent de drogue douce et dure. Une drogue ne pourrait être «douce» que si elle ne produisait qu’une faible dépendance psychique, qu’elle ne produise pas de dépendance physique et qu’elle ne soit pas toxique physiologiquement, ni à court terme (overdose), ni à long terme (mais là un problème, cela dépend du niveau de consommation).
        En fait toute addiction est nuisible : le cannabis, même à faible dose unique sans avoir d’addiction entraîne des accidents de conduite de machine, l’addiction au jeu est catastrophique financièrement, l’addiction à internet fait négliger les études ...
        Physiologiquement le cannabis a peu d’action nuisible sur le corps à faible dose, mais en addiction, il peut avoir des effets sur la mémoire et l’attention, voire sur le cortex frontal des adolescents. Il est plus cancérigène que le tabac
        La cocaïne et l’ecstasy, qui entraînent peu de dépendance et d’addiction, ont des effets toxiques importants à long terme par destruction de neurones.
        Le tabac, les opiacés (héroÏne), l’alcool et divers produits entraînent une forte dépendance physiologique et sont toxiques.
        La plupart des produits sont des drogues «dures» et les drogues dites «douces» (comme le cannabis) ne le sont qu’à très faible consommation.

        La majorité des usagers ne se droguent pas pour se détruire, mais pour éprouver du plaisir et stimuler leur système de récompense.
        On peut commencer à prendre des drogues par curiosité ou par ennui, pour éprouver des sensations fortes, transgresser un interdit, frimer auprès des copains ou ne pas s’exclure en refusant un rituel, fréquenter des milieux marginaux, et le plus souvent échapper aux problèmes de l'existence, ou même pour être à la mode.
        Ce n'est que dans un deuxième temps, que vont apparaître les conséquences négatives de l'usage. Loin d'être une expérience limitée à des groupes particuliers, l'usage de drogues se répand dans toute la société, et les images d'exclusion et d'autodestruction, associées quand j’étais jeune, à l'usage de drogue, cèdent peu à peu la place à une image d'inclusion, qui associe drogue et culte de la performance  :être en forme, travailler, vivre vite, jouir de l'existence....
        Il en résulte une consommation importante de cannabis et d’anxiolytiques, considérés comme inoffensifs, alors qu’ils sont très dangereux si on en consomme beaucoup et longtemps et ce d’autant plus que l’on est jeune.

     

     

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    Toute addiction est une perte de contrôle de notre cerveau, car les drogues le dérèglent, notamment ce que l’on appelle le «circuit de récompense», qui est également le circuit qui nous permet tout apprentissage. (voir mon article du 30/04/2017, sur ce sujet)

        Je rappelle ce qu’est ce circuit, qui fait partie du cerveau émotionnel.
    (nota : les schémas sont tirés de la revue "la Recherche" et réalisés par l'infographiste Sylvie Dessert)

        Notre cerveau reçoit des stimuli associés à des satisfactions, notamment physiologiques, ces stimuli qui sont en provenance soit de nos sens, via le thalamus et l’amygdale, soit de notre corps lui même via l’hypothalamus. Ces stimuli vont être analysés par ce système de récompense.

         Un petit centre, l’aire tegmentale ventrale (ATV, voir schéma ci-dessus), va envoyer des influx nerveux, au travers de synapses fonctionnant avec un neurotransmetteur particulier (en bleu) : la dopamine, notamment à trois autres centres.
             - d’abord le « septum », qui va évaluer la motivation de l’action et la valeur du plaisir qu’elle a apporté.
             - l’amygdale (ou centres amygdaliens), qui va évaluer le caractère hédonique ou non de l’action et les risques qui en découlent. SI elle considère que c’est une action qui apporte du plaisir sans risque exagéré, l’amygdale laissera faire, mais si elle pense le contraire,elle enverra au noyau accumbens, un influx nerveux inhibiteur (neurotransmetteur le GABA), qui paralysera son action.
             - le cortex préfrontal, le «patron», qui peut prendre une décision réfléchie.
             - s’il a reçu le feu vert du cortex préfrontal, le noyau accumbens diffuse alors un influx nerveux de « récompense » dans les neurones du cerveau qui sont liés à des synapses à dopamine.
             - le cortex préfrontal, s’il le juge nécessaire peut ensuite modérer cette action, grâce à l’émission d’influx nerveux utilisant un autre neurotransmetteur : le glutamate (en violet). J’en expliquerai l’action dans un prochain article, pour essayer de comprendre pourquoi certaines personnes succombent à des addictions.
             - le noyau accumbens peut de son coté, modérer les remontées des informations en provenance de l’hypothalamus en le bloquant partiellement grâce au GABA. (en vert).

        Les diverses drogues vont dérégler le mécanisme de ce circuit de récompense, en agissant à divers niveaux (voir schéma ci-dessous) :

    Mécanisme des addictions (1)


       
    La nicotine agit directement sur les neurones à dopamine du noyau accumbens, sans passer par l’ATV. Elle se fixe que des récepteur à acétylcholine de ces neurones et excite donc la production de dopamine directement.

        L’opium et l’héroïne inhibent les neurones utilisant le GABA qui sont chargés de limiter l’action de ceux du noyau accumbens. Ceux ci émettent donc davantage de dopamine, puisque leur action n’est plus freinée.

        La cocaîne agit autrement en bloquant l’élimination et le recyclage de la dopamine, qui, alors s’accumule dans les synapses, faisant un effet beaucoup plus important.

        Le cannabis contient un agent actif, le tétrahydrocannabinol. (THC) dont l’action n’est pas limitée au système de récompense.
        L'organisme humain produit lui même des cannabinoïdes utiles qui agissent en activant un récepteur porté par les neurones (récepteur CB1) du cerveau; (il existe aussi des récepteurs CB2 qui sont présents sur les cellules immunitaires); ces récepteurs CB1 peuvent ensuite agir sur les neurones dopaminergiques. Cette interaction des deux systèmes explique en partie les propriétés euphorisantes du cannabis
        Les récepteurs CB1 sont présents en quantité très importante dans différentes structures du système limbique et jouent ainsi un rôle majeur dans la régulation des émotions et le cannabis diminue l'attention (action sur le cortex cingulaire).
        Les troubles de la mémoire et cognitifs, qui se produisent après consommation chronique de cannabis pourraient être liés à la présence de récepteurs CB1 dans le cortex et surtout dans l'hippocampe, structure cérébrale essentielle dans les processus de mémorisation. La présence de récepteur dans le thalamus, relais des informations sensorielles, est probablement en rapport avec la modification des perceptions sensorielles qu’éprouvent les usagers de cannabis. On trouve également beaucoup de récepteurs CB1 dans le cervelet, structure jouant un rôle important dans le comportement moteur et l’équilibre.


        L’action de l’alcool est encore autre (voir schéma ci-dessous) :
        En l’absence d’alcool l’ATV envoie au noyau accumbens des influx nerveux utilisant le GABA comme neurotransmetteur, influx qui apportent une inhibition et empêche une utilisation intempestive de dopamine.
        En présence d’alcool, celui ci agit sur des neurones qui entraînet la production au niveau des synapses d’endorphines, qui inhibent les neurones gabaergiques et donc n’empêchent plus la production dans les synapses de dopamine.

    Mécanisme des addictions (1)

         Donc, toutes ces drogues (mais aussi d’autres addictions comme celle aux jeux), entraînent une production accrue de dopamine dans les synapses du système de récompense, et cette production entraîne un sentiment de plaisir.
        Mais si cette action se répète trop souvent et que l’individu est relativement prédisposé, le système de récompense pourra alors se dérégler et exigera de plus en plus la production de davantage de dopamine pour éprouver le même plaisir. C’est le phénomène d’addiction dont nous parlerons après demain.

        Je ferai la suite de l'explication dans un article, demain dimanche.

     

     

     

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  •           J'avais dit que je ferai des articles sur les drogues, mais j'ai été pris par d'autres sujets (il faudrait que j'aie un peu plus de temps et que j'augmente la cadence de mes publications !).
              J'ai déjà fait un article sur la principale drogue : le tabac et la nicotine.
             Je vais d'abord faire trois articles sur les addictions, puis après une pause je referai des articles sur le mécanisme des principales drogues et de l'alcool.
              Après une nouvelle pause, je parlerai du cannabis.

    Premier article sur les addictions, quelques statistiques :

              Je recopie intégralement des données fournies le 19 février 2019 par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) quant aux addictions en France. On y voit l'énorme consommation de cannabis.

    CANNABIS

    • 17 millions d’expérimentateurs
    • 1, 4 million consomment régulièrement du cannabis
    • 700 000 en consomment tous les jours

     AUTRES DROGUES

    • 600 000 expérimentateurs d’héroïne
    • 2,2 millions d'expérimentateurs de cocaïne
    • 1,7 millions expérimentateurs de MDMA/ecstasy
    • La consommation problématique de drogues autres que le cannabis concernerait 280 000 usagers

     ALCOOL

    • 3,4 millions de personnes ont une consommation à risque
    • 41 000 décès par an attribuables à l’alcool (2015)
    • 19,4% des jeunes de 18 à 24 ans ont connu des ivresses régulières (au moins dix ivresses au cours des 12 derniers mois) en 2017
    • 10% des 18-75 ans boivent à eux seuls 58% de l’alcool consommé,
    • 32% des femmes enceintes ont consommé au moins une fois de l’alcool pendant la grossesse, mais seules 3% déclarent une consommation hebdomadaire

     TABAC

    • 14 millions de fumeurs quotidien (tranche 11-75 ans)
    • 33 % d’hommes et 26% de femmes sont des fumeurs quotidiens (tranche 18-75 ans)
    • En 2016, près d'un Français sur quatre de 18-75 ans (24 %) a déjà essayé la cigarette électronique et 3 % sont des vapoteurs quotidiens (3% d'hommes et 2% de femmes).
    • 73 000 décès par an attribuables au tabac (2013)
    • 24% des femmes enceintes fument quotidiennement pendant leur grossesse (2010).

    NOUVEAUX PRODUITS DE SYNTHESE OU "RC" (RESEARCH CHEMICALS)

    • 261 nouveaux produits de synthèse répertoriés en Frnace depuis 2008 dont 47 en 2016.
    • 1,7 % des 18-64 ans ont expérimenté les cannabinoïdes de synthèse.
    • 1,7 % des jeunes de 17 ans disent avoir expérimenté un nouveau produit.

    LES JEUX D’ARGENT ET DE HASARD (JAH) 

    • 2 millions de joueurs en ligne en 2012 sur les sites légaux
    • 2,7 % de joueurs problématiques en 2014 (2,2 % de joueurs à risques modérés et 0,5 % de joueurs excessifs).
    • En 2011, près de la moitié (44 %) des jeunes Français de 17 ans déclarent avoir déjà joué à un JAH au cours de leur vie et 39 % au cours des 12 derniers mois. 

    Si l'on veut comparer les diverses drogues, deux études sont intéressantes :

              Une étude Bourgain a essayé de quantifier la dangerosité des drogues, en évaluant les coûts d’achats et sanitaires, la dépendance, les dommages physiologiques et sociaux. C’est le graphique ci dessous.
               L’alcool est en tête, puis les drogues dures, et tabac et cannabis à égalité.
               Mais les jeux d’argents ont été aussi introduits parce que développés par internet.
               
    Il manque malheureusement dans cette étude la MDMA (ecstasy)

    Les diverses addictions : statistiques

              Un deuxième graphique montre la dangerosité physiologique des drogues, en regard du risque de dépendance.

    Les diverses addictions : statistiques

              On a du mal à trouver, même sur les sites officiels, des statistiques de comparaison de l'évolution des consommations des diverses drogues. (à croire qu'on ne sait plus faire de graphique au temps d'Excel, ce n'est pourtant pas difficile si on a les chiffres !).
              Le seul graphique que j'ai trouvé sur l'Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT) est l'évolution entre 2000 et 2014, des expérimentations des diverses drogues, hors cannabis, par les jeunes de 17 ans et moins. Deux point sont apparents : l'importance des champignons hallucinogènes, et de l'ecstasy et des amphétamines.

    Les diverses addictions : statistiques

              Samedi et dimanche, je ferai deux articles sur l'explication des addictions.

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